Nuit blanche

J’arrive chez moi, il est 4 h du mat. Je dépose mes doigts sur les touches congelées de l’ordi. Je reviens de chez une amie, un trajet de douze minutes en été. Ce même temps n’a eu aucun effet sur le givre dans les fenêtres de l’auto. Je reconnais ce dépôt qui colle à toute surface. On a beau passer le grattoir, rien à faire, le givre se dépose plus vite qu’on peut le gratter. Je pars, tanné d’attendre sans effet visible sur la visibilité.

Je roule sur l’autoroute à trois voies. Suis-je au milieu ou est-ce que je frôle les garde-fous ? Tout est blanc, partout, y compris dans l’auto. L’air dans l’habitacle refuse obstinément de se réchauffer. Les lampadaires sur le pont ne fonctionnent pas, victimes du froid. Je me croirais en zone de combat. Où sont les lignes au sol ? Disparues sous une couche de givre. Malgré mes gants, mes doigts sont gelés. Je reste concentré sur la route où les voies sont indiscernables. Ce n’est pas mon premier hiver, je roule comme si j’étais en couple, avec espérance et aveuglement. L’heure avancée joue en ma faveur, les idiots sont rentrés. Ne restent seulement sur la route que LeCorbot et un ou deux loups solitaires.

Je stationne enfin l’auto. La clé de l’appartement est si froide qu’elle fuit entre mes doigts. Une opération de trois secondes m’en prend trente. Finalement, la porte cède devant mon insistance.

Je regarde par la fenêtre. C’est le brouillard de mer. On se croirait en pleine tempête de neige alors qu’aucun flocon ne tombe du ciel. L’univers est laiteux. Une vision de langes et de désarrois me convie à me réfugier sous la couette.

Je regarde une dernière fois par la fenêtre. Il fait de plus en plus blanc dehors. Je perds les autos dans le parking, ensevelies sous une couche d’ouate de frimas. L’humidité se transforme en glaçons microscopiques formant un rideau translucide comme une vitre de douche sous les jets brûlants, sauf que la température est à l’antipode.

Les lampadaires diffusent une auréole digne des saints représentés sur les vitraux de l’église au bas de la côte. Je me sens dans un film d’épouvante, pourtant je ne crains rien. Aucun monstre ne serait suffisamment idiot pour sortir par un temps pareil.

Je regarde le froid épaissir l’air, l’ère du frimas. L’hiver est froid, l’hiver est rude, l’hiver est québécois.

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