L’usurier

La réputation des usuriers n’est un secret pour personne. Visages à deux faces, ils sont tout miel lorsque vient le temps de vous prêter de l’argent et de véritables crapules sans aucun scrupule si vous avez eu la fâcheuse idée de ne pas respecter les termes de l’entente verbale vous liant à l’un d’eux.

Si vous êtes habité par un vice quelconque, ne cédez jamais à la tentation de vous racheter ou de payer un autre prêt en contractante une dette auprès de l’un ces faux amis. Obtenir un prêt est d’une facilité déconcertante, mais le rembourser devient une tout autre histoire. Les taux d’intérêt faramineux vous enchainent aussi sûrement qu’un esclavagiste en maraude. Et si par chance, vous parvenez à le rembourser, il vous aura coûté la peau des fesses. Dans le cas contraire, vous venez de vous enrôler à votre insu dans une bande criminalisée. En échange de plusieurs « services », vous parviendrez à diminuer votre dette, mais vous risquez de ne jamais la réduire à néant. Si vous refusez cette avenue, vous ramperez sur le ventre sur le bitume de celle qui conduit à l’hôpital après avoir vu vos avoirs partir en fumée.

J’ai connu un de ces types. En revanche, celui-ci faisait cavalier seul, il n’était lié à aucune bande criminalisée. Un gars très poli, bonne éducation, bien vêtu, toujours sobre, au langage dépourvu de vulgarités, bref un gars des plus fréquentable. J’ai su ce qu’il faisait dans la vie assez rapidement après sa rencontre. Puisque j’étais persuadé que je ne lui emprunterais jamais d’argent, j’étais convaincu de n’avoir absolument rien à craindre.

Il ne buvait jamais d’alcool puisqu’il s’entrainait quotidiennement afin de conserver un corps fortement musclé, son principal moyen de persuasion auprès de sa clientèle la plus récalcitrante. Nous avions des conversations très intéressantes concernant la nature humaine et d’autres sujets connexes.

Lorsqu’il n’exerçait pas ce métier illégal, il vendait des produits de toutes sortes aux personnes venues s’entrainer au même gym que lui. Il recrutait ainsi l’autre partie de sa clientèle. Le gars avait une petite amie, vous savez, le genre à faire baver un eunuque ! Ils s’étaient associés pour acheter un petit resto, le fantasme de sa copine. Après environ un an, épuisés, ils l’ont vendu sans véritablement avoir gagné ni heureusement perdu trop de fric dans l’opération.

Un jour, je me suis retrouvé avec un problème. À ce moment-là, j’étais travailleur autonome et je venais de recevoir après plusieurs mois d’attente un gros chèque d’un important client. Ma banque n’a pas voulu l’encaisser à moins que je n’aille préalablement le faire certifier auprès de l’institution financière du client. Malheureusement, sachant que je venais de recevoir le chèque, je m’étais moi-même engagé à payer certains fournisseurs la journée même et leur faire faux bond, manquer à ma parole, me rendait abominablement furieux.

Alors que je discutais de ma situation avec l’usurier, il me proposa de me prêter la somme requise durant une semaine « sans intérêts », un moyen très efficace d’apaiser les réticences des nouveaux clients. N’ayant aucune crainte concernant la certification du chèque, j’acceptai son offre. J’ai donc pu payer les fournisseurs comme convenu et deux jours plus tard, une fois le chèque encaissé, je remboursais l’argent emprunté à l’usurier, non sans relâcher un profond soupir de soulagement.

Cette expérience m’a permis de tester le système de prêt usuraire sans que l’opération me coûte un sou, mais surtout j’ai analysé comment je me suis senti durant cette transaction. Pas du tout confortable, si vous voulez savoir.

J’ai perdu sa trace un peu plus tard. Un jour, un ami m’a texté pour m’annoncer que l’usurier s’était suicidé alors qu’il venait à peine de franchir le cap des quarante ans. Je me suis alors demandé qui aurait pu découvrir ce que cachait sa bonne humeur constante ?

J’ai utilisé ma connaissance de cette personne et de son travail pour créer dans mon dernier roman un personnage exerçant cette profession. Comme toujours, cela ne reste qu’une inspiration. Le vrai et le faux diffèrent passablement, mais lorsque j’animais sa doublure dans mon livre, inévitablement je pensais à lui, à cet usurier un peu hors du commun.

L’usure l’avait-il usé ? Je crois plutôt que ce fut sa quête incessante d’un idéal difficilement atteignable et encore plus péniblement conservable qui a finalement eu raison de lui. Peu importe qu’ils soient réalisés ou non, la vie nous fait toujours payer chèrement nos rêves démesurés.

Le videur

Durant un certain temps, j’ai travaillé dans un quartier industriel pas trop loin de chez moi. Une fois le boulot terminé, l’allais parfois prendre un verre de vin ou de bière dans un resto-bar tenu par des Italiens. N’étant ouvert que pour les deux premiers repas de la journée, la clé tournait dans la serrure aux environs de 19 heures. À ce moment, selon l’humeur du patron, soit il flanquait les réguliers à la porte, soit il nous servait une grappa décapante, gracieuseté de la maison.

Avec le temps, d’autres clients se sont greffés à la meute et si les portes fermaient toujours à 19 heures, il en allait tout autrement à l’intérieur où les fins de soirées, surtout les vendredis, s’étiraient jusqu’au petit matin.

C’est dans ce contexte que j’ai connu le videur. Oh ! Ne vous inquiétez pas pour moi, je n’ai jamais eu affaire à lui, heureusement. De toute façon, il n’exerçait plus ce métier depuis déjà quelques années. Maintenant il passait son trop-plein d’énergie à déplacer de très lourds panneaux de granit, de marbre ou d’ardoise.

Durant plusieurs années, il avait été videur dans un club tenu par d’autres Italiens très impliqués dans la mafia. Lui-même n’entretenait aucune autre relation d’affaires que celle consistant à débarrasser le club des clients qui n’étaient pas les bienvenus. Bandes rivales ou simples fauteurs de troubles, il ne reculait devant rien ni personne. La peur des couteaux ou des pétards ne semblait pas l’atteindre autrement qu’en lui faisant croître son niveau d’énergie et de dangerosité.

Si sa malheureuse victime était un peu en veine, elle sortait par la porte ouverte, sinon par la porte fermée, sinon par la fenêtre ou même par le mur. Mais chose certaine, elle sortait. Au bout du compte, son état physique dépendait généralement jusqu’à quelle niveau de rogne elle avait mis le videur.

Après que celui-ci m’ait expliqué les tenants et aboutissants de son ancien métier en les pimentant de faits vécus, je lui ai demandé comment il en était venu à exercer ce métier et ensuite pourquoi il y avait mis fin. Sa réponse m’a quelque peu surpris.

Lui-même d’origine italienne, il avait commencé ce travail simplement en se présentant au club en question. Bien que de la même communauté, il ne connaissait personne, mais il parlait leur langue. Il croyait posséder les compétences et le talent requis pour exercer le métier de videur et l’avenir lui a donné raison. Il m’avoua qu’il ne connaissait ni la peur ni la douleur, les deux qualités essentielles d’après lui pour bien faire ce boulot.

Un soir alors qu’il ne travaillait pas, d’anciennes victimes de son bon travail se sont réunies et l’ont attaqué sur la rue. Armés de bâtons et de tuyaux, ils l’ont roué de coups jusqu’à le laisser pour mort. Heureusement, sa forme physique lui a épargné les six planches, mais il dut séjourner à l’hôpital durant de longs mois.

Cet épisode sonna la fin de sa carrière de videur puisque ses deux plus grandes qualités s’étaient tout à coup envolées. Maintenant il comprenait ce qu’était la souffrance. Tant qu’il ne la connaissait pas, il ignorait la véritable portée de ses gestes lorsqu’il vidait le bar. Et la peur, elle aussi, il l’avait connue. Pas celle d’avoir encore mal ou de mourir, mais bien celle de comprendre qu’il pouvait faire subir énormément de souffrance, et qu’à tant de reprises, il l’avait bel et bien fait connaitre.

Sa crainte n’était pas tournée vers lui, vers les dangers qui l’attendaient, vers sa propre douleur, au contraire, elle concernait sa connaissance du danger que lui-même représentait pour les autres. L’humain est un animal fascinant. Lorsqu’on croit savoir quelque chose sur lui, il réussit presque toujours à nous surprendre.

Dans le cas du videur, c’est l’acquisition de la compassion par la compréhension des effets de ses propres actes qui sonna sa retraite de ce métier. Sa plus grande peur n’était pas d’avoir de nouveau mal, mais plutôt de faire à nouveau du mal. J’avais maintenant devant moi un videur… rempli de bonté, raison probable pour laquelle, je lui parlais en toute amitié en ce moment. Rencontrer et parler à des gens hors du commun exige parfois de se vider de nos préjugés.

Le jongleur

J’habitais chez un collègue à une dizaine de kilomètres de notre lieu de travail. Un joli chalet loué durant la saison froide tandis que ses propriétaires se la coulaient douce en Floride, lieu de résidence d’un grand pourcentage des snow birds, nos chers compatriotes québécois à la retraite.

Systématiquement, le soir après le boulot, mon ami pratiquait l’art de la jonglerie. Il n’était pas du genre à lancer cinq quilles, sept haches ou onze torches. Non, il gardait son art minimaliste. Seulement trois balles toutes blanches, phosphorescentes, de la grosseur de pamplemousses, voilà quels étaient ses seuls outils de travail. Une partie de sa routine se déroulait à la lumière et la seconde à la noirceur la plus totale.

Durant ce second épisode, grâce à des gestes fluides sans le moindre défaut, ses balles dessinaient des figures géométriques variées parfaitement bien formées. Notre persistance rétinienne nous faisait voir des carrés, des pentagones, des cascades, des pyramides alors que seules existaient trois sphères blanches. Ses enchainements étaient spectaculaires, on aurait pu croire à des ovnis tellement le ballet était minutieusement chorégraphié et exécuté à la perfection.

C’est à ce moment que j’ai commencé à exercer cet art puisque je pouvais compter sur un prof privé juste à côté de moi. Toutefois, je n’ai jamais beaucoup pratiqué, j’avais trop d’autres intérêts, dont les activités de plein air et la flûte traversière.

Tous les deux célibataires, nous avions chacun nos charmes propres lorsque le vendredi soir venu, les clientes débarquaient à l’auberge pour séjourner durant le weekend. J’étais à l’accueil et lui s’occupait de garnir le foyer de bûches, les haut-parleurs de musique apaisante et de faire connaissance avec les nouvelles venues.

Nous avions rarement les mêmes attirances et si cela survenait, jamais nous ne jouions du coude. Comme chez les oiseaux, nous laissions toujours la gent féminine décider avant tout. Une fois, cependant, nous avions accroché sur la même fille. Elle avait un quelque chose de différent, de mystérieux et de profondément attirant. C’est donc elle qui fit son choix et ce fut mon ami qui eut l’honneur de la faire tomber dans ses bras.

Durant la semaine qui suivit, j’ai déménagé mes pénates puisque sa demoiselle passerait le prochain weekend chez lui. Je me suis donc déniché un autre chalet abandonné jusqu’au retour des feuilles. Quelques semaines ont passé durant lesquelles je n’ai pas vraiment échangé avec mon ami, trop occupés au travail et lui ensuite à passer ses soirées avec sa nouvelle copine.

Ce début de relation avait rendu mon ami joyeux, mais plus le temps passait, plus il semblait devenir distant, renfermé, renfrogné. Je sentais que ce nouveau couple battait déjà de l’aile, mais j’ignorais tout de la réalité des choses. À cette époque, nous étions habitués lui et moi à n’entretenir aucune relation stable avec nos conquêtes. En conséquence, son attitude m’intriguait un peu, mais elle ne m’inquiétait pas. Je ne croyais pas qu’il était tombé éperdument amoureux en si peu de temps.

Un soir alors que je lisais Le loup des steppes de Hermann Hesse assis au coin du feu, j’entends quelqu’un cogner à ma porte. C’est lui. Les yeux exorbités, le teint livide, la gorge nouée, il me demande péniblement s’il peut entrer. Évidemment !

Il m’explique alors ce qu’il vivait depuis quelques semaines. Nous ne nous étions pas fourvoyés sur la jolie fille. Elle était chaude comme la braise et mon ami au début en avait bien profité. Mais plus les jours passaient, plus elle commençait à adopter des attitudes pas tout à fait conformes aux attentes du jongleur. Le sexe, elle en voulait plus, bien plus, énormément plus. Ensuite, ce fut les menaces qui ont pris des proportions sans précédent, jusqu’à le menacer de mort. C’est à ce moment qu’il s’est enfui sans rien prendre, qu’il l’a laissée seule à son chalet et qu’il est venu habiter chez moi le temps qu’elle disparaisse.

Nous, les hommes, nous connaissons mal ce genre de situation. On entend beaucoup trop souvent des histoires d’horreur dont les victimes sont des femmes, rarement les gars. L’état psychologique de mon ami m’a permis de m’approprier en quelque sorte ce renversement de la situation.

Bien entendu, jongler avec plusieurs belles, le risque d’en échapper une croît avec le temps. Mais se retrouver avec une belle trop différente des autres, dont le comportement est totalement étranger, pour un jongleur professionnel, vaut mieux éviter de rajouter cette figure dans sa routine.

Survivre à l’ile aux fesses

Les lacs fourmillent tellement au Québec qu’il semble impossible d’en donner un nombre précis. Tout dépend de la définition de « lac » donnée par les différents auteurs. Disons que les valeurs varient entre cinq-cent-mille et un million.

Certains de ces lacs abritent une ou plusieurs iles. Lorsque l’une d’elles est suffisamment en retrait pour que sa plage reste à l’abri des regards indiscrets, il n’est pas rare qu’elle soit surnommée « l’ile aux fesses ». Vous retrouverez rarement ce toponyme officiel, bien évidemment. Seuls les gens du coin connaissent l’ile en question et généralement sa réputation n’est pas surfaite. On peut imaginer sans peine l’activité favorite des gens qui utilisent une embarcation quelconque pour fouler ses rives.

En haute saison, par contre, si l’intimité est recherchée, il est préférable d’éviter ces endroits. Même mise en garde concernant les enfants, à moins de vouloir leur montrer les choses de la vie.

La météo peut se révéler très capricieuse en territoire montagneux. Un superbe ciel entièrement bleu se transforme rapidement et sans crier gare en un amoncèlement de nuées grises et noires. À cause de l’effet Venturi, les vents se déchainent, les vagues s’empilent, clouant sur place les adeptes de l’aventure extra-conjugale ou de la titillante exploration juvénile.

Un grain ne dure jamais bien longtemps sauf s’il s’agit d’un résidu d’ouragan et dans ce cas, la météo l’a certainement annoncé haut et fort longtemps d’avance. Donc, généralement, il suffit de se mettre à l’abri le mieux possible et d’attendre que le grain soit passé.

Mais avec les cellulaires, il est maintenant facile d’appeler les secours et d’exprimer sa panique alors qu’il suffirait de prendre son mal en patience. Je fus amené à quelques reprises à secourir des gens bloqués sur une ile aux fesses dont leur courte mèche les rendait à risque. Ce faisant, un de mes collègues et moi partions à leur rencontre pour les ramener en pleine tempête. Sans notre intervention, ils auraient essayé de revenir en usant de moyens et de compétences limités plutôt que d’attendre sagement la fin du mauvais temps.

J’ai toujours eu de la difficulté à comprendre les gens qui n’ont aucune capacité à évaluer les différents degrés de danger. Ils bradent les solutions les plus avantageuses pour adopter celles qui leur feront courir les plus grands risques. En me mettant personnellement en péril pour leur venir en aide, j’acceptais ce triste constat. L’humain moyen a perdu ses anciennes facultés de survivre qui le préservait autrefois de la plupart des aléas ou, s’ils survenaient, d’éviter de les aggraver inutilement.

Agir avec étourderie n’est plus un comportement risible, c’est devenu la norme. Et lorsque la situation devient grave, presser le bouton « panique » sans préalablement réfléchir aux meilleures options ramène l’adulte à agir comme un jeune enfant. Ensuite, les imprudents ou les impatients supplient ou exigent d’être secourus en blâmant les événements et tout le monde, sauf eux-mêmes.

De par son mode de vie aisé, l’humain s’est considérablement ramolli. Le jour où sa survie redevient indispensable, le temps n’est pas à l’apprentissage, mais à la débrouillardise intelligente.

Espérons que les quelques individus qui resteront bloqués sur l’une ou l’autre des iles aux fesses cet été finiront par comprendre qu’il suffit de patienter. Et dans l’attente, le mieux qui leur reste à faire s’avère certainement d’honorer le surnom donné à ces iles.

D’ailleurs, « survivre à l’ile aux fesses » consiste aussi à s’y reproduire, pas seulement à s’en extirper.

Une ile aux fesses est présente sur cette photo

La soutenable légèreté de l’être

La plupart des garçons et sûrement beaucoup de filles ont déjà joué au roi (reine) de la montagne. On monte au sommet d’une butte de neige ou de sable et l’objectif est d’atteindre le sommet. Ensuite, il faut y rester tandis que les autres cherchent à vous y déloger en vous poussant en bas.

Monter au sommet à plusieurs reprises épuise assez rapidement. Ce faisant, l’individu qui a bien calculé ses efforts et qui a affiné sa stratégie voit ses adversaires abandonner et il finit par devenir le roi de la montagne.

Jeune, j’étais passablement fluet, mais cela ne m’a jamais empêché de jouer à ce jeu même si mes chances de devenir le couronné étaient à peu près nulles. Je m’amusais bien, et ce malgré mes incessantes dégringolades au pied de la butte.

Un jour, mes amis et moi jouions sur une vraie montagne. Il n’était plus question de tomber puisqu’un précipice bordait un de ses flancs. L’objectif était cette fois-ci de ravir une pièce de tissu rouge. Donc on se poussait plus prudemment et dans des directions opposées à la falaise. Jeune, le danger potentiel rajoute une couche d’excitation, raison pour laquelle des accidents surviennent bien plus souvent à cet âge.

Malheureusement, mon faible poids a déjoué les pronostics d’un participant qui m’a involontairement fait virevolter en direction du précipice. Je reculais en faisant dos au vide lorsque j’ai perdu l’équilibre. Je me suis retrouvé assis sur tout juste sur le rebord de la falaise. Ensuite, mon corps, dos en premier, a inexorablement basculé dans le vide.

Bon, si je suis ici à vous en parler, vous savez que je n’ai pas perdu la vie ce jour-là. Non, en fait, on m’a secouru. Le bon samaritain en question, le voici.

Mon dos basculait directement dans le vide, subitement, je l’ai senti appuyé sur un tout petit arbrisseau de pas plus de deux ou trois centimètres de diamètre. Si je m’étais retrouvé tout juste un peu plus à gauche ou à droite, c’en était fini. Mon corps oscillant dangereusement au-dessus du néant, le végétal risquait à tout moment de déraciner. Je suis resté suspendu ainsi entre terre et Ciel durant plusieurs secondes jusqu’à ce qu’un ami un peu plus alerte me tende la main afin de me tirer de ma fâcheuse position plus qu’instable. Le plus étonnant est que cet arbrisseau était l’unique à pousser le long de cette falaise et j’ai eu l’incroyable veine de tomber directement sur lui.

Cette journée-là, si mon faible poids a presque causé ma perte, c’est également grâce à lui que l’arbuste a pu résister à sa charge. Dans la vie, être désavantagé d’une quelconque façon ne représente jamais qu’une seule face d’une médaille. Ce jour-là, en l’espace de deux secondes, mon désavantage patent au jeu du roi de la montagne s’est subitement transformé en avantage salvateur. Cette expérience m’a fait apprécier ma condition physique qu’aucun autre gars n’enviait vraiment. Mais depuis ce temps, j’ai également cessé d’envier être aussi costaud qu’eux.

Et peu importe qui a gagné cette joute, ce jour-là le vrai roi de la montagne fut incontestablement l’être à la légèreté soutenable… par un simple arbrisseau providentiel.

Le draveur

J’étais adolescent et souvent à cet âge, on se sent mieux ailleurs qu’à la maison où l’on gâche son temps en compagnie de ses parents ou de ses sœurs (je n’ai pas de frères). Ainsi, je passais la plupart de mes soirées. À ce moment, son grand-père vivait encore, un homme presque plus vieux que sa hauteur en centimètres. Non, sans exagérer, il était âgé de 94 ou 96 ans et il devait mesurer moins d’un mètre et demi.

Il était tout petit et très mince, une vraie brindille. Pourtant, il avait été draveur presque toute sa vie active. Pour ceux qui connaissent les exigences de ce métier, sa carrure ne correspondait pas du tout au type de l’emploi. Tous les travailleurs du bois de cette époque où l’aide mécanique était presque inexistante devaient s’en remettre à leurs seules capacités physiques. Je ne pouvais l’imaginer vraiment plus baraqué, il fallait donc qu’il existe une explication à ce paradoxe incompréhensible.

Un jour, il me parla de son ancien travail, la drave. Comme tous les gars ayant vécu leur jeunesse avant les années 1900, il avait appris son métier à la dure, en l’exerçant, tout simplement. Étant de nature délicate, personne ne le voyait déplacer les énormes billots flottants (au Québec on les appelle des « pitounes ») à la seule force de ses frêles bras. Le « foreman » l’a donc dédié à exercer un autre travail encore plus dangereux, mais pour lequel son physique deviendrait un atout plutôt qu’un handicap. C’est ainsi qu’il devint dynamiteur.

Lorsque les pitounes créaient des embâcles sur la rivière, c’est lui qui allait dynamiter la montagne de billots enchevêtrés afin qu’ils retrouvent le chemin du courant. Pour réussir, il devait atteindre l’embâcle en se déplaçant sur les billots en flottaison, il déposait ensuite sa charge au bon endroit et enfin il s’éloignait le plus rapidement possible avant l’explosion qui projetait les billots dans toutes les directions.

Courir vite ne garantissait pas la survie de ce bûcheron atypique. Il devait également s’éloigner en conservant son équilibre sur des troncs cylindriques, très glissants et qui pivotaient sur eux-mêmes au moindre contact. Le plus grand danger ne consistait pas à recevoir une pitoune sur la tête, mais bien à courir sans tomber à l’eau, car la suite s’avérait souvent fatale. Soit les gros billots de bois vous écrasaient, soit ils vous emprisonnaient sous l’eau.

À cette époque, l’espérance de vie des dynamiteurs était très courte et le seul fait qu’il ait exercé ce métier d’une extrême dangerosité durant plusieurs dizaines d’années suffit à reconnaitre tout son talent. Contraint de louvoyer entre plusieurs dangers simultanés où une seule erreur s’avérait souvent fatale, y avoir survécu semble exceptionnel à cette époque où le « boss » avait le droit d’exiger de ses employés d’affronter des situations hautement périlleuses si les gars voulaient conserver leur job.

Heureusement, ce gringalet a su tirer plus qu’honorablement son épingle du jeu. Il a même poussé le bouchon jusqu’à vivre centenaire. Comme quoi, la force brute n’est pas toujours le plus grand secours nécessaire, il suffit parfois d’une seule brindille pour déplacer des montagnes de troncs d’arbres.

On n’a jamais mesuré la vitesse de la lumière

Ouais ! Bon ! Je vous entends penser. « Une autre théorie complotiste du même genre que « La Terre est plate ». Pourtant, si vous persistez dans votre lecture malgré votre scepticisme, je vous prouverai que c’est vrai. Cet article est subdivisé en deux parties. La première concentre les explications et la seconde traite des fondements mathématiques que vous pourrez éluder si votre goût pour les calculs ressemble au mien pour les radis.

Vitesse limite inconnue. Malgré ce manquement expérimental fondamental, on a quand même basé notre unité de distance, le mètre, sur la valeur de cette vitesse « inconnue » mais estimée constante dans tous les référentiels à 299 792 458 mètres par seconde.

Vous attendez que je vous dégote un argument tordu pour réfuter cette apparente connaissance universelle et… vous avez raison. Mais aussi dingue qu’elle soit, mon explication s’avère parfaitement exacte.

Pour mesurer avec précision la vitesse d’une balle de tennis ou de fusil, on peut envoyer un faisceau d’ondes (de la lumière) sur celui-ci. La différence de la fréquence émise par rapport à celle obtenue après réflexion sur l’objet détermine la vitesse de cet objet. C’est l’effet Doppler, le complice des policiers pour les aider à nous donner des contraventions. Mais cette procédure est inapplicable pour déterminer la vitesse de la lumière, car la vitesse de l’élément à mesurer est égale à la vitesse de l’élément mesureur. On ne peut mesurer la vitesse de la lumière avec de la lumière ou toute autre sorte d’onde électromagnétique dont on ne connait pas la vitesse exacte puisque c’est ce qu’on cherche à la connaitre par des mesures.

La seconde façon de mesurer des vitesses consiste à déterminer le temps que prend un objet pour parcourir une distance précise et connue. On place deux balises et lorsqu’un objet franchit la première, le chronomètre démarre et lorsqu’il atteint la seconde, on l’arrête. La division de la distance parcourue par la mesure du temps détermine la vitesse de l’objet en m/s, en km/h, etc.

Pour mesurer la vitesse de la lumière dans le vide, vitesse absolue parmi toutes, il n’est pas possible d’utiliser un faisceau d’ondes, lui-même une lumière. Il n’est pas plus possible de mesurer le temps entre deux bornes puisque notre appareil d’enregistrement doit également et préalablement connaitre la vitesse de la lumière pour mesurer… la vitesse de la lumière.

Bon. Pas de problème, vous vous dites. Recourons à des horloges atomiques. Une à chaque borne et parfaitement synchronisées. Mais pour les synchroniser, il faut transmettre une information de l’une à l’autre à la vitesse de la lumière, vitesse qu’on cherche justement à mesurer. Cette procédure est prise en défaut en recourant à une inconnue pour mesurer cette même inconnue.

Dans ce cas, synchronisons les 2 horloges à partir de la même borne et envoyons-en une à la seconde borne. Erreur ! Puisqu’une horloge se déplace par rapport à l’autre, la théorie de la relativité restreinte nous apprend que le temps diffère entre 2 objets en vitesses inégales entre eux. Et pour corriger ce décalage, il faut connaitre la vitesse de la lumière, vitesse qui, comme vous devez commencer à me haïr, est celle qu’on cherche inlassablement à mesurer.

La solution est cependant simple, direz-vous, et c’est justement cette technique qui a été utilisée et qui l’est encore pour mesurer cette fameuse vitesse c. À l’aide d’un miroir, faisons parcourir à la lumière la distance aller-retour et divisons le temps mesuré par 2 pour obtenir cette foutue valeur de c. Et le tour est joué ! pensez-vous, et le bec du Corbot cloué !

Cet exercice pratique est cependant basé sur un postulat. Et l’on sait que si un postulat est faux, le résultat de la mesure par l’expérience sera faux. Le fameux postulat utilisé dans l’expérimentation précédente et sciemment accepté par Einstein lui-même est le suivant: 

Nous avons tenu pour acquis que la lumière se déplace à la même vitesse à l’aller comme au retour, en éloignement comme en rapprochement, ce qui permet de diviser le temps par 2 pour déterminer le temps d’un trajet dans une seule direction.

Mais rien ne prouve que le temps requis pour parcourir la même distance est le même dans les deux directions. C’est une affirmation non prouvée, un postulat parfaitement gratuit. Évidemment, faute de mieux, il est raisonnable de le considérer comme véridique, mais ce n’est qu’une croyance et en aucun cas une certitude prouvée.

Il n’est pas possible de mesurer la vitesse de la lumière dans une seule direction puisqu’il faudrait déjà connaitre cette vitesse pour ensuite la déterminer. On ne peut définir une chose par elle-même.

Il est raisonnable de penser que la vitesse de la lumière est égale dans toutes les directions, y compris lorsqu’elle s’éloigne de nous ou lorsqu’elle nous revient. Malheureusement, aucune expérience ne peut le prouver une bonne fois pour toutes. Essayez d’en inventer une et elle sera réfutable.

La seule solution consisterait à découvrir des particules voyageant plus vite que la lumière, des tachyons par exemple. Nous pourrions alors utiliser un faisceau de tachyons pour mesurer la vitesse des photons et en appliquant quelques formules mathématiques, nous obtiendrions la valeur tant recherchée de c dans une seule direction.

Mais voilà. Si Einstein avait raison, rien ne peut voyager plus vite que la lumière dans le vide (c). Les tachyons ne sont présentement que des inventions de l’esprit. Leur gros problème est qu’ils pourraient violer le principe de causalité (quoique ce soit discutable et discuté). Ils démarreraient leur périple après être parvenus à destination. Ça parait un peu bizarre. Aussi aberrante que cette situation puisse paraitre, elle n’est pas totalement ridicule. La physique quantique nous a habitués à rencontrer des comportements totalement illogiques et pourtant parfaitement véridiques. Il pourrait en être de même avec les tachyons.

La véritable impossibilité théorique est d’accélérer un objet jusqu’à ce qu’il atteigne la vitesse c puisque cette action nécessiterait une énergie infinie à cause de l’augmentation de la masse conséquente. Le fameux accélérateur de particules LHC a longuement prouvé le principe que la masse augmente avec la vitesse. Mais rien n’interdirait une particule de naitre en voyageant déjà plus vite que la vitesse limite c puisqu’elle ne passerait pas par une phase d’accélération. Voilà pourquoi les tachyons pourraient bien exister. Et fait surprenant, ils perdraient de la masse en augmentant leur vitesse.

Pour revenir au sujet principal, à défaut de connaitre actuellement avec certitude la vitesse de la lumière, la présomption qu’elle vaille 299 792 458 m/s dans toutes les directions et à tout moment nous permet de créer des applications comme les GPS et autres systèmes de calculs relativistes. Mais si un jour on vous apprend que cette vitesse n’est pas égale dans tous les systèmes de référence, ne vous surprenez pas. Le postulat utilisé consciemment par Einstein dans son article de 1905 sur la relativité restreinte se sera avéré inexact.

Les probabilités semblent extrêmement faibles que c varie selon qu’il s’éloigne ou se rapproche de nous, mais pour l’instant, le mieux qu’on peut affirmer avec absolue certitude est que cette vitesse « limite » reste à ce jour une valeur non mesurée.

Complément mathématique pour les presque nuls en maths 

La théorie de la relativité restreinte d’Einstein utilise les transformations de Lorentz dont le facteur s’écrit ainsi.

Gamma (𝛾) multiplie la masse, l’énergie et le temps relatif et il vaut entre 1 et l’infini (∞) selon que la vitesse (v) d’un objet varie de zéro jusqu’à atteindre c. De fait, si v vaut zéro, le résultat sous le radical vaut 1, le radical de 1 = 1 et finalement 1/1 = 1. Interprétation : à vitesse relative nulle, pas de changement de masse, d’énergie ou de temps relatif.

En revanche, si v vaut c, le résultat sous le radical vaut 0, le radical de 0 = 0 et 1/0 = ∞. Interprétation : Un déplacement à la vitesse de la lumière multiplie la masse, l’énergie et le temps relatif par l’infini.

Pour un tachyon qui aurait une vitesse v supérieure à c, la valeur sous le radical devient négative. On sait qu’il n’existe aucun nombre réel résolvant un radical d’une valeur négative, mais il en existe parmi les nombres imaginaires purs. Ce n’est pas parce qu’on parle de nombres imaginaires que ces nombres sont fabulatoires ou insensés. On aurait fort bien pu utiliser un autre terme. À preuve, tous les condensateurs et les bobines de ce monde (moteurs, antennes, accumulateurs, etc), des objets bien réels s’ils en sont, fonctionnent selon des mathématiques qui utilisent les nombres imaginaires pour déterminer leur courant selon la tension exercée à leurs bornes.

Ainsi, un tachyon pourrait fort bien exister dans un temps perpendiculaire au temps que nous connaissons et que nous expérimentons à longueur de journée. Un temps qui est inaccessible parfaitement reconnu et prouvé.

Big One, Big Two ou Big Three ?

Tout le monde connait la faille de San Andreas grâce à la fabuleuse machine médiatique étatsunienne. Tout le monde connait le concept du Big One, le non hypothétique futur mégaséisme qui sera causé par le décrochage de cette faille et qui détruira une partie de la Californie, potentiellement du nord au sud.

Peu de gens connaissent la catastrophe Cascadia, le non hypothétique futur cataclysme qui secouera, une fois de plus, la pauvre Californie, mais aussi l’Oregon, l’état de Washington et la Colombie-Britannique. Pour savoir ce dont je parle, lire mon article sur le sujet.

Presque personne ne connait la faille Rodgers Creek. J’écrivais à son sujet qu’elle pourrait bien constituer la prochaine catastrophe géologique à ébranler… hé oui, la sempiternelle Californie. Vous aimeriez vous établir en ce pays ? Moi, sûrement pas. J’étais présent quelques jours après le séisme de magnitude 6,9 de 1989 à toucher San Francisco. Ce ne fut qu’un léger aperçu du futur.

Ouais, l’ouest du continent nord-américain est bien mal barré, car toutes ces failles terrestres ont accumulé suffisamment d’énergie jusqu’à présent pour engendrer, l’une comme l’autre, des dégâts d’ampleurs incommensurables d’ici quelques décennies. Le problème sera amplifié par une grande partie des constructions bâties avant la connaissance de l’existence de la pire des trois failles, celle de Cascadia. Ainsi, du nord au sud de cette vaste région de près de 1 000 km de long, tous les bâtiments érigés avant 1995 ne sont pas conçus pour résister à la puissance dévastatrice d’un séisme de magnitude supérieure à 7,5.

Mais voilà, les géologues redoutent que lorsque l’un des trois cataclysmes se déclenchera, il puisse bien mettre le feu aux poudres des autres, tellement la pression est élevée dans les trois systèmes de failles et qu’elles sont toutes reliées.

Ainsi, le Big One pourrait bien se transformer en Big Two et même en Big Three en ravageant tout l’Ouest nord-américain. Les sismomètres enregistreraient des secousses de magnitude supérieure à 7, probablement 8 et même 9 selon la faille. La palme reviendrait à Cascadia qui pourrait même atteindre 9,2 selon les calculs de l’énergie accumulée en son sein. Ce séisme engendrerait un tsunami d’ampleur sans précédent qui frappera les rives occidentales sur une étendue côtière de 900 km avant de ravager celles de l’Alaska, du Japon, d’Hawaii, de l’Australie et ailleurs dans le Pacifique. Si la catastrophe survenait en rafale de trois, les conséquences seraient tellement cataclysmiques qu’il serait bien hasardeux de prédire le nombre de pertes humaines et la valeur des dégâts matériels qui risquent d’être encourus.

Les deux derniers grands séismes mondiaux, celui de 2004 et de 2011 qui ont tous deux franchi la barre du 9 à l’échelle Richter auraient très bien pu se déclencher en synchronisme si la première faille à décrocher avait suffisamment fragilisé l’autre. Et qui sait si ce scénario ne s’est pas réellement produit avec un peu de retard ? Sept ans en géologie, c’est l’équivalent d’une seconde à notre échelle. Les géologues prennent cette hypothèse très au sérieux.

Voici les probabilités calculées, pas vraiment récentes, pour les trois systèmes de faille. Ainsi, les probabilités actuelles se situent certainement à des valeurs supérieures.

1. San Andreas : 62 % qu’un séisme de 7,5 ou plus se produise avant 2032.
2. Cascadia : 37 % qu’un séisme de 8,0 ou plus se produise avant 50 ans
    ou 14 % qu’un de 9,0 ou plus se produise avant la même période.
3. Rodgers Creek : 51 % qu’un séisme de 7,0 ou plus se produise d’ici une vingtaine d’années.

Ces estimations comportent de grandes marges d’erreur pouvant améliorer ou empirer la situation. Si je tiens compte de la loi de Murphy qui stipule que tout ce qui risque d’aller mal ira au plus mal, les habitants de cette superbe et réputée côte Pacifique n’ont qu’à bien se tenir, car le sol tremblera bientôt fortement sous leurs pieds. Quant aux vagues de sympathie, elles ne déferleront qu’après celles du mégatsunami qui tuera un nombre affolant d’individus.

L’âge des civilisations extraterrestres

Vous pourriez croire que ce n’est que spéculations et pourtant, nous pouvons utiliser les mathématiques pour répondre à cette question potentiellement critique pour notre survie à long terme.

Tout d’abord, un élément essentiel consiste à connaitre l’âge de la Terre par rapport à celui de la Voie lactée. De fait, si la Terre a presque l’âge de son hôte, il est très peu probable que d’autres civilisations soient plus âgées que nous. En revanche, si la Terre était née très tardivement, nous risquerions d’être les benjamins entourés d’ainés.

4,5 milliards d’années pour la Terre et 13,5 milliards d’années pour la Voie lactée, notre planète a tout juste le tiers de l’âge de sa Galaxie. Cette fraction s’avèrera essentielle pour la suite du calcul.

Nous avons constaté que le nombre de civilisations sur Terre par rapport à leur espérance de vie, qu’elles furent grecque, sumérienne, romaine, égyptienne, soviétique, maya, aztèque, etc., suivait une courbe décroissante exponentielle. Très peu ont survécu longtemps et un grand nombre ont rapidement disparu. Voici à quoi ressemble cette fameuse courbe montrant l’âge en fonction du nombre de civilisations. L’âge maximal de 100% correspond à l’âge de la Galaxie. Ainsi, la plus vieille civilisation possible n’existerait plus (ou n’aurait jamais existé).

Si l’on place un point au tiers de sa hauteur, (33 %) celui-ci projeté sur l’axe horizontal le coupe à environ 12. En considérant la valeur 50 comme étant le point significatif le plus élevé et en ramenant cette valeur à 100 %, 12 vaut donc 24 %. En première approximation, considérons donc qu’à cause de l’âge de la Terre par rapport à celui de sa Galaxie,  un quart des civilisations sont plus vieilles que nous tandis que les trois quarts sont plus jeunes.

Ainsi, nous n’aurions probablement rien à craindre des civilisations plus jeunes qui seraient technologiquement moins avancées que nous. Reste la civilisation plus âgée, certainement capable de nous anéantir assez facilement. En revanche, son âge lui a-t-il conféré plus de sagesse ?

Cet exercice mathématique répond, du moins partiellement, au paradoxe de Fermi. La plupart des vieilles civilisations ont eu le temps de s’éteindre, probablement à cause du principe du grand filtre évoqué dans l’article précédent. Et puisqu’elles se raréfient de plus en plus, il en resterait très peu dans notre environnement galactique immédiat pour nous porter atteinte ou seulement nous signaler leur existence.

Le Grand filtre

J’ai abordé à quelques reprises le sujet du paradoxe de Fermi. Ce physicien se demandait où étaient tous les extraterrestres si des multitudes de mondes existaient dans l’Univers. Puisque celui-ci est vieux de 13,77 milliards d’années et que la Terre n’en a que 4,5 milliards, des hordes d’étrangers techniquement plus avancés que nous auraient déjà dû débarquer sur notre planète. Or, on n’en voit pas, du moins pas de manière évidente et officielle.

Des centaines de raisons ont déjà été invoquées pour expliquer leur absence, ou du moins leur invisibilité. Parmi celles-ci, l’une d’elles a particulièrement attiré mon attention. Il s’agit du Grand filtre.

Si cette théorie est juste, eh bien ! on est mal barrés. Elle expliquerait l’absence d’E.T. par le fait que toute civilisation technologiquement avancée finit inexorablement par se détruire à l’aide de ses propres inventions ou des conséquences de sa croissance et de son développement.

Le filtre agirait tôt ou tard et, dans la majorité des cas, il surviendrait avant d’acquérir les moyens de peupler d’autres lieux dans la Galaxie. L’humanité a frôlé l’extinction lors de la guerre froide à cause de l’arme atomique et cette menace n’est pas encore entièrement révolue. Il pourrait également s’agir d’une catastrophe naturelle. Ça pourrait être une arme biologique ou tout simplement d’un virus naturel virulent issu de la dégradation de l’environnement, de la surpopulation et des modes de vie irrespectueux de la Nature. Ça ne vous sonne pas quelques cloches ?

Si toutes les populations extraterrestres disparaissent avant de coloniser à grande échelle d’autres systèmes planétaires, leur existence restera à jamais une simple hypothèse. Le Grand filtre agirait rapidement après l’élévation d’une civilisation au rang de peuple technologique puisqu’il regrouperait des centaines de causes létales plausibles, toutes capables de l’anéantir. Tant de dangers et si peu de sagesse acquise pour tous les affronter feraient en sorte de réduire à néant les chances qu’une civilisation puisse évoluer vers une espèce capable de visiter et coloniser la Galaxie.

Puisque les lois de la physique et de la chimie sont semblables, peu importe le lieu où les espèces vivantes évoluent, on peut parier que les civilisations extraterrestres font face aux mêmes contraintes que nous-mêmes et qu’elles progressent de manière à peu près équivalente. L’inverse est également vrai. Si, inexorablement, les peuples des étoiles se détruisent, probablement le même fâcheux destin nous attend.

Alors, priez pour observer une panoplie de peuples extraterrestres débarquer sur Terre dans les plus brefs délais, la théorie du Grand filtre sera ainsi mise à mal, nous permettant peut-être d’espérer avoir un avenir autre que celui de sombrer dans l’oubli ou l’ignorance universelle d’avoir un jour vécu, évolué, inventé et d’être passé à un cheveu de visiter les étoiles.

Des nouvelles de Quark vs Big Sur

Mon article d’hier traitait de différents problèmes survenus lors de la mise à jour du MacOS sur mon ordinateur. La version Big Sur engendre son lot de problèmes, comme c’est souvent le cas avec la relâche d’une version majeure.

La plus dérangeante des anomalies rencontrées concerne l’application Quark XPress qui ne fonctionne plus du tout. J’ai donc ouvert un ticket au support de Quark afin d’obtenir des nouvelles avec l’espérance d’obtenir rapidement une version compatible.

Ce matin, j’ai reçu leur réponse qui, je tiens à le souligner, était écrite en français. Voici le début de leur missive :

« Il s’agit de vous informer que Quark 2020 sera compatible avec big sur en 16.2, la date de sortie du lancement 16.2 n’est pas encore confirmée mais 2020 sera compatible avec Big Sur le mois prochain uniquement. »

La suite de leur message me propose des solutions pour retourner à un MacOS compatible avec la version actuelle. Adieu solution rapide escomptée.

Plutôt que de reculer, j’avais une solution alternative tout prête. Mon ancien MacBook Pro est toujours fonctionnel même si je l’ai relégué depuis à accomplir des tâches subalternes. J’ai donc activé sans difficulté Quark 2020 sur ce vieil ordi et comme par enchantement, j’ai pu poursuivre le travail de mise en page de mon dernier livre.

Voici donc quelques conseils pratiques :

1- Ne vous pressez pas d’installer un nouvel OS avant d’avoir obtenu des garanties du bon fonctionnement de vos applis essentielles.

2- Faites toujours une copie de sûreté de votre ordinateur juste avant une mise à jour majeure de l’OS.

3- N’espérez pas obtenir rapidement une solution d’un tiers parti pour régler les problèmes occasionnés par une mise à jour incompatible. N’espérez même pas une communication préalable vous enjoignant de ne pas effectuer la mise à jour avant la sortie de la prochaine version de l’appli même si vous payez pour un contrat d’entretien et même si vous êtes abonné à leur info-lettre.

4- Ayez toujours un plan B de prêt. Achetez-vous un nouvel ordi avant que ne flanche celui que vous utilisez présentement. Conservez l’ancien ordi et gardez-le fonctionnel le plus longtemps possible.

Big Sur, pas sûr.

Comme plusieurs, je suppose, j’ai installé sur mon MacBook Pro la nouvelle version de l’OS d’Apple hier soir, la Big Sur. Au premier coup d’œil, je remarque quelques changements cosmétiques. Plusieurs icônes sont différentes, la police de caractères utilisée est plus fine et plus claire, Safari présente de petits changements dans ses boutons, etc. Je ne vous ferai pas la nomenclature des changements, en ces sens, Apple est bien mieux placée.

En revanche, à chaque changement majeur de version, plusieurs trucs qui fonctionnaient très bien ne fonctionnent plus. C’est le cas de Quark XPress qui refuse obstinément d’ouvrir mes projets. C’est aussi le cas du module pour Mail du correcteur Antidote qui ne s’installe plus.

Je n’ai pas encore fait le tour de mon champ, mais je suis certain de découvrir d’autres anomalies qui me feront certainement rager. Je me souviens d’une version qui ne permettait pas aux haut-parleurs externes Bluetooth de rester connectés, sauf ceux vendus dans les boutiques Apple.

J’avais prévu pour aujourd’hui une grosse journée de travail sur mon livre. Je voulais terminer sa mise en page. Je devrai attendre la nouvelle version de Quark XPress qui, espérons-le, ne tardera pas. J’ai un contrat d’entretien, on verra combien de temps ça leur prendra pour résoudre le problème. Quant à Antidote, eh bien, si vous recevez de mes courriels avec quelques boulettes, vous saurez pourquoi.