De Jules, de César, des Gaulois et d’une certaine langue commune

Lorsqu’on fait partie des irréductibles Gaulois comme moi, on ne se laisse pas facilement assimiler. Gaulois comme moi, diriez-vous ? Certainement ! Une partie de mes ancêtres étaient gaulois, enfin, bretons, c’est presque pareil. L’autre partie n’est pas Gauloise, même si elle fumait le calumet de paix. On mettait probablement des Gitanes dans le calumet. Parait que ça se fume. Selon un Français ! Mais faut toujours être circonci… circonlo… circonvo… circonspect avec les déclarations des Français.

En déclarant leur indépendance, les Français ont voulu couper les cheveux de leur reine pour leur donner une belle Égalité. Ils ont raté leur coup, la tête y est passée au complet ! C’est certain qu’ils devaient avoir trop Picolé, mais celui-là ils l’ont pas mis dans leur devise. Ils ont prétexté que c’était pour la Liberté, mais c’est faux parce qu’ensuite ils l’ont refilé aux Américains. Moi, je leur aurais plutôt donné leur reine avec sa tête à part. Me semble que ça aurait plus ressemblé aux Américains. Et parait-il qu’ils ont également parlé de Fraternité. Encore un autre problème avec l’Égalité ? Oui, l’Égalité des sexes. Elle est où la Sororité dans leur devise ?

Eh ! vous de l’Hexagone ! Vous ne croyez pas que les fameuses bandes dessinées d’Astérix se prêtent bien plus à nous décrire, nous, les Québécois ? Vous savez, l’encerclement général, l’absolue infériorité du nombre, l’omnipotence du voisin, sa culture envahissante, l’ennemi infiltré dans nos rangs, la ressemblance physique des personnages, le chien édenté inutile, la potion magique (nos bières), les poissons puants (certains ex-ministres), les dolmens en ruines (nos autoroutes), les festins au sanglier (nos partys de poutine au bacon), le chef instable sur son bouclier (les tergiversations de nos derniers PM), le barde impopulaire (notre meute de chanteurs-chanteuses envahissant vos oreilles) et j’en passe.

Franchement, les Astérix, ce sont nous, les Québécois, entre autres parce que vous remplacez toutes nos expressions québécoises par des astérisques à défaut de les comprendre. Je connais même un corbot qui s’amuse à vous les expliquer. Quand on vous parle, vous répondez Quèskidiz ? Quèskidiz ? J’ai cherché dans tous vos dictionnaires et ce mot n’ex-i-ste pas. Faque vot argot ! Utilisez plutôt des vrais mots français comme catarrhiniens, hyoscyamine, chloasma, yeomanry ou jablotchkoff si vous voulez le moindrement vous faire comprendre, parce que Quèskidiz, j’ai juste envie de vous répondre : Dekessékidilala !

Et les Gaulois, c’était dans le temps de Jules César, non ? Oui ? Il vous a vraiment traumatisé ce Jules César. Quand une femme trouve chaussure à son pied, vous dites qu’elle a trouvé son… Jules. Et les gars appelle leur petite amie une… Césarienne, je crois. Oui, oui, l’autre jour, un Français m’a dit : « on m’a eu par Césarienne ». Ouais, nous c’est plus par les gosses. Vous parlez d’enfants alors qu’on en est seulement rendu aux préliminaires, encore aux couilles.

On a beau parler la même langue, ma langue refuse totalement de parler comme la vôtre! Facile à comprendre pourquoi on ne vous comprend pas. Vous refermez votre bouche quand vous parlez pour ne laisser qu’un tout petit trou. De plus, vous parlez moitié français, moitié anglais. Quand vous utilisez votre langue, vous dites que vous frenchez au lieu de simplement dire que vous parlez français. Votre excuse c’est que vous mettez les mots dans la bouche de l’autre, mais on ne vous entend pas très bien. Enfin, on entend des slurp ! des schlitsh ! ou des achoupf ! Quelle langue vous parlez ? Hum ? Français ? Mon œil !

La langue, c’est comme du bon pain… ou une amie contorsionniste. Dans tous les cas, l’a mie doit être molle, élastique, blanche de préférence, mais avec un beau bronzage en surface qui rend doux comme une belle fesse. Une langue, dans ce cas, ne trouve plus rien à redire. Mais faut pas être rassis ni rassiste, même quand l’amie est brune en dedans et en dehors, c’est bien correct. La langue ne voit pas grand différence, parce que son ouïe n’est pas sur son cou. Non, la langue, c’est dedans le cou. Mais on ne voit rien quand on est dedans le cou. Oui, je sais, ma mère n’arrêtait pas de me dire que si je voulais tout comprendre, je devais être dans le cou, mais son plan, ça ne marche pas. Je lui disais que son plan, c’est un plan con, cave. Elle me calmait en disant : Fais pas le con, vexe-toi pas pour ça. Je pense que si elle avait su que je serais con, elle ne m’aurait pas con… çu. Enfin, elle aurait plutôt utilisé sa langue française… pour éviter le con. Encore une autre histoire de langue et de sexe !

Ma langue française, j’essaye de la faire rentrer dans une de vos oreilles sans qu’elle ressorte par l’autre. Certaines Françaises aiment ça, d’autre pas. Et il n’y a rien de pire quand on est chatouilleux sur la chose. Là, ma langue dans votre oreille, vous ne voulez rien savoir ! Vous demandez qu’on garde notre langue dans sa poche… ou sur sa poche, je ne me rappelle plus très bien les pressions exactes qu’on utilise. Encore et toujours une histoire avec les gosses !

Une langue maternelle, ah, ça, ça, c’est bon. L’autre jour, j’ai vu naitre un veau et une langue maternelle qui le nettoyait bien comme il faut. On voyait que le veau comprenait très bien la langue de sa mère, parce qu’il ne bougeait pas du tout. Moi, je ne me rappelle pas d’avoir été léché par ma langue maternelle même si ma mère m’a souvent dit d’avoir une langue léchée. Je ne comprenais rien, parce que je pensais que la langue, ça servait à lécher.

Et c’est là que finalement, j’ai tout compris. Un éclair de génie, je vous dis !

La langue léchée et le french. Voilà ce que ma mère essayait de me faire comprendre depuis tout ce temps. En frenchant, mais en français, pas en anglais s’il vous plait, on lèche la langue de l’autre pour avoir une langue léchée en retour. Ah, ce français, quelle langue coquine ! Mais un peu compliquée, tout de même.

Toutes ces circonci… circonspe… circonvo… circonlocutions dans mes oreilles ! Trop de cire, de cons, de si, et d’ions, ça m’en fait perdre mon lutin. Je n’ai jamais possédé de lutin ! Un lutrin, oui, pour mes partitions. J’en perds mon lutrin… ça ne doit pas être ça, j’ai encore mon lutrin. Si j’étais suffisamment vieux, je pourrais demander à Jules César. Je suis certain qu’il connait ça, lui, cette expression avec le lutin.

Expressions québécoises – 1

On dit souvent du langage parlé des Québécois qu’il est coloré. Ayant été abandonnés par la mère patrie qui brada la Nouvelle-France pour quelques perruques, une partie de notre langage et héritage français remonte au temps de la colonie et n’a pas évolué depuis, ou a évolué de façon bien différente de celui parlé de l’autre côté de la Grande Flaque. Malheureusement, il s’est également enrichi d’une foule de termes anglais que le vainqueur nous a imposés et dont nous nous efforçons aujourd’hui d’évacuer de notre langage. Mais les habitudes sont tenaces, parfois pour le mieux, souvent pour le pire.

Plusieurs vieilles expressions d’origine française et d’autres, plus récentes, font toutefois le plaisir des touristes venus nous visiter et qui les entendent pour la toute première fois. J’essayerai à l’occasion de vous en faire connaitre quelques-unes en vous transmettant mon interprétation personnelle, donc celle d’un usager sur le terrain des vaches, pas nécessairement celle des linguistes.

J’aimerais également savoir si une autre expression véhiculant le même sens existe par chez vous. Alors, ne soyez pas timide et laissez un commentaire.

Pour la première expression bien québécoise, quoi de mieux que d’être de saison.

L’expression est : « Attache ta tuque ! »

Sa variante longue est : « Attache ta tuque avec de la broche ! ».

Sa signification est : « Prépare-toi, parce que ça va chauffer, brasser, secouer, surprendre ou décoiffer ».

Une tuque est tout type de bonnet, principalement en tricot de laine, avec ou sans rebord, avec ou sans pompon ou gland au sommet, avec ou sans cache-oreilles à la péruvienne, avec ou sans cordon. Même si au Québec on utilise ce mot depuis plusieurs siècles, il n’a eu droit à son entrée dans le dictionnaire français que très récemment. Donc, avoir besoin d’attacher sa tuque et a fortiori avec de la broche signifie qu’on risque de se faire décoiffer d’aplomb. Le décoiffage anticipé est plutôt utilisé au sens figuré, comme pour qualifier un film d’action ou pour tout événement sortant du commun ou à suspense. Il peut évidemment s’appliquer au sens propre, comme pour l’essai d’un nouveau manège, d’une voiture sport ou à l’exécution d’une performance élevée ou particulière.

Quant à la fameuse broche, ce n’est ni un bijou, ni un instrument de tricotage, ni un outil pour la cuisson ni une agrafe. On nomme ainsi inadéquatement du fil métallique utilisé pour fabriquer du grillage à poulailler, du fil barbelé, etc.

Alors si vous venez nous visiter, sortez l’expression à un moment opportun, elle vous rendra instantanément hyper sympathique. Et n’oubliez pas de vous acheter une jolie tuque en souvenir, question de l’attacher à votre tête avec de la broche afin d’affronter les grands vents d’hiver ou avant de visionner le dernier Star Wars ou même avant de rentrer trop tard à la maison.

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