Cool, pas cool !

Je veux vous parler aujourd’hui de la langue française et de sa lente mais indéniable assimilation.

Un mot après l’autre, une expression après l’autre, une phrase après l’autre, un anglicisme après l’autre, une mauvaise traduction après l’autre, une absence de néologisme après l’autre, un emprunt après l’autre, voilà comment se produit l’assimilation d’une langue et finalement sa disparition.

L’assimilation, ce n’est pas cool. Utiliser des mots de langue anglaise alors que leur équivalent français existe, ce n’est pas du tout cool.

Les titres anglophones donnés à des articles francophones pullulent partout dans les blogues. Nous trouvons ça plutôt cool. L’assimilation, c’est exactement le fait de trouver cool l’utilisation d’une autre langue que la sienne. Nous croyons la langue française suffisamment forte pour qu’elle évite l’assimilation et pourtant nous la faisons disparaitre un peu plus chaque jour.

L’agent d’assimilation, ce n’est pas seulement notre voisin, ni l’Américain, ni le Brit, ni le cinéma, ni la télé. Non, l’agent assimilateur, c’est nous-mêmes d’abord et avant tout. Par snobisme, nous utilisons une expression populaire anglaise sans chercher à la traduire et à la rendre aussi élégante dans notre propre langue. Nous ne faisons pas l’effort de trouver le mot français existant équivalent. Nous adoptons les néologismes anglais dont la construction du mot ne respecte aucune règle du français, comme e-mail. Nous faisons fi des traductions convenant mieux à notre langue pour lui préférer le mot anglais. Si le mot français inventé ne s’origine pas de la mère Patrie, il ne sera pas adopté.

Françaises et Français, vous êtes déjà assimilés à la culture et à la langue anglaise et vous feignez l’ignorance. Vous jouez aux snobs, aux babas cool, plutôt que de défendre votre langue. Vous dépensez plein d’énergie à la dévaloriser et ne mettez aucun effort à la protéger simplement en l’utilisant adéquatement, en évitant de larder vos textes de mots, de termes et d’expressions de langue étrangère alors qu’existent d’excellents équivalents français et meilleurs la plupart du temps.

Écrire notre langue, c’est une histoire de respect, tout d’abord envers nous-mêmes, envers nos parents, notre culture, nos origines, notre histoire, notre peuple, les écrivaines et écrivains qui nous ont précédés. Le plus désolant est de constater que les anciennes batailles menées pour la protéger, la diffuser, l’enseigner ne pèsent plus rien, nous indiffèrent, nous emmerdent.

Moindre effort, paresse, manque de vigilance, jemenfoutisme, snobisme, nous utilisons toutes ces mauvaises raisons pour écrire en franglais. C’est exactement de cette façon que les langues disparaissent actuellement, que les langues ont disparu dans le passé et que le français disparaitra.

Lorsqu’il ne restera plus que les académiciens, les linguistes et les chercheurs pour comprendre notre langue, ils se demanderont quel événement charnière a causé la dérive et la disparition de l’usage du français.

Je peux facilement répondre à cette question. L’événement charnière, c’est le titre anglais de votre prochain article de blogue, car l’usage est le moteur des changements et votre participation à ce petit jeu constitue tout sauf un geste anodin. Malgré qu’il soit très lourd de conséquences, vous tentez de minimiser sa portée, son importance et son influence.

Si l’influence de l’usage de l’anglais est si minime, pourquoi alors angliciser les textes? On utilise l’anglais justement parce qu’on recherche une portée plus forte, un impact plus puissant, plus d’exotisme. Donc on use de l’anglais en sachant parfaitement que sa portée, son importance et son influence sont tout sauf anodines, et ce malgré les dénis outragés. Voilà exactement comment agit un agent d’assimilation, il agit en faveur de l’anglais tout en niant nuire au français.

En pensant que votre titre anglais est plus précis, résume mieux votre contenu, définit mieux votre pensée, c’est que votre pensée est déjà assimilée. La langue française peut exprimer tout ce que vous voulez avec la précision, l’intensité et l’émotion désirées. Nul besoin de recourir à l’anglais. Votre cerveau a déjà accepté d’adopter cette langue et a déjà entamé le processus d’oubli du français en le dévalorisant insidieusement sous des airs cool. 

En immergeant un concombre dans le vinaigre, il n’existe aucun moment charnière où celui-ci se transforme soudainement en cornichon. Voilà comment une langue se perd, se noie et meurt, en transformant ses atomes un à la fois, un simple mot à la fois, un simple titre de blogue à la fois.

Utiliser l’anglais dans le titre de son blogue et dans son contenu, c’est pas chouette, c’est pas chic, c’est pas tendance, ni sympa, ni rigolo, ni super, ni extra, ni épatant! L’un ou l’autre de ces mots français remplace avantageusement le mot cool selon les circonstances. Les nuances s’en voient ainsi multipliées.

J’ai sciemment utilisé le mot cool dans le titre afin d’aborder le processus d’assimilation en cours. Cool est maintenant entré officiellement dans le dictionnaire français alors que si nous avions choisi d’utiliser l’un ou l’autre des multiples termes français aptes à le remplacer, ce mot littéralement peu évocateur du sens qu’on lui donne serait resté du côté anglais et nous n’aurions rien perdu puisque nous n’avons rien gagné en choisissant d’utiliser ce mot étranger. Au contraire, nous avons perdu au change en délaissant la richesse de notre langue qui nous proposait déjà un florilège d’équivalences adaptées à toutes les occasions.

Des origines de quelques mots

Voici une revue de quelques étymologies véridiques additionnées de remarques personnelles dont je vous laisse le soin de leur trouver un qualificatif. Amusez-vous.

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Pyjama vient de l’hindoustani (hindi) et signifie «vêtement de jambe». Je ne comprends donc pas comment les Indiens ont réussi à devenir aussi nombreux tout en utilisant ce détestable vêtement.

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Parlant de vêtement de jambe, vous portez plutôt un jean, un blue-jean. Son tissu est en fait un «bleu de Gênes». Il était porté par les gens pauvres de cette région, car sa résistance le rendait apte à supporter les durs travaux. Qu’il devienne le vêtement de toutes les générations et de toutes les modes est aussi ridicule que de croire que la vulgaire pomme de terre deviendrait le légume le plus populaire! Euh! J’ai raté quelque chose?

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Le mot pomme désigne un fruit bien connu. Mais pomme vient du latin poma signifiant simplement fruits. Quant au nom latin de la pomme, c’était malum! C’est pourquoi on utilise toujours aujourd’hui le mot pomme dans le sens de fruit en général comme dans les termes pomme de terre, pomme de pin et les fameuses pommes de route. La vilaine pomme qui tenta les amants du paradis terrestre doit être considérée dans son sens vague et métaphorique de fruit (défendu), sans référence à une pomme telle qu’on le représente aujourd’hui. Comme quoi, une simple pomme peut devenir sujet de Discorde.

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Parlons alors de discorde, dis-corde, absence de corde, de lien. Échec de l’objectif de se corder, d’être ac-cordés. Sincèrement, je préfère l’harmonie. Du mot latin harmonia et du grec signifiant «assemblage». Qui s’assemble se ressemble, et tout ce qui se ressemble s’accorde sans discordance.

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Coriace provient du latin corium signifiant cuir. Alors si vous trouvez un steak coriace, êtes-vous certain que la bête a bien été dépouillée avant sa cuisson?

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Plus d’une bête coriace vivait au Jurassique. Le mot Jurassique fait référence au massif du Jura situé en France et en Suisse où une couche sédimentaire affleurante montre clairement le passage de cette époque géologique chargée entre autres de dinosaures. Réaction d’un paléontologue: «C’est vrai, on me le jura (sic)!»

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Le mot continent vient du latin continens terra, les terres continues, ou encore de continere signifiant «tenir ensemble». C’est pourquoi un incontinent est quelqu’un qui ne peut plus tenir et fuit dans son ensemble.

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Arctique vient du latin arcticus et du grec arktikos. Tous deux font référence aux constellations de la Grande Ourse (Ursa Major) et la Petite Ourse (Ursa Minor). Arktos signifie indistinctement ours, nord ou pôle Nord. La Petite Ourse abrite d’ailleurs l’étoile Polaire. L’ours polaire et son territoire sont donc représentés par un même mot. En revanche, Antarctique, l’anti Arctique n’est pas seulement à l’opposé géographique, mais ce continent est bel et bien exempt d’ours polaires. Est-ce parce qu’avec ce nom, les mammifères carnassiers blanchis ne se sentaient pas les bienvenus?

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On sait que le mot volcan vient du dieu romain du feu Vulcain. Ce qu’on sait moins en revanche c’est que ce ténébreux personnage mythologique a été trompé par sa femme Vénus. Alors si votre ami vous confie avoir été trompé, vous pouvez le traiter de vulcain, un synonyme de cocu. Ce n’est pas très gentil, alors attendez-vous qu’il devienne rouge de colère, qu’il se mette à tressauter et qu’il finisse par exploser en vous crachant à la figure.

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Le mot boson, comme dans boson de Higgs, a été nommé ainsi en l’honneur d’un physicien indien du nom de Satyendranath Bose. S’il s’était nommé à l’inverse, on serait aujourd’hui pris à parler d’un satyendranathon de Higgs. Parfois, rarement, les événements tombent pour le mieux, il faut donc les noter et s’en réjouir quand ça arrive.

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Les restes de l’Australopithèque surnommée Lucy datant de 3,2 millions d’années ont été découverts en 1974 en Éthiopie sur les bords de la rivière Awash. Le soir de sa découverte, les chercheurs répertoriaient les fragments alors que jouait la fameuse chanson des Beatles «Lucy in the Sky with Diamonds», inspirant le surnom de notre ancêtre. Quant au titre de ce tube, il fait référence à la drogue hallucinogène, le LSD. J’ignorais que cette drogue existait depuis si longtemps! Lucy serait-elle morte d’une surdose?

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Plusieurs noms communs masculins ayant une terminaison en -ée d’apparence féminine sont des francisations de mots latins se terminant en  -eum ou -æum. J’en ai répertorié plusieurs, dont apogée, gynécée, hypogée, lycée, mausolée, musée, prytanée et trophée. En anglais, quelques mots parmi ceux-ci ont conservé le suffixe original latin et même la graphie latine complète comme lyceum, mausoleum et museum. Alors quand on dit que l’anglais n’est pas une langue latine, ces contre-exemples anglais, plus latins que leurs équivalents français, montrent bien qu’une langue, c’est plutôt étonnant. À preuve, la langue de ma copine est étonnamment…

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Volubile émane du mot latin volubilis, de volvere signifiant «qui tourne aisément». Une plante volubile s’enroule aisément autour d’un support. Une personne volubile parle beaucoup, avec rapidité et facilité. Vous ai-je déjà parlé de la langue étonnamment volubile de ma copine qui…

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«Lucy, chérie, je t’en prie, n’en fait pas un sujet de discorde! Voilà, d’accord, je me tais. Mes lecteurs ne sauront rien sur ta volubilité linguale. Tiens, prends une pomme et va écouter tes Beatles en lisant mon blogue d’hier sur le boson de Higgs. Ça t’évitera de préparer un plan visant à me déporter sur le continent Antarctique vêtu d’un seul blue-jean ou d’un pyjama. J’ai beau être coriace, on n’est plus au Jurassique où ces terres frôlaient l’équateur. Maintenant, on y gèle tellement que même les ours polaires n’osent pas y mettre la patte. Cet endroit deviendrait mon mausolée. Et le pire, si éloigné de toi et si proche du mont Erebus, je suis certain de me retrouver vulcain.»

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Des coordonnées géographiques bien particulières

Les coordonnées géographiques s’avèrent très pratiques lorsqu’on les entre dans une application, comme Google Earth, qui nous retourne la position terrestre en nous la montrant sur le globe.

Toutefois, il est très difficile de retenir ces chiffres subdivisés en degrés, minutes et secondes, tant en latitude qu’en longitude. La base sexagésimale utilisée pour les subdivisions complique beaucoup la capacité de mémorisation. Je ne connais pas par cœur les coordonnées du lieu où j’habite. Le contraire me semble plutôt exceptionnel.

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Longitude et latitude

Cependant, l’avantage de ce système réside dans sa logique. En prenant le premier chiffre, les degrés, de n’importe quelles longitude et latitude, nous pouvons grossièrement situer ce point sur la mappemonde et connaissant préalablement quelques concepts simples.

Les coordonnées fonctionnent comme un graphique à deux axes. La latitude reste la plus facile à comprendre. À l’équateur, sa valeur vaut 0° puisqu’il sert naturellement de référence, d’origine commune entre le Nord et le Sud. Au pôle Nord la latitude vaut 90° N et au pôle Sud 90° S. Toutes les latitudes sont donc des cercles parallèles. Si je donne des valeurs de 30° N ou 45° S, on a vite compris que le 30° N équivaut au tiers de la distance séparant l’équateur du pôle Nord. Quant au cercle 45° S, il se trouve exactement à mi-chemin entre l’équateur et le pôle Sud.

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La longitude donne plus de fil à retordre à comprendre puisque dans l’axe vertical, la Terre est séparée en quartiers d’orange. Chaque séparation entre les quartiers qu’on nomme «méridien» prend également une valeur exprimée en degrés. Mais la référence, le 0° ne se situe naturellement nulle part. Il a donc fallu statuer sur une ligne quelconque et après bien des luttes de pouvoir entre Paris et Londres, la référence 0° fut établie à l’observatoire de Greenwich en banlieue de la capitale anglaise.

À partir de ce zéro degré, la Terre est divisée en deux moitiés. Vers la droite donc vers l’Est, les longitudes vont jusqu’à 180° E. À l’inverse, vers la gauche, elles se déclinent jusqu’à 180° O. Notez que tous les points situés exactement à 180° E et à 180° O sont au même endroit puisque ces coordonnées se rejoignent à l’antipode du méridien de Greenwich.

Ainsi, en maitrisant ces informations fondamentales, il est facile de placer n’importe quel point sur le globe même si on ne retient pratiquement jamais aucune série de coordonnées par cœur.

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What3words

Certains ont donc voulu résoudre quelques problèmes des coordonnées numériques actuelles qui s’expriment en base sexagésimale (multiples de 60) en inventant un système qui permettrait de retenir plus facilement certaines localisations et leur solution consista à utiliser le langage naturel, les mots du quotidien. Ce système ne remplace pas les coordonnées géographiques standards puisque sa résolution est limitée par la grille initiale qui subdivise la Terre en 9 m2 (3 m x 3 m).

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Pour chaque parcelle, le système assigne trois mots. La combinaison de ces trois mots engendre l’unicité de la localisation. À première vue, ce système semble intelligent puisque retenir trois mots communs fait partie de nos compétences naturelles, mais à mon avis il possède trop de défauts pour le rendre utilisable.

Mots choisis par (faux) hasard

Tout d’abord, les mots sont choisis par faux hasard qui tient à bonne distance les parcelles partageant un même mot. Ainsi, deux localisations limitrophes ne possèderont pas deux mots semblables pour laisser seulement le troisième générer l’unicité. Alors, pour chaque 9 m2 d’un terrain d’un hectare, il faut retenir une série de 1100 triplets de mots que rien ne relie entre eux.

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La langue

Le système est disponible en plusieurs langues. Il faut 25 000 mots pour établir les adresses de tous les lopins terrestres. Le problème est qu’il faut oublier l’unicité d’identification. Une traduction des mots s’avère impossible puisque certains mots différents en anglais peuvent amener à un même mot en français. D’autre part, quelle définition doit-on prendre pour un mot anglais? Par exemple, «pipe» peut signifier «pipe» ou «tuyau» en français. Lequel des deux choisir pour la traduction? On voit donc que ni une traduction directe ni un nouveau choix de mots dans une autre langue ne solutionne le problème. Chaque lopin a donc autant d’adresses qu’il existe de langues dans le système, soit environ 25 dans un avenir proche.

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Surfaces versus intersection

Le concept d’identifier des surfaces plutôt que des intersections limite grandement l’usage de ce système et influe directement sur d’autres caractéristiques que vous découvrirez en poursuivant votre lecture.

La précision

À cause de l’identification de surfaces, un grand défaut inhérent consiste en son manque de précision, jamais meilleure qu’une délimitation minimale d’une surface de 9 m2. Pour plus de précision, rajouter un quatrième mot? Déjà on comprend la fragilité de ce système.

La bidimensionnalité

Dans une tour, avec le système de 3 mots, tous les étages sont définis par les mêmes coordonnées contrairement au système de positionnement global qui transmet également l’élévation par rapport au niveau moyen de la mer. Il faudrait un quatrième (ou un cinquième) mot pour définir la hauteur.

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Une petite surface couverte par plusieurs subdivisions

Un lopin qui vous appartiendrait ne correspondra jamais parfaitement à une surface de la grille de référence de ce système. Ainsi, pour votre carré de sable, vous ne devrez pas retenir une seule série de trois mots, mais peut-être jusqu’à quatre triplets pour un total de douze mots.

Oui, il est plus facile de retenir trois mots communs que des coordonnées géographiques basées sur les degrés, minutes et secondes, mais c’est valable très localement, par exemple pour votre entrée de maison. C’est d’ailleurs l’une des raisons fondamentales de l’invention de ce système.

Dans des lieux reculés, les adresses civiques n’existent pas toujours. Avec trois mots communs, une personne pourrait se faire localiser sur la surface de la planète. Cependant, avec les défauts précédemment cités, ce système ne peut pas être utilisé universellement alors que sa prétention initiale voulait justement définir une localisation terrestre unique.

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Un système propriétaire

La technologie n’est pas ouverte, elle est détenu par l’entreprise privée What3Words. Tout système privé de ce genre fait lever les oreilles de bien des gens. Dans ce cas-ci, la compagnie What3Words décline toute responsabilité advenant qu’elle retranche un mot pour le remplacer par un autre. On voit assez rapidement le bordel survenir à des systèmes de livraison qui auraient adopté ce standard.

Une idée, mais…

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, je qualifie ce système de «fausse bonne idée». Elle émane en principe d’un besoin de trouver une solution à certains problèmes, toutefois, elle crée tellement d’autres inconvénients collatéraux qu’à mon avis, il n’est pas envisageable ni même possible de l’utiliser dans son état actuel.

Attendons plutôt la version 2.0, ou mieux encore, la version 7.4! Cependant, selon moi, ce système finira plutôt par disparaitre.

Expression québécoise — 7

Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas confronté à un mot ou à une expression typiquement québécoise.

Pour cette septième particularité de la langue de chez nous (en vérité, ça en fait 8 à cause de la 1,5), voici le mot d’aujourd’hui: «tapocher».

Étymologiquement, il provient du mot «taper» et probablement de «taloche» puisque le verbe «talocher» existe (donner une taloche), mais son sens diffère du verbe «talocher».

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Je vous avise que les sens donnés au mot dans cet article proviennent de moi en tant qu’utilisateur. Je ne suis pas linguiste et je ne prétends pas que mes définitions sont valables.

Premier sens: taper maladroitement sur quelque chose ou quelqu’un.
Les enfants tapochent sur des tambours bien avant d’en jouer. Ils tapochent aussi leur petite sœur. Donc, on tapoche sur quelque chose, mais on tapoche quelqu’un. «
Arrête de tapocher ta sœur!»

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Tapocher sur un instrument de percussion s’exécute sans rythme et sans retenue, créant des sons bruyants et désagréables.

Une taloche existe, mais pas une tapoche, pas vraiment, enfin trop peu pour le considérer. Le nom commun est quasi absent, seul le verbe est régulièrement employé.

Si «talocher» est surtout utilisé dans le sens de donner une ou des claques, tapocher peut se faire avec la main ou le poing ou même le pied.

En l’analysant dans un sens plus large, tapocher peut également exprimer «donner une rossée», «rosser quelqu’un» surtout lorsqu’il est utilisé comme un euphémisme dans une phrase menaçante. «Si t’arrêtes pas, m’a te tapocher!». Ou encore entre deux adversaires qui s’affrontent dans un ring «regarde le favori tapocher l’aspirant», «il lui donne toute une raclée».

Cette même phrase est également considérée au sens figuré. Tapocher devient ainsi une façon d’exprimer la venue prochaine d’une volée de mots crus ou insultants ou des représailles.

Bloguer, twitter, de kessé ?

En ce qui concerne le média, j’utilise l’orthographe « blogue » acceptée dans le Grand Robert. Rendre français un terme d’une autre langue avec une orthographe plus proche de l’orthographe des mots français se fait depuis toujours.

Quant au verbe, lorsque j’écris un roman, je ne romance pas,  j’écris. Le verbe existe, mais sa signification est différente. Quand j’écris des poèmes, je ne poétise pas, j’écris. Quand j’écris des essais, je n’essaye pas, j’écris. Quand j’écris dans un journal, je ne journalise pas, j’écris. Quand j’écris des pièces de théâtre, vous aurez compris que je ne piècedethéâtrise pas. Et quand j’écris un article de blogue, j’écris aussi. C’est tellement plus simple. Je publie un article sur mon blogue. Évidemment, avant de le publier, je le compose, je le révise, je le corrige. Ces mots existent et je ne vois aucune utilité à trouver d’autres termes à chaque fois qu’un nouveau média fait son apparition dans nos vies. Un néologisme francisé pour les noms communs définissant le média utilisé, c’est parfait. Mais les verbes d’action, de grâce, retenons nos ardeurs ! Ça reste toujours un travail d’écriture, rien de plus. On peut aussi coder, crypter et encoder si on écrit en morse ou en java ou en TSQL ou en hiéroglyphes. Cependant, on n’a jamais morsé, javanisé, tsqlisé  ou hiéoréglyphisé.

La même confusion s’est produite avec les « alunissages ». Quand on va sur Mars, sur Vénus, sur Phobos ou sur la Lune, on atterrit. On ne marsit pas, on ne vénusit, comme on ne devrait pas plus phobosir. Le verbe alunir et son nom commun alunissage peuvent se comprendre, car c’était la première fois que l’humanité atterrissait sur un autre astre. Mais si on est obligé d’inventer un nouveau verbe et tous ses dérivés et conjugaisons à chaque astre sur lequel on va poser un objet ou nos pieds, on n’a pas fini d’inventer des mots inutiles.

Donc, j’écris toujours dans ou sur quelque chose. Il ne me reste plus qu’à nommer le média. Nouveau média ? Nouveau nom commun, that’s it. Pas nécessaire d’inventer des verbes avec toutes ses conjugaisons et dérivés.

Je ne twit, twite, twitte, tweet, tweete, ou touitte pas. J’écris sur mon fil Twitter. Et puisque Twitter est une marque de commerce, pas un nom commun ni un verbe, aucune traduction n’est nécessaire. On peut aussi gazouiller, faire des gazouillis si on est un gazouilleur. Ces mots existants peuvent parfaitement s’appliquer au fait d’écrire sur un fil Twitter.

Donc, puisque je tiens un blogue, suis-je un blogueur ? Le Grand Robert le reconnait, car  il n’existait aucun équivalent. C’est comme dire que je suis un rocker parce que je joue de la musique rock. Cependant, il n’existe pas des mots pour chaque style musical. Reggaeur, classiqueur, r&beur, souleur, musiquedascenseureur ou jesaispasdansquelcatégorieclasserceluilaeur n’ont jamais existé. Je ne suis donc pas obligé d’inventer une profession à chaque média différent.

Il ne faut pas se tromper, je suis le premier à demander des néologismes en français dans le monde de la technologie, mais pas au détriment des règles de la composition des mots en français. Cependant, on cherche à imiter les anglos qui rendent commun la moindre marque de commerce et de dériver tous les adjectifs et verbes, comme si écrire n’existait plus à partir du moment où on le fait sur son compte Twitter, ou sur la FaceDeBouc ou lorsqu’on envoie un texto.

Alors, calmons nos ardeurs sur les verbes néologiques inutiles et continuons simplement d’écrire puisque c’est exactement ce qu’on fait et qu’il n’existe pas de verbe plus précis qu’« écrire » pour désigner ce qu’on fait quand on « écrit ». Par contre, enrichissons notre vocabulaire en ajoutant des mots français pour désigner les différents médias.

Je termine sur l’horreur suivante, le verbe « googler » pour montrer l’imbécillité de la chose en ce qui concerne les mauvais et inutiles verbes. Je garde pour moi la marque de papier que j’utilise lorsque je vais au petit coin et j’évite surtout d’en faire un verbe. Je continue toujours à me tor…dre en deux quand j’entends « j’ai googlé ».

Expressions québécoises – 4

L’expression est : « courir la galipote ».

En français, il existe le galipot et les galipettes, mais pas la galipote.

Le galipot [galipo] est une résine exsudant des arbres résineux ou encore un produit destiné à imperméabiliser les coques de bateaux fabriqué à partir du galipot des arbres.

Les galipettes sont des cabrioles. Ce sont aussi des jeux coquins, des ébats où les pirouettes ne ressemblent en rien à celles de notre enfance. Faire des galipettes avec une jolie partenaire, ça tient son homme vert.

La signification de « courir la galipote » est : « Multiplier les rencontres amoureuses d’un soir ». «  Sortir et flirter tout ce qui bouge ».

En ce sens, « galipote » semblerait plus tenir des galipettes que du galipot, mais l’analyse ne se termine pas ici.

Quand on court la galipote, on picole. On boit pour flirter et on flirte pour frayer.

Académiquement, c’est mener une vie de débauche, plus spécifiquement axée sur des amours sans lendemain.

Le correcteur Antidote admet le mot galipote comme québécisme.

Courir la galipote n’est pas toujours gage de succès. On peut très bien courir la galipote sans marquer une seule touche. C’est plus dans l’intention que dans le résultat qu’on court la galipote. Pour certains plus habiles, le dénouement est plutôt assuré. Pour d’autres, ils auront beau courir la galipote, ils rentreront tout de même bredouilles.

En anglais, le mot galipot existe également. Il est parfois écrit « gallipot». Certains le prononcent comme galipot en français alors que d’autres prononcent le t, exactement comme pour le mot galipote. Il tire ses origines du mot français galipot et signifie la même chose, a pitch.

Il est donc possible que « galipote » provienne de la prononciation du mot galipot par des anglophones dont nous aurions calqué leur prononciation. D’ailleurs, la plupart des anglophones prononcent mon nom en insistant sur le t à la fin (Lecorbote).

Quant à la relation entre une résine et le fait de s’envoyer fréquemment en l’air, il se peut que pour fabriquer du galipot, il faille courir d’arbre en arbre afin d’en recueillir une quantité suffisante. Ainsi, on court après les conquêtes comme on court après le galipot. On court la galipote.

De Jules, de César, des Gaulois et d’une certaine langue commune

Lorsqu’on fait partie des irréductibles Gaulois comme moi, on ne se laisse pas facilement assimiler. Gaulois comme moi, diriez-vous ? Certainement ! Une partie de mes ancêtres étaient gaulois, enfin, bretons, c’est presque pareil. L’autre partie n’est pas Gauloise, même si elle fumait le calumet de paix. On mettait probablement des Gitanes dans le calumet. Parait que ça se fume. Selon un Français ! Mais faut toujours être circonci… circonlo… circonvo… circonspect avec les déclarations des Français.

En déclarant leur indépendance, les Français ont voulu couper les cheveux de leur reine pour leur donner une belle Égalité. Ils ont raté leur coup, la tête y est passée au complet ! C’est certain qu’ils devaient avoir trop Picolé, mais celui-là ils l’ont pas mis dans leur devise. Ils ont prétexté que c’était pour la Liberté, mais c’est faux parce qu’ensuite ils l’ont refilé aux Américains. Moi, je leur aurais plutôt donné leur reine avec sa tête à part. Me semble que ça aurait plus ressemblé aux Américains. Et parait-il qu’ils ont également parlé de Fraternité. Encore un autre problème avec l’Égalité ? Oui, l’Égalité des sexes. Elle est où la Sororité dans leur devise ?

Eh ! vous de l’Hexagone ! Vous ne croyez pas que les fameuses bandes dessinées d’Astérix se prêtent bien plus à nous décrire, nous, les Québécois ? Vous savez, l’encerclement général, l’absolue infériorité du nombre, l’omnipotence du voisin, sa culture envahissante, l’ennemi infiltré dans nos rangs, la ressemblance physique des personnages, le chien édenté inutile, la potion magique (nos bières), les poissons puants (certains ex-ministres), les dolmens en ruines (nos autoroutes), les festins au sanglier (nos partys de poutine au bacon), le chef instable sur son bouclier (les tergiversations de nos derniers PM), le barde impopulaire (notre meute de chanteurs-chanteuses envahissant vos oreilles) et j’en passe.

Franchement, les Astérix, ce sont nous, les Québécois, entre autres parce que vous remplacez toutes nos expressions québécoises par des astérisques à défaut de les comprendre. Je connais même un corbot qui s’amuse à vous les expliquer. Quand on vous parle, vous répondez Quèskidiz ? Quèskidiz ? J’ai cherché dans tous vos dictionnaires et ce mot n’ex-i-ste pas. Faque vot argot ! Utilisez plutôt des vrais mots français comme catarrhiniens, hyoscyamine, chloasma, yeomanry ou jablotchkoff si vous voulez le moindrement vous faire comprendre, parce que Quèskidiz, j’ai juste envie de vous répondre : Dekessékidilala !

Et les Gaulois, c’était dans le temps de Jules César, non ? Oui ? Il vous a vraiment traumatisé ce Jules César. Quand une femme trouve chaussure à son pied, vous dites qu’elle a trouvé son… Jules. Et les gars appelle leur petite amie une… Césarienne, je crois. Oui, oui, l’autre jour, un Français m’a dit : « on m’a eu par Césarienne ». Ouais, nous c’est plus par les gosses. Vous parlez d’enfants alors qu’on en est seulement rendu aux préliminaires, encore aux couilles.

On a beau parler la même langue, ma langue refuse totalement de parler comme la vôtre! Facile à comprendre pourquoi on ne vous comprend pas. Vous refermez votre bouche quand vous parlez pour ne laisser qu’un tout petit trou. De plus, vous parlez moitié français, moitié anglais. Quand vous utilisez votre langue, vous dites que vous frenchez au lieu de simplement dire que vous parlez français. Votre excuse c’est que vous mettez les mots dans la bouche de l’autre, mais on ne vous entend pas très bien. Enfin, on entend des slurp ! des schlitsh ! ou des achoupf ! Quelle langue vous parlez ? Hum ? Français ? Mon œil !

La langue, c’est comme du bon pain… ou une amie contorsionniste. Dans tous les cas, l’a mie doit être molle, élastique, blanche de préférence, mais avec un beau bronzage en surface qui rend doux comme une belle fesse. Une langue, dans ce cas, ne trouve plus rien à redire. Mais faut pas être rassis ni rassiste, même quand l’amie est brune en dedans et en dehors, c’est bien correct. La langue ne voit pas grand différence, parce que son ouïe n’est pas sur son cou. Non, la langue, c’est dedans le cou. Mais on ne voit rien quand on est dedans le cou. Oui, je sais, ma mère n’arrêtait pas de me dire que si je voulais tout comprendre, je devais être dans le cou, mais son plan, ça ne marche pas. Je lui disais que son plan, c’est un plan con, cave. Elle me calmait en disant : Fais pas le con, vexe-toi pas pour ça. Je pense que si elle avait su que je serais con, elle ne m’aurait pas con… çu. Enfin, elle aurait plutôt utilisé sa langue française… pour éviter le con. Encore une autre histoire de langue et de sexe !

Ma langue française, j’essaye de la faire rentrer dans une de vos oreilles sans qu’elle ressorte par l’autre. Certaines Françaises aiment ça, d’autre pas. Et il n’y a rien de pire quand on est chatouilleux sur la chose. Là, ma langue dans votre oreille, vous ne voulez rien savoir ! Vous demandez qu’on garde notre langue dans sa poche… ou sur sa poche, je ne me rappelle plus très bien les pressions exactes qu’on utilise. Encore et toujours une histoire avec les gosses !

Une langue maternelle, ah, ça, ça, c’est bon. L’autre jour, j’ai vu naitre un veau et une langue maternelle qui le nettoyait bien comme il faut. On voyait que le veau comprenait très bien la langue de sa mère, parce qu’il ne bougeait pas du tout. Moi, je ne me rappelle pas d’avoir été léché par ma langue maternelle même si ma mère m’a souvent dit d’avoir une langue léchée. Je ne comprenais rien, parce que je pensais que la langue, ça servait à lécher.

Et c’est là que finalement, j’ai tout compris. Un éclair de génie, je vous dis !

La langue léchée et le french. Voilà ce que ma mère essayait de me faire comprendre depuis tout ce temps. En frenchant, mais en français, pas en anglais s’il vous plait, on lèche la langue de l’autre pour avoir une langue léchée en retour. Ah, ce français, quelle langue coquine ! Mais un peu compliquée, tout de même.

Toutes ces circonci… circonspe… circonvo… circonlocutions dans mes oreilles ! Trop de cire, de cons, de si, et d’ions, ça m’en fait perdre mon lutin. Je n’ai jamais possédé de lutin ! Un lutrin, oui, pour mes partitions. J’en perds mon lutrin… ça ne doit pas être ça, j’ai encore mon lutrin. Si j’étais suffisamment vieux, je pourrais demander à Jules César. Je suis certain qu’il connait ça, lui, cette expression avec le lutin.

Festivals et correspondances.

L’été au Québec est court, mais intense en festivals. Chaque région, chaque ville, village ou bled possède le sien. Ces lieux souvent pittoresques tentent d’attirer le plus de visiteurs lors d’une journée, de quelques jours, d’une semaine et même plus dans les grandes agglomérations. La récurrence d’un thème dans un même lieu permet à la population de planifier ses vacances et aux organisateurs d’acquérir une expérience essentielle au bon déroulement de toutes les opérations.

Ces moments de gloire ou de gloriole annuels, comme une courte vidéo virale sur notre chère toile, nous permettent de découvrir les charmes des lieux, leurs spécificités, leurs richesses et leurs coutumes. La plupart des années, je me déplace pour assister à un ou à plusieurs de ces événements parmi une panoplie allant du festival du cochon de Sainte-Perpétue jusqu’au Festival de jazz de Montréal qui attire ses deux millions de visiteurs chaque année. Bon, j’avoue, je ne suis jamais allé voir les courses qui consistent à attraper un cochon graissé que je considère comme une barbarie moyenâgeuse. Les pauvres gars sont maltraités sans aucun ménagement par de jeunes cochons qui les poussent dans la boue, méritant amplement leur titre de « porcs ». Bon, retenez-vous d’appeler la Société protectrice des animaux, la police, mon ex ou l’hôtel aux grandes manches liées dans le dos, je blague. Mais ce festival existe réellement et malheureusement, avec ce nom de Sainte-Perpétue, on ne s’étonne pas qu’il revienne chaque année comme les perséides ou la crise d’herpès.

Festivals d’astronomie, de gastronomie, de musique en tout genre, y compris un festival western qui attire son demi-million de festivaliers dans un village de 4 000 habitants, festivals de montgolfières, de tirs de tracteurs, de la poutine (pas le dictateur, l’autre), d’archéologie, de la mode, du homard, des contes, des grandes orgues, de la gibelotte, de la Nouvelle-France, et cætera. Il y en a vraiment pour tous les fous. J’ai aussi mon festival fétiche, le festival de blues à Tremblant où j’ai parqué ma roulotte voilà maintenant sept ans.

Je reviens tout juste du festival « Les correspondances d’Eastman ». Ce joli village de la région des Cantons de l’Est offre une intéressante programmation autour du thème de l’écriture épistolaire. Je n’y étais encore jamais allé malgré ses quinze années d’existence et au cours de cette période, sa programmation s’est élargie pour englober l’ensemble des styles d’écriture. On y rencontre pas mal d’auteurs, dont notre immortel Danny Laferrière qui se fait une joie d’agir cette année en tant que porte-parole.

Certaines activités se tiennent en pleine forêt. D’autres sont réparties dans plusieurs jardins fleuris, sur des terrasses près de cours d’eau ou sous des chapiteaux. L’atmosphère y est détendue, les lieux superbes et odoriférants, les vendeuses de souvenirs s’avèrent être peu nombreuses, sympatiques et totalement dénuées de babioles bon marché fabriquées sur le continent où l’on rit jaune.

Dans le prochain article, je vous parlerai de l’atelier littéraire que j’ai suivi et qui m’a inspiré un sujet de réflexion. Je tairai pour l’instant le thème abordé, mais j’aimerais bien recevoir vos commentaires à la suite de sa publication. Alors, rendez-vous à la même adresse et à l’heure de votre choix pour lire cet article dédié à un sujet lié à l’écriture et conséquemment, à sa lecture.

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De l’usage et de l’avenir du français.

Cet article fait suite à celui intitulé « La langue des Gaulois d’Amérique ».

Bien sûr, la langue française continuera de s’épanouir, en partie par ses emprunts, comme ce fut toujours le cas. Mais alors, où se situe le point de non-retour au-delà duquel une langue s’éteint ? Effectivement, le français est empreint de latin, de grec, de perse, d’anglais, d’italien, d’espagnol et d’une quantité importante de mots d’autres origines. Si elle s’était cantonnée, elle aussi serait disparue. Son évolution future l’amènera-t-elle à mieux repousser son extinction ou, au contraire, s’éteindra-t-elle pour avoir été trop libertaire la rendant ainsi trop facilement assimilable ? Question sans réponse dans l’immédiat. Quoi qu’il en soit, parler notre langue, l’écrire, la diffuser, l’exiger, la défendre, la faire évoluer, sans relâche, le plus souvent, le plus loin, le mieux possible, tout francophone devrait souscrire à ces obligations au meilleur de ses capacités. C’est par une vigilance de tous les instants et par nos efforts mis en commun que la langue française demeurera vivante, belle et utile.

Le français se situe au sixième rang des langues les plus parlées, loin derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si elle n’est pas encore en voie d’extinction, elle est indéniablement en danger. Nous ne devons jamais croire qu’elle subsistera toujours. Par conséquent, chaque attention que nous lui portons a son mérite. Parmi ceux-ci, la création de néologismes revêt une importance stratégique, car ce sont par eux que les langues restent vivantes. Nous trainons toujours de la patte, surtout dans le domaine des technologies qui concentre la grande majorité des néologismes. Nous en venons ainsi à utiliser le terme anglais malgré sa lexicologie française déficiente. On n’a qu’à penser à « e-mail ». Au Québec, on a inventé le mot-valise « courriel », en parlant du courrier électronique. Ça ensuite permis d’inventer le mot « pourriel » dont la signification ne vous échappera certainement pas.

Enfin, pour assurer l’avenir du français, dès qu’il sera possible, nolisons plusieurs grands vaisseaux spatiaux, emplissons-les de colons francophones et envoyons-les peupler une nuée d’exoplanètes. À défaut d’avoir gagné la bataille ici-même, donnons au moins la chance au français de refleurir ailleurs. Et qui sait si un jour, les Kepleriens, les Proximiens ou les Béréniciens auront des troupes de théâtre présentant Les Précieuses ridicules, La Cantatrice chauve ou Les Belle-sœurs ? Quel beau cadeau à donner à la communauté intersidérale que léguer une langue et une culture ayant la richesse du français. Ce présent pourrait aussi convaincre un possible Gouvernement des Planètes Fédérées que le sort de l’humanité vaut mieux que celui réservé aux peuples belliqueux assoiffés de pouvoir et insensibles à la destruction de leur planète dont nous sommes les indignes et sauvages représentants. Une langue belle et riche pourrait servir à sauver notre espèce d’une éventuelle action punitive extrême, surtout lorsque cette langue possède tous les atouts nécessaires à son utilisation… en diplomatie.

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La langue des Gaulois d’Amérique

Je suis d’origine québécoise, mes ancêtres sont français et amérindiens. Quand j’étais jeune, tous les gens ordinaires parlaient joual. Ce mot provient de la déformation du mot « cheval ». À l’instar du créole, le joual est un mélange de langues. Dans ce cas précis, le joual louvoie entre le français, le vieux français et l’anglais. Rajoutez-y une grammaire bicéphale, une prononciation lâche sur un fort accent breton moyenâgeux et vous obtenez un résultat plutôt incompréhensible pour les gens d’autres origines.

Durant les décennies 1960 et 1970, la révolution tranquille, c’est le nom qu’on a donné à notre affirmation comme peuple distinct libéré des jougs de l’Église catholique et de la domination anglaise, nous a rapprochés de nos origines françaises. Nous avons peu à peu épuré notre langue des mots et des expressions anglaises de mauvais aloi. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui, car la culture a de la mémoire. Qui plus est, nous sommes 8 millions d’individus rassemblés sur un territoire entouré d’un océan de 400 millions d’anglophones. L’on constate bien évidemment que l’anglais est fortement prisé, il permet mieux que d’autres langues, dont le français, d’inventer des néologismes. À une époque où la technologie avance à un train d’enfer, le français peine à suivre le rythme de création des mots-valises et des acronymes composés à partir de mots techniques.

Tâche difficile pour un peuple géographiquement isolé de protéger sa langue face à une autre langue dont ses hégémonies tant géographique que technologique la rendent si attractive. Nous avons créé des institutions et avons voté des lois pour soutenir notre langue. Nous encourageons les immigrants à parler français. Nous le mettons en valeur, nous l’embellissons, nous y apportons notre contribution et nous travaillons sans relâche à contrer la puissance d’assimilation de l’anglais. Ainsi, nous nous empressons à créer des néologismes lorsqu’un mot anglais, souvent technique, cherche à s’imposer. Nous forçons l’usage des bons mots français ou des bonnes expressions françaises lorsqu’ils existent. Nous produisons nos propres émissions de radios, de télé, nos propres films, notre propre théâtre. Nous écrivons et éditons des tas de livres, malgré leur faible rentabilité. Nous nous efforçons d’être à l’affût des pièges linguistiques qui finissent par dénaturer une langue. Bien sûr, l’anglais reste incontournable qu’on soit Chinois, Russe, Argentin, Finlandais ou Québécois. Paradoxalement, le pourcentage de Québécois parlant couramment l’anglais est en forte hausse depuis notre révolution tranquille, car nous ne combattons pas le bilinguisme, nous combattons l’absence du français. Nous combattons l’anglicisation des allophones au détriment de leur francisation. Nous exigeons de travailler en français, de nous servir en français dans les boutiques, les restaurants et nos institutions logeant sur notre territoire. Plus qu’ailleurs, l’image de l’irréductible village gaulois convient très bien au peuple québécois faisant face à l’envahisseur anglophone omniprésent. Nos caricaturistes montrent d’ailleurs régulièrement nos dirigeants portant les habits de l’un ou de l’autre des personnages de la fameuse bande dessinée. Dans le prochain article, j’aborderai l’évolution de la langue française et son avenir.