T comme dans tout

Aujourd’hui je poursuis ma série d’articles sur un mot commençant par une lettre précise, le hasard a choisi le t. Me restant ensuite à déterminer le mot dont l’entame est un t, je n’ai pas hésité bien longtemps, en fait, pas du tout. C’est tout.

Vous saurez donc tout sur tout, car aujourd’hui je traite surtout de tout et des t qui le composent. Tout. Tout un mot! Et notez qu’il contient 50 % de t.

Cette lettre t [te] possède, elle, la particularité d’être l’homonyme d’un objet ayant sa forme graphique, du moins dans sa graphie majuscule (T), c’est le té du dessinateur. La majuscule est composée d’un trait vertical et d’un trait horizontal appelé traverse placé à son sommet. Elle se distingue de la minuscule dont on a légèrement rabaissé la traverse en la plaçant plus haut que le centre pour ne pas le confondre avec le signe + de l’addition. Le t minuscule possède généralement une patte vers la droite (t).

Quant au mot «tout», pour tout dire, il me parait plutôt court. Et tout peut tout aussi bien devenir un nom masculin, un adjectif, un pronom ainsi qu’un adverbe de quantité. Aussi bien dire qu’il peut pratiquement tout faire.

La dominance de la lettre t dans son orthographe est atténuée par le fait que le dernier t est muet. Quant au premier t, il se prononce [t], une consonne occlusive dentale sourde. En phonétique, tout s’écrit [tu].

Adjectif

Étrangement, tout ne fait pas partie des adjectifs superlatifs. En adjectif qualificatif, il s’apparente aux mots «complet, entier et intégral», pourtant tout n’en est pas un synonyme. Le Grand Robert précise qu’«il a une valeur moins nette, qu’il doit à sa forme monosyllabique et à ses rôles de mot grammatical». Ainsi, tout n’est pas tout. En tant que subtilité de la langue française, il faut le faire! Tout est également un adjectif indéfini exprimant la totalité, sans exception, la globalité ou la généralité ou une périodicité comme dans «tous les jours». Il se fait généraliste comme dans «à tout coup, en tout état de cause, etc.».

Pronom

En tant que pronom, il prend généralement les formes plurielles «tous ou toutes» et il se prononce [tus, tut]. «Ce sont tous de parfaits idiots. Elles vont toutes mourir.» Toutefois, la forme singulière est utilisée en opposition à rien. «Tout ou rien. Tout est parti en fumée. À tout prendre. Bon à tout faire.» Il résume également une liste prédéfinie. «Alcool, drogue, sexe, tout pour ne plus y penser».

Nom

En tout et partout, ce n’est pas encore tout, car tout est aussi un nom masculin. Le tout qu’on subdivise, qu’on partage. «C’est tout ou ce n’est rien du tout». On renforce une négation avec «pas du tout» qui joue alors à l’adverbe (absolument pas). C’est un nom pris dans un sens binaire, sans compromission, dans «le tout ou rien».

Adverbe

Et enfin, il se fait adverbe de quantité pour désigner la globalité, l’entièreté, synonyme de totalement, complètement, entièrement, exactement. Il devrait donc être invariable, mais ce n’est pas vraiment ou toujours le cas. On écrit «les tout premiers», mais dans une expression présentant un adjectif féminin, il s’écrit au féminin «la toute première».

Avec du féminin pluriel il s’accorde également en genre et en nombre «les toutes premières», mais pas nécessairement si l’adjectif féminin commence par un h muet comme dans «tout hivernale» ou une semi-voyelle «tout oisive». Dans ces cas de figure, la règle devient floue, les auteurs divergent d’opinion et on retrouve de tout. Enfin, l’adverbe tout reste invariable dans d’autres circonstances dont je vous fais grâce.

Le mot de la fin

En introduction, j’ai menti lorsque je vous ai écrit que vous sauriez tout sur tout. Tout est l’un des mots les plus complexes de la langue française et le maitriser relève de l’exploit, sinon de la légende urbaine. Et tout urbaine qu’elle soit, la légende de tout connaitre sur tout est surtout surfaite. Tout en ratisse peut-être trop large pour que nous comprenions tout, même en étant tout ouïe. Un point, c’est tout.

Des moitiés très détestables

Pour les adeptes du compromis, les fanas de la demi-mesure, les amoureux de la poire tranchée en plein cœur, je veux vous prouver que parfois, mieux vaut rien… ou tout, mais surtout pas la moitié.

Pour les hommes, se raser seulement la moitié gauche de la barbe (valable aussi pour les femmes à barbe)

Pour les femmes, se raser seulement l’aisselle gauche

Trouver la moitié d’un ver dans une pomme que l’on vient de croquer

Son parachute qui s’ouvre à moitié

Retrouver seulement la moitié du billet gagnant de la méga loterie

Enjamber la moitié d’une clôture

Nager la moitié d’un lac

Être à moitié en amour… et l’autre moitié aussi en amour

Changer de sexe… juste la moitié gauche

Et enfin… être à moitié fou

Pour l’avoir essayé, je confirme qu’il vaut mieux l’être entièrement, ou pas du tout.

Je vous laisse imaginer de quel côté j’ai préféré arrêter mon choix.