Édition et désinvolture

Dans le milieu de l’édition de livres, l’innovation est devenue nécessaire et pas simplement par rapport au contenu. Cette pression qu’ont les éditeurs s’exprime de différentes façons. Certains d’entre eux essayent d’appliquer indistinctement la recette gagnante d’autrefois, alors qu’à l’autre bout du spectre, d’autres cherchent par tous les moyens à couper les frais au maximum.

L’affluence importante et même grandissante aux kiosques des salons du livre semble démentir ce besoin d’innover, c’est le grand paradoxe du moment, car il est inutile de le cacher, l’édition du livre vit une crise technologique et générationnelle.

C’est toujours étonnant d’entendre parler des écrivains qui ont vainement tenté de trouver un éditeur pendant plusieurs années et qu’ils ont obtenu un franc succès et même remporté plusieurs prix littéraires en utilisant des méthodes d’édition non conventionnelles. Les professionnels du domaine de l’édition sont-ils totalement dépassés qu’ils ne comprennent plus comment faire leur boulot qui est, entre autres choses, de bien connaitre le lectorat afin de découvrir des œuvres inédites et inusitées qui s’avèreront intéresser ce public ?

L’an dernier, lorsque j’ai transmis mon manuscrit à plusieurs maisons d’édition, seriez-vous étonnés de savoir qu’une faible minorité parmi eux a eu la politesse ainsi que le professionnalisme d’envoyer une lettre ou un courriel de refus, et encore moins un accusé de réception. Le travail d’édition commence d’abord et avant tout par la récolte de textes auprès des auteurs. Leur démontrer un minimum de respect en les avisant du verdict du comité de lecture est, selon moi, une expectation tout à fait raisonnable.

N’est-ce pas là bâcler le travail d’édition dès le début du processus ? Je n’ignore pas que nous vivons dans une ère où les considérations pour autrui partent à vau-l’eau, tant personnellement que professionnellement. Le travail de l’éditeur, un métier séculaire, semble lui aussi malheureusement faire partie de la catégorie peu enviable des métiers renégats. Pourtant, à ce que je sache, écrire un modèle de lettre de refus est à la portée de tout éditeur, à moins que certains se considèrent comme analphabètes ! Ce modèle est ensuite utilisé autant de fois que nécessaire pour signifier aux auteurs le verdict relatif à leur manuscrit. Si on rajoute à cela la simplicité et l’économie des envois par courriel, je ne trouve aucune raison valable d’ériger cette désinvolture en mode opératoire normal. Ils auront beau s’indigner du nombre démentiel de manuscrits à lire, dont la plupart s’avèrent être de qualité médiocre, rien ne justifie, à mon avis, ce manquement à la politesse la plus élémentaire envers ceux qui fournissent avec confiance et enthousiasme la matière première potentiellement utilisée pour créer leur produit final.

Je comprends parfaitement, surtout au Québec plus que partout ailleurs, que les tirages soient extrêmement faibles et qu’il faille trouver des moyens de diminuer les frais d’édition. Mais ce n’est certainement pas en déversant sur les épaules des auteurs les obligations non littéraires des éditeurs que le problème se règlera adéquatement. Et dans tous les cas, la désinvolture systémique à leur égard n’engendre aucune économie. Par contre, cet épiphénomène des lettres de verdict démontre clairement que les premiers à dénigrer le travail d’édition sont d’abord et avant tout les éditeurs eux-mêmes.

3 commentaires sur “Édition et désinvolture

    1. Je te crois. Parfois, le silence pèse plus que les mots, mais ce qu’il sous-entend est toujours laissé à l’interprétation d’autrui. Les éditeurs muets ne peuvent contester mon analyse de la situation. En gardant le silence, ils ont choisi de laisser aux auteurs la liberté de penser tout ce qu’ils veulent à propos de cette attitude, ou plutôt de ce manque d’attitude.

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