Mon dernier Salon du livre de Montréal ?

Tout comme les librairies qui se transforment peu à peu en magasin de jouets, le Salon du livre de Montréal suit cette tendance amorcée depuis quelques années par ceux qui ont ou avaient la mission de vendre des œuvres en papier.

Autrefois reléguées à l’entrée et à quelques endroits moins achalandés du plancher de l’exposition, aujourd’hui on constate que les enfants sont rois partout dans le salon.

Je suis heureux pour eux qui peuvent maintenant s’abreuver à bien plus d’œuvres que les seules bandes dessinées ou les livres pour bébé comme ce fut longtemps le cas. On trouve aujourd’hui une multitude de collections visant tous les âges de l’enfance et de l’adolescence. Mais force est de constater que le livre continue sa transformation inéluctable en jouet.

Je louvoie sur une mer peuplée d’une myriade de petites pattes effrénées. Tous les grands kiosques arborent fièrement une ou plusieurs sections pour enfants. Mondialisation oblige, les gros éditeurs de sont regroupés et ont créé des entités encore plus importantes. Ils occupent la très grande partie des mètres carrés disponibles. Quant aux petits éditeurs, ils brillent de plus en plus par leur absence à cause de leur incapacité à se payer l’espace plancher devenu hors de prix par rapport à l’espérance des ventes.

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Ce salon autrefois riche en littérature de toutes sortes restreint maintenant beaucoup son offre en l’orientant de plus en plus vers le jouet. Évidemment, l’offre suit la demande qui ne cesse de régresser pour les livres papier ordinaires de plus en plus achetés en ligne en format électronique et qui ne demandent pas de subir tous les inconvénients reliés à la fréquentation d’une foire publique.

Je constate également que le salon se dégarnit. Beaucoup de l’espace plancher est maintenant aménagé avec des aires de repos de toutes sortes. Ça détonne par rapport aux « belles » années où la fatigue des clients ne semblait pas du tout inquiéter les organisateurs tellement la demande pour obtenir un espace pour installer un kiosque était grande.

Personnellement, je constate une certaine nostalgie, mais d’un autre côté, mon esprit résolument tourné vers l’évolution me fait dire qu’elle ne fait que suivre son cours normal. Ma peine provient de mes nombreuses années à travailler dans le fascinant domaine de l’impression et de l’édition. Je m’en remettrai.

Sauf que d’année en année, je me reconnais de moins en moins dans ce qui trône sur les rayons des éditeurs. Peut-être était-ce mon dernier rendez-vous puisque je n’ai plus de kids à emmener bouquiner. L’an prochain, je pourrais en emprunter un, question de revivre la magie de la découverte des livres en papier. Par hasard, vous n’en auriez pas un à me suggérer ?

Sous la contrainte des créatures

Dans mon dernier article traitant de l’écriture de fiction, j’abordais le concept de la création de personnages crédibles. Ils doivent se démarquer les uns des autres et pour ce faire, l’auteur doit cesser de puiser dans ses propres expériences ou lectures passées. Inventer des vies totalement imaginaires auxquelles les lecteurs croiront instantanément reste un exercice pouvant s’avérer complexe et périlleux, mais rempli de satisfaction pour un auteur réussissant ce délicat travail. Parfois, les inspirations adoptent de bien curieux chemins pour atteindre notre conscience. Voici un exemple.

J’avais besoin de créer un être troublé. Une image m’est soudainement apparue de lui et, étrangement, celle-ci prenait peu à peu la forme d’un poème. Une fois l’exercice terminé, je possédais tout ce dont j’avais besoin pour l’insérer dans la trame du livre, son passé, sa façon de penser, son état d’esprit. Lorsque je l’ai inscrit dans l’histoire, j’ai dû respecter son schème en le faisant réagir conséquemment, tout en lui fabriquant un discours représentatif de sa nature. Ma créature était devenue autonome et m’imposait des choix que je n’avais pas prévus en amont. Le livre prenait ainsi une tournure évolutive orientée différemment de mes désirs initiaux. Le personnage me contraignait à accepter ses réactions naturelles ou à le jeter par-dessus bord et à tout recommencer.

N’ayant pas la possibilité d’insérer le poème, il est devenu orphelin. Je vous le présente, n’hésitez pas à me dire si sa lecture vous transmet une certaine image dudit personnage.

J’abrite la haine

J’abrite la haine
Depuis le jour où je suis né
Depuis le sein trop refusé
Depuis les caresses oubliées
J’ai pleuré à m’en fendre l’âme
J’ai vidé des torrents de larmes
Inutiles solitaires vacarmes

J’abrite la haine
Depuis mes premiers jours d’école
Pris dans ce corps chétif à l’os
Incapable de défendre ce fol
Je vis otage des malins
J’envie les rages du destin
J’emplis d’orages mes deux mains

J’abrite la haine
L’adolescent sans avenir
Les filles aux regards sans désirs
Je me recourbe et je soupire
Je me destine à la violence
Ne me dis pas ce que t’en penses
Tu ne pèses rien dans la balance

J’abrite la haine
L’adulte aussi est pris au piège
Incantations et sortilèges
On me contraint au gris ou beige
Le bonheur toujours en cavale
Tous mes espoirs, je les ravale
Foutu, combat contre le mal

J’abrite la haine
Avec tes sales manigances
Tu crois à ton intelligence
Mais quelle déplaisante résistance
Tu redoutes mon regard oblique
Je confronte ta piètre logique
Remplis de mensonges empiriques

J’abrite la haine
Ce monde est meilleur pour les autres
Ni prédicateur ni apôtre
Une vie heureuse si tu te vautres
Mes pensées n’intéressent personne
Elles dérangent trop pour qu’elles résonnent
On les abrille ou les maçonne

J’abrite la haine
Funeste tsunami d’émotions
Volcanisme en ébullition
Nucléarisé champignon
Surtout ne me fais pas rager
Je t’explose sans même broncher
Humanité déshumanisée

J’abrite la haine
Je hais ce monde et ses sujets
Je hais les rois et leurs laquais
Je hais mes voix et leurs secrets
Je hais les merveilles en exil
Je hais mon existence futile
Je hais l’univers inutile

J’abrite la haine

La véracité des personnages

Composer un roman peuplé de plusieurs personnages oblige l’auteur à imaginer des caractères différents et à les rendre plausibles. Il n’est pas possible de tout tirer de ses propres expériences ou des gens qu’on a déjà connus, enfin pas en ce qui me concerne. Il faut alors inventer des vies.

Lorsque je forge un univers, chaque créature n’appartient qu’à elle. C’est ni moi, ni une ex-copine, ni un ami ou ennemi actuel ou passé. Pour que l’histoire soit réaliste, l’exercice m’oblige à ressentir comme eux, avec leur façon de voir leur passé et leur histoire, avec leur caractère unique, leur beauté intérieure, mais aussi avec leurs défauts et leurs vices.

La méthode la plus facile pour générer aisément un personnage quelconque est de plaquer une sorte d’étiquette dans son dos. L’auteur lui donne seulement une portion de vie. Après avoir composé une foule de personnages fictifs, je perçois immédiatement cette ellipse de la part de certains auteurs. Ça évite de s’attarder à rendre l’individu un peu plus complexe, un peu plus réaliste, un peu plus humain. Du même souffle, ça permet évidemment à l’auteur de garder une distance émotive avec ceux qu’il n’aime pas, qu’il déteste ou qu’il refuse de regarder en pleine face.

Plonger au cœur de l’atrocité, du malheur, de la douleur, des afflictions, de la méchanceté, de la perversité n’est pas chose facile. Créer des demi-vies simplifie bien des choses et permet surtout de s’assurer de conserver cette fameuse dualité du bien et du mal si chère aux gens. La laideur humaine nous horripile naturellement. Il est facile de jouer sur ce sentiment. On presse le bouton et les poils du lecteur se dressent instantanément. En polarisant son histoire, l’auteur engendre un flux dans un sens unique. 

Cette façon d’écrire un roman dénote l’incapacité de l’auteur à s’immerger totalement dans la nature de ses créations. En ne présentant qu’une seule facette ou les seules facettes en lien direct avec l’objectif primaire du livre, l’écrivain réductionniste s’évite les tourments de l’immersion prolongée dans les noirs arcanes de la nature humaine et attire une interprétation unanime du lectorat sur la beauté ou la laideur de ses sujets. Présenter un carton tout noir ou tout blanc ne porte pas aux nuances, mais aucun individu réel n’est totalement uniforme.

L’autre manière d’aborder le réductionnisme des caractères en version légèrement améliorée est la rédemption. Pensez aux films Star Wars et au père de Luke Skywalker comme porte-étendard de ce style. Il est totalement méchant, sauf à la toute fin, une invraisemblance à s’en décrocher les côtes. Bien sûr, dans cette saga exclusivement axée sur le bien et le mal, il est difficile de ne pas réduire les personnages puisqu’il faut les installer dans un camp ou dans l’autre en ne laissant quasiment rien entre les deux.

Une autre technique couramment utilisée dans les polars est le monstre tapi au fond d’une personne apparemment ordinaire. Là encore, la dualité reste à l’honneur. Puisque le jack in the box surgit soudainement à la fin, l’auteur et son lectorat ont peu l’occasion de marcher en compagnie du loup pendant qu’il reste déguisé en mouton. 

Inventer un personnage crédible oblige l’auteur à lui créer un passé complet et complexe. Il ne doit pas naitre au moment où son nom est écrit pour la première fois. Dès les premières lignes traitant de cette personne, le lecteur doit avoir l’impression qu’il est de chair, d’os et de sentiments. Si l’auteur parvient rapidement à crédibiliser l’existence du personnage, le lecteur comblera les zones d’ombres ou de silence avec son imagination. L’auteur insufflera une vie complète dans la tête du lecteur sans devoir toute la raconter dans ses moindres détails.

N’ignorez pas la complexité des vies de vos créatures. Elle multiplie les interprétations possibles et c’est exactement, selon mon point de vue, une des grandes qualités d’un bon roman, la véracité de ses personnages.

Complété n’est pas synonyme de terminé

L’autre jour, j’abordais le sujet d’écriture de fiction, car depuis deux ans, j’écris un roman qui se veut un préambule à un autre roman écrit celui-là il y a une vingtaine d’années. L’œuvre sera bientôt prête. Le terme bientôt doit être compris dans le sens d’un bientôt écrivain. C’est donc que l’histoire est complétée et actuellement je me farcis la énième passe de corrections avant de la considérer comme étant plus ou moins terminée.

Sans l’avoir délibérément décidé au début de l’ouvrage, je me suis retrouvé à écrire environ cent-cinquante segments que j’ai ensuite rassemblés en les raboutant chronologiquement. D’une idée à l’autre, le roman prenait ainsi de l’ampleur et de la complexité tout en conservant une ligne directrice précise. L’œuvre met en scène une quarantaine de personnages dont seulement quelques-uns, une vingtaine d’années plus jeunes, proviennent du roman original. Bien sûr, tous les rôles ne s’équivalent pas. Certains d’entre eux passent comme des étoiles filantes tandis que d’autres se retrouvent dans plusieurs occurrences. Très peu ont l’honneur de tenir l’un des principaux rôles.

Je ne recommanderais pas de choisir cette technique d’écriture puisqu’elle engendre d’énormes difficultés, dont celle de gérer l’horaire de tout ce beau monde. Les invraisemblances temporelles se multiplient rapidement lorsqu’une aussi grande quantité de personnages interagissent et discutent d’événements s’enchainant en cascade alors que l’écriture fut tout sauf linéaire. 

Ce livre me fournit une multitude de difficultés à surmonter, mais selon moi, les défis font partie du plaisir d’écrire. C’est un roman d’action à saveur policière, une histoire contemporaine inventée, mais plausible qui ne m’a pas été inspirée d’un fait quelconque. Malgré ma propension naturelle à utiliser des concepts scientifiques, ici je n’en aborde aucun, ou si peu !

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J’ai beaucoup aimé fabriquer ce scénario où une foule d’histoires disparates s’entrecroisent et s’entrechoquent, pour finalement toutes s’incorporer dans la grande toile de fond. Un fait étrange, presque ésotérique de l’écriture, est lorsque je ponds des personnages d’arrière-plan dès le début sans savoir s’ils pourront jouer un certain rôle et qui, beaucoup plus loin, se voient confier une partie essentielle de l’histoire. Ne pas l’avoir eu sous la main, il aurait fallu que je l’invente. Donc, celui-ci n’apparait pas subitement, comme tiré d’un chapeau. Je n’ai pas non plus à reprendre plusieurs segments pour lui composer un passé, il possède déjà un vécu. 

Actuellement, même si je décrète cette histoire complétée, je me permets encore de rajouter quelques paragraphes ici et là afin d’améliorer la fluidité ou la compréhension générale.

Même si écrire un roman exige des efforts considérables, cet exercice recèle une foule de plaisirs et de satisfactions que toute personne peut connaitre tant qu’elle accepte les sacrifices inhérents. Composez une histoire simple, un cadre limité, quelques personnages et voilà ! Mais je vous mets en garde, le vrai travail d’écrivain commence à partir du moment où l’œuvre est complétée. Car si elle contient bien tous les éléments nécessaires, ceux-ci ne prendront de la valeur que sous le martelage intensif des touches de votre ordinateur. Seules d’innombrables lectures fastidieuses ponctuées de retouches simples ou en profondeur amèneront le travail à un niveau acceptable permettant aux lecteurs d’éprouver de l’intérêt et du plaisir.

Vous verrez également qu’un roman restera toujours une œuvre inachevée. À un certain moment, l’écrivain doit accepter de la délaisser et lorsqu’il le fait, c’est toujours à contrecœur. Si vous n’éprouvez pas ce sentiment devant votre œuvre, relisez-la comme un lecteur étranger, pas comme l’auteur, et vous verrez exploser les points à améliorer.

Les romanciers ne terminent jamais leurs œuvres, seuls les lecteurs les terminent lorsqu’ils les referment, en espérant que cela survienne après qu’ils aient lu la dernière page.

Écrire de la fiction

Je trouve une sorte d’équilibre dans l’écriture en orientant mes travaux le long de deux pôles. Les premiers sont consacrés aux œuvres de fiction. Romans, nouvelles, poèmes, je garde normalement ces écrits à l’extérieur de mon blogue, sauf à l’occasion, un poème, puisque son format se prête à celui d’un article de blogue. Ce sont les seules œuvres de fiction que je m’autorise à placer ici, car oui, ma poésie est fictive. Tous les autres articles écrits depuis trois ans ne contiennent que du contenu original et sont exempts de fiction. Vous pouvez donc être assuré de lire ce que je pense parce que je pense chaque mot que j’écris.

Comment faire alors pour écrire ce que l’on ne pense pas ? Comment écrire de la fiction ? Il n’est pas donné à tout le monde d’inventer de toute pièce et aisément des histoires crédibles. Certains signes peuvent aider à savoir si ce travail pourrait s’avérer plutôt facile ou, au contraire, passablement ardu.

J’avise immédiatement le lecteur. Mon opinion ne vise aucunement à décourager quiconque d’écrire de la fiction. Elle présente plutôt une façon de reconnaitre des talents innés, ou à se préparer à vivre quelques difficultés conséquentes. Rien n’est impossible lorsqu’on accorde le temps, les techniques et les efforts adéquats.

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La page blanche. Tout d’abord, voyons ce syndrome un peu embêtant pour un auteur de fiction. Si la page blanche l’assaille systématiquement, écrire de la fiction risque d’être un exercice difficile puisque celle-ci exige en général une imagination abondante et une inventivité flexible. Car, non seulement faut-il créer une histoire tirée (presque) du néant, mais elle devra bien souvent être triturée pour qu’en version finale, l’histoire coule le plus fluidement possible.

L’introspection versus l’extrospection. Un auteur plus à l’aise avec l’introspection pourrait trouver son style dans le récit, la biographie, le portrait, la poésie, les œuvres techniques plutôt que les œuvres de pure fiction. Tous les styles apportent leur lot de difficultés, mais choisir le plus naturel pour soi, du moins au début, permet d’accomplir et de terminer plus efficacement ses premières œuvres.

L’observation. C’est possible d’inventer des personnages ex nihilo qui ne sont pas des entités extraterrestres quelconques. La plupart des auteurs s’en tiennent à créer des humains. Les expériences de vie et les observations portées sur le monde entrent grandement en ligne de compte dans la facilité qu’aura l’auteur à imaginer une brochette de gens aux comportements distincts sans qu’ils soient des copies d’autres personnages, de personnes de son entourage ou de lui-même. Observer, c’est accumuler une panoplie de comportements différents permettant de créer une banque d’idées servant ensuite à composer des caractères originaux crédibles.

L’analyse. Inventer des personnages et des histoires ne suffit pas à écrire de la fiction. Un auteur doit posséder certains talents d’analyste pour revoir tous les aspects de son œuvre. La cohérence est ici le mot clé de toute bonne histoire de fiction puisque l’auteur désire faire d’une irréalité une vérité plausible aux yeux de son lectorat.

Oeil

L’autocritique et l’humilité. Une histoire fictive n’est pas bornée par la réalité, cette grande liberté contient également les germes menant à l’invraisemblance. Un auteur de fiction doit donc appliquer une autocritique à chaque étape de son travail. Sans cette capacité de se relire comme étant une personne distincte de l’auteur, écrire de la fiction risque d’engendrer des œuvres défaillantes et causer plus de frustrations que de plaisirs. Reconnaitre sans effort, sans gêne et sans amertume les faiblesses dans son travail apporte les outils permettant son amélioration et son peaufinage.

Les dialogues. Presque essentiels à toute œuvre de fiction, les dialogues se doivent d’être crédibles et percutants. Deux ou plusieurs personnes, la plupart du temps très différentes, échangent, s’opposent et s’influencent mutuellement. Il ne peut pas exister un seul style de langage, les gens sont différents et parlent différemment. Si l’auteur trouve difficile d’imaginer des mots dans la bouche d’autres personnes que lui-même ou ses proches, des mots qu’il n’a jamais entendus ou prononcés de sa vie, des mots qu’il n’ose pas prononcer ou même imaginer, des façons de dire qui ne sont pas les siennes, ces limites peuvent rendre l’écriture de fiction plus complexe.

Inutile

L’abandon. Enfin, le dernier mais non le moindre, pouvoir abandonner une mauvaise idée, un mauvais chapitre, une mauvaise décision, un mauvais personnage semble plus facile à penser qu’à faire. Tuer une partie de son œuvre n’est jamais simple pour un auteur ayant mis tout son cœur dans une idée qui s’avère être une erreur parmi le reste de l’œuvre. Je me suis donné un truc pour accepter de me débarrasser d’un personnage ou d’une idée inappropriée. Il ne faut jamais jeter ses idées ou ses personnages aux orties. Ce sont des produits parfaitement recyclables. Un jour viendra peut-être où l’idée ou le caractère laissé en plan viendra alimenter une autre œuvre.

Tout travail doit quand même commencer par l’essentiel et écrire de la fiction n’échappe pas à cette règle de base. D’abord et avant tout, se faire plaisir.

Q comme dans Québec

Voici donc le douzième article traitant d’une lettre et d’un mot commençant par celle-ci. Vous trouverez tous les autres articles à cette adresse.

Puisque le nombre douze est important dans l’histoire des humains, je lui accorde une lettre mal-aimée, le pauvre Q.

À la petite école, j’ai appris à nommer cette lettre « que » [kǝ]. Si on n’osait même pas prononcer son vrai nom [ky] à cause d’un homonyme vulgaire, ça commençait plutôt mal pour elle. Même sa calligraphie était altérée. Je me souviens des lettres majuscules et minuscules tracées entre deux lignes. Le Q majuscule était devenu une sorte de 2 pédant cherchant à faire disparaitre la queue du cul.

En phonétique, le q se prononce [k] comme la lettre k, comme dans Québec. C’est à se demander à quoi il sert si ce n’est de quelques prononciations distinctes du groupe « qu » comme dans les mots équations ou quartz [kw]. Il peut également prendre la forme [ku] (cou) comme dans le mot équilatéral.

En français, on lui adjoint systématiquement la lettre u, comme si un q ne peut rien faire seul. Je ne démentirai pas cette supposition.

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Dans le dictionnaire épuré de ses sigles, des 485 mots commençant par un q, seulement 6 n’ont pas un u en deuxième place et parmi ceux-ci on retrouve le q lui-même, l’abréviation qqch., l’acronyme QWERTY et Q-mètre, un appareil mesurant le facteur de qualité des bobines afin de connaitre le déphasage du courant qu’elles induisent dans des circuits électriques. Ne restent que 2 mots étrangers, qat et qi gong. Dans tous les mots de langue française, un u (un nu) vient à la rescousse du q (cul).

Plusieurs mots commençant par cette lettre tirent leur origine du chiffre quatre. Je dénombre exactement quatre-vingts mots commençant par la racine quad-, quarante-six dont le début est quart- et vingt-trois autres avec la racine quatr-. Seuls deux mots n’étant pas des abréviations, des sigles ou des composés se terminent par un q, le cinq et le coq.

En mathématique, le ℚ représente l’ensemble des nombres rationnels, c’est-à-dire les fractions (quotient). On voit souvent la forme « p/q » pour désigner une fraction quelconque où p et q sont des nombres entiers.

En minuscule, q est le symbole de l’unité de mesure du quintal valant cent kilogrammes. Autrefois, au Québec, avant notre adhésion au système métrique, un quintal valait 112 livres, à peine plus de la moitié d’un quintal métrique (220,5 livres).

Aucun symbole d’élément chimique ne commence ni ne contient un q. Cette absence est unique dans le tableau périodique. Le becquerel, une unité de mesure de l’activité nucléaire du système international utilise le symbole Bq. Au Scrabble, la lettre Q vaut 8 points sur un maximum de 10.

Dans l’avenir, le mot commençant par un q qui changera nos vies à tout jamais, est qubit. Il est formé du mot bit que tout le monde connait et de la racine qu- pour quantique. Qubit est donc un bit quantique, l’unité de calcul avec laquelle fonctionnent les ordinateurs quantiques.

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La province de Québec tire son nom d’un mot algonquin signifiant « là où le fleuve se rétrécit ». Cet endroit correspond à l’actuelle ville du même nom, capitale de la province. La façon d’écrire ce mot amérindien a beaucoup changé avant de se stabiliser. Qvebecq, Quebeck, Kebbek et Kébec ont tous été antérieurement utilisés.

Aujourd’hui, au Québec, « tout commence par un Q et finit par un bec », dixit l’indépendantiste Pierre Bourgault dans les paroles de la chanson « Entre deux joints » de Robert Charlebois. Si le Québec parvenait à son indépendance, il serait le deuxième pays dont le nom commence par un Q, l’autre étant le Qatar.

Dans le langage de l’OTAN utilisé en aviation et à bien d’autres endroits, la lettre Q est justement représentée par le mot Québec habituellement prononcé à l’anglaise [kw].

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On définit souvent les Québécois comme des gens imaginatifs, artistiques et complexés. Évidemment, cette courte description ne peut qu’être réductionniste, mais elle me parait dans l’ensemble plutôt juste. Nous craignons le jugement des autres peuples. La critique nous atteint facilement et profondément.

La nation évolue à grande vitesse depuis les années 1960, depuis notre révolution tranquille, et elle ne cesse de se transformer. Un grand défi est de conserver notre côté « tissé serré » tout en accueillant généreusement les gens provenant de l’immigration. Étant noyés dans une mer d’anglophones partout autour de nous, notre sensibilité face à notre culture nous rend naturellement craintifs. Et pourtant, nous sommes un peuple très pacifique et particulièrement fier de l’être. 

Évidemment, cet article ne prétend pas décrire le Québec et les Québécois en long et en large. Je tiens cependant à souligner qu’entre ces deux mots commençant par un q, nous préférons largement le premier au second. La qualité avant la quantité, cela aussi est une assez bonne façon de décrire la moyenne des Québécois.

Pour terminer cet article parlant de q, s’il parait vulgaire, sans lui, que serions-nous ? Certainement un k désespéré.

Guide d’interprétation des cris du Corbot — 1

Ce guide me servira pour inviter les lecteurs à s’y référer lorsque leur interprétation ne correspond pas, ou risque de ne pas correspondre, à l’esprit de mes textes.

Je voudrais tellement que cet article soit le dernier de sa série, mais je ne m’illusionne plus depuis belle lurette, raison de sa numérotation.

Pour cette entrée en matière, comment interpréter correctement mon cri lorsque je fais référence à l’humain ou à l’humanité, surtout lorsque je décris ses pires défauts. Plusieurs de mes lecteurs pensent que je généralise, que je globalise les humains, que j’arase leurs différences. Rien n’est plus faux.

Je me sens malheureusement obligé d’expliquer certains fondements de ma pensée, même ceux qui me semblent les plus évidents. Oui, j’ai été éberlué de constater que bien des gens ne font pas ou ne veulent pas faire la différence entre une probabilité et une généralité. Je vais donc l’expliquer ici même à l’aide d’un support visuel.

Courbe-Gauss

Parmi les courbes de ce graphique, l’une d’elle montre une généralité où tous les humains sont identiques sur un point, celle qui ne montre aucune diversité, la ligne de couleur cyan. Ce graphique serait adéquat si la question était de savoir par exemple combien de cerveaux ont les humains. Affirmer que les humains ont un cerveau, c’est émettre une généralité représentée par la courbe cyan ayant une probabilité de cent pour cent sans écart type.

Par contre, si la question posée permet un grand nombre de réponses et si l’échantillonnage est élevé, il apparait systématiquement la fameuse courbe en cloche, la courbe de densité de Gauss. Elle présente la distribution des humains et les probabilités de trouver la majorité d’entre eux, de situer les pires et les meilleurs en rapport avec une question précise.

Dans la réalité, cette courbe n’apparait jamais aussi parfaite, mais elle s’applique partout, peu importe le sujet traité, dès que le nombre d’individus est élevé. Et à 7,3 milliards d’humains, on ne se trompe pas sur la quantité mise en examen. Il est facile de constater la différence entre une distribution et son contraire, une généralisation.

Dans mes articles, je ne généralise jamais un comportement lorsque je décris « l’humain ». Je concentre habituellement mon attention autour du pic de densité. Mais il y a des exceptions et je peux également décrire des comportements d’individus qui se situent tout au bas de la courbe, soit les pires de leur espèce. Dans ces circonstances, j’utilise encore la formule « l’humain » pour parler d’eux. Est-ce une faute ? Si l’on s’entend sur le principe de la courbe en cloche, il faut interpréter mes croassements en conséquence. Les pires humains sont des individus faisant également partie de l’humanité. Et concernant l’humanité que je décris dans plusieurs de mes articles, voici ma position.

Les humains sont égaux, mais n’influencent pas leurs semblables de façon égale. Souvent, ce sont les pires qui détiennent le pouvoir et ils dirigent l’humanité là où ils le veulent, sans égard aux volontés des autres et peu importe leur nombre. Lorsque j’utilise le terme « humanité », je ne cherche jamais à décrire individuellement chacun des humains. Je décris le mouvement global de l’humanité orienté par très peu d’individus.

Vous savez maintenant comment interpréter les cris du Corbot lorsqu’il écrit « humain » ou « humanité ». Alors j’aimerais bien en terminer avec la fausse idée que je cherche à mettre tout le monde dans le même bac. 

Dans mes futurs articles, je ne rajouterai aucune précision qui, à mon avis, est superflue car triviale. Dorénavant, lorsque les lecteurs exprimeront cette opinion, je les référerai à ce texte.

Cependant, je me questionne sur cette propension à considérer mon opinion comme une généralisation des humains, une compression outrancière de la courbe de Gauss. Mon comportement serait parfaitement inapproprié et surtout inexact. Mes pensées s’élèvent bien au-dessus de ce niveau simpliste de raisonnement, n’en déplaise aux pistoleros de la critique.

Rejeter en bloc le fondement de mes textes par cet argument équivaut à les mettre dans un gros sac vert pour en disposer plus facilement, tout cela parce les cris du Corbot dérangent.

Nous désirons tous se savoir au-dessus de la moyenne, surtout très au-dessus de la moyenne. La réalité se veut rarement aussi condescendante, alors l’esprit cherche une échappatoire. Interpréter inadéquatement les cris du Corbot apporte inconsciemment l’issue par laquelle il est possible de se défiler en douce.

Cette généralisation qu’on me prête, elle ne m’appartient pas, alors je la retourne à leur propriétaire.

F comme dans français

Voici le temps venu de m’attaquer à une autre lettre de notre alphabet et à un mot commençant par celle-ci. Aujourd’hui, dans ce onzième article de la série, je traite de la sixième lettre et d’un mot pas ordinaire.

Pauvre f ! Une lettre qui en souffre, s’il en faut. Sa graphie majuscule (F) l’expose à tomber sur le côté, déséquilibré par un centre de gravité trop élevé et une asymétrie difforme peu esthétique. Seul le P partage ses mêmes défauts et tous les deux se ressemblent étrangement. Le F me fait penser à un E raté ou à un P tronqué parce qu’écrit trop près de la bordure du papier.

Et encore plus étonnant, le p remplace souvent le son du f lorsqu’il est associé à un h comme dans les mots francophone, éléphant, camphre et phallus. Phallait phichtrement se phoutre du f pour le transphormer si phréquemment et phrénétiquement en ph !

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En français, 3519 mots commencent par cette lettre, dont 616 adjectifs, et pas les moindres. Fabuleux, fameux, fantastique, faste, fécond, féérique, fervent, fiable, fin, fleuri, formidable, fort, fougueux, frais, franc, friand, fructueux, fruité, fulgurant, futé, le f semble fait pour formuler des finesses et des flatteries.

On ne peut toutefois faire abstraction de son autre face lorsqu’il est fâché, factice, fadasse, faiblard, faillible, fallacieux, falot, famélique, fantoche, fauché, fautif, faux, félon, fétide, fielleux, flasque, flétri, foirard, foutu, frauduleux, frelaté, frigide, fripé, fruste ou futile. L’hypothèse d’un f fin est donc réfutée.

523 autres adjectifs se terminent par un f, la plupart adoptant la terminaison -if au masculin.

La sonorité du f est une fricative labiodentale sourde. Autrement dit, c’est un frottement, un souffle formé par le resserrement du canal vocal et l’utilisation simultanée des lèvres et des dents pour émettre des basses fréquences. Son symbole phonétique international n’est rien d’autre que le f minuscule (f). Le f s’amuït lorsqu’il termine un mot comme dans bœuf, cerf, nerf ou clef. On le prononce comme un v en liaison avec quelques mots comme dans neuf heures.

Le mot le plus court contenant le plus de f est fieffé puisque aucun mot ne contient quatre f, mis à part un anglicisme ou deux que je récuse.

L’alphabet de l’OTAN utilise le mot Foxtrot pour désigner la lettre F. Elle vaut 4 points au Scrabble français.

En majuscule, c’est le symbole du farad, une unité utilisée pour exprimer la capacité des condensateurs électroniques. Elle est issue du grand physicien Michael Faraday. L’usage des degrés Fahrenheit (°F) tend à disparaitre, mais reste encore l’unité principalement utilisée aux É.U.A. pour désigner les températures ambiantes. En chimie, on représente le fluor par la lettre F, mais auparavant elle était utilisée pour désigner le fer qui a dû ensuite se contenter du symbole Fe.

En mathématiques, il présente surtout une fonction f(x), c’est-à-dire qu’on entre des valeurs dans la fonction et il en ressort d’autres valeurs.

En musique anglo-saxonne, le F signifie la note fa. Écrit en minuscule italique (f) au-dessus de la portée, il faut la jouer forte, ff fortissimo, et fff c’est le plus fort possible.

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Évidemment, le f ne peut qu’être important pour le français et il n’est pas fortuit d’avoir choisi ce mot pour le représenter. Tous les francophones le savent, et a fortiori les étudiants dont leur langue maternelle diffère, la langue française n’est pas des plus simples. Plus facile cependant que le latin dont elle découle, elle demeure tout de même remplie de conjugaisons complexes, d’exceptions inattendues et de difficultés nombreuses et étonnantes issues de son histoire riche et passionnante, mais également d’académiciens élitistes et retors qui l’ont compliquée parfois à outrance.

Aujourd’hui, le pire ennemi du français reste le français et surtout sa façon d’évoluer. Lisez l’article « Dictionnaires réactifs : langue bâtarde » pour savoir ce que j’en pense. Autrefois très influent auprès des autres langues, dont l’anglais, aujourd’hui le français traine de la patte et se montre incapable de réagir vivement et adéquatement aux bousculades causées par la flopée des termes anglais issus de la technologie, des sciences et de la culture hégémonique actuelle autrement qu’en les empruntant.

Heureusement, le français continue tout de même d’évoluer, mais cette évolution ne prend pas les mêmes orientations partout où cette langue est parlée. L’insertion graduelle de mots issus d’acronymes locaux la régionalise en fragilisant son internationalisation.

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L’autre horreur est l’insertion dans les dictionnaires officiels de mots issus du verlan, un argot inutilisé par une grande partie de la francophonie. Il vaudrait mieux s’en tenir à un lexique exclusivement dédié au verlan et expulser des dictionnaires ces termes qui n’apportent aucune différence dans la signification du mot écrit à l’endroit.

Utiliser le terme chelou plutôt que le mot louche m’indispose en tant que francophone amoureux de sa langue. Et je saute les plombs lorsque des films traduits en français font un usage immodéré du verlan et des acronymes locaux parisiens lorsque le rayonnement de la traduction de l’œuvre se veut mondial.

Vous pourriez m’accuser d’être paradoxal puisque j’ai écrit une série d’articles intitulés « Expression québécoise… ». Voir la page Thèmes sur mon site pour les retrouver tous. Certains de ces mots et expressions ont été homologués et apparaissent maintenant dans les grands dictionnaires français. Chaque mot accepté doit obligatoirement exprimer une idée différente et unique par rapport aux autres entrées, une notion absente des mots en verlan qui constitue simplement un principe de codage.

Les mots québécois et les expressions qui en découlent et que je présente sur mon blogue visent à les faire connaitre en enrichissant le vocabulaire et la langue, pas à globaliser des régionalismes uniquement utiles aux gens vivant dans une certaine réalité politique délimitée. Je m’en tiens aux mots et expressions pouvant être utilisés par tout le monde et qui apportent une compréhension de notre histoire, parfois avec un peu d’humour.

Pour terminer cet article fondamental sur le f et le formidable français qui nous unit tous, partout où nous vivons sur la planète, soyons des amoureux respectueux de cette langue belle, riche, imagée et capable de fantastiques trouvailles lorsqu’elle est finement travaillée. Elle nous emporte, nous fait rêver, et voyager, nous fait pleurer, nous fait réfléchir, partage nos idées, nos opinions et surtout, elle nous fait vivre en communauté. Soyons fiers d’être francophones, soyons généreux avec les francophiles, soyons indulgents et pédagogues envers les gens cherchant à la parler ou à l’écrire, soyons avisés dans nos choix lorsque nous la parlons et encore plus lorsque nous l’écrivons.

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À l’instar du f qui montre une grande fragilité, notre langue est sans conteste vulnérable. Puisque le français nous unit tous, il est possible de garantir sa pérennité en travaillant de concert. Ainsi, nous transformerons le fluet f en un F ferme et fructueux qui ne se laissera pas affaiblir par les forces fluctuantes à l’affut de ses failles pour refréner sa diffusion.

Il ne suffit pas d’être francophone, nous devons tous être des indéfectibles francophiles, amoureux de notre langue commune, bref, de fervents fanatiques du français.

Voilà, filez, c’est fini.

La chouette

Tracer mes rêves à la plume
Autour de son corps d’enclume
Laissé sciemment martelé
Par mes yeux acier déclarés

Risquer le glacial frisson
D’une insoutenable humiliation
Cœur désireux devenu volereau
Au contact du velours de sa peau

Vivoter exalté par sa fragrance
L’illusoire à mante se joue du hère
Aphrodite relâche sa carnassière
Marmoréenne est sa substance

Imprégnée des charmes d’une fausse gosse
Elle noie en son for mes pensées d’Éros
Dans son monde cadenassé parallèle
Ma convoitise ne se rapproche du réel

Qu’aux rythmes courbes de ses formes
Dandinantes, cruelles, provocantes
Répertoire maitrisé de la bacchante
Je sens en moi monter l’homme

 

© Mathis A. LeCorbot
Peinture : Paul Gauguin 1896 – Te Arii Vahine

Papiers d’amours

Le papier et l’amour partagent plusieurs aspects. Tous deux peuvent être vierges, fragiles, sensibles, mais ils peuvent également être froissés, coupants et acides.

Aujourd’hui, il ne sera question que du beau côté du papier. Vous êtes amoureux des beaux papiers ? Alors cet article s’adresse tout particulièrement à vous, car les joyaux que je m’apprête à vous montrer sont remplis d’amour et sont nés pour écrire l’amour. Je vous parle des papiers sortis tout droit de la Papeterie Saint-Gilles.

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Je me trouve de nouveau à Saint-Joseph-de-la-Rive dans le comté de Charlevoix au Québec sur le bord du majestueux Saint-Laurent. Saint-Joseph-de-la-Rive est construite sur un étroit cordon de terre en ayant le massif montagneux des Éboulements dans son dos et les battures à ses pieds. C’est à cet endroit que l’on retrouve l’étonnante papeterie Saint-Gilles. Dire qu’elle fait dans l’artisanal, c’est peu dire. Cette papeterie ne vend que du papier entièrement fait à la main, à base de coton et de… fleurs cueillies en ces lieux. Quant au coton lui-même, il provient de la récupération effectuée à des usines où certaines fibres s’avèrent inutilisables pour la confection de tissus. En récupérant ces mal-aimés, la papeterie obtient sa principale matière première, l’industrie cotonnière des revenus supplémentaires et des déchets en moins. Le deuxième intrant est constitué de fleurs, trois sortes indigènes intégrées à la pâte avant l’étape du calandrage.

Les produits issus de leur procédé artisanal vous transportent à une autre époque, au temps où l’on se plaisait à écrire sur une surface vivante et souple créée exclusivement pour y imprégner des mots importants dont leur rôle consistait à rester indélébiles.

L’écriture; les mots; chaque lettre déposée sur ce papier revêt une importance impossible à reproduire et peut-être impossible à comprendre lorsqu’on n’écrit qu’à l’ordinateur. Sur ce papier, il faut penser longuement avant d’écrire, on n’écrit donc pas n’importe quoi. Les mots redeviennent précieux et occupent une place unique sur cette surface ne supportant pas l’erreur.

Les papiers Saint-Gilles nous replongent aux bases de l’écriture qui est d’écrire le plus joliment possible une pensée à transmettre à la postérité. Transmettre du savoir, transmettre des idées, transmettre des sentiments, déclarer son amour. Les papiers Saint-Gilles s’y prêtent à merveille. Personne ne peut rester insensible à un mot, à un billet, à une lettre, à un poème écrit sur ce papier déjà lui-même plein d’amours. L’atelier produit aussi du papier à aquarelle et acrylique pour ceux préférant les mots plus imagés et colorés.

Mon histoire avec cette papeterie date de très longtemps. Je ne rate pas une occasion de m’y arrêter lorsque le vent me transporte dans ce merveilleux coin de pays. Trop peu fréquentes, ces visites, mais Montréal ne se trouve malheureusement pas à proximité.

En tête de cet article, vous pouvez admirer mon tout nouveau cahier de poésie, une œuvre splendide disponible en deux teintes de papier et en plusieurs saveurs de fleurs. Il serait hasardeux pour moi de vous promettre de ne rien écrire de noir dans ce beau cahier, puisque l’encre possède souvent cette teinte et que je suis un Corbot. J’essayerai toutefois de lui réserver les moins méchants de mes poèmes.

Ne soyez pas si surpris ! Oui, je compose des histoires d’amour qui ne finissent pas toujours par une fin du monde. Un Corbot ne croasse pas incessamment, parfois il parvient aussi à décrire des moments heureux. N’est-ce pas le cas pour cet article à propos des papiers Saint-Gilles dont je suis amoureux ? Voici donc un éventail de ces œuvres papetières, toutes 100 % coton, si on fait abstraction des insertions florales.

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Dans l’ordre habituel. Les deux premiers papiers « Blanc pur fil » et « Vieux parchemin » sont exempts de fleurs. On poursuit avec « Fleur bleue » et « Chant d’été » ornés de phragmite et de salicaire.

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Viennent ensuite « Épervière » et « Charlevoix » agrémentés, on s’en doute, d’épervière et enfin le « Salicaire mauve ».

Faut-il le spécifier, ces papiers resteront intacts au fil du temps. Alors, quoi de plus romantique qu’une noble déclaration d’amour inscrite sur un papier qui l’est tout autant !

Pour les arts picturaux, les papiers sont disponibles dans les formats populaires standards et ils peuvent être calandrés ou non. Puisque je vous préserverai toujours de mes piètres talents dans ce domaine, j’ai déjà donné mes achats à une amie qui en fera un bien meilleur usage. Vous verrez peut-être ces papiers un jour si elle daigne me montrer ses œuvres.

La papeterie Saint-Gilles se targue de livrer ses produits un peu partout dans le monde. Vous pouvez donc choisir de venir les acheter ici en main propre ou de vous les procurer en restant bien assis à votre pupitre. La première option vous permettrait peut-être de me croiser. Si vous aimez écrire sur du beau papier, d’autres points communs existent sûrement entre nous ! Un chassé-croisé de poèmes amoureux écrits sur du Saint-Gilles ! Je choisirais le blanc, toi la couleur parchemin. Que c’est romantique !

Corbot ! Réveille-toi !

Croaaa ?

Chanson noire

Aujourd’hui, je vous offre un spécial estival, une courte chanson que je garderai un certain temps dans une page indépendante sur mon site.

Le noir inspire souvent les corbots et ce fut le cas cette fois encore. Vous pouvez lire le texte en suivant cet hyperlien.

Bonne lecture, bonne journée et bon été.

Ordinal cardinal

Non, en ce premier mai, je n’aborderai pas le sujet de la fête des Travailleurs, un tas d’autres personnes s’en chargent bien mieux que je ne pourrais jamais le faire. Je veux plutôt vous parler du premier mai, ou plus précisément du premier de chaque mois.

Mis à part les chèques de loyer, de pension, d’aide sociale, etc., le premier de chaque mois possède quelque chose de bien particulier.

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Il faut pour cela connaitre la différence entre un nombre cardinal et un nombre ordinal. Un, deux, trois, ce sont des nombres dits cardinaux qui donnent une quantité, une grandeur. Tandis que les nombres du style premier, deuxième, troisième, on les appelle des nombres ordinaux, ils ne définissent pas une valeur, mais un rang, un ordre.

En français, les dates sont toutes écrites à l’aide des nombres cardinaux, toutes sauf le premier jour de chaque mois. Nous serons demain le 2 mai, mais aujourd’hui, nous sommes le premier mai et non pas le 1 mai.

C’est tellement inscrit dans nos habitudes que nous n’avons bien souvent jamais pris conscience de cette exception.

Bonne Fête à tous les travailleurs !