Respecter le pessimisme

Cet article se veut un plaidoyer en faveur du pessimisme, mais oserez-vous lire cet article? Votre jovialité légendaire vous l’interdit, c’est ça? Vous aimez lire des tas de slogans «hop-la-vie» pour vous aider à garder le sourire? Vous regardez des vidéos de chats tous les jours? Votre tableau Pinterest est rempli de jolis paysages et de photos de chats? Ouais, pour un oiseau comme moi, les chats, je les préfère dans la sauce aux prunes chez le Chinois. Vous traquez peut-être les pessimistes pour vous imaginer dépourvus de cette tendance.

Petit incitatif pour les optimistes audacieux, si vous persévérez dans votre lecture, vous verrez une belle photo de chaton à la fin de l’article.

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Mais si la vie est vraiment noire, ce que vous appelez un pessimiste n’est qu’un réaliste. Et si l’optimiste reste optimiste, en fait il joue à l’autruche.

On oublie souvent de décrire la réalité d’une situation avant de prétendre que le pessimisme est une mauvaise chose. On tient pour acquis que nous devrions tous rester optimistes en tout temps et en tout lieu.

Mais est-ce vrai? Lorsqu’on ne cesse de lire et de voir des horreurs, rester optimiste ne relève-t-il pas d’une pathologie qui consiste à vouloir à tout prix garder des lunettes roses dans la face? Faire semblant que tout est beau alors que c’est totalement faux n’est pas une qualité, en tout cas pas pour moi. C’est la pilule bleue de Neo dans la Matrice.

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L’optimiste encroûté ne changera jamais rien au monde qui l’entoure puisqu’il fuit la réalité à tout prix. Ce sont les pessimistes qui changent le monde, car ils sont rendus à un point où ils sont incapables de l’endurer tel qu’il est.

Le pessimiste n’ira pas se pendre au grand hunier. Cessez d’avoir peur du pessimiste capable de regarder la vérité en face. Si rien n’est fait, la situation restera telle qu’elle est, c’est-à-dire noire. Et c’est le pessimiste qui a raison. Le pessimisme est un mécanisme permettant à l’humain de faire sauter le bouchon afin que les choses changent et progressent.

Ici, j’apporte une nuance essentielle. Les gens confondent régulièrement le pessimisme avec le fatalisme, alors que ces deux termes sont totalement différents. Le fatalisme se retrouve autant chez l’optimiste que chez le pessimiste. Le fataliste se contentera de la situation actuelle. Il n’agira jamais, prétendant que rien ne peut changer. L’optimisme est souvent du fatalisme en version 2.0. Se farcir sempiternellement la tronche de vidéos de chatons et de slogans trempés dans le chocolat pour être en mesure d’endurer la vie sans rien faire pour la changer, c’est ça du vrai fatalisme. Oui, être fataliste, c’est aussi fuir la réalité en grimpant sur le dos de l’optimisme.

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Fuir la réalité est parfois une bonne chose, je le reconnais. Mais si on fait l’éloge de la fuite, le pessimisme devait alors être encensé. Il faut être courageux pour regarder les choses qui sont réellement noires en évitant de se plaquer des lunettes aux lentilles multicolores pour se faire croire que la situation est irisée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Couleurs-sur-noir

Les seules vraies couleurs ne proviennent pas du type de lunettes que nous portons, mais de celles que nous peignons. C’est la seule façon de changer le noir véritablement et durablement. Faut-il, par contre, être en mesure de voir le fond noir de la toile. Avec des lunettes multicolores sur le nez, le besoin de peindre la toile noire s’affaiblit, se dégrade puis disparait. Et le noir, vainqueur, poursuit son règne, étend son hégémonie à tout ce qui l’entoure en distribuant des lunettes multicolores sous forme de slogans sirupeux et de chats qui ne sont pas en train de manger des oiseaux.

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L’optimisme, qualité par excellence, est bien souvent un défaut. Et le pessimisme qui est toujours considéré comme un défaut est bien souvent une qualité. Tout dépend de la façon que nous avons de mettre de la couleur dans nos vies.

Lunettes multicolores : magiclight.net ;
Peinture abstraite : amesauvage.com ;
Chaton réaliste : koreus.com ;

10 commentaires sur “Respecter le pessimisme

  1. Un exposé qui me parle . Divers évènements de ma vie ont fait de moi un pessimiste …Ce qu’on me reproche régulièrement, en disant que je ne vois que le côté noir des choses , évènements de la vie en fait , en me disant qu’il y a de quoi avoir de l’espoir dans la vie actuelle et à venir . Je n’ai qu’un argument à donner à ces personnes : Je vois la vie telle qu’elle est , c’est tout ….Si un jour la vie, la société évolue , change alors, possible que mon pessimisme /réalisme évolue de même……Mais ???

    F.

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  2. Oh mais c’est pas possible, tu n’arrête pas de me faire sortir de ma zone de confort ces temps ci… Alors, malgré ce que l’on peut penser de moi, je suis une PESSIMISTE qui essaye de se rendre la vie plus supportable. J’aime lorsque tu dis : « Mais si la vie est vraiment noire, ce que vous appelez un pessimiste n’est qu’un réaliste. Et si l’optimiste reste optimiste, en fait il joue à l’autruche. » C’est ce que je pense… enfin c’est ce que je sais mais je ne sais pas le vivre et j’ai donc choisi il y a peu de me couper de cette réalité qui me fait mal. Je dois déjà l’affronter au quotidien, alors, oui, je m’évite cette souffrance le plus possible en essayant de changer peu à peu et à accepter ce qu’on ne peut pas changer mais c’est un très très long travail sur soi-même. Et un point pour ce chaton tout mignon qui dévore sa proie… Alors, serai-je fataliste?????

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    1. Voir la réalité plutôt que de se la créer n’est pas du fatalisme. Se sentir démuni devant la complexité de la vie et ses difficultés, c’est normal. Sauf qu’on nous fait croire le contraire et on y croit. Lorsqu’on cesse d’y croire on nous dit que c’est pas normal. Ce sont des foutaises pour qu’on reste sage et se questionner plutôt que de questionner les autres. Être fataliste c’est penser que ce qui nous arrive devait arriver peu importe.

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      1. Alors il m’arrive parfois d’être fataliste. Mais le vrai problème c’est quand on a essayé de toutes ses forces de convaincre un « auditoire » que ce qu’ils faisaient ou disaient n’avait pas de sens. Qu’il y a des règles parfois et qu’il faut les respecter dans un certain contexte. Et là le voile se lève: Devant toi il n’y a que des profiteurs, des gens malhonnêtes, des gens qui se foutent de toi et qui se servent de toi. Oui je me sens démuni devant la complexité de la vie et ses difficultés. Mais pourquoi? Il y a tant de choses à remettre en question.Tant de choses à faire pour vivre mieux. Tant de choses que nous pourrions faire « ensemble ». Mais j’ai perdu la foi. Je suis restée plusieurs années à me questionner moi-même en me disant tu vas réussir à trouver quelque chose, et la finalité est que seules mes passions me font du bien, elles sont mes béquilles dans ce monde où il est devenu si courant de se bousculer sans même s’excuser. J’essaye de préserver le peu qui reste de moi et de le faire revenir à la vie d’une façon plus douce en apprenant à ne plus réagir car j’ai tellement donné qu’il n’y avait plus rien même pour moi. Alors voilà, ma zone de confort c’est la futilité et le partage aujourd’hui, avant je t’aurai dit « tenace dans l’adversité » car c’est notre devise familiale que chaque membre de ma famille porte à son doigt dès sa majorité. Je me surprends réellement à te répondre sur ce sujet. Avant, j’écrivais, avant je dirigeais, avant j’étais. Aujourd’hui, il reste une étincelle que je garde soigneusement pour la faire grandir avec douceur et force. Je vois la réalité mais j’ai cessé de combattre pour me donner de un peu de force. Tantôt pessimiste, Tantôt positive, Jamais optimiste! Je suis comme je suis!

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      2. L’école nous enseigne les règles du jeu et lorsque nous commençons à jouer, tout le monde joue à un autre jeu, sauf nous. On les voit, ils nous voient. On s’efforce de leur dire qu’ils ne suivent pas les règles, ils s’en foutent. Lorsqu’ils se rendent compte que nous continuons quand même à jouer le jeu selon les règles, ils en profitent pour nous tendre des pièges. Dans ma vie, j’ai reçu plus de coups de poignard dans le dos que Jules César.
        En écrivant cet article, j’ai voulu que des gens comme toi se reconnaissent. Nous ne sommes pas seuls, même si nous ne sommes pas nombreux. Pas suffisamment pour faire pencher la balance de l’autre côté. Le plateau adverse est plombé et attaché avec une chaine pour éviter que nous puissions rééquilibrer les forces. Il ne nous reste qu’à observer et regarder survenir ce que nous savons depuis toujours. Il ne faut pas être triste ou en colère. Nous avons fait de notre mieux dans l’environnement où nous étions plongés. Les résultats, nos impacts importent moins que l’intégrité dont nous faisons preuve dans le grand jeu de la vie.
        Respecter le pessimisme, c’est aussi dire aux autres qu’ils n’ont rien à célébrer, que je n’irai pas leur serrer la main pour leurs triches, et que s’ils se montrent si fiers, c’est pour camoufler leurs frustrations de nous voir tels que nous sommes, tels qu’eux devraient être. Nous leur montrons jour après jour leur image réelle et ça les rend fous.

        Aimé par 2 personnes

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