Les Égyptiens et la roue

Dans l’article précédent concernant des savoirs anciens, je devais mesurer précisément une corde à 1320 coudées royales égyptiennes à partir d’un bout de bois mesurant une coudée. Par la multiplication nécessaire, j’engendre une importante erreur qui peut être diminuée si je sais utiliser adéquatement la roue. Cependant, je ne cesse d’entendre partout dans des reportages scientifiques que les Égyptiens ne connaissaient pas la roue.

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Je considère qu’il est totalement faux de dire que les Égyptiens ne connaissaient pas la roue, même concernant ceux de l’ancienne Égypte. La roue aurait au moins 5500 ans et étant un peuple commerçant avec tous les autres peuples, même s’ils ne l’ont pas inventé, ils ne pouvaient pas ignorer cet objet simple tiré d’un billot de bois ou d’une pierre taillée.

C’est ridicule de croire qu’ils n’auraient pas connu la roue, mais qu’ils construisaient des temples bardés de colonnes circulaires. Ils n’auraient jamais vu des segments rouler au sol, ils n’auraient jamais pensé à les transporter en les roulant! Ça me fait penser à la compétition où les athlètes soulèvent et basculent un pneu de camion géant. J’ai toujours envie de rire et de leur dire qu’ils n’ont qu’à le faire rouler s’ils veulent tant le déplacer.

Small garden radishLorsque j’entends cette fichue affirmation que les Égyptiens ne connaissaient pas la roue, elle a le don de soulever ma pilosité aussi sûrement qu’un radis est capable de le faire. Oui, je déteste les radis au point de me hérisser les poils. Que voulez-vous? Ne me jugez pas, vous ignorez si l’un d’eux n’a pas voulu m’étouffer dans une vie antérieure et j’en suis peut-être resté traumatisé.

Un jour alors que je regardais un autre reportage sur l’Égypte et que j’entendais le commentateur s’égosiller à répéter cette insanité, j’ai soudainement tout compris.

Bien sûr, j’avais raison (bien sûr!). Les Égyptiens connaissaient la roue, c’est indéniable, mais ils ignoraient une chose la concernant et c’est à propos d’un de ses usages. Les Égyptiens ignoraient, non pas la roue, mais la poulie, et plus précisément les poulies multiples.

Utilisée seule, une poulie est un outil intéressant, sans rien de très particulier. Pour monter une charge de 100 kilos, il faut suspendre un contrepoids de valeur supérieure. Mais utilisées en groupe de deux ou plus, les poulies engendrent un bien étrange principe qui est la démultiplication du poids requis pour soulever une charge.

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Deux poulies divisent par deux le poids nécessaire à soulever une charge. En multipliant le nombre de poulies, on parvient alors à soulever des charges importantes en divisant d’autant la valeur du contrepoids nécessaire.

Le concept physique de travail d’une force nous aide à comprendre le principe des poulies multiples.

W = Fd

À travail W égal, je peux monter une charge de 100 kg sur 10 m ou monter une charge de 50 kg sur 20 m. Le travail dans les deux cas sera équivalent. La poulie double me permet d’utiliser une charge de 50 kg pour faire contrepoids à une charge de 100 kg si je double la distance, donc en tirant 20 m de corde pour hausser le poids de 10 m.

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C’est le principe d’un bloc à chaine avec lequel vous parvenez à soulever sans effort un moteur d’automobile sans recourir à aucune autre énergie que celle de votre bras. En revanche, pour soulever le moteur de 10 cm, vous devez tirer une dizaine de mètres de chaine.

Si les Égyptiens avaient connu le principe des systèmes à poulies multiples, on l’aurait associé au soulèvement de leurs énormes charges. On imagine alors que la poulie serait apparue sur certaines œuvres picturales et dans certains écrits, ce qui n’est pas le cas.

Ainsi, lorsque vous entendrez que les Égyptiens ne connaissaient pas la roue, vous saurez qu’il faut entendre qu’ils ne connaissaient pas le principe des poulies multiples, mais ils connaissaient à coup sûr celui de la simple roue utilisée comme roue de charrette, comme meule, comme tour ou même comme poulie simple.

Et, de grâce, ne reprenez pas à votre compte cette damnée affirmation totalement fausse. Mon poil restera bien lisse sur ma peau et je ne me retrouverai pas avec un relent de radis dans la bouche.

Ceci étant dit, dans un prochain article, j’utiliserai une simple roue pour améliorer la précision de la mesure de la longueur de la corde destinée à tracer la base de la pyramide de Khéops.

Savoirs anciens — Une base parfaitement carrée

Cet article reprend les notions présentées dans celui d’hier en rapport avec le triangle rectangle de proportions 3-4-5, mais sa lecture n’est pas requise pour comprendre la suite.

Me voici donc à Gizeh sur un haut plateau dominant les constructions environnantes. Mon client, un certain dénommé Khoufou, pharaon de profession, m’a commandé la construction d’un énorme bâtiment de forme pyramidale devant présenter des dimensions parfaites. Sa base doit donc posséder quatre côtés rigoureusement identiques, mais également quatre angles identiques qu’on appelle «droits». De fait, 4 côtés identiques ne suffisent pas à définir un carré, un losange étant le contre-exemple.

J’utilise évidemment la coudée royale comme étalon de mesure pour cette pyramide qui fera 440 coudées de chaque côté. Il ne faut pas se le cacher, ce bâtiment surpassera tout ce qui s’est déjà construit, du moins en hauteur. Mais avant de penser à entasser des pierres, imaginons un moyen de tracer sa base, un carré parfait. Je rencontre Pharaon pour discuter de cette première tâche qui s’avère cruciale pour tout le reste à suivre, évidemment.

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— LeCorbot, donnez-moi la liste du matériel et le nombre de travailleurs dont vous aurez besoin pour parachever cette première tâche. Je veux également savoir quand vous aurez terminé de tracer ce carré selon les sévères exigences qui vous ont été transmises.

Je lui tends un bout de papier qui le fait largement sourciller.

— LeCorbot, vous me prenez pour un pharaon, pour un idiot ou pour un désœuvré?

— Grand Khoufou, je vous jure que cette liste représente tout ce dont j’ai besoin.

— Une longue cordelette que vous mesurerez vous-même, six petits piquets de bois, quelques bouts de ficelle, un maillet et une coudée royale étalon. Avec ceci, vous prétendez pouvoir tracer la base parfaite de mon pharaonique bâtiment dont je n’ai pas encore défini son usage final!

— C’est exact, votre Grandeur et future bienveillante asséchée Momie.

— Je ne vous donnerai pas jusqu’à la prochaine crue pour terminer ce premier travail!

— Ce ne sera pas nécessaire. Laissez-moi jusqu’au zénith, ce sera amplement suffisant, oh Grand Escogriffe!

— Jamais entendu ce compliment avant aujourd’hui. Grand Escogriffe, ça me donne un air royal et léonin, j’aime bien. Vous me plaisez, cher noir volatile! Combien de travailleurs désirez-vous?

— Aucun, sérénissime et majestueux Barbichu! Je préfère travailler seul.

— Vous êtes certainement fou, mais puisque je ne perdrai que quelques heures, soit. Cependant, si vous me décevez, vous dormirez ce soir dans la fosse aux lions.

— Je n’oserais jamais faire planter les royales dentitions félines dans mes impropres chairs. Cet honneur représenterait une bien trop fabuleuse récompense pour un simple architecte. Trouvez autre chose à donner à vos lions. N’ayez de doute, j’utilise une technique très économique, mais des plus performantes.

— Je ne crois personne et encore moins un rusé Corbot! J’irai inspecter votre travail juste après le zénith. Mes lions m’accompagneront, question de leur faire flairer leur prochain repas.

— Je garde toute ma confiance en mes moyens, votre Macronissime Altesse. Aux environs de midi, je prendrai une bouchée en vous attendant. Y a-t-il un Subway dans les parages?

— Un quoi?

— Bah! Laissez tomber. Trouver un sous-marin dans un désert, c’est pas de la tarte! Je me contenterai de la bouffe locale, tiens, pourquoi pas une tarte? Pourvu qu’il y ait de la bière fraiche! Il fait une de ces chaleurs!

— Bien entendu nous avons de la bière! Nous sommes un peuple civilisé même si nous vivons dans un carré de sable! Nous ne sommes pas de buveurs de jus de chaussettes fabriqués avec de vulgaires raisins!

*****

La technique

La description suivante prouvera que tracer la base de la pyramide de Khéops est pour moi un jeu d’enfant comme le laisse entendre la petite liste de matériel remise au promoteur. Tout ce dont j’ai besoin, en plus de ce matériel plus que rudimentaire, est de connaitre le fameux théorème de Pythagore et surtout son célèbre triangle de dimensions 3-4-5 avec lequel je créerai une équerre géante d’excellente qualité qui me servira à déterminer les quatre coins (O, A, B, C) du futur bâtiment. Pourquoi ce triangle en particulier? Il possède la fabuleuse propriété de n’avoir que des nombres entiers presque semblables qui me permettront de diviser facilement et très précisément la longueur totale de la corde.

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Étape préparatoire

Je dois tracer la base de la pyramide de Khéops, un carré parfait de 440 coudées de côté selon le décret du Pharaon. Ce nombre n’est pas anodin comme nous le verrons maintenant. Je prends une très longue cordelette. Je mesure une longueur du triple de la dimension décrétée, soit 1320 coudées. Je la plie en 3 et je noue un bout de ficelle aux deux coudes de la corde qui donnent, sans devoir les mesurer, les distances 440 coudées correspondant au repère 1, et 880 coudées pour désigner le repère 3, les deux mesures étant prises à partir de la même extrémité de la corde. Je plie ensuite la même corde en 4 pour trouver la longueur 330 coudées à partie de sa seconde extrémité jusqu’au premier coude de la corde pliée. Je lui fais correspondre le repère 2 que j’indique avec un autre bout de ficelle noué à cet endroit précis.

Remarque: La mesure initiale de la corde à 1320 coudées a été produite avec la coudée royale étalon fournie par Khoufou. Ce travail multiplie l’erreur et la valeur précise de 440 coudées s’en trouve ainsi affectée. Il existe un moyen de donner à la corde une plus grande précision par une technique que je présentai dans un autre article et qui comporte en plus une surprise de taille.

Étape bleue

Je dispose la corde au sol, je relie ensemble ses 2 extrémités, je plante un premier piquet à cet endroit et sa position détermine le coin O de la pyramide. Je tire la corde en direction nord correspondant à l’alignement d’un premier côté de la pyramide, et ce jusqu’au repère 1 situé à 440 coudées sur la corde. Je plante un piquet juste à cet endroit, voilà donc le coin A, le deuxième de la pyramide.

Remarque: Si vous désirez savoir comment je suis parvenu à trouver le nord exact avec des moyens primitifs, je vous en ferai part dans un autre article.

Pour trouver les deux autres coins, les choses deviennent un peu plus subtiles. Je tire ensuite la corde pour la tendre en direction est, celle correspondant au deuxième côté, vers le coin B. Inutile de chercher à calculer un angle droit, celui-ci se créera de lui-même. Lorsque j’atteins le repère 3 sur la corde, je plante un piquet à cet endroit en m’assurant que la corde soit parfaitement bien tendue, c’est le point M. Cependant, ce piquet n’indique pas un coin de la pyramide, mais seulement une direction avec le coin O situé aux trois quarts de la position du troisième coin. Par contre, je viens de tracer un angle droit parfait avec le côté 1 de la pyramide valant exactement 440 coudées tel que requis. J’ai déjà déterminé deux coins sur quatre, un côté sur quatre et un angle droit sur quatre. Le travail progresse rapidement et midi est encore loin. Les lions auront droit à du mouton ce soir.

Étape rouge

J’intervertis simplement les deux segments de corde en conservant le même alignement pour les deux côtés à 90 degrés. Je plante un piquet vers le Nord, cette fois, exactement au repère 2 de 330 coudées, c’est le point N. J’aligne le repère 1 valant 440 coudées en direction de la ligne formée du coin O et du point M. Je tends bien la corde. Le repère 1 sur celle-ci indique que je viens de trouver le coin B de la pyramide, le troisième. J’y plante un autre piquet et le côté 2 du futur bâtiment est maintenant tracé. Bilan provisoire: 3 coins sur 4, 2 côtés sur 4 et 1 angle de 90° sur 4.

Étape verte

Je déplace le repère zéro de la corde pour le mettre au coin A. Je place le repère 2 de la corde situé à 880 coudées au piquet placé au coin B. Je tire bien la corde en direction du coin C dont j’ignore encore sa position exacte, mais ce n’est pas grave, la corde tendue et le repère 1 me le révèleront. Je plante un piquet précisément à ce repère. Voilà la quatrième extrémité de la pyramide, le coin C, ainsi que le traçage des côtés 3 et 4 de la base de ce futur fabuleux monument. Les trois autres angles droits ont également été directement obtenus en plantant ce dernier piquet. Je rallonge ensuite la corde jusqu’à une valeur de 1760 coudées, je trace ensuite le périmètre complet du carré parfait en joignant les 4 piquets O, A, B et C. Le travail est terminé.

Notez que je n’ai jamais eu besoin de recourir à la diagonale du carré pour créer ce dernier. Heureusement, car sa longueur précise est un nombre irrationnel et il est bien difficile dans ces temps anciens de la déterminer à partir de la longueur d’un des côtés et d’une corde pliée. Cependant, en bon architecte, je m’octroie une dernière étape, celle de la preuve de l’exactitude de mon carré que j’utiliserai pour démontrer la qualité de mon travail au Pharaon.

Étape orange

Tout d’abord, je m’assure de la même longueur des 4 côtés de la pyramide en utilisant l’origine de la corde et le même repère 1 pour chaque côté. Une fois ce test réussi, je peux maintenant procéder à l’équerrage des 4 angles grâce aux diagonales du carré.

Je me fous d’ignorer la longueur des deux diagonales, car je peux facilement tester leur similitude en comparant simplement leur longueur. Si les deux diagonales diffèrent le moindrement, les 4 angles ne sont pas tous à 90°, nul besoin de mesurer ces angles pour le prouver.

En obtenant des diagonales rigoureusement identiques, je prouve l’exactitude de la forme carrée du périmètre sans jamais utiliser la valeur de leur longueur qui peut rester totalement inconnue. En bonus, je trouve le centre exact de la pyramide, le point X situé à l’intersection des deux lignes.

Épilogue

En l’espace de quelques instants et sans aucun calcul, à l’aide d’une simple corde et de quelques piquets, je viens de tracer la base parfaitement carrée de la plus formidable pyramide de tous les temps. De plus, point très important, peu importe la longueur exacte de la corde utilisée au départ, cette technique assure le traçage d’un carré aux côtés rigoureusement identiques et aux angles exactement de 90° sans recourir à aucun extraterrestre… du moins, pour cette première étape.

Par contre, je viens de déboulonner le mythe attribuant à Pythagore le principe du triangle rectangle 3-4-5. Il est certainement possible que les Anciens utilisaient ces proportions sans avoir prouvé son exactitude comme l’a fait Pythagore bien plus tard. Ils avaient probablement constaté les rapports proportionnels entiers 3-4-5 de manière empirique et cela suffisait amplement pour garantir la qualité de leurs constructions.

La pyramide de Khéops mesure effectivement 440 coudées royales de côté. Ce chiffre permet d’obtenir des longueurs du triangle 3-4-5 de 330, 440 et 550 coudées en les multipliant par 110, faisant en sorte qu’aucune mesure de fractions de coudées n’est requise nulle part. Hasard? J’en doute.

La technique présentée dans cet article est bien plus précise que celle constamment utilisée par des poseurs de pavés qui tirent deux ficelles et ajustent l’angle droit avec une toute petite équerre placée à l’intersection des cordes. Leur imprécision rendrait hilare n’importe quelle momie pharaonique m’ayant vu à l’œuvre.

Pharaon fut satisfait du travail accompli grâce aux preuves que je lui ai apportées. Il a donné son assentiment royal puisqu’il avait parfaitement compris ma méthode en regard de sa très grande simplicité. Elle s’avérait si évidente que Khoufou n’a même pas pris la peine de la noter. D’après lui, «n’importe quel enfant de cinq ans saurait la reproduire». 4500 ans plus tard, il semblerait que nous ayons une pénurie d’enfants de cinq ans puisque nous nous extasions sur ce puéril exploit en lui attribuant des origines des plus mystérieuses.

Une pente vertigineuse

En français, le préfixe penta– désigne le chiffre 5. On l’utilise dans une foule de mots, dont pentagramme, pentacle, pentagone, pentatonique, pentavalent, pentanol, pentarchie, etc. qui ont tous un lien avec le chiffre cinq. Le préfixe penta- tire ses origines du mot grec «pente» désignant le chiffre 5. Tout s’explique alors simplement.

Toutefois, le mot pente existe aussi en français, il désigne une déclivité, une ligne ni horizontale ni verticale. Existerait-il un lien entre notre mot français pente et le mot grec pente? Ça semble peu probable, ou du moins très peu évident. Et pourtant, jugez par vous-même.

Le grec Pythagore, bien connu pour le théorème portant son nom, a prouvé qu’on peut toujours connaitre la longueur d’un des côtés d’un triangle rectangle (possédant un angle de 90°) si on connait la longueur des deux autres. Il suffit d’appliquer la formule

x2 + y2 = z2.

 

Triangle345

Le plus simple des triangles rectangles dont ses côtés mesurent des valeurs entières est celui ayant des longueurs de 3, 4 et 5 telles que présentées dans la figure précédente. Notez que l’hypoténuse valant 5 correspond bien à la pente de cette figure.

Ainsi, on peut relier l’origine de notre mot pente au même mot grec désignant le chiffre 5. Quand on dit le mot «pente», c’est comme si on disait: «le côté dont la valeur est 5». Évidemment, on a étendu le sens du mot pente à toute déclivité non verticale, mais à l’origine, pente signifiait bien le 5 d’un triangle rectangle 3-4-5.

Dans le prochain article, je vais prendre ce triangle pour faire une chose plutôt étonnante. Je vais voyager dans le temps et me rendre dans la vallée du Nil, plus précisément à Gizeh. Je viens de gagner l’appel d’offres pour construire un bâtiment aux dimensions… pharaoniques! Le triangle 3-4-5 sera mon principal outil pour entamer la construction d’une toute nouvelle pyramide.

L’évolution de ma pensée sur l’évolution

Ce titre évoque, exprime, résume bien à lui seul le concept de ma pensée sur le sujet.

Phase I: La naïveté et l’exubérance de la jeunesse

Jeune, lorsque j’ai commencé à réfléchir au principe d’évolution, je m’étais fait une opinion plutôt tranchée. Ce début de processus me semble normal puisqu’il me manquait tout un tas d’informations et d’expériences pour être en mesure de nuancer ma pensée et mes propos.

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Ainsi, je considérais tout empêchement à l’évolution comme un moyen d’infléchir le destin de l’humain dans la mauvaise direction. Je ne parvenais pas à comprendre les réacs qui tenaient mordicus à des traditions devenues incohérentes, inappropriées et même déplacées par rapport à la situation actuelle. Mais le plus dérangeant n’était pas leur peur de perdre le passé, mais leur refus du futur. Je considérais ce refus d’évolution comme un refus de survivre.

À partir du moment où on voit la vie comme un véhicule, celui-ci n’a d’utilité que s’il bouge pour se rendre d’un point à un autre afin de trouver quelque chose de différent, de nouveau, d’inédit et de potentiellement merveilleux.

Il devient donc totalement inopportun d’atteler l’avant et l’arrière d’une charrette. On peut s’obstiner sur la direction à emprunter, sur la destination finale et les relais où se reposer, mais pas sur un ancrage ou un équilibre des forces destinées à maintenir le véhicule plus ou moins en place.

Instinctivement, je voyais la vie en constante mouvance et la stagnation comme un recul. Sans plus me questionner, je considérais une évolution quasi irréfrénée comme le seul moyen de dépasser les autres et de maintenir cette avance, bref de devenir le meilleur et de le rester.

Voilà où j’en étais lors de la première phase de mon évolution sur l’évolution. Cette étape a bien duré deux décennies. Petit détail qui prendra de l’importance dans le futur, à cette époque, je n’avais pas encore lu Darwin.

Phase II: L’utilité certaine de certains freins

Ma meilleure connaissance de la nature et de ses lois m’a fait comprendre que des freins doivent exister afin de garantir une évolution constante, progressive, potentiellement susceptible d’être suivie.

Si l’Univers ne possédait aucune force antagoniste à l’évolution, il se serait détruit en une fraction de seconde. L’évolution aurait été si fulgurante que l’Univers serait passé par toutes ses phases évolutives en un rien de temps. Ainsi, pour le bien de l’équilibre évolutif, la nature doit mettre en action deux forces opposées, l’une capable de créer du changement et l’autre permettant de réfréner les ardeurs de la première.

Si l’Univers a besoin de se réguler de la sorte, j’avoue que je me sentais alors plutôt prétentieux de chercher la plus grande vitesse d’évolution à tout prix. Une dynamique n’a de sens que si on peut prendre le temps de l’apprécier dans tous ses stades. Visionner un film vingt fois plus rapidement ne sera pas plus satisfaisant qu’à vitesse normale.

Ainsi, la Nature a concocté un moyen de se réguler, de prendre du temps pour faire les choses, de les faire évoluer de façon progressive et à un certain rythme.

Prenons seulement la production des 92 éléments chimiques naturels. L’Univers a débuté seulement avec de l’hydrogène (H), de l’hélium (He) et une trace de lithium (Li). Tous les autres éléments chimiques ont été produits au cœur des étoiles et lors de l’explosion de supernovæ. Des milliards d’années ont été requises pour que le milieu duquel notre système solaire est apparu soit suffisamment riche en éléments chimiques pour qu’il puisse engendrer la vie. Chaque étape devait durer suffisamment longtemps pour que la mécanique reste efficace.

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J’ai alors comparé l’évolution à un amplificateur électronique que je connaissais bien. À l’étape du design, on crée des appareils ayant le plus fort taux d’amplification possible. Un million, dix millions, cent millions. Ensuite, on écrase ce taux à une valeur plus normale de dix, de cent, grâce à une boucle de rétroaction. Ce faisant, ce qu’on délaisse en quantité est gagné en qualité.

L’évolution débridée, incontrôlée ressemblerait à un amplificateur laissé en boucle ouverte et n’aurait aucune utilité. La réduction volontaire de certaines de ses performances améliorerait les autres. Les réactionnaires ne me semblaient plus aussi antipathiques qu’auparavant. Même si je ne m’étais pas retrouvé à faire partie de ce groupe, je pensais mieux comprendre leur utilité.

Phase III: Les nuances et les distinctions

Je continuais cependant à garder un malaise certain face aux réactionnaires. Quelque chose dans ma tête refusait de croire en leur réelle utilité, car même les avant-gardistes devenaient de plus en plus rébarbatifs aux changements, surtout lorsque cela touchait les fondements des changements qu’ils avaient contribué à introduire dans la société. Je me retrouvais devant un poids deux mesures. Si on avait subi la stagnation, l’évolution s’avérait utile jusqu’à ce qu’elle nous avantage, peu importe ensuite si le nouveau gel devait nuire aux autres. J’avais compris que l’égoïsme engendrait le désir de stagnation ou d’évolution, pas les besoins de la société.

C’est également à cette époque que j’ai lu Darwin où j’ai bien compris la différence entre l’évolution et l’amélioration. Évoluer, c’est simplement changer. À savoir si ce changement est bénéfique ou non est une tout autre histoire. La même évolution placée dans deux environnements différents s’avérera positive et négative. Ce n’est donc pas l’évolution ni même la direction prise par l’évolution qui peut être qualifiée, mais seulement la façon dont elle subit son environnement ou sait en tirer profit.

Sapiens-neanderthal

La gracilité d’homo sapiens le prédestinait à être supplanté par la robustesse d’homo neanderthalensis, bien mieux adaptée à supporter les rigueurs du climat de cette époque. Et pourtant, nos ancêtres ont survécu, pas Néandertal, car lorsque la viande s’est faite rare, leur exigeante constitution les a menés à l’extinction. Voilà comment un même caractère peut jouer en faveur ou carrément devenir nuisible.

Toutes mes convictions se nuançaient. Si auparavant je créais des synonymes entre évolution, changement et amélioration, ce n’était plus du tout le cas. J’ai cessé de penser en matière d’évolution, car on ne peut la contrecarrer. L’ADN au cœur des gènes est une formidable machine de réplication. D’une fiabilité impressionnante à cause de sa simplicité fonctionnelle, l’ADN n’est pourtant pas totalement infaillible. De légères erreurs se glissent constamment et celles-ci sont souvent rejetées, mais pas toujours. Les changements permanents se nomment mutations.

La Nature fonctionne à partir d’un mécanisme réplicatif permettant la stabilité, la constance, mais elle s’est également dotée d’un moyen naturel d’évoluer, de casser la routine, de muter afin d’éviter la stagnation absolue.

Phase IV: Presque le retour au point de départ

La distinction entre les réacs et les freins naturels est au cœur de la suite de mon raisonnement.

gentillesse-2L’évolution naturelle peut très bien se passer des réactionnaires puisqu’elle possède ses propres freins. Ces derniers ne jouent donc pas le rôle précieux de maintenir une certaine cohésion par de la retenue. 

Lorsque je vois des gens s’époumoner à dénoncer des changements apportés à des lois, à des règlements, à des règles du jeu de la société, il est rare que j’aie de la sympathie pour leur cause, à moins qu’elle touche des valeurs très fondamentales et que ce changement représente une perte absolue sans aucune contrepartie valable. Ex.: esclavagisme, violence faite aux enfants, etc.

Finalement, tout n’est qu’une question d’égoïsme. On ne veut rien déranger de ce qui nous arrange et on veut réarranger tout ce qui nous dérange.

Je vois donc aujourd’hui tous les freins non naturels à l’évolution comme des crises d’enfants gâtés prêts à tout pour conserver leurs petits avantages grappillés au détriment d’autres personnes et qui ne veulent surtout pas se retrouver dans les mêmes souliers que leurs anciennes victimes.

Ainsi, mon instinct de jeunesse ne m’avait peut-être pas vraiment trompé. Après avoir complété un tour de roue, me voilà presque revenu à mon point de départ. Cependant, on sait tous que lorsque la roue de la charrette a complété un tour, sa position a tout de même changé. Une évolution est nécessairement survenue dans ma pensée, ne serait-ce que sa richesse accrue.

Conclusion

Et qui sait! Peut-être vivrai-je une cinquième phase qui serait impossible sans avoir vécu les précédentes. L’évolution de ma pensée semble suivre les schèmes de la grande Évolution. Elle atteint certains paliers, mais semble toujours devoir reprendre son inexorable cheminement.

Et je n’essayerai pas de contrecarrer ce mouvement. Je tenterai tant bien que mal de le suivre et de l’analyser pour mieux le comprendre.

Cool, pas cool !

Je veux vous parler aujourd’hui de la langue française et de sa lente mais indéniable assimilation.

Un mot après l’autre, une expression après l’autre, une phrase après l’autre, un anglicisme après l’autre, une mauvaise traduction après l’autre, une absence de néologisme après l’autre, un emprunt après l’autre, voilà comment se produit l’assimilation d’une langue et finalement sa disparition.

L’assimilation, ce n’est pas cool. Utiliser des mots de langue anglaise alors que leur équivalent français existe, ce n’est pas du tout cool.

Les titres anglophones donnés à des articles francophones pullulent partout dans les blogues. Nous trouvons ça plutôt cool. L’assimilation, c’est exactement le fait de trouver cool l’utilisation d’une autre langue que la sienne. Nous croyons la langue française suffisamment forte pour qu’elle évite l’assimilation et pourtant nous la faisons disparaitre un peu plus chaque jour.

L’agent d’assimilation, ce n’est pas seulement notre voisin, ni l’Américain, ni le Brit, ni le cinéma, ni la télé. Non, l’agent assimilateur, c’est nous-mêmes d’abord et avant tout. Par snobisme, nous utilisons une expression populaire anglaise sans chercher à la traduire et à la rendre aussi élégante dans notre propre langue. Nous ne faisons pas l’effort de trouver le mot français existant équivalent. Nous adoptons les néologismes anglais dont la construction du mot ne respecte aucune règle du français, comme e-mail. Nous faisons fi des traductions convenant mieux à notre langue pour lui préférer le mot anglais. Si le mot français inventé ne s’origine pas de la mère Patrie, il ne sera pas adopté.

Françaises et Français, vous êtes déjà assimilés à la culture et à la langue anglaise et vous feignez l’ignorance. Vous jouez aux snobs, aux babas cool, plutôt que de défendre votre langue. Vous dépensez plein d’énergie à la dévaloriser et ne mettez aucun effort à la protéger simplement en l’utilisant adéquatement, en évitant de larder vos textes de mots, de termes et d’expressions de langue étrangère alors qu’existent d’excellents équivalents français et meilleurs la plupart du temps.

Écrire notre langue, c’est une histoire de respect, tout d’abord envers nous-mêmes, envers nos parents, notre culture, nos origines, notre histoire, notre peuple, les écrivaines et écrivains qui nous ont précédés. Le plus désolant est de constater que les anciennes batailles menées pour la protéger, la diffuser, l’enseigner ne pèsent plus rien, nous indiffèrent, nous emmerdent.

Moindre effort, paresse, manque de vigilance, jemenfoutisme, snobisme, nous utilisons toutes ces mauvaises raisons pour écrire en franglais. C’est exactement de cette façon que les langues disparaissent actuellement, que les langues ont disparu dans le passé et que le français disparaitra.

Lorsqu’il ne restera plus que les académiciens, les linguistes et les chercheurs pour comprendre notre langue, ils se demanderont quel événement charnière a causé la dérive et la disparition de l’usage du français.

Je peux facilement répondre à cette question. L’événement charnière, c’est le titre anglais de votre prochain article de blogue, car l’usage est le moteur des changements et votre participation à ce petit jeu constitue tout sauf un geste anodin. Malgré qu’il soit très lourd de conséquences, vous tentez de minimiser sa portée, son importance et son influence.

Si l’influence de l’usage de l’anglais est si minime, pourquoi alors angliciser les textes? On utilise l’anglais justement parce qu’on recherche une portée plus forte, un impact plus puissant, plus d’exotisme. Donc on use de l’anglais en sachant parfaitement que sa portée, son importance et son influence sont tout sauf anodines, et ce malgré les dénis outragés. Voilà exactement comment agit un agent d’assimilation, il agit en faveur de l’anglais tout en niant nuire au français.

En pensant que votre titre anglais est plus précis, résume mieux votre contenu, définit mieux votre pensée, c’est que votre pensée est déjà assimilée. La langue française peut exprimer tout ce que vous voulez avec la précision, l’intensité et l’émotion désirées. Nul besoin de recourir à l’anglais. Votre cerveau a déjà accepté d’adopter cette langue et a déjà entamé le processus d’oubli du français en le dévalorisant insidieusement sous des airs cool. 

En immergeant un concombre dans le vinaigre, il n’existe aucun moment charnière où celui-ci se transforme soudainement en cornichon. Voilà comment une langue se perd, se noie et meurt, en transformant ses atomes un à la fois, un simple mot à la fois, un simple titre de blogue à la fois.

Utiliser l’anglais dans le titre de son blogue et dans son contenu, c’est pas chouette, c’est pas chic, c’est pas tendance, ni sympa, ni rigolo, ni super, ni extra, ni épatant! L’un ou l’autre de ces mots français remplace avantageusement le mot cool selon les circonstances. Les nuances s’en voient ainsi multipliées.

J’ai sciemment utilisé le mot cool dans le titre afin d’aborder le processus d’assimilation en cours. Cool est maintenant entré officiellement dans le dictionnaire français alors que si nous avions choisi d’utiliser l’un ou l’autre des multiples termes français aptes à le remplacer, ce mot littéralement peu évocateur du sens qu’on lui donne serait resté du côté anglais et nous n’aurions rien perdu puisque nous n’avons rien gagné en choisissant d’utiliser ce mot étranger. Au contraire, nous avons perdu au change en délaissant la richesse de notre langue qui nous proposait déjà un florilège d’équivalences adaptées à toutes les occasions.

Antigravitation — 1 : Ce qu’elle est et n’est pas

Je consacre une série de trois articles à ce vaste sujet, car j’en ai long à dire. Ne ratez pas de les lire tous, des surprises de taille vous attendent.

Mais avant de savoir si l’antigravitation existe ou peut exister, il faut comprendre quelques principes de base dont ceux concernant évidemment la gravitation.

Détournement de sens

Dans la culture populaire, on mélange aisément plusieurs concepts physiques en donnant à des phénomènes des noms inappropriés et l’antigravitation souffre malheureusement de l’ignorance des gens qui utilisent ce terme à tort et à travers.

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Tout comme les oiseaux et les avions qui parviennent à combattre la gravitation en lui opposant une force ayant une composante verticale de sens opposé, ils ne créent pas une force antigravitationnelle pour autant.

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L’aimant soulevant des clés ne développe pas une force antigravitationnelle. Un objet volant grâce à des forces électromagnétiques ne produit pas non plus une force antigravitationnelle.

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Toutes ces forces n’ont rien à voir avec la nature de la gravitation, même si elles parviennent à s’y opposer. Ce ne sont que des cas de forces très distinctes qui se compensent ou s’additionnent selon l’angle créé entre les différentes forces en présence (addition vectorielle).

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Une force qui s’oppose à la gravitation ne s’appelle pas une force antigravitationnelle. Pour savoir ce qu’est réellement une force antigravitationnelle, il faut tout d’abord bien comprendre ce qu’est la force gravitationnelle.

La gravitation

Depuis les travaux d’Einstein publiés en 1915, on sait que la gravitation est une force attractive engendrée par la déformation de la trame d’espace-temps causée par les masses qui s’y trouvent. Les masses attirent à elles toutes autres masses parce que le tissu de l’espace-temps s’est déformé en conséquence. Bien qu’étant mieux ressentie à proximité d’un objet massif, cette force s’exerce sans limites de distance.

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De façon imagée, les masses creusent la structure de l’espace-temps, elles ne la surélèvent pas. Ce faisant, la force gravitationnelle est toujours de signe positif, indiquant une attraction des masses.

Son opposé, la véritable antigravitation

L’antigravitation serait le phénomène exactement opposé à celui-ci. Ainsi, quelque chose devrait être en mesure de surélever la trame de l’espace-temps afin de générer une force qui tendrait à éloigner les objets les uns des autres, générant une force gravitationnelle de signe négatif, répulsive, une antigravitation. Pour reprendre l’image de la trame, l’antigravitation génèrerait dans celle-ci des bosses plutôt que des creux. Les creux, font de la trame un attracteur. Les bosses créées par l’antigravitation en feraient un diffuseur, un disperseur des masses.

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On sait maintenant ce qu’est la véritable antigravitation.

Dans le prochain article, il sera question de comparer la gravitation aux autres forces de la Nature afin de bien comprendre de quoi il en retourne. La piste de l’antimatière sera mise à l’épreuve.

***** À suivre demain *****

 

Une histoire d’univers parallèles

Aujourd’hui je vous présente une histoire maintes fois reprise sur la toile tendant à prouver que des univers parallèles existent. À la fin de cet article, je vous donne mes raisons pour lesquelles cette histoire devrait être crue ou, au contraire, être considérée comme un canular.

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L’inconnu venu de… de… ?

Aéroport de Haneda, Tokyo, 1954. Un homme caucasien d’âge moyen portant des vêtements élégants se présente aux douanes après son vol en provenance d’Europe. Il explique en être à son troisième voyage d’affaires à Tokyo cette année. Sa langue maternelle est le français, mais il parle correctement le japonais et plusieurs autres langues. Son sac de voyage contient des billets de banque de plusieurs pays, confirmant ses habitudes de grand voyageur.

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Jusqu’ici, rien de bien étrange jusqu’à ce qu’il réponde à la question sur son pays d’origine et présente son passeport. Il affirme provenir d’un pays appelé Taured, ce que son passeport maintes fois estampé de visas variés semble confirmer. Les agents lui répondent qu’aucun pays au monde ne porte ce nom. L’individu situe pourtant Taured entre la France et l’Espagne.

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Il dit avoir un rendez-vous d’affaires avec une compagnie dont le nom n’apparait nulle part dans les différents registres japonais. Par contre l’hôtel où il devait résider existe bien, mais celui-ci ne retrouve aucune trace d’une réservation au nom du monsieur. Le nom de la banque nippone apparaissant dans son calepin n’a jamais existé.

L’homme croit avoir affaire à une farce élaborée et se moque des agents qui lui pointent sur la carte la Principauté d’Andorre, le lieu probable du pays qu’il s’entête à nommer Taured. Il jure n’avoir jamais entendu parler d’un pays nommé Andorre. D’après lui, Taured correspond bien à l’actuelle Principauté d’Andorre, mais le pays se nomme Taured depuis plus d’un millier d’années.

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Les douaniers décontenancés le logent pour la nuit sous bonne garde dans un hôtel proche tout en conservant ses papiers dans une salle sécurisée de l’aéroport, le temps de savoir quoi faire avec cet énergumène venant d’un pays inconnu, mais muni d’un passeport et d’un permis de conduire prouvant le contraire.

Le matin suivant, l’homme s’est volatilisé alors qu’il n’a pas pu quitter sa chambre fortement gardée. Pire, tous ses effets personnels et même ses papiers laissés en sécurité à l’aéroport ont subi le même sort. C’est comme si toute cette affaire n’avait jamais existé.

Les douaniers n’ont écrit aucun rapport officiel sur cet événement, ce qui rend sa véracité suspecte. Toutefois, il aurait été surprenant qu’ils fassent exprès pour faire des fous d’eux-mêmes. Cependant, cette histoire remontant à 1954 semble avoir été oubliée jusqu’en 1981 où elle apparait dans le livre The Directory of Possibilities. Ni le nom de l’individu, ni la compagnie aérienne, ni le numéro du vol, aucune information permettant des recherches ne semblent avoir remonté jusqu’à nous.

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Preuve d’univers parallèles ou tentative pour nous y faire croire?

Cette histoire est reprise des tas de fois sur internet, principalement sur des sites ésotériques où l’existence d’univers parallèles est défendue avec convictions.

Je n’ai rien contre le concept d’univers évoluant dans des dimensions parallèles, j’en ai contre le parallélisme des histoires de ces mondes. Dans tous les exemples répertoriés, on nous présente des mondes quasi identiques mis à part quelques détails. Je vais expliquer pourquoi cet élément constitue le talon d’Achille de ces histoires.

La divergence

Il faut savoir distinguer des univers parallèles et des histoires d’univers parallèles.

Dans cette histoire, Taured existe depuis plus de 1000 ans. L’univers parallèle serait donc au moins aussi vieux. Cela signifie que les deux mondes, le nôtre et celui du voyageur, ont eu le temps de diverger depuis autant d’années. Puisque le hasard ne peut s’appliquer de manière identique dans deux univers et que nous sommes sous l’emprise des lois du hasard, de légères différences seraient apparues dès l’apparition de l’univers parallèle. Celles-ci auraient entrainé quelques changements qui se seraient additionnés à de nouvelles variations pour créer des réalités de plus en plus divergentes.

Exponentielle est la divergence

Tous les systèmes cumulatifs créent des divergences exponentielles entre eux. En mille ans, les différences accumulées auraient créé un monde si différent qu’on ne reconnaitrait plus qu’il provient du nôtre. Ce ne sont donc pas quelques différences superficielles, mais bien des univers totalement différents qui nous apparaitraient après mille ans de divergences.

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Le saut interunivers

Je ne réfute pas la probabilité de sauter d’un univers à un autre. Par contre, le fait qu’un seul individu voyageant en avion en compagnie de centaines d’autres se soit retrouvé aspiré par le nôtre m’apparait pour le moins suspect. Qui plus est, ses bagages l’auraient miraculeusement suivi dans ce saut. Pour un heureux hasard, c’en est tout un! À croire que l’inanimé possèderait une conscience capable de suivre son maitre. Avoir su, je n’aurais jamais perdu un seul bagage lors mes voyages en avion. J’avais juste à leur demander gentiment de me suivre partout où j’irais.

La disparition

D’autre part, comment interpréter sa disparition de la chambre d’hôtel et celle de ses papiers à l’aéroport? Un nouveau saut parfaitement bien synchronisé qui l’aurait ramené dans son monde, lui, ses bagages et ses papiers? Peut-être ont-ils subi un anéantissement pur et simple à cause d’une incapacité de subsister ici? Pourquoi alors cette disparition serait survenue durant la nuit et pas avant à l’aéroport?

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1954 et 1981

Les 27 ans séparant les faits de leur publication me rendent suspicieux. On ne peut remonter dans les archives des compagnies aériennes de l’année 1954 où le transport aérien était bien différent d’aujourd’hui et les ordinateurs quasi inexistants. Cette histoire manque cruellement de détails et on ignore par qui et comment elle a pu avoir été transmise durant ces 27 ans.

Taured vs Andorre

La création d’Andorre date de l’année 780 et son paréage a eu lieu en l’an 1278 grâce à Charlemagne. Les origines présumées de Taured concordent donc avec celles d’Andorre. Cependant ce millénaire de divergence pose le problème inverse, celui de la trop grande ressemblance. Le terme Taured pourrait provenir de l’arabe [t’awr] signifiant montagne, parfaitement compatible avec le paysage de cette plus petite principauté d’Europe nichée dans les Pyrénées.

Cette divergence somme toute mineure paraitra plausible aux yeux des gens. Petit territoire, petite histoire, petite divergence qui ne remettent pas en cause les ressemblances conservées entre les deux univers. Mêmes pays mis à part le nom Taured, mêmes monnaies, mêmes langues, mêmes types de transport, tout est semblable à quelques exceptions près. Andorre recyclée en Taured ne choquera pas la sensibilité de la majorité des lecteurs. Pourtant, c’est justement cette trop petite différence entre les deux mondes qui rend cette histoire plus que suspecte.

Mon verdict

Pour ces raisons, je considère cette histoire inventée de toute pièce, son auteur commettant la même gaffe que presque tous les autres créateurs de mondes parallèles (Fringe, Sliders) qui s’entêtent à engendrer des mondes trop semblables, trop crédibles pour être véridiques. Mais aux yeux des spectateurs et des lecteurs, les histoires trop divergentes perdraient tout intérêt.

Et comment réussir à nous faire croire à l’existence d’univers parallèles sinon en nous présentant des histoires quasi parallèles? Certainement pas avec une probabilité bien plus réaliste, celle d’univers très divergents! Comme quoi, il est facile de se faire duper si on omet d’analyser tous les détails d’une histoire.

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À trop vouloir une histoire crédible…

Ici, l’erreur est récurrente et commune à presque toutes ces prétendues preuves, les auteurs créant des histoires trop parallèles pour des univers parallèles, car ils se fourvoient entre le parallélisme d’existence et le parallélisme événementiel impossible à préserver, car il est en partie mu par le hasard et rapidement l’histoire divergera exponentiellement avec le temps qui passe.

K comme dans kyrielle

Le mot kyrielle commençant par la onzième lettre de l’alphabet fera l’objet de mon septième article consacré à commenter de façon bien personnelle un élément de notre vocabulaire.

Mais avant de m’attaquer à la kyrielle d’éléments à discuter autour du mot kyrielle, analysons sommairement le k lui-même, sa première lettre.

D’une sonorité dure et non ambiguë, contrairement à notre c dont le son dépend de la lettre suivante, le k est employé lorsque nous introduisons un mot étranger utilisant cette consonne occlusive sourde vélaire (créée près du voile du palais). En phonétique, le son que produit la lettre k s’écrit [k], signe de son invariance.

Certains mots commençant par le k proviennent parfois de marques de commerce ou de noms d’entreprises ayant commercialisé un produit nouveau comme le klaxon, le kleenex, le kevlar ou le kodak.

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Cependant, la plupart des mots français utilisant le k comme entame proviennent du latin comme le kyste, quelques fois du grec khi χ comme dans kilo, mais surtout du kappa K comme dans kérosène. Beaucoup de mots germaniques ont engendré des entrées dans notre dictionnaire sous la lettre k comme le képi ou le krach. Le slave n’est pas en reste avec knout et kakochnik contenant 3 k. Ou encore un même son provenant de mots d’une langue orientale, dont le japonais avec kaki, koto et kamikaze.

L’arabe est un gros contributeur avec 21 mots dont kefta, kasbah et khan. L’hébreu nous a fourni les mots kabbale et knesset. Quant au turc, il nous a légué le kalpak. Beaucoup de mots provenant de langues africaines s’inscrivent également dans notre langue avec utilisation de la lettre k, comme c’est le cas du kenyan et du kola. Il ne faut pas oublier certains mots d’origine scandinave comme le kraken norvégien.

Comme on peut le constater, le son [k] est utilisé dans beaucoup de langues, engendrant la grande majorité des mots français commençant par la lettre k.

Quant au mot kyrielle, son origine provient du grec ancien Kurie et eleêson ayant donné kirie eleison. Puisque ce chant religieux consiste en une litanie dont les formules sont répétées neuf fois, le mot kyrielle signifie «comme dans le kyrie eleison», une répétition qu’on peut considérer fastidieuse, ennuyeuse et interminable de termes souvent négatifs, des reproches, des défauts ou d’injures.

Pour ma part, je perçois ce mot d’un tout autre œil et je me suis posé la question à savoir pourquoi il ne soulevait pas ce caractère péjoratif dans mon esprit.

Tout d’abord, j’ai toujours aimé le kyrie eleison en tant que chant. Je garde d’excellents souvenirs de certaines œuvres dont le célébrissime Kyrie eleison dans le Requiem de Mozart.

D’autre part, le terme kyrielle possède une terminaison en [-el] que je rapproche d’autres jolis mots tels belle, hirondelle, gazelle, étincelle, ribambelle, etc. Cette terminaison douce et élégante à entendre me fait douter de son sens péjoratif. Puisqu’il tire ses origines du mot kirie signifiant «seigneur», il est difficile de l’interpréter négativement, à moins d’un seigneur dans le sens d’un despote, toutefois ici ce n’est pas le cas.

Le concepteur de ce mot aurait pu choisir une autre terminaison plus appropriée à véhiculer un sens péjoratif. Je considère donc ce mot dans un sens neutre, les items faisant partie de la kyrielle déterminant si la litanie se voudra harassante ou plaisante, interminable ou considérable, négative ou positive, ennuyeuse ou joyeuse.

Je vous laisse à l’écoute de deux pièces musicales provenant de notre héritage classique religieux, deux Kyrie bien différents.

  1. Kyrie tiré du Requiem, Op. 48: I. Introitus: Requiem aeternam de Gabriel Fauré interprété par l’Orchestre symphonique de Montréal.
  2. Kyrie tiré du Requiem K 626, Introitus 2. Kyrie de Wolfgang Amadeus Mozart interprété par le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Vienne.

Après cela, osez me dire que le mot kyrielle s’originant dans kyrie vous semble toujours péjoratif!

*****

Voici la liste des autres lettres déjà traitées dans le passé.

D comme désordre — j’ai de la suite dans les idées, même si elles sont désordonnées.
Y comme dans… y — parfois y faut faire simple.
C pour cascade — toute une avalanche d’informations.
P pour placide — un article aux vertus apaisantes.
E pour excellence — un excellent article, sans jeu de mots, OK, aussi avec jeu de mots.
H comme dans hache — sans y mettre la hache, un h ou une hache en disent long.

Spécialisation et fragilité

La société humaine a franchi une étape charnière de son évolution le jour où elle a commencé à chasser en groupe. Ces sociétés de chasseurs-cueilleurs l’ignoraient, mais ils venaient d’inventer la fragilité individuelle.

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Cueillir sa nourriture reste un acte solitaire et semblable pour tous les cueilleurs. À ce niveau d’évolution, un acte sociétal est tout de même faisable, celui de mettre les denrées en commun pour les distribuer selon une équité ou selon un mérite quelconque.

On peut se comporter de la même façon à la chasse. Tuer une perdrix ou un lièvre s’effectue individuellement. Toutefois, tuer un bison ou un mammouth est une autre paire de manches. Sans spécialisations, certaines pour attirer la bête, l’isoler, pour la rabattre en enfin pour l’abattre, la chasse aux gros gibiers resterait inefficace. Chacun s’occupant d’une tâche distincte, elles sont mises en commun dans un processus global permettant au bout du compte d’attraper la proie et de gagner, ce faisant, le droit de recevoir une part du gibier.

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D’une chasse à l’autre, les individus amélioraient leur technique, savaient choisir et appliquer les meilleures méthodes lorsque les conditions changeaient. Ils acquéraient ainsi un rôle pratiquement indispensable, mais en contrepartie ils devenaient quelconques sinon médiocres dans les autres spécialités.

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Chaque humain étant différent, l’efficacité d’un groupe augmente avec celle de chaque spécialisation. Accomplir certaines tâches précises parmi un ensemble possible devient un atout non négligeable pour la communauté. Les besoins globaux ainsi que les talents naturels des nouveaux membres définissaient leur futur rôle.

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Maintenant, il est devenu impensable de vivre de manière autonome, nous devons tous nous fier aux autres. Même les ermites ayant décidé de vivre retirés et de ne se nourrir que de leurs chasses, pêches, cultures et cueillettes utilisent des tas d’outils fabriqués par notre société, des graines provenant d’elle et des vêtements issus des métiers à tisser. Ils échangent leurs surplus contre d’autres denrées ou équipements impossibles à obtenir ou fabriquer dans leur milieu.

La spécialisation n’a cessé de grandir avec le nombre d’humains peuplant la Terre. On peut dire que le niveau technologique croit en fonction du nombre d’individus. Acquérir autant de compétences variées aussi complexes et si rapidement avec le dixième de notre population n’aurait pas été possible. Le temps nécessaire à atteindre le même niveau d’achèvement aurait été multiplié par un facteur bien plus grand que dix. Imparfaitement imagé par le concept du tas de sable, pour qu’il croisse, une base de plus en plus vaste s’avère nécessaire. L’imperfection de cette image provient de l’angle de la pente, environ 30° pour le sable, variable pour les connaissances accumulées.

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Plus les spécialisations deviennent grandes, plus elles fragilisent les individus, car des disparitions soudaines de leurs besoins engendrent l’inutilité et l’improductivité immédiates des citoyens s’étant dédiés à les combler. L’impossibilité de se parfaire rapidement dans d’autres spécialités qui prennent parfois plusieurs années à acquérir engendre ce qu’on nomme le chômage systémique et ses dangers croissent au fur et à mesure de la surspécialisation des métiers.

La formation continue s’avère alors la seule planche de salut pour réduire les risques d’obsolescence. Elle ne constitue pas un luxe, mais devient une nécessité dans la plupart des domaines de spécialisation.

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Le temps est révolu depuis longtemps où nous passions nos années de jeunesse à apprendre un métier qui nous suivrait ensuite toute notre vie. Dès notre sortie de l’école, nous devons immédiatement penser à y retourner. Ce perfectionnement constant doit s’inscrire dans une planification régulière, au même titre que la famille, les amis et les loisirs. Ceux qui y adhèrent garderont toute leur pertinence au cours de leur vie active de travailleur au sein d’une société hyper technologique. Les autres, la chance déterminera leur sort en fonction d’aléas totalement hors de leur contrôle.

Jugement et tenue de gala

J’ignore pour vous, mais j’enfile mes habits de gala assez peu souvent. Le reste du temps, je les protège en les gardant sous des housses. Lorsque j’ouvre le zipper, c’est le signe d’une célébration prochaine. Une fois la fête terminée, les vêtements nettoyés, je les range en les oubliant au fond de la penderie puisqu’ils ne me seront plus d’aucune utilité jusqu’au prochain événement mondain «black tie».

Je vois des gens qui utilisent leur jugement de la même manière, comme s’il s’agissait de leur tenue de gala. Le reste du temps, ils le laissent bien rangé sous une housse pour ne se fier qu’au jugement des autres, aux décisions des autres, aux idées des autres.

Cette procuration leur permet de critiquer les sans risquer de mettre en cause leur propre manque de jugement. Je prends pour exemple la liste des mises en garde associées à des produits de consommation.

Fer à repasser: Ne pas repasser les vêtements sur vous.
Café
: Attention, chaud.
Tondeuse: Ne pas tenter d’enlever la lame pendant que la tondeuse est en marche.
Télécommande
: Ne pas mettre au lave-vaisselle.
Panneau de signalisation
: Route trempée lors de pluies.
Tronçonneuse
: Ne pas tenter d’arrêter la chaine avec vos mains ou vos organes génitaux.
Sèche-cheveux
: Ne pas utiliser en dormant.

Si des avertissements stupides de la sorte ont été imprimés, des individus sans cervelle ont posé ces gestes stupides et se sont plaints des conséquences aux fabricants, probablement dans l’espoir de recevoir une quelconque compensation. L’idiotie accomplie, le gaffeur est absout d’avoir manqué de jugement. Le coupable montré du doigt et puni sera le fabricant. En somme, on l’accusera de ne pas avoir réfléchi comme un idiot.

Non seulement les gens s’autorisent à ne pas réfléchir, mais la société les encourage dans cette voie en étant sans pitié pour ceux qui ont pensé à leur place sans avoir prévu toutes les gaffes possibles. En entreposant leur jugement sous la housse, les gens acquièrent un visa leur permettant de parcourir toutes les avenues de la bêtise.

Il faut dire que les dirigeants veulent contrôler un peuple soumis. Ça les arrange lorsque vous gardez vos fringues de gala bien loin de votre quotidien et que vous scandez leurs slogans sans les comprendre. L’important n’est-il pas de suivre les leaders, sans les critiquer, sans les juger?

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Personnellement, je tiens trop à la vie, à mes membres, à mes organes et à l’usage de mon cerveau pour laisser les autres utiliser leur jugement à la place du mien. Je n’irais pas sauter en bas d’un pont même si aucune pancarte ne m’avertit des dangers inhérents à un saut de l’ange à cet endroit. Il en va de même pour le reste des situations, même les moins dangereuses. Je pense, donc je suis, je suis en vie et je le reste en réfléchissant.

On peut voir sur les sites de vidéo en ligne des tas de gens commettre des stupidités. Je me dis que leur instinct de survie doit tenir dans un ou deux neurones tout au plus. Le fait qu’ils s’en sortent parfois indemnes ne confirme en rien la pertinence de leurs tentatives. Des conséquences miraculeusement mineures, étonnantes en comparaison avec la connerie des actes, démontrent seulement que la vie ne possède aucune justice intrinsèque.

Personne ne nait avec une quantité limitée de pensées réfléchies, le bassin ne se tarira jamais. Mieux, à chaque effort de réflexion, la matière grise s’habituera et les pensées intelligentes foisonneront. En revanche, le cerveau s’atrophie et les idées brillantes finissent par disparaitre entièrement lorsque le jugement est rangé sous une housse, comme la tenue de gala, cadenassé au fond d’une penderie ramassant la poussière au milieu d’un grenier oublié.

Je vis dans un monde peuplé de gens s’imaginant toujours être des entités individuelles vivantes alors qu’ils ne sont que des clones zombis.

Des origines de quelques mots

Voici une revue de quelques étymologies véridiques additionnées de remarques personnelles dont je vous laisse le soin de leur trouver un qualificatif. Amusez-vous.

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Pyjama vient de l’hindoustani (hindi) et signifie «vêtement de jambe». Je ne comprends donc pas comment les Indiens ont réussi à devenir aussi nombreux tout en utilisant ce détestable vêtement.

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Parlant de vêtement de jambe, vous portez plutôt un jean, un blue-jean. Son tissu est en fait un «bleu de Gênes». Il était porté par les gens pauvres de cette région, car sa résistance le rendait apte à supporter les durs travaux. Qu’il devienne le vêtement de toutes les générations et de toutes les modes est aussi ridicule que de croire que la vulgaire pomme de terre deviendrait le légume le plus populaire! Euh! J’ai raté quelque chose?

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Le mot pomme désigne un fruit bien connu. Mais pomme vient du latin poma signifiant simplement fruits. Quant au nom latin de la pomme, c’était malum! C’est pourquoi on utilise toujours aujourd’hui le mot pomme dans le sens de fruit en général comme dans les termes pomme de terre, pomme de pin et les fameuses pommes de route. La vilaine pomme qui tenta les amants du paradis terrestre doit être considérée dans son sens vague et métaphorique de fruit (défendu), sans référence à une pomme telle qu’on le représente aujourd’hui. Comme quoi, une simple pomme peut devenir sujet de Discorde.

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Parlons alors de discorde, dis-corde, absence de corde, de lien. Échec de l’objectif de se corder, d’être ac-cordés. Sincèrement, je préfère l’harmonie. Du mot latin harmonia et du grec signifiant «assemblage». Qui s’assemble se ressemble, et tout ce qui se ressemble s’accorde sans discordance.

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Coriace provient du latin corium signifiant cuir. Alors si vous trouvez un steak coriace, êtes-vous certain que la bête a bien été dépouillée avant sa cuisson?

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Plus d’une bête coriace vivait au Jurassique. Le mot Jurassique fait référence au massif du Jura situé en France et en Suisse où une couche sédimentaire affleurante montre clairement le passage de cette époque géologique chargée entre autres de dinosaures. Réaction d’un paléontologue: «C’est vrai, on me le jura (sic)!»

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Le mot continent vient du latin continens terra, les terres continues, ou encore de continere signifiant «tenir ensemble». C’est pourquoi un incontinent est quelqu’un qui ne peut plus tenir et fuit dans son ensemble.

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Arctique vient du latin arcticus et du grec arktikos. Tous deux font référence aux constellations de la Grande Ourse (Ursa Major) et la Petite Ourse (Ursa Minor). Arktos signifie indistinctement ours, nord ou pôle Nord. La Petite Ourse abrite d’ailleurs l’étoile Polaire. L’ours polaire et son territoire sont donc représentés par un même mot. En revanche, Antarctique, l’anti Arctique n’est pas seulement à l’opposé géographique, mais ce continent est bel et bien exempt d’ours polaires. Est-ce parce qu’avec ce nom, les mammifères carnassiers blanchis ne se sentaient pas les bienvenus?

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On sait que le mot volcan vient du dieu romain du feu Vulcain. Ce qu’on sait moins en revanche c’est que ce ténébreux personnage mythologique a été trompé par sa femme Vénus. Alors si votre ami vous confie avoir été trompé, vous pouvez le traiter de vulcain, un synonyme de cocu. Ce n’est pas très gentil, alors attendez-vous qu’il devienne rouge de colère, qu’il se mette à tressauter et qu’il finisse par exploser en vous crachant à la figure.

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Le mot boson, comme dans boson de Higgs, a été nommé ainsi en l’honneur d’un physicien indien du nom de Satyendranath Bose. S’il s’était nommé à l’inverse, on serait aujourd’hui pris à parler d’un satyendranathon de Higgs. Parfois, rarement, les événements tombent pour le mieux, il faut donc les noter et s’en réjouir quand ça arrive.

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Les restes de l’Australopithèque surnommée Lucy datant de 3,2 millions d’années ont été découverts en 1974 en Éthiopie sur les bords de la rivière Awash. Le soir de sa découverte, les chercheurs répertoriaient les fragments alors que jouait la fameuse chanson des Beatles «Lucy in the Sky with Diamonds», inspirant le surnom de notre ancêtre. Quant au titre de ce tube, il fait référence à la drogue hallucinogène, le LSD. J’ignorais que cette drogue existait depuis si longtemps! Lucy serait-elle morte d’une surdose?

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Plusieurs noms communs masculins ayant une terminaison en -ée d’apparence féminine sont des francisations de mots latins se terminant en  -eum ou -æum. J’en ai répertorié plusieurs, dont apogée, gynécée, hypogée, lycée, mausolée, musée, prytanée et trophée. En anglais, quelques mots parmi ceux-ci ont conservé le suffixe original latin et même la graphie latine complète comme lyceum, mausoleum et museum. Alors quand on dit que l’anglais n’est pas une langue latine, ces contre-exemples anglais, plus latins que leurs équivalents français, montrent bien qu’une langue, c’est plutôt étonnant. À preuve, la langue de ma copine est étonnamment…

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Volubile émane du mot latin volubilis, de volvere signifiant «qui tourne aisément». Une plante volubile s’enroule aisément autour d’un support. Une personne volubile parle beaucoup, avec rapidité et facilité. Vous ai-je déjà parlé de la langue étonnamment volubile de ma copine qui…

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«Lucy, chérie, je t’en prie, n’en fait pas un sujet de discorde! Voilà, d’accord, je me tais. Mes lecteurs ne sauront rien sur ta volubilité linguale. Tiens, prends une pomme et va écouter tes Beatles en lisant mon blogue d’hier sur le boson de Higgs. Ça t’évitera de préparer un plan visant à me déporter sur le continent Antarctique vêtu d’un seul blue-jean ou d’un pyjama. J’ai beau être coriace, on n’est plus au Jurassique où ces terres frôlaient l’équateur. Maintenant, on y gèle tellement que même les ours polaires n’osent pas y mettre la patte. Cet endroit deviendrait mon mausolée. Et le pire, si éloigné de toi et si proche du mont Erebus, je suis certain de me retrouver vulcain.»

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Après la sixième extinction massive

Après une grande extinction comme l’une des 26 importantes qui ont frappé la Terre depuis sa naissance vient une explosion de nouvelles espèces qui conquièrent les niches écologiques laissées vacantes par les précédentes.

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Aucun cataclysme planétaire n’a encore signé l’extinction de toute vie sur Terre. Il serait peu probable que cela survienne, à moins que la planète tout entière soit disloquée, avalée, annihilée par un trou noir, une étoile à neutrons ou par une collision avec une autre planète qui ramènerait notre monde au stade de l’Hadéen (premier éon de l’histoire de la Terre).

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L’exemple du Cambrien

Lorsque la vie trouve des opportunités de foisonnement, les nouvelles espèces bourgeonnent de manière plutôt échevelée. Confinée à un certain territoire dépourvu de prédation sérieuse, la vie teste de nouvelles façons d’exister. Lorsque nous observons les fossiles de la faune de l’explosion cambrienne, plusieurs espèces seraient facilement qualifiables de nature extraterrestre tellement leurs caractères nous apparaissent exubérants.

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Cette période géologique débute voilà 541 millions d’années avec l’extinction de l’Ediacarien, la dernière période précambrienne, et s’étire sur 56 millions d’années au-delà.

Chaque environnement développe ses propres solutions qui seront mises à l’épreuve. Ainsi, il nous sera impossible de connaitre la majorité des espèces cambriennes, seules les plus mobiles et les plus aptes à survivre ont conquis de plus grands espaces permettant un nombre plus important de fossiles. Quelques espèces auront une descendance qui se perpétuera jusqu’à aujourd’hui, dont plusieurs arthropodes (corps segmentés articulés munis de pattes).

Sixième extinction de masse

Des traces permanentes confirment une nouvelle période géologique. L’Holocène s’est terminé pour laisser la place au Meghalayen, nommé officieusement Anthropocène durant plusieurs années. Extinction massive d’espèces, importants résidus des combustibles fossiles dont les plastiques, la Terre s’est transformée et les changements continuent de s’accélérer.

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La grande extinction actuelle causée par l’humain laisse elle aussi des niches vides qui se remplissent par des espèces existantes indigènes ou migratoires. Mais l’histoire nous montre qu’apparaitront également de nouvelles espèces issues de mutations de caractères plus favorables que ceux existants. Elles profiteront de toutes les faiblesses engendrées par les changements environnementaux pour s’imposer devant leurs semblables. Meilleure adaptabilité à la chaleur, à la sécheresse, aux vents, aux inondations, aux insectes, des plantes quasi indestructibles et des animaux supportant les extrêmes finiront par proliférer au profit d’une flore trop fragile et d’une faune trop spécialisée.

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Mutations

Certaines mutations paraitront légères tandis que d’autres afficheront des changements drastiques. Par exemple, avec la hausse moyenne des températures, le gigantisme pourrait facilement et rapidement redevenir à la mode. Mais l’inquiétude vient de ce que nous ignorons. Naitra-t-il des hybrides du style «alien», «the thing» ou «predator» apparaitre? Le prédateur parfait, l’ennemi idéal de l’humain verra-t-il le jour?

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À ce jeu de hasard génétique, de conditions environnementales encore inconnues et d’opportunités ratées ou profitées, il s’avère impossible de deviner ce que la Nature nous concoctera. Toutefois, le déséquilibre environnemental actuel risque d’engendrer de bien mauvaises surprises. Ce sera à découvrir, mais d’ici là, mes os m’auront depuis longtemps foutu la paix. Mais en suis-je bien certain? Les nouvelles sur le sujet pourraient s’avérer bien pires et survenir bien plus tôt qu’on pourrait le croire!

L’humain

Pour terminer, une autre nouvelle probablement pas très réjouissante, l’humain aussi s’adaptera ou il disparaitra. À quoi ressembleront les futures générations d’humains? Porteront-ils toujours la dénomination homo sapiens ou devrons-nous parler d’une nouvelle espèce?

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Ce pourrait être homo gigantis (homme gigantesque), homo troglodytis (homme vivant sous terre), homo coriaceus (homme à cuirasse) ou même homo pteryx (homme ailé). Si certains dinosaures ont su se transformer en bête volante, pourquoi pas notre espèce?

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On pourrait au moins affirmer que la sixième extinction de masse nous aurait élevés à des hauteurs insoupçonnées. Ça camouflerait peut-être un peu la sombreur de notre méfait!