Oasis

Notre vie est jonchée de moments tristes ou sombres. Nous sommes appelés à traverser des déserts, des moments intercalaires épisodiques où l’existence nous fait suer de ténébreuses mers ou pleurer d’impétueux fleuves sitôt absorbés par la sécheresse existentielle du moment.

Ces situations inconfortables, indésirables, nous incitent à tracer une route directe à travers ces terres arides avec l’espérance de rapidement retrouver la luxuriance de périodes plus prospères et plus heureuses.

La pauvreté superficielle et apparente du désert nous incite fortement à trouver une issue rapide, sinon immédiate. La ligne droite étant le plus court chemin connu entre deux points, nous prenons une grande respiration et nous fonçons tête baissée dans le but de mettre rapidement derrière nous ces moments misérables.

Les caravaniers savent pourtant que le chemin le plus rapide ne s’avère jamais être la ligne droite, mais celui qui permettra de survivre en suivant la ligne des oasis. La ligne droite amènera à l’épuisement des ressources et, inévitablement, aux conséquences qui s’ensuivront.

Peu importent les difficultés petites ou grandes rencontrées au cours de notre existence, il me parait sage de progresser en louvoyant d’oasis en oasis. Avancer sans s’épuiser, se reposer régulièrement, reprendre des forces et son souffle, prendre conscience de sa progression, évaluer ses besoins pour traverser la prochaine étape avant de reprendre la route. Toutes ces actions apparemment inefficaces apportent de grands bénéfices peu faciles à évaluer et pourtant essentiels. Lorsque le corps et l’esprit profitent de moments de relâche et de calme, ils trouvent bien meilleures conseillères.

Nous sommes constamment poussés à nous surpasser, à faire mieux et plus vite, à tout exécuter plus efficacement. La tentation de couper certaines activités apparemment dispensables peut sembler judicieuse afin de rencontrer les standards imposés ou satisfaire à nos propres attentes. Cependant, notre bilan à long terme souffrira inévitablement des petits et gros abus commis contre notre personne.

Résister à la pression sociale de performance exige une bonne dose de confiance en soi. Cette pression nous pousse également à en exiger trop des autres personnes gravitant dans notre entourage, nos parents, nos enfants, notre conjoint, des employés sous notre responsabilité, nos amis et même de simples connaissances avec lesquelles nous interagissons.

Les oasis, même si elles rallongent notre parcours de vie et ne permettent pas de maximiser nos bénéfices, parviennent par contre à les optimiser. Vivre plus heureux et moins stressés en se contentant d’un peu moins vaut amplement une vie où l’on se sera toujours foutu de notre bien-être quotidien. Nous devons cesser d’associer l’oasis à l’oisif. Comme toute source de vie, l’oasis rend l’humain meilleur.

Art et proche aidance

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Je reviens tout juste d’un vernissage, une exposition d’œuvres réalisées par des proches aidants de la région des Laurentides au Québec. Cet événement qui se tient jusqu’au 18 novembre 2018 à l’hôtel de ville de Mont-Tremblant regroupe vingt-trois œuvres picturales sur ce seul et même thème de la proche aidance.

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Vous vous doutez qu’il ne s’agit pas d’un curieux hasard si la proche aidance se retrouve dans chaque tableau présenté lors de cet événement riche en couleurs et en émotions. Car malgré tout l’amour, le dévouement, la passion, la disponibilité et la patience qui caractérisent les proches aidants, le ressac surgit sous forme d’épuisement, de découragement, de colère, de culpabilité et de dépression chez les personnes qui ont sciemment décidé d’accompagner un proche dans sa maladie, de faire don d’une importante partie de leur vie à une ou à plusieurs personnes devenues trop vulnérables pour demeurer autonomes.

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Heureusement, depuis maintenant cinq ans, un service d’art-thérapie est offert dans la région des Laurentides à ces personnes dont leur courage admirable n’a d’égal que leur dévouement exceptionnel. Toutefois, ces œuvres n’auraient jamais vu le jour sans la compréhension fine des problématiques liées à la proche aidance que l’art-thérapeute, psychoéducatrice et artiste Annie Bilodeau apporte dans le soutien à ces gens au cœur plus grand que leur poitrine.

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Annie les entraine, les encourage, les supporte dans une démarche artistique visant à exprimer leurs sentiments refoulés au moyen de l’art pictural. Libérés d’une partie de leur fardeau moral, ces gens peuvent ainsi poursuivre leur importante mission de façon plus sereine, plus positive et mieux équilibrée entre les besoins de ceux qui leur sont chers et les leurs.

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Les œuvres ont été réalisées, non pas dans un but de performance artistique, mais plutôt dans une démarche visant à soulager les souffrances. Aucun exposant n’est un professionnel et pourtant, cette vingtaine de tableaux nous atteint au plus profond de notre âme.

Car nous savons tous qu’un jour, nous deviendrons nous-mêmes un proche aidant, si nous ne le sommes pas déjà, ou l’avons déjà été. Et plus tard, nous recevrons nous aussi de l’aide de notre conjoint, d’un ami ou d’un de nos enfants. C’est pourquoi ces toiles concentrées sur trois murs d’une même salle nous font vivre un étonnant maelström d’émotions vives et particulièrement intenses. Ces tableaux ne proviennent pas d’illustres inconnus ayant craché d’incompréhensibles émotions sur des toiles, non, ces œuvres nous décrivent, nous. Elles nous montrent une vision claire et certainement troublante, voire saisissante, de nous-mêmes.

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Chaque œuvre est accompagnée d’un court texte rédigé par l’artiste qui décrit en quelques mots le motif formant la base de sa réalisation. J’ai tenté de les lire les uns à la suite des autres, mais rendu à mi-parcours je me suis accordé une pause. Et c’est exactement le genre de réaction que la proche aidance suscite et il ne faut pas la camoufler. On reçoit un coup de poing au plexus solaire, une bouffée incontrôlée de lourdeur et en même temps un tsunami d’amours sans bornes et de tendresses infinies.

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Une grande amie, Johanne Blanchette, y expose quelques-unes de ses œuvres et s’est directement impliquée dans l’organisation et la réalisation de cet événement que je qualifie de révélateur et de charnière, tant pour les artistes que pour les nombreux visiteurs. De fait, j’ai eu l’occasion et le privilège d’échanger avec certains d’entre eux. J’ai remarqué leur regard au moment qu’ils entraient dans la salle et celui qu’ils portaient à leur sortie. Une indéniable transformation s’était opérée et voilà exactement ce que l’art procure à la population. Nulle obligation d’être un artiste confirmé pour atteindre les gens dans ce qu’ils ont de plus profond et d’intime. Il suffit d’avoir le courage et la générosité de partager ses souffrances, ses peines, ses joies et ses amours et alors, la magie de l’art réussira toujours à opérer.

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Puisque mon lectorat s’étend sur la plupart des continents, je me suis permis de prendre des photos de certaines œuvres et de vous les présenter ici dans mon blogue. Voyez-y une façon de vous encourager à chercher des ressources en art-thérapie dans votre région. Ne niez plus vos douleurs, elles trouveront grâce à l’art, peu importe lequel, une voix pour s’exprimer et une voie pour s’expulser. La proche aidance est tellement demandante, accordez-lui la possibilité de s’exprimer sans contraintes, sans faux-fuyants, en toute liberté et en toute sincérité.

Cet article ne se prétend pas être un communiqué de presse ni une critique de l’exposition. Comme dans tous mes articles, c’est LeCorbot qui s’exprime avec la plus grande sincérité. Si vous désirez plus de renseignements sur l’événement, communiquez avec le service de la ville de Mont-Tremblant.

Je tiens toutefois à souligner l’apport grandement apprécié de deux jeunes flûtistes de talent qui ont accueilli et accompagné les visiteurs tout au long de la soirée. Elles se nomment Élie Lacroix et Élisabeth Bilodeau. Un grand merci à toutes les deux !

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Fausses bonnes idées

Une fausse bonne idée consiste à trouver une solution à un problème qui, lorsqu’on l’applique, engendre des conséquences plus graves que les avantages apportés par sa résolution. Le bilan global d’une fausse bonne idée se révèlera mitigé, désastreux et même abominable selon la superficialité de la réflexion ayant mené à son élaboration.

La cause de l’édification des fausses bonnes idées est à chercher du côté de la simplicité du raisonnement. L’humain aime bien les équations à une seule variable qui n’apportent qu’une seule réponse. Elles deviennent faciles à démontrer puisque l’évidence semble sauter aux yeux. Les gens, peu ou aucunement au courant du sujet traité, abondent facilement dans le sens de la fausse bonne idée.

Il faut bien comprendre le principe de base universel que rien dans la vie n’est totalement bien ou entièrement mal. En éradiquant une source apparente de mal, on élimine également la source de ses bienfaits. Étant ignorants de ceux-ci, seuls ses effets négatifs nous sautent aux yeux et l’idée de s’en prendre à leur cause apparait pleinement justifiée puisque pleinement avantageuse.

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Il faut développer le réflexe de toujours questionner ce qui semble trop évident, trop simple, trop direct, trop beau pour être vrai. Un avantage cache toujours au moins un désavantage et souvent bien plus qu’un seul. Alors, même si une situation semble simple à comprendre, triviale, facile à analyser, l’adage populaire recèle une grande vérité, le diable se cache dans les détails.

L’autre principe de base à toujours garder en tête est que rien n’est aussi simple qu’on voudrait bien le voir ou que d’autres voudraient bien nous le faire croire. Il existe en toutes choses de multiples interactions et nos connaissances actuelles sur un sujet quelconque demeureront toujours fragmentaires, pour ne pas les qualifier tout bonnement de simplistes.

Le doute, la circonspection et même la suspicion doivent accompagner n’importe quelle démonstration, pas nécessairement pour faire dérailler les projets qu’on nous présente ou pour créer volontairement de l’immobilisme morbide, mais pour prendre de meilleures décisions à partir d’une plus grande quantité d’informations qui, souvent, se présenteront contradictoires.

Ainsi, grâce à de meilleures données, nous pouvons contrecarrer certains effets délétères de nos actes dès leur mise en œuvre plutôt que de tenter plus tard de renverser la vapeur, opération qui s’avèrera souvent extrêmement coûteuse, voire carrément impossible.

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Toutes les fois où nous nous substituons à la Nature, où nous prenons des décisions à sa place, toutes les fois où nous nous croyons plus intelligents qu’elle, le boomerang nous revient toujours en pleine figure. Destructions d’habitats, envahissements territoriaux, extinctions d’espèces animales et végétales, migration d’espèces, effets boule de neige imprévus, fragilisations ou brisures des chaines symbiotiques et alimentaires, transformations des sols et de l’hydrographie, chambardements dans les cycles naturels, tous ces impacts imprévus, négligés ou cachés nous rappellent qu’aucune équation n’est simple ni ne se résout d’un seul tenant.

Il en va ainsi avec la Nature tout comme avec la nature humaine. Aucune personne ne se comporte comme si elle était constituée d’une seule variable. Interagir avec les humains exige d’être conscient qu’ils possèdent leurs sensibilités propres, leurs faiblesses intrinsèques et leurs craintes parfois irraisonnées. La sagesse nous dictera un certain degré de prudence et de tact à leur égard. Elle nous gardera constamment à l’écoute des impacts de nos paroles et de nos gestes, même si nous sommes convaincus de notre bonne foi, de véritablement venir en aide, d’agir en vue d’apporter notre soutien. L’être humain s’avère bien plus complexe qu’on le perçoit.

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Cependant, cette complexité ne doit pas totalement nous décourager d’agir, mais il est possible que certaines de nos paroles ou certains de nos gestes s’avèrent finalement avoir été de fausses bonnes idées. Nous ne sommes pas exempts d’erreurs, bien au contraire, nous en faisons et en ferons sans cesse. C’est pourquoi nous devons constamment rester à l’écoute des autres, continuer infailliblement à observer l’impact de nos actions afin de corriger un tir mal ajusté, une parole blessante, une intention incomprise, un choix douteux.

Nous devons impérativement réfléchir avant d’agir et pour ce faire, il devient préalablement essentiel d’accumuler des informations pertinentes sous forme de questions-réponses ou par des observations-analyses. Ces précautions n’existent pas pour freiner une démarche d’aide, mais pour la nuancer, la bonifier, la rendre plus pertinente et pour réduire les effets collatéraux plus nuisibles qu’ils y paraissent parfois.

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Notre vie sera jonchée de fausses bonnes idées, les nôtres et celles des autres, et parfois on ne s’en rendra compte que bien trop tard. Ce sont les aléas de l’existence, mais si nous demeurons conscients des mécanismes qui les engendrent, nous pourrons en prévenir quelques-unes et en démonter quelques autres qu’on essaye de nous faire avaler.

Tout ceci se rapporte à un grand principe sur lequel je reviens constamment dans les articles de mon blogue, celui de toujours réfléchir, de se servir de ses connaissances, de son jugement et de ses doutes pour progresser, pour s’améliorer, pour parfaire ses compétences en toutes choses.

À propos de la violence

Par manque de temps, je n’ai pu terminer l’article faisant suite à celui d’hier sur les photons comme clé de compréhension de l’Univers. Ne vous en faites pas, ce n’est que partie remise, le sujet étant trop complexe pour le bâcler.

Je vous ai concocté cinq phrases concernant la violence. Vous pouvez enrichir la réflexion en en rajoutant une de votre cru dans les commentaires. 

– Nous possédons tous la capacité d’être violents

– User de violence prouve la faiblesse des arguments

– La violence est le dernier refuge de l’incompétence

– Le silence alimente la violence

– User de violence, c’est détruire l’innocence

10 000 pas ! Pas 10 000 !

Pourquoi vise-t-on à accomplir 10000 pas par jour?

Quelle est cette fameuse barre des 10000 pas par jour? Est-elle importante? Si oui, pourquoi? Est-elle symbolique, théorique, scientifique, métabolique?

En fait, elle vise une dépense minimale d’énergie, mais comme tout objectif, celui-ci semble bien souvent inatteignable, juste au-delà de quelque chose de réaliste, de vivable, d’acceptable et de réalisable qotidiennement. On a beau marcher le midi, un peu en soirée et même durant les pauses-café, notre podomètre s’évertue à nous faire autant suer que le soleil d’été. 6961, 8649, 7033, 8204 pas, il refuse obstinément d’atteindre les 10000 pas. Voici pourquoi.

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Faire 10000 pas vous prendra environ 80 minutes si vous vous déplacez à vitesse honnête de 4,5 km/h. Rajoutez le temps nécessaire pour vous vêtir, dévêtir, chercher vos clés, remplir votre gourde, retirer le caillou de la chaussure, extirper le téléphone de la craque du sofa, changer deux fois de survêtement, dire bonjour à la voisine, nettoyer la merde de chien sous votre semelle, répondre à un texto, boire une gorgée d’eau, admirer les canards, les photographier, rattacher vos souliers, enlever une pelure, sentir les glaïeuls, les photographier, reluquer l’autre voisine qui fait son jogging, la photographier, boire une gorgée d’eau, acheter sa baguette à la pâtisserie, on ne parle plus de 80 minutes, mais facilement de 120. Pressé par le temps, vous écourtez l’itinéraire censé vous amener à atteindre l’objectif. Évidemment, vous gagnerez en efficacité avec le temps en supprimant les pertes de temps et les distractions, mais effectuer 10000 pas exige bien souvent de prendre plus de temps qu’on aimerait leur consacrer.

Il faut aussi noter que se donner un tel objectif avec un chiffre rond joue sur notre désir de franchir cette marque, mais également sur notre frustration lorsque nous ne l’avons pas atteint. Cependant, tout objectif doit être adapté aux conditions du marcheur et à sa disponibilité.

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Voici quelques informations, indices, trucs, qui vous permettront de déterminer votre propre objectif. Vous serez tout de même fier de l’avoir atteint puisqu’il vous fera physiquement du bien, sans égard à cette damnée marque des 10000.

Si vous débutez, ajustez votre rythme de marche une coche sous votre vitesse naturelle et ne cherchez pas à atteindre 10000 pas du premier coup. Un rythme plus lent mais soutenu est le vrai but que vous devriez rechercher. Ne visez aucune performance au départ, le plaisir devrait toujours rester votre meilleure source de motivation. 

Une fois passées les 15, 20 ou 30 premières minutes, vous sentez un changement dans votre métabolisme. Votre corps devient plus chaud, il transpire plus, vous commencez à puer, car votre graisse fond, elle dégage ses toxines qui sont évacuées presque immédiatement dans votre sueur plutôt que d’atteindre le reste de votre organisme. Atteindre ce jalon est important. Ce mécanisme ne s’enclenche que lorsque les sucres rapides de votre corps s’épuisent et que vous entamez d’autres réserves. Il reste à vous fixer un objectif modeste de temps ou de nombre de pas lorsque vous dépassez ce seuil où votre corps réagit différemment. Au début, dix minutes peuvent amplement suffire. Vous l’augmenterez au fur et à mesure de vos capacités et de votre disponibilité.

Voilà, vous êtes certain d’avoir fait du bien à votre corps sans même regarder votre podomètre, sans l’obligation d’avoir atteint la fameuse marque des 10000 pas.

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Ce principe permet de répondre à la prochaine question à savoir s’il est plus avantageux de marcher ses 10000 pas en une seule séance ou en plusieurs. Je dirais que pour maigrir, il est préférable de les marcher en une seule séance afin de dépasser le fameux creux en glucose qui active la prise en charge énergétique par les graisses.

Effectués en plusieurs séances, ne soyez pas surpris si vos 10000 pas ne parviennent aucunement à vous faire maigrir. Vous pourriez même être porté à engraisser. Par contre, si votre objectif n’est pas de perdre du poids, votre corps bénéficiera grandement de ces 10000 pas, peu importe leur répartition au cours de votre journée.

En poursuivant régulièrement votre entrainement, compensez le temps de marche et le nombre de pas par une augmentation du rythme. Si vous vous rendez jusqu’à 6 km/h, vous verrez que le nombre de pas nécessaire à atteindre l’état de sudation aura fortement diminué et les bienfaits seront quand même au rendez-vous.

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Évitez de considérer les 10000 pas pour autre chose qu’une simple marque anonyme. Fixez la vôtre et faites-la évoluer selon vos conditions, vos contraintes et surtout le plaisir que vous retirez de pratiquer cette activité.

Bon marchage!

Discuter pour vivre ensemble

Il est facile de parler sans se comprendre. Plusieurs causes de mésententes coulent de source, elles tirent leurs origines de l’objectif même de la discussion entreprise avec une autre personne.

Cherche-t-on vraiment à discuter qui oblige à échanger? Il est facile de camoufler un diktat sous des airs de discussion. Elle ne sert bien souvent que d’outil de manipulation. On l’utilise pour faire connaitre une décision déjà prise. On demande l’avis de l’autre sans vouloir en tenir compte s’il diverge du nôtre. Ce n’est que de la poudre aux yeux destinée à prouver une fausse bonne foi.

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La discussion vise parfois un but inavouable et inavoué. En usant de moyens destinés à noyer le poisson, à éloigner l’autre de la vérité, la discussion déraille, l’impatience gagne les deux parties et les conséquences s’ensuivent. Tout ce qui ne tombe pas sous le sens est discutable et devrait être discuté lorsque l’autre partie se rend compte d’une argumentation à la logique bousculée, triturée, contorsionnée qui vise à insérer une cheville carrée dans un trou rond sans trop le faire paraitre.

Mais qui est prêt à se remettre en question devant son partenaire? À réfléchir tout haut? À entreprendre une démarche de questions-réponses sans préparations? À livrer ses propres incertitudes, ses doutes, ses faiblesses?

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Ce qu’on devrait toujours faire est de réfléchir à l’argumentation adverse avant de répondre, quitte à reporter la discussion si nécessaire. En revanche, toujours ramener sur le tapis un sujet laissé en suspens. Répondre franchement aux questions légitimes. Éviter de mêler plusieurs sujets, au contraire, leur donner une priorité. Reconnaitre ses subterfuges, ses camouflages et s’en départir.

La règle d’or est tellement simple que tous les grands humanistes l’ont reprise dans leurs discours.

«Traite les autres comme tu souhaiterais être traité.»

Tu ne peux exiger d’une personne d’être ouverte, franche, conciliante, de bonne foi si tu lui refuses les mêmes comportements.

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Lorsqu’il existe une barrière franche entre deux comportements, lorsque après maints efforts personne ne semble donner signe de bonne foi, il faut se questionner sur la pertinence de la relation. S’il y a refus de s’entendre de part et d’autre sur des règles du jeu communes, le plaisir n’existe plus. C’est une guerre déguisée, un conflit en habits de civilité.

Gagner sur une personne censée être son alliée n’est pas une victoire, mais une trahison et vous serez alors traité de la sorte. L’objectif ne devrait jamais être la victoire, mais le plaisir d’avoir obtenu un accord mutuel accepté de plein gré.

Si vous aimez vous battre contre un ennemi, choisissez donc celui-ci. Combattez votre goût, votre désir de gagner, d’avoir gain de cause, d’imposer vos idées, car voilà le vrai ennemi à abattre lorsqu’on choisit de vivre en couple et en société.

On peut ne pas s’entendre sur la destination, sur le chemin à emprunter, sur les haltes, tout cela reste en partie secondaire tant qu’on vise l’objectif de bien vivre ensemble.

Idéalismes

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Si vous recherchez l’auteur de ces recettes, je les ai obtenues de la patte même d’un noir oiseau venu se percher sur ma main.

Il m’a avoué s’être longuement promené afin de suivre la piste de plusieurs idéalismes qui l’ont toujours mené vers des gens concoctant ces sempiternelles mêmes recettes. Après une étude approfondie des causes de ces constantes, il a constaté la pauvreté et l’insipidité des ingrédients utilisés.

La première question qu’il leur posa fut de comprendre pourquoi ils n’utilisaient pas d’autres ingrédients plus savoureux. Il s’en voulut d’avoir été si peu perspicace tellement la réponse était évidente. L’idéaliste ne nourrit aucun doute sur sa recette et il la réalise en prenant un soin jaloux de ne rien y changer.

L’idéaliste possède les réponses à toutes les questions puisque ses réponses restent invariablement les mêmes. Alors, pourquoi chercher ailleurs, pourquoi faire plus compliqué, pourquoi remettre en cause une recette parfaite?

Peu importe l’inadéquation entre la question et sa réponse, l’idéaliste considère que si celle-ci ne convient pas à la question, il n’avait tout simplement pas lieu de la poser. Si sa réponse est 42, il est inutile de lui poser des questions impertinentes dont le résultat diffèrerait de 42.

Bien souvent, l’idéaliste reste parfaitement conscient de son stratagème, mais il préfère s’appuyer sur une mauvaise réponse plutôt que de rester sur un questionnement. Il craint maladivement tout type d’éléments inconnus qui le paralysent des pieds à la tête.

Incapable de trouver par lui-même des réponses à des questions, il opte pour la simplicité afin de voyager le plus léger possible et ce faisant, il ne s’embarrasse d’aucun doute.

N’ayant jamais tort, l’idéaliste n’écoute personne. Il devient donc totalement inutile de s’efforcer de discuter avec lui. La meilleure attitude à adopter est de le laisser moisir seul dans son jus puisque cette attitude d’éloignement respecte entièrement ses choix et ses désirs.

L’idéaliste refuse de reconnaitre qu’aucune réponse ne satisfera entièrement une question ouverte. Les réponses nuancées le mèneraient à commettre des erreurs sans lui fournir d’excuses béton pour se disculper.

Reconnaissant son incompétence à réfléchir intelligemment à un problème par inculture, par manque de technique et d’exercice, il ne lui reste qu’une seule option, radicaliser sa pensée et s’en tenir coûte que coûte.

Voilà ce qu’attend un individu tenté par l’idéalisme, rien de plus qu’un immense désert intellectuel.

Les seuls fruits issus des idéalismes sont de l’incompréhension, de l’intolérance et de l’intransigeance. Ces récoltes ne produiront jamais rien d’autre que des salades d’intenses déceptions et des confitures d’injustes représailles.

— LeCorbot

Quoi suis-je ?

Jour après jour, grâce à l’air que je respire, aux liquides que je bois, à la nourriture que j’ingurgite, je remplace une partie des molécules qui me composent, pourtant, je reste le même individu. Les atomes de notre corps se renouvellent entièrement en l’espace de cinq à six ans. Pourtant, je reste apparemment le même individu d’année en année et même de décennie en décennie.

Je donne de mon sang, mon corps recompose ce liquide vital au bout de quelques jours, mais entre-temps, je reste toujours le même individu. Je passe au bistouri pour une ablation quelconque ou je me fais amputer un membre. Je me réveille, je suis le même individu. Je suis branché à un cœur artificiel cent pour cent mécanique, mon entité fondamentale reste la même. Certaines de mes fonctions cérébrales sont atteintes, je parviens parfois à déplacer ailleurs les connexions détruites dans mon cerveau.

Alors qu’est donc mon entité fondamentale? Jusqu’où va ce jeu de rapetissement jusqu’à mon entité réellement indissociable? Mon moi est quoi? De quoi est-il composé? Où se cache mon moi? Quelle est mon essence? Quoi suis-je?

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Certains qualifieront ce moi primal de conscience, d’esprit ou d’âme. Elle ou il transcenderait les parties de mon corps ainsi que ses molécules, mais aurait besoin d’un corps fonctionnel pour y demeurer. Voilà pourquoi certains croient en la réincarnation, un moyen de faire transiter une âme d’un corps à un autre.

Le problème, c’est que nous ne comprenons pas encore ce qu’est la vie. Comment passe-t-on de l’inerte au vivant? On pourra invoquer ici le rôle du Divin. Personnellement, j’ai de la difficulté avec ce concept. Par le passé, on expliquait tout le mystérieux, tout l’incompris, par une intervention divine. Les mystères ont ensuite été expliqués de façon scientifique. Un jour, l’explication de l’apparition de la vie nous sera probablement révélée en termes techniques sans faire intervenir une déité quelconque.

Il reste que notre conscience semble capable de transcender notre corporalité. Voyages astraux, expériences de mort imminente, les fantômes et même les simples rêves nous confrontent à l’incompréhensible. Où se trouve notre esprit? Qu’est-il en réalité? Comment est-il lié au corps?

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Les mystères de la physique quantique pourraient être liés à ceux de l’esprit.

Évidemment, la question fondamentale reste toujours à savoir ce que devient notre esprit après notre mort. Bien des gens pensent qu’il ne peut persister au-delà de la panne du corps, mais sa capacité à se décorporer jette un doute sur cette fin absolue.

Le dernier et le plus grand mystère risque malheureusement de le rester encore longtemps.

L’alchimie de l’être

Je repousse d’une journée la publication d’une série de trois articles prévus aujourd’hui et les jours suivants afin d’en insérer un tout nouveau consacré au sujet discuté dans les commentaires liés à l’article d’hier sur l’alchimie. Aujourd’hui j’aborderai donc l’alchimie de l’être ou de l’âme.

J’avoue avoir été pris de court par certains lecteurs qui ont abordé l’alchimie d’un angle de vue que j’avais négligé, faute d’y avoir réfléchi, c’est l’alchimie appliquée à notre intériorité, à notre être, à notre âme.

Je remercie particulièrement Vénus ainsi qu’Ibonoco et La plume fragile pour avoir apporté leur contribution à l’article en inscrivant des commentaires, il s’en est trouvé enrichi et, conséquemment, mes propres réflexions sur le sujet.

Je vous les livre aujourd’hui à chaud, à peine sorties du haut fourneau, sans dégrossissage, sans ébarbage, sans laminage ni autre finition. Qu’importe, puisque les pensées restent toujours à être refaçonnées de toute façon.

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La question à laquelle je me suis attaqué consiste à savoir si l’alchimie de notre âme peut réellement exister ou si ce n’est qu’un usage abusif d’un terme qu’il faudrait remplacer par un ou plusieurs autres mieux adaptés aux processus de la gestion de nos douleurs psychologiques. En clair, peut-on réellement transmuter du mal en bien dans un contexte de guérison morale ?

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Tout d’abord, je pense qu’il existe plusieurs mécanismes permettant de traiter le réservoir de douleurs que l’humain peut porter. L’alchimie est-elle l’un de ceux-là ? Nous y verrons plus clair après avoir discuté des autres.

L’écornage ne diminue pas nécessairement l’ensemble du réservoir de mal. Il lime les pointes et émousse les tranchants. Il rend les douleurs moins aiguës, moins amères, moins violentes, donc plus endurables à court terme. « Je me change les idées », « je m’efforce de ne pas y penser ».

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L’érosion use le mal sur le long terme, c’est la mémoire qui fait disparaitre peu à peu les détails, les surfaces, mais le noyau douloureux résistera à toute érosion. Tant qu’on pense encore aux maux subis, peu importe de quelle façon, ils existent encore, ils vivent toujours au fond de nous et n’ont pas disparu.

La dilution viendra à bout des parties de douleurs arrachées à notre âme qui se noieront dans une mer de n’importe quoi. Loisirs, drogues, exercices, voyages, travail, la dilution ne fait rien disparaitre, elle ne fait que masquer le mal, le camoufler, le répandre en tentant de le faire disparaitre dans un bassin bien plus grand, mais la quantité de mal ne diminue pas. On entendra alors les fameuses phrases «je suis passé à autre chose» ou «je me suis trouvé une grande passion». Mais notre mal, lui, n’est pas passé à autre chose, il ne s’est pas encore transmuté.

L’évaporation laisse entendre que le niveau de ce fameux bassin réussit à être réduit par élimination progressive, pourtant rien n’est moins sûr, car le mal, comme le sel, même dilué, ne s’évapore pas. «J’ai fait la paix avec moi-même», «je lui ai pardonné», «j’y pense de moins en moins». Mais dans un système clos, l’évaporation n’est pas une disparition, elle ne fait que transporter certains éléments ailleurs et peut arroser des jardins fleuris de pluies acides.

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Dois-je parler de l’illusion ? S’inventer un nouveau passé exempt des sources de douleurs afin de tenter de faire disparaitre celles accumulées. Ou s’inventer une nouvelle personnalité réfractaire à la douleur, insensible, intouchable. Une spirale, qu’elle attire vers le bas comme le maelström ou vers le haut comme la tornade, finit de toute façon par disloquer les imprudents ayant cru y trouver remède à exterminer leur mal.

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Une autre façon de traiter le mal est de ne pas s’y attaquer directement, mais de s’attaquer à ses conséquences, à nos comportements envers les autres et nous-mêmes. Ainsi, à la sortie du réservoir emmagasinant nos souffrances, nous y installons un inverseur. Le mal s’écoule du réservoir, passe à travers l’inverseur et il en ressort du bien. Cependant, ce système d’inversion doit être alimenté en énergie pour bien fonctionner et cette source finit toujours par atteindre ses limites. Le système inverseur se corrode, se corrompt, s’obstrue à force de transformer du mal en bien. Il en résultera de l’écœurement, de la fatigue, de l’épuisement puis de la dépression. Le mal aura trouvé le moyen d’user les parties tendres et de s’y substituer.

Certains rajoutent à leur inverseur un amplificateur afin de transformer un peu de mal en beaucoup de bien. Il va sans dire qu’une telle surréaction ne fera que saturer leurs circuits encore plus tôt. Les effets risquent d’être catastrophiques, car leurs réactions se retrouvent rapidement hors de contrôle. Crises de pleurs et même de violence, sentiment d’être totalement incompris, bipolarité, l’amplificateur ne fait pas que déranger, il nuit gravement à la santé mentale. On peut résumer ce mécanisme par ces deux adages: «Plus, c’est trop» et «le mieux est l’ennemi du bien».

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Cette amplification peut également se produire sans ajout d’un inverseur. On obtient ainsi le syndrome de la mégère de Cendrillon ou d’Anakin Skywalker. Leur mal devenu leur maitre, ils s’alimentent du côté obscur pour inonder l’univers de tous les maux possibles en croyant en vain réduire ou faire disparaitre leur propre réservoir de douleurs. Jalousie et égoïsme ne transmuteront jamais leur propre mal puisque leur réservoir de douleur se remplit à même les douleurs qu’ils engendrent chez les autres. Ils ont conçu un système autoreproducteur de malheurs pour eux-mêmes et une source de ténèbres pour tous les autres.

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À bien y réfléchir, aucun de ces mécanismes ne fonctionne vraiment adéquatement pour diminuer de façon réelle, permanente et positive la réserve de nos douleurs morales. Les conséquences s’avèrent parfois pires que le mal initial à combattre. L’alchimie pourrait-elle alors représenter la véritable solution à la présence des maux de nos âmes et à leur élimination définitive?

Dans l’article précédent, je définis que l’alchimie des éléments chimiques est en fait de la radioactivité qui transmute un élément pur en un autre élément pur. Je délaisse les concepts de noblesse, de richesse, de rareté ou d’utilité des éléments détruits ou créés. Ce sont des concepts purement humains. Chaque élément chimique trouve ses fonctions et ses utilités à la grandeur de l’Univers et notre piètre jugement à cet égard ne pèse rien.

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Cette radioactivité n’est pas instantanée, chaque isotope de chaque élément chimique radioactif possède son propre rythme de désintégration. Il en serait de même pour l’alchimie de l’âme.

Je ne discuterai pas de la nature du mal ni du bien, sauf en termes de douleur et de bonheur. Peut-on prendre une réserve de douleurs en l’amenant à se tarir graduellement en produisant des résidus de nature différente?

Si la transmutation de nos douleurs peut réellement exister, on remarquera que, dépendant de la nature de chacune d’elles et de leur provenance, il existera des taux de désintégration différents.

La transmutation devra différer des autres mécanismes discutés plus avant: inversion, amplification, camouflage, dilution, illusion, évaporation, érosion, amnésie, écornage, etc.

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L’alchimie de l’âme consiste donc en une véritable guérison qui engendrerait une source radiante capable d’influencer positivement le sujet et ceux qui le côtoient.

Mon verdict: Je crois maintenant possible de produire un phénomène d’alchimie de l’âme réduisant nos réserves de douleurs en les transmutant en autre chose de moins corrosif. Cependant, je doute que certains mouvements populaires puissent faire mieux que de donner des outils généralistes qui s’avèreront assez rapidement limités et même inadéquats.

Sans en connaitre aucun, je gagerais que la majorité confond l’alchimie de l’âme avec l’un ou l’autre des différents mécanismes présentés dans cet article.

La véritable alchimie de l’âme est très certainement un exercice de haute voltige et les guides compétents aussi rares que les plus précieuses pierres radioactives enfouies dans la croûte terrestre. La plus grande prudence est de mise.

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Doutez des formules trop simplistes, qui s’appliquent à tous, qui apportent un bien-être quasi instantané, qui vous noient dans une mer d’individus semblables, qui ne vous donnent pas la place la plus importante et qui ne respectent pas votre individualité, votre histoire personnelle, votre nature profonde.

Gardez toujours votre liberté de jugement, sachez reconnaitre rapidement les fausses alchimies de l’âme afin de débusquer les charlatans pour ne conserver que les bons guides et les bonnes techniques.

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Rappelez-vous également que les anciens alchimistes avaient tort en regard à la pierre philosophale et à la rectification. On peut très bien transmuter la nature des choses sans devoir recourir à des éléments extérieurs ou à des procédés complexes. Suffit parfois de savoir où poser son regard, le plus formidable outil alchimique, et peut-être la seule véritable pierre philosophale.

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Jugement et tenue de gala

J’ignore pour vous, mais j’enfile mes habits de gala assez peu souvent. Le reste du temps, je les protège en les gardant sous des housses. Lorsque j’ouvre le zipper, c’est le signe d’une célébration prochaine. Une fois la fête terminée, les vêtements nettoyés, je les range en les oubliant au fond de la penderie puisqu’ils ne me seront plus d’aucune utilité jusqu’au prochain événement mondain «black tie».

Je vois des gens qui utilisent leur jugement de la même manière, comme s’il s’agissait de leur tenue de gala. Le reste du temps, ils le laissent bien rangé sous une housse pour ne se fier qu’au jugement des autres, aux décisions des autres, aux idées des autres.

Cette procuration leur permet de critiquer les sans risquer de mettre en cause leur propre manque de jugement. Je prends pour exemple la liste des mises en garde associées à des produits de consommation.

Fer à repasser: Ne pas repasser les vêtements sur vous.
Café
: Attention, chaud.
Tondeuse: Ne pas tenter d’enlever la lame pendant que la tondeuse est en marche.
Télécommande
: Ne pas mettre au lave-vaisselle.
Panneau de signalisation
: Route trempée lors de pluies.
Tronçonneuse
: Ne pas tenter d’arrêter la chaine avec vos mains ou vos organes génitaux.
Sèche-cheveux
: Ne pas utiliser en dormant.

Si des avertissements stupides de la sorte ont été imprimés, des individus sans cervelle ont posé ces gestes stupides et se sont plaints des conséquences aux fabricants, probablement dans l’espoir de recevoir une quelconque compensation. L’idiotie accomplie, le gaffeur est absout d’avoir manqué de jugement. Le coupable montré du doigt et puni sera le fabricant. En somme, on l’accusera de ne pas avoir réfléchi comme un idiot.

Non seulement les gens s’autorisent à ne pas réfléchir, mais la société les encourage dans cette voie en étant sans pitié pour ceux qui ont pensé à leur place sans avoir prévu toutes les gaffes possibles. En entreposant leur jugement sous la housse, les gens acquièrent un visa leur permettant de parcourir toutes les avenues de la bêtise.

Il faut dire que les dirigeants veulent contrôler un peuple soumis. Ça les arrange lorsque vous gardez vos fringues de gala bien loin de votre quotidien et que vous scandez leurs slogans sans les comprendre. L’important n’est-il pas de suivre les leaders, sans les critiquer, sans les juger?

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Personnellement, je tiens trop à la vie, à mes membres, à mes organes et à l’usage de mon cerveau pour laisser les autres utiliser leur jugement à la place du mien. Je n’irais pas sauter en bas d’un pont même si aucune pancarte ne m’avertit des dangers inhérents à un saut de l’ange à cet endroit. Il en va de même pour le reste des situations, même les moins dangereuses. Je pense, donc je suis, je suis en vie et je le reste en réfléchissant.

On peut voir sur les sites de vidéo en ligne des tas de gens commettre des stupidités. Je me dis que leur instinct de survie doit tenir dans un ou deux neurones tout au plus. Le fait qu’ils s’en sortent parfois indemnes ne confirme en rien la pertinence de leurs tentatives. Des conséquences miraculeusement mineures, étonnantes en comparaison avec la connerie des actes, démontrent seulement que la vie ne possède aucune justice intrinsèque.

Personne ne nait avec une quantité limitée de pensées réfléchies, le bassin ne se tarira jamais. Mieux, à chaque effort de réflexion, la matière grise s’habituera et les pensées intelligentes foisonneront. En revanche, le cerveau s’atrophie et les idées brillantes finissent par disparaitre entièrement lorsque le jugement est rangé sous une housse, comme la tenue de gala, cadenassé au fond d’une penderie ramassant la poussière au milieu d’un grenier oublié.

Je vis dans un monde peuplé de gens s’imaginant toujours être des entités individuelles vivantes alors qu’ils ne sont que des clones zombis.

Conseiller ou pas ?

« Il ne faut pas cesser de donner des conseils, il faut cesser d’être de mauvais conseillers. » — LeCorbot

La vie humaine en société consiste à procéder à des échanges entre nous. Donner, recevoir, échanger, transférer ou transmettre, il est tout à fait permis et même désirable de le faire, non seulement avec des biens et des services, mais aussi avec des idées, des avis et des conseils. Tous les jours, nous sommes influencés et nous influençons notre environnement, ça fait partie du grand jeu de la vie. Vouloir rendre les conseils tabous en noircissant leur influence, comme si elle était nécessairement néfaste, irrespectueuse, voire démoniaque, prouve seulement une chose, l’ignorance sur les façons de bien conseiller.

Les mauvais conseils commencent au moment où on pense et on dit : « Si j’étais à ta place… ». Personne ne peut se trouver à la place d’une autre. Ne croyez pas avoir le moindre soupçon de chance de vous mettre à la place de quelqu’un. Personne n’a le même passé, les mêmes sensibilités, les mêmes désirs, les mêmes peurs, les mêmes influences, la même culture, la même éducation, la même formation, la même personnalité et le même potentiel.

Au mieux, il est possible de dire en le pensant sincèrement : « Connaissant certains aspects te concernant, je vois diverses possibilités… ».

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Conseiller exige de l’humilité, tant de celui qui reçoit les conseils que de celui qui les prodigue. Celle du conseiller avivera celle de son interlocuteur.

Un conseil survenant sans options perd de son intérêt et par incidence son statut même de conseil. Le conseiller ne cherche pas à trouver la meilleure option, mais à présenter des pistes de solutions. Si le conseiller se contente de présenter sa meilleure option, elle peut très bien correspondre à la seule que la personne ne peut absolument pas envisager pour des raisons inconnues.

Évitez de conseiller par ricochet. L’exemple le plus évident est celui de la belle-mère qui conseille son gendre pour que sa fille obtienne ce qu’elle désire en se foutant éperdument de tout ce qui le concerne. Seul compte le bonheur, soit-il éphémère, de sa fille.

Conseiller par métaphores possède des vertus et des risques. La métaphore doit être bien choisie, pertinente, simple à comprendre et à décoder. Elle évite une mise en situation personnelle trop brutale, trop évidente, et s’intègre au cœur d’une conversation. En revanche, elle éloigne la personne de l’exemple utilisé et peut la garder à distance si elle décide de ne pas vouloir l’appliquer à elle pour quelque raison que ce soit. Ainsi, votre conseil se retrouvera prestement aux orties.

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On ne devrait tirer aucune gloire des conseils prodigués, car ils s’avèrent lourds de responsabilités. Le conseiller devrait toujours se souvenir de faire profil bas, de les dispenser avec parcimonie et de rester très prudent quant à leur contenu.

Un conseil ne doit pas être perçu comme une menace. Oubliez les conseils en forme d’ultimatums, car vous devrez presque à coup sûr mettre votre menace à exécution. Même un conseil bien exprimé s’avère souvent difficile à accepter. Alors, imaginez si vous lui fournissez une bonne raison de le refuser en brandissant une épée de Damoclès !

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Un conseil n’est pas plus un ordre. Que le conseil soit accepté et suivi ou refusé et oublié, votre attitude ne devrait pas changer à l’égard de la personne. Vous ressentirez certainement de la frustration, surtout si les aléas anticipés en cas de refus surviennent précisément comme vous les aviez appréhendés. Mais c’est ce qui différencie un conseil d’un ordre. Si vous désirez ordonner des choses, ne les maquillez pas en conseils. Trouvez la raison pour laquelle vous êtes en droit d’ordonner quelque chose. Si vous ne la trouvez pas, c’est qu’un ordre est inapproprié. Le maquiller en conseil semble une bonne idée pour manipuler en douceur. Détrompez-vous, car vous n’accepterez pas un refus d’obtempérer et vous tomberez dans votre propre piège.

Un conseiller n’est pas un tribunal. Alors, évitez de juger les choix de la personne que vous désiriez conseiller.

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Le conseil devrait suivre l’intention et le désir de la personne à en recevoir, pas l’inverse. Cette ouverture peut s’exprimer subtilement, car avouer avoir besoin d’un conseil est une démarche difficile. Restez sensibles aux phrases exprimées et aux sous-entendus tout en évitant de prendre vos désirs pour des réalités.

Conseiller s’accompagne de responsabilités. Si des conseils ne semblent pas nécessaires, évitez de les prodiguer et vous réduirez le poids de vos interventions sur vos épaules. Si ça ne vous cause aucun poids, dites-vous bien que vous vous méprenez sur la nature de ce que vous qualifiez de « conseils ». Parlez alors de manipulations pour obtenir ce que vous désirez, ce serait plus adéquat.

Conseiller ne doit pas relever de l’impression d’avoir raison. Être convaincu d’avoir compris un truc et penser que la personne comprendra la même chose que vous risque de vous décevoir. Ce que vous avez compris fut le résultat d’un processus et un conseil est insuffisant pour remplacer un processus d’apprentissage en entier.

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Un conseil est aussi un appel à votre patience, à votre indulgence et à votre compréhension. Si vous manquez d’un des trois, votre conseil n’était peut-être pas aussi honnête que vous le pensiez.

Certains attendent les conseils pour faire exactement l’inverse. Si vous avez détecté ce type de comportement chez quelqu’un, je suggère de rester loin de tout ce qui pourrait s’apparenter ou ressembler à un conseil. Si vous êtes tombé dans le panneau, vous pouvez lui faire savoir qu’il s’est acheté un billet pour s’assurer de votre futur silence. Le fait de vous abstenir va le contrarier puisqu’il a besoin des conseils pour savoir où se situe l’opposé. Ne tentez pas de penser blanc et dire noir afin qu’il choisisse blanc. Ce type de truc tordu finit toujours mal pour les deux.

Le confondez pas « prodiguer de bons conseils » avec « conseiller de la bonne façon ».

En fin de compte, cet article consiste-t-il à vous conseiller sur votre façon de conseiller ? Ça en a tout l’air ! Mais faites-en ce que bon vous semble, c’est juste un conseil, après tout !

Et pour conclure cet article sur la même note qu’il a commencé, une autre citation.

« Les meilleurs conseils sont ceux qu’on ignore avoir prodigués… et ceux qu’on a tus. » —  LeCorbot