Mon inutilité

Un jour viendra où vous aurez atteint l’âge de vous demander à quoi aura servi votre vie. J’élimine immédiatement de l’équation le fait que vous avez procréé ou que vous projetez de le faire, car on ne parle plus de votre propre vie. La vôtre, en quoi fut-elle intéressante aux yeux des autres? Quel type de bilan vous dresse-t-on? Mis à part quelques broutilles sans grand intérêt, quelle est votre contribution au Grand projet humain?

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Probablement comme nous tous, vous n’avez rien apporté de réellement important. Oui, certainement, vous avez aidé un tas de gens qui, eux-mêmes, n’ont rien apporté dans la grande équation de l’existence humaine. Vos proches, vos voisins, vos amis ou collègues ont profité de votre sollicitude, votre disponibilité, votre écoute, votre humanité. Et puis après? Lorsque des coquerelles s’entraident, elles ne restent que des coquerelles qui réalisent ensemble des trucs de coquerelles. Ne vous offusquez pas de mes images, je ne nous compare pas à ces bestioles, du moins pas au premier degré, c’est déjà ça de gagné!

Virtual_Interactive_Kinetic_IntelligenceJ’étais voué à faire de grandes choses, à laisser ma marque. J’avais le talent, l’attitude, l’énergie, la santé, il me restait à prendre les bonnes décisions. Puis la vie m’a placé devant des situations qui m’ont obligé à choisir, et mes décisions m’ont amené ailleurs.Je ne regrette rien, je constate en revanche que ma vie a bénéficié à peu de gens. J’ai sacrifié la grosse affaire pour me consacrer à une seule personne.

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Pourtant, avec le recul et l’expérience, si je me retrouvais dans la même situation, je referais le même choix. Personnellement, je n’ai pas perdu au change, mais la société tout entière aurait pu profiter un peu plus de moi si mes efforts s’étaient focalisés ailleurs et autrement.

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Force est de constater que je fus plutôt inutile. Je l’admets, je le conçois, je l’accepte. Bien sûr, ma vie ne se terminera pas demain matin et je possède encore quelques années devant moi pour réaliser de belles choses, mais pas de grandes choses.

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Si ma vision de la situation est limpide, elle ne me rend pas plus malheureux pour autant, c’est le grand paradoxe de ma vie. Voué à devenir important, choisir l’inverse et en être finalement heureux. Pourquoi? Parce que le succès ne se compte pas en nombre. Parce que le bonheur n’est pas un cruchon qu’on remplit. Parce que la réussite est parfois uniquement dans sa tête et si on pense sincèrement qu’on a réussi, ce sentiment suffit amplement à créer une réalité.

Je dors peu, mais je ne fais jamais de cauchemars. Je dors du sommeil du juste. Rien ne me pèse sur la conscience. Tout compte fait, quel beau cadeau je me suis fait! n’est-ce pas?

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L’humanité est une grosse pyramide où la base se tape tout le fardeau de ceux qui se sont élevés en marchant sur les têtes et qui trônent actuellement au sommet, un sommet si peu partagé. Oui, c’est injuste, mais à voir la laideur de ces gens et les horreurs qu’ils ont accepté de faire pour se retrouver là, je bénis l’Univers de m’avoir apporté la possibilité de choisir une autre voie.

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Si vous êtes comme moi, soyez heureux. Au bout du compte, votre vie a été importante si elle n’a pas nui aux autres. Tous les jours, vous supportez votre propre fardeau ainsi que celui des autres qui ont préféré, eux, s’en délester. S’ils croient atteindre les honneurs, en revanche, vousavez mieux, vous avez l’Honneur. N’oubliez jamais que l’importance d’une majusculeprévaudra toujours sur celle du pluriel.

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Et mon blogue, un de ces jours, servira-t-il peut-être à des gens! Qui sait ce qu’on laisse en héritage?

4 commentaires sur “Mon inutilité

  1. Chacun sa petite pierre, chacun son boulet ou sa peine. On n’a que le destin que l’on se crée, que l’on provoque par nos choix (ou l’absence de choix). Nos géniteurs n’ont pas forcément de projet (de l’ordre de l’humanité) pour leur progéniture.
    D’ailleurs, quand on est face à des réalités comme celles vécues dans le film Capharnaüm (certes mises en scène mais pas loin tout de même à mon avis de la réalité de ces individus dans ces pays), on est en droit de se demander ce que l’on fout ici. Tu parles d’héritage, oui, il y a de cela. L’homme ne veut pas mourir. Il doit se reproduire. Laisser son héritage en semant, continuellement. Il paraît que l’individu mâle est génétiquement programmé pour cela. Après lui les mouches.

    « Si vous êtes comme moi, soyez heureux. Au bout du compte, votre vie a été importante si elle n’a pas nui aux autres. Tous les jours, vous supportez votre propre fardeau ainsi que celui des autres qui ont préféré, eux, s’en délester.  » Tout est dit.

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