Mon inutilité

Un jour viendra où vous aurez atteint l’âge de vous demander à quoi aura servi votre vie. J’élimine immédiatement de l’équation le fait que vous avez procréé ou que vous projetez de le faire, car on ne parle plus de votre propre vie. La vôtre, en quoi fut-elle intéressante aux yeux des autres? Quel type de bilan vous dresse-t-on? Mis à part quelques broutilles sans grand intérêt, quelle est votre contribution au Grand projet humain?

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Probablement comme nous tous, vous n’avez rien apporté de réellement important. Oui, certainement, vous avez aidé un tas de gens qui, eux-mêmes, n’ont rien apporté dans la grande équation de l’existence humaine. Vos proches, vos voisins, vos amis ou collègues ont profité de votre sollicitude, votre disponibilité, votre écoute, votre humanité. Et puis après? Lorsque des coquerelles s’entraident, elles ne restent que des coquerelles qui réalisent ensemble des trucs de coquerelles. Ne vous offusquez pas de mes images, je ne nous compare pas à ces bestioles, du moins pas au premier degré, c’est déjà ça de gagné!

Virtual_Interactive_Kinetic_IntelligenceJ’étais voué à faire de grandes choses, à laisser ma marque. J’avais le talent, l’attitude, l’énergie, la santé, il me restait à prendre les bonnes décisions. Puis la vie m’a placé devant des situations qui m’ont obligé à choisir, et mes décisions m’ont amené ailleurs.Je ne regrette rien, je constate en revanche que ma vie a bénéficié à peu de gens. J’ai sacrifié la grosse affaire pour me consacrer à une seule personne.

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Pourtant, avec le recul et l’expérience, si je me retrouvais dans la même situation, je referais le même choix. Personnellement, je n’ai pas perdu au change, mais la société tout entière aurait pu profiter un peu plus de moi si mes efforts s’étaient focalisés ailleurs et autrement.

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Force est de constater que je fus plutôt inutile. Je l’admets, je le conçois, je l’accepte. Bien sûr, ma vie ne se terminera pas demain matin et je possède encore quelques années devant moi pour réaliser de belles choses, mais pas de grandes choses.

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Si ma vision de la situation est limpide, elle ne me rend pas plus malheureux pour autant, c’est le grand paradoxe de ma vie. Voué à devenir important, choisir l’inverse et en être finalement heureux. Pourquoi? Parce que le succès ne se compte pas en nombre. Parce que le bonheur n’est pas un cruchon qu’on remplit. Parce que la réussite est parfois uniquement dans sa tête et si on pense sincèrement qu’on a réussi, ce sentiment suffit amplement à créer une réalité.

Je dors peu, mais je ne fais jamais de cauchemars. Je dors du sommeil du juste. Rien ne me pèse sur la conscience. Tout compte fait, quel beau cadeau je me suis fait! n’est-ce pas?

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L’humanité est une grosse pyramide où la base se tape tout le fardeau de ceux qui se sont élevés en marchant sur les têtes et qui trônent actuellement au sommet, un sommet si peu partagé. Oui, c’est injuste, mais à voir la laideur de ces gens et les horreurs qu’ils ont accepté de faire pour se retrouver là, je bénis l’Univers de m’avoir apporté la possibilité de choisir une autre voie.

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Si vous êtes comme moi, soyez heureux. Au bout du compte, votre vie a été importante si elle n’a pas nui aux autres. Tous les jours, vous supportez votre propre fardeau ainsi que celui des autres qui ont préféré, eux, s’en délester. S’ils croient atteindre les honneurs, en revanche, vousavez mieux, vous avez l’Honneur. N’oubliez jamais que l’importance d’une majusculeprévaudra toujours sur celle du pluriel.

Grand corbeau

Et mon blogue, un de ces jours, servira-t-il peut-être à des gens! Qui sait ce qu’on laisse en héritage?

Allez ! Mathis ! Au boulot !

Voilà! Voilà! Pour ceux qui me suivent, je n’ai pas à préciser que je reviens d’une longue pause. Pour les nouveaux abonnés, je vous souhaite de passer du bon temps à lire ce blogue. Hé oui, j’ai gagné quelques abonnés malgré mon silence et la barre des lectures quotidiennes continue d’afficher une étonnante quantité.

Vais-je vous expliquer les raisons de mon mutisme? Noui! Bref, vous en saurez quelques-unes, mais pas toutes. Tout d’abord, soyez sans crainte, je n’ai pas été victime de trolls, ni eu un accident, ni chopé une quelconque maladie débilitante. Mon débilomètre se maintient à peu près au même niveau qu’auparavant et la santé continue d’habiter mon corps sans trop se plaindre du proprio. Bien au contraire, j’ai perdu du poids malgré la diminution hivernale de mon activité physique et je me sens encore mieux.

La raison principale de mon éloignement, c’est le temps. Ou plutôt le manque de temps. Ou plutôt le temps requis pour composer des articles originaux de qualité, variés, non redondants, bien documentés et réfléchis. Comme je l’expliquais dans mon dernier article avant ma disparition, ce processus quotidien me bouffait plusieurs heures et je ne les avais plus.

Un nouveau travail exigeant maintient mon esprit en alerte, car je dois assimiler une grande quantité d’information en très peu de temps. À cela s’ajoute le temps de transport. À Montréal, traverser un pont ne se réalise jamais simplement. Maisonneuve et Jeanne-Mance (les Européens fondateurs de la ville si on exclut les Amérindiens qui la peuplaient bien avant eux) auraient dû se contenter de planter leurs bâtiments de bois sur la rive sud. L’ile de Montréal serait devenue un immense parc-nature sans les désagréments du transport d’une rive à l’autre pour les besoins du boulot. Aujourd’hui, l’ile serait seulement habitée par les riches possédant un hélico ou un yacht, et eux aussi se foutraient des ponts. Mais bon! En se sentant plus en sécurité entourés d’eau, les deux jeunes inconscients nous font vivre aujourd’hui d’impossibles pertes de temps lorsque domiciles et bureaux sont séparés par quelques kilomètres de liquide fermement décidé à rejoindre l’océan en obstruant toute circulation perpendiculaire.

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Et nos gnignégnieurs civils s’évertuent encore à construire des goulots d’étranglement pour passer au-dessus ou en dessous de l’eau. Si nos réseaux informatiques étaient construits sur ce même principe, vous auriez le temps d’aller prendre votre douche ou de terminer un copieux diner lorsque vous naviguez entre deux pages web.

Si dix voies convergent vers un pont, construisez un pont à dix voies et vous éliminerez toutes les pertes de temps. Est-ce si difficile à comprendre? Ça coûterait trop cher? Foutaise! Ça coûte la peau des fesses à toute la société en l’usant inutilement deux fois par jour sur la banquette des véhicules durant de longues heures improductives. Et en faisant les comptes sur la durée utile du pont, il en ressortirait qu’un pont à dix voies aurait permis une bien meilleure rentabilité globale. Ceci étant dit, comme vous le constatez, LeCorbot n’a pas vraiment changé durant sa pause.

Pour revenir au sujet principal, mon nouvel emploi emplit ma caboche et vide mon horaire du temps nécessaire pour écrire de façon ininterrompue. D’autre part, je garde la ferme intention de conserver l’originalité et la qualité des articles que je publie. Je ne vous cache donc pas les conséquences sur leur nombre et leur fréquence.

Je tiens à souligner mon infinie gratitude à tous ceux qui ont pris le temps de m’écrire un commentaire public ou privé pour souligner leur désir de voir mon éclipse se terminer. J’ai été très touché par chacun d’entre eux et soyez assurés qu’ils ont fortement contribué à ce que je reprenne le licou.

À la prochaine!

Blogueur

Devenir blogueur est une décision pouvant paraitre simple et elle se prend souvent sans en faire plus de cas. Nous pensons être en mesure de fournir des informations intéressantes à nos lecteurs dans un domaine dans lequel nous sommes compétents ou qui nous fait plaisir, nos loisirs, nos enfants, un sujet d’intérêt ou d’inquiétude, etc.

Grand corbeau

Puis on se lance avec la ferme conviction que les lecteurs afflueront. Normal, si quelque chose nous intéresse, il devrait y en avoir tout un tas avec le désir de nous lire alors que nous possédons d’excellentes informations sur le sujet.

Nos premiers abonnés semblent confirmer notre analyse. Ça va déchirer ! On le sent ! Puis le premier pic d’abonnés s’essouffle. On redouble d’efforts, mais déjà notre esprit commence à comprendre la dure réalité. Peu importent nos énergies déployées, un nobody restera un nobody à moins de faire scandale ou de faire un tabac avec une vidéo totalement conne donc virale.

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Bloguer vide notre sac à provisions qu’on croyait pourtant inépuisable. Chaque nouvel article nous coûte davantage que le précédent. Nous espaçons nos écrits, mais nous commençons déjà à sentir la fin de l’aventure. Trop de désavantages pour presque aucun avantage. Le nombre de lecteurs reste famélique pour tout ce temps et tous ces efforts investis… en vain.

Nos écrits resteront accessibles un certain temps jusqu’à ce que l’abonnement au site vienne à échéance et sans renouvellement cette belle aventure finira comme elle a commencé, dans l’anonymat le plus total.

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Cette aventure a été vécue par nombre de personnes aujourd’hui disparues des radars et qui gardent un souvenir mitigé d’espoirs déçus. Il faut toutefois se rendre à l’évidence, nos blogues sont des gouttes d’eau dispersées dans une mer de n’importe quoi, quelques articles sérieux originaux, beaucoup de relais d’informations préexistantes et un tas d’inepties.

Le blogue du Corbot existe depuis plus d’un an, mais j’écris un article par jour depuis une révolution terrestre complète autour du Soleil. Mes écrits sont tous totalement originaux, je me documente, je fouille dans ma mémoire et dans mes livres, je trouve de nouvelles références, j’élabore un plan en choisissant un angle d’attaque particulier et original, je rédige, révise, corrige, catégorise et étiquette avant de mettre en ligne. Tout ce processus prend du temps et énormément d’énergies quotidiennement.

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Tenir un blogue (b-log), un journal (jour-nal), requiert de la discipline et il dépasse le simple désir de parler de soi et de ses intérêts immédiats. Cet acte nous pousse à nous améliorer tant au niveau du fond que de la forme. Cet exercice quotidien m’a donné des idées nouvelles dans un florilège de domaines distincts. J’ai établi d’étonnants ponts interdisciplinaires. J’ai nuancé ma pensée en intégrant encore plus de variables dans mes équations. Je me suis laissé porter par des flots d’idées décousues que j’ai rassemblées en courtepointes étonnamment riches en couleurs et en substances. Et pour toutes ces raisons, je vais continuer à vous proposer des articles, cependant, je ne m’engage plus à maintenir le rythme d’un article original par jour.

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J’aimerais remercier tous mes lecteurs et particulièrement ceux qui déposent des commentaires. Je sais combien ces petits mots exigent encore plus de temps et d’énergies de la part des blogueurs-lecteurs. Je reçois donc chacun d’entre eux comme de précieux cadeaux. Je continuerai aussi de vous lire de façon assidue et de commenter vos articles lorsque je pense apporter une opinion alternative et originale.

Je poursuis donc mon aventure avec vous durant une autre année, pour du meilleur et du moins pire. Alors… à demain.

Cool, pas cool !

Je veux vous parler aujourd’hui de la langue française et de sa lente mais indéniable assimilation.

Un mot après l’autre, une expression après l’autre, une phrase après l’autre, un anglicisme après l’autre, une mauvaise traduction après l’autre, une absence de néologisme après l’autre, un emprunt après l’autre, voilà comment se produit l’assimilation d’une langue et finalement sa disparition.

L’assimilation, ce n’est pas cool. Utiliser des mots de langue anglaise alors que leur équivalent français existe, ce n’est pas du tout cool.

Les titres anglophones donnés à des articles francophones pullulent partout dans les blogues. Nous trouvons ça plutôt cool. L’assimilation, c’est exactement le fait de trouver cool l’utilisation d’une autre langue que la sienne. Nous croyons la langue française suffisamment forte pour qu’elle évite l’assimilation et pourtant nous la faisons disparaitre un peu plus chaque jour.

L’agent d’assimilation, ce n’est pas seulement notre voisin, ni l’Américain, ni le Brit, ni le cinéma, ni la télé. Non, l’agent assimilateur, c’est nous-mêmes d’abord et avant tout. Par snobisme, nous utilisons une expression populaire anglaise sans chercher à la traduire et à la rendre aussi élégante dans notre propre langue. Nous ne faisons pas l’effort de trouver le mot français existant équivalent. Nous adoptons les néologismes anglais dont la construction du mot ne respecte aucune règle du français, comme e-mail. Nous faisons fi des traductions convenant mieux à notre langue pour lui préférer le mot anglais. Si le mot français inventé ne s’origine pas de la mère Patrie, il ne sera pas adopté.

Françaises et Français, vous êtes déjà assimilés à la culture et à la langue anglaise et vous feignez l’ignorance. Vous jouez aux snobs, aux babas cool, plutôt que de défendre votre langue. Vous dépensez plein d’énergie à la dévaloriser et ne mettez aucun effort à la protéger simplement en l’utilisant adéquatement, en évitant de larder vos textes de mots, de termes et d’expressions de langue étrangère alors qu’existent d’excellents équivalents français et meilleurs la plupart du temps.

Écrire notre langue, c’est une histoire de respect, tout d’abord envers nous-mêmes, envers nos parents, notre culture, nos origines, notre histoire, notre peuple, les écrivaines et écrivains qui nous ont précédés. Le plus désolant est de constater que les anciennes batailles menées pour la protéger, la diffuser, l’enseigner ne pèsent plus rien, nous indiffèrent, nous emmerdent.

Moindre effort, paresse, manque de vigilance, jemenfoutisme, snobisme, nous utilisons toutes ces mauvaises raisons pour écrire en franglais. C’est exactement de cette façon que les langues disparaissent actuellement, que les langues ont disparu dans le passé et que le français disparaitra.

Lorsqu’il ne restera plus que les académiciens, les linguistes et les chercheurs pour comprendre notre langue, ils se demanderont quel événement charnière a causé la dérive et la disparition de l’usage du français.

Je peux facilement répondre à cette question. L’événement charnière, c’est le titre anglais de votre prochain article de blogue, car l’usage est le moteur des changements et votre participation à ce petit jeu constitue tout sauf un geste anodin. Malgré qu’il soit très lourd de conséquences, vous tentez de minimiser sa portée, son importance et son influence.

Si l’influence de l’usage de l’anglais est si minime, pourquoi alors angliciser les textes? On utilise l’anglais justement parce qu’on recherche une portée plus forte, un impact plus puissant, plus d’exotisme. Donc on use de l’anglais en sachant parfaitement que sa portée, son importance et son influence sont tout sauf anodines, et ce malgré les dénis outragés. Voilà exactement comment agit un agent d’assimilation, il agit en faveur de l’anglais tout en niant nuire au français.

En pensant que votre titre anglais est plus précis, résume mieux votre contenu, définit mieux votre pensée, c’est que votre pensée est déjà assimilée. La langue française peut exprimer tout ce que vous voulez avec la précision, l’intensité et l’émotion désirées. Nul besoin de recourir à l’anglais. Votre cerveau a déjà accepté d’adopter cette langue et a déjà entamé le processus d’oubli du français en le dévalorisant insidieusement sous des airs cool. 

En immergeant un concombre dans le vinaigre, il n’existe aucun moment charnière où celui-ci se transforme soudainement en cornichon. Voilà comment une langue se perd, se noie et meurt, en transformant ses atomes un à la fois, un simple mot à la fois, un simple titre de blogue à la fois.

Utiliser l’anglais dans le titre de son blogue et dans son contenu, c’est pas chouette, c’est pas chic, c’est pas tendance, ni sympa, ni rigolo, ni super, ni extra, ni épatant! L’un ou l’autre de ces mots français remplace avantageusement le mot cool selon les circonstances. Les nuances s’en voient ainsi multipliées.

J’ai sciemment utilisé le mot cool dans le titre afin d’aborder le processus d’assimilation en cours. Cool est maintenant entré officiellement dans le dictionnaire français alors que si nous avions choisi d’utiliser l’un ou l’autre des multiples termes français aptes à le remplacer, ce mot littéralement peu évocateur du sens qu’on lui donne serait resté du côté anglais et nous n’aurions rien perdu puisque nous n’avons rien gagné en choisissant d’utiliser ce mot étranger. Au contraire, nous avons perdu au change en délaissant la richesse de notre langue qui nous proposait déjà un florilège d’équivalences adaptées à toutes les occasions.

Bloguer, twitter, de kessé ?

En ce qui concerne le média, j’utilise l’orthographe « blogue » acceptée dans le Grand Robert. Rendre français un terme d’une autre langue avec une orthographe plus proche de l’orthographe des mots français se fait depuis toujours.

Quant au verbe, lorsque j’écris un roman, je ne romance pas,  j’écris. Le verbe existe, mais sa signification est différente. Quand j’écris des poèmes, je ne poétise pas, j’écris. Quand j’écris des essais, je n’essaye pas, j’écris. Quand j’écris dans un journal, je ne journalise pas, j’écris. Quand j’écris des pièces de théâtre, vous aurez compris que je ne piècedethéâtrise pas. Et quand j’écris un article de blogue, j’écris aussi. C’est tellement plus simple. Je publie un article sur mon blogue. Évidemment, avant de le publier, je le compose, je le révise, je le corrige. Ces mots existent et je ne vois aucune utilité à trouver d’autres termes à chaque fois qu’un nouveau média fait son apparition dans nos vies. Un néologisme francisé pour les noms communs définissant le média utilisé, c’est parfait. Mais les verbes d’action, de grâce, retenons nos ardeurs ! Ça reste toujours un travail d’écriture, rien de plus. On peut aussi coder, crypter et encoder si on écrit en morse ou en java ou en TSQL ou en hiéroglyphes. Cependant, on n’a jamais morsé, javanisé, tsqlisé  ou hiéoréglyphisé.

La même confusion s’est produite avec les « alunissages ». Quand on va sur Mars, sur Vénus, sur Phobos ou sur la Lune, on atterrit. On ne marsit pas, on ne vénusit, comme on ne devrait pas plus phobosir. Le verbe alunir et son nom commun alunissage peuvent se comprendre, car c’était la première fois que l’humanité atterrissait sur un autre astre. Mais si on est obligé d’inventer un nouveau verbe et tous ses dérivés et conjugaisons à chaque astre sur lequel on va poser un objet ou nos pieds, on n’a pas fini d’inventer des mots inutiles.

Donc, j’écris toujours dans ou sur quelque chose. Il ne me reste plus qu’à nommer le média. Nouveau média ? Nouveau nom commun, that’s it. Pas nécessaire d’inventer des verbes avec toutes ses conjugaisons et dérivés.

Je ne twit, twite, twitte, tweet, tweete, ou touitte pas. J’écris sur mon fil Twitter. Et puisque Twitter est une marque de commerce, pas un nom commun ni un verbe, aucune traduction n’est nécessaire. On peut aussi gazouiller, faire des gazouillis si on est un gazouilleur. Ces mots existants peuvent parfaitement s’appliquer au fait d’écrire sur un fil Twitter.

Donc, puisque je tiens un blogue, suis-je un blogueur ? Le Grand Robert le reconnait, car  il n’existait aucun équivalent. C’est comme dire que je suis un rocker parce que je joue de la musique rock. Cependant, il n’existe pas des mots pour chaque style musical. Reggaeur, classiqueur, r&beur, souleur, musiquedascenseureur ou jesaispasdansquelcatégorieclasserceluilaeur n’ont jamais existé. Je ne suis donc pas obligé d’inventer une profession à chaque média différent.

Il ne faut pas se tromper, je suis le premier à demander des néologismes en français dans le monde de la technologie, mais pas au détriment des règles de la composition des mots en français. Cependant, on cherche à imiter les anglos qui rendent commun la moindre marque de commerce et de dériver tous les adjectifs et verbes, comme si écrire n’existait plus à partir du moment où on le fait sur son compte Twitter, ou sur la FaceDeBouc ou lorsqu’on envoie un texto.

Alors, calmons nos ardeurs sur les verbes néologiques inutiles et continuons simplement d’écrire puisque c’est exactement ce qu’on fait et qu’il n’existe pas de verbe plus précis qu’« écrire » pour désigner ce qu’on fait quand on « écrit ». Par contre, enrichissons notre vocabulaire en ajoutant des mots français pour désigner les différents médias.

Je termine sur l’horreur suivante, le verbe « googler » pour montrer l’imbécillité de la chose en ce qui concerne les mauvais et inutiles verbes. Je garde pour moi la marque de papier que j’utilise lorsque je vais au petit coin et j’évite surtout d’en faire un verbe. Je continue toujours à me tor…dre en deux quand j’entends « j’ai googlé ».

Et de cent !

Voilà, ceci est le centième article de mon blogue. Au fil du temps, j’ai ratissé assez large, passant de la géologie à la musique, du volcanisme à la psychologie, de l’astrophysique à quelques tranches de vie, de la physique quantique aux extraterrestres, de la poésie à la cosmologie, et j’en passe.

Dès sa naissance, j’avais voulu faire de ce blogue un espace de lecture diversifié et je pense avoir atteint cet objectif. En surfant à partir du calendrier, le lecteur est amené à découvrir quelques une de mes pensées, des vulgarisations scientifiques et quelques tranches de vie, quoique je suis plutôt scrupuleux sur ce point. Je n’aime pas trop parler de moi. Ça semble contraire à la logique d’un blogue, mais je prends beaucoup plus de plaisir à parler d’une panoplie de sujets différents que de faire étalage de mes activités quotidiennes pour lesquelles le public aurait tôt fait de s’ennuyer. Pas parce que ma vie est d’une platitude mortelle, mais parce que j’aurais probablement tendance à couper court, à me débarrasser des exigences que requièrent les travaux de composition et de correction de qualité acceptable.

Ayant enseigné plusieurs années, je sais que la vulgarisation d’un sujet technique passe par une présentation sans omission. Toutes les tranches peuvent être résumées ou comprimées, mais elles doivent à tout prix former une chaine d’éléments tous raccordés les uns aux autres. Cette exigence m’oblige donc à présenter certains détails qui accroissent la longueur de mes articles. Tant pis, je laisse au lecteur le soin de sauter par-dessus certains paragraphes, mais pour ceux qui s’intéressent vraiment au sujet mis en scène cette journée-là, ils ne souffriront pas d’une présentation illogique ou incomplète.

J’espère que vous avez trouvé plaisant de lire certains articles. Pour moi, vous écrire a été une source continuelle de contentement et de bonheur. J’entame la deuxième centaine d’articles avec le même enthousiasme qu’au tout début.

J’aimerais également remercier tous les lecteurs qui se sont abonnés ou qui me lisent occasionnellement et qui prennent le temps d’inscrire un « j’aime » d’appréciation. Ce sont comme des baisers, on ne s’en lasse jamais. Et par-dessus le marché, aucun risque d’attraper un feu sauvage. Oui, oui, vous, mes amis non québécois, vous le connaissez sous le nom de bouton de fièvre, je crois. Mais pour tous, je peux affirmer que personne n’attrapera l’herpès labial. Merci pour votre assiduité. Et aux nouveaux lecteurs, vous avez une banque bien garnie d’articles en réserve. 

Alors, ne ratez pas le cent-unième article, à très bientôt.

Publier ou péter ?

Je commentais récemment un article sur le blog des gaous qui posait une question    concernant l’imposition d’un rythme d’écriture lorsqu’on tient un blogue. Pertinente, surtout si la très grande majorité des blogueurs transmettent des opinions, des coups de cœur ou des coups de gueule. Il n’est donc pas question d’écrire n’importe quoi et surtout, pas n’importe comment. Ainsi, alimenter un journal public devient parfois une tâche, une corvée difficile, énergivore et coupable de surconsommation de temps.

Faut-il se laisser séduire par les gens qui voudraient nous lire plus souvent et plus régulièrement ? Nous sommes déjà immergés dans un océan d’obligations, doit-on vraiment en rajouter une nouvelle ? C’est censé être un journal personnel, un journal dont l’auteur en contrôle le contenu. Doit-on le transformer en plaque tournante juste bonne à rediriger les lecteurs vers d’autres blogueurs plus prolixes afin d’atteindre un objectif de publication ? Oubliez l’idée d’y déposer des vidéos de chatons, elle est éculée depuis les tout débuts d’Internet. Les peintres ne nous inondent pas de toiles de chats, pourquoi le ferait-on avec des vidéos ? Hum, je m’excuse de ma digression, mais chupucapabe* de voir des clips de chats trainer partout dans les Internet !

Bon, reprenons le cours de mes idées. Je disais donc… ah oui, que toute liberté a un prix. Le prix imposé au blogueur est le risque de décevoir. Décevoir par ce qu’il écrit ou décevoir parce qu’il n’écrit pas. Étrange paradoxe d’effets similaires pour des causes inverses. Heureusement, certains lecteurs oublient nos éclipses d’écriture pour se régaler lorsque parait un nouvel article. Finalement, ce sont pour eux que nous tenons un journal public.

*  chupucapabe : Princesse amérindienne qui aurait étripé son mari parce qu’il ne cessait de péter dans le tipi.

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