Ah ! Les grands chiffres !

«La Voie lactée pèserait autant que 1 500 milliards de milliards de soleils», dixit un grand titre dans La Presse – section Science.

Tout juste en exergue, on lit ceci: «La Voie lactée, notre galaxie, pèserait environ 1 500 milliards de masses solaires selon des données combinées de la mission Gaia de l’Agence spatiale européenne (ESA) et du télescope spatial Hubble.»

Voyez-vous l’erreur? Besoin d’une relecture?

Hé oui! Vous avez trouvé! On ne compte pas autant de milliards dans le titre que dans l’exergue. Soit il en manque un dans ce dernier, soit le titre en a un de trop. Et pourtant, l’erreur est plus que significative entre les deux! Rajouter milliard à milliard ne double pas la valeur de la masse, il la multiplie par un milliard!

Si vous vous questionnez, sachez que l’erreur est dans le titre. L’humain ne s’habitue pas à ces grandeurs. 1 500 milliards ou 1 500 milliards de milliards constituent deux chiffres hors de l’entendement normal. Un scientifique s’y retrouve, car il a été formé à travailler avec les grands chiffres. D’ailleurs, il n’écrit jamais les chiffres de cette façon. Pour lui, la Voie lactée pèserait 1,5 x 1012 masses solaires. Selon le titre, elle devrait peser 1,5 x 1021 masses solaires. C’est 9 zéros de plus dans la valeur de la masse.

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Pour trouver le bon chiffre, j’ai fait un petit calcul simple. Si la Voie lactée compte aux alentours de 200 milliards d’étoiles, elle ne peut pas peser 1500 milliards de milliards de fois notre étoile, car chaque étoile devrait peser plusieurs milliards de fois notre bon vieux Soleil; ou encore qu’on avait mésestimé le nombre d’étoiles dans la Voie lactée par un facteur 109, soit un milliard de fois plus.

Il est plus censé d’imaginer que le nombre d’étoiles est dans une marge d’erreur réaliste. Ainsi on trouve une masse moyenne des autres étoiles valant 7,5 fois notre Soleil. Ça colle.

Gagez qu’à la lumière de cette nouvelle estimation de la masse, l’évaluation du nombre d’étoiles dans notre Galaxie sera revu à la hausse. C’est ainsi que progresse la science.

Malheureusement, avec des titre de journaux de cette piètre qualité, ça n’aidera certainement pas la population à relever le niveau de leurs connaissances et de compétences en la matière.

Petit conseil aux chefs de pupitre : lorsque vous voyez des grands chiffres, consultez un scientifique avant d’écrire des bourdes du genre !

Vide du Bouvier

À l’échelle de l’Univers, l’espace est peuplé quasi uniformément de galaxies. Entre celles-ci, c’est le vide presque total, le vide intergalactique. Malgré la répartition plus ou moins inégale des univers-iles (c’est ainsi que Kant qualifiait les galaxies), on ne trouve pratiquement nulle part des concentrations extrêmement denses ou, au contraire, d’immenses territoires totalement vides de ces objets célestes, les galaxies, qui renferment chacune des centaines de milliards d’étoiles.

Mais il existe une exception. En 1981, Robert Kirshner décèle une étrange anomalie dans une région de l’espace située dans la constellation du Bouvier qui s’avère être pratiquement vide de toute galaxie, le Grand Vide. Le plus étonnant est l’étendue totale de ce volume, pas moins de 250 millions d’années-lumière de diamètre!

Mais il y a plus, pensez-y. Si on ne trouve que très peu de galaxies sur cette grande surface, c’est qu’il ne s’en trouve quasiment aucune dans toute la profondeur de l’espace au-delà, et ce jusqu’aux confins de notre Univers! Ce serait une sorte d’immense cylindre vide où l’on regarderait au télescope dans le sens de sa longueur.

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Il existe peu de documentation sur le sujet, c’est vrai, le vide n’attire que peu de chercheurs. Pourtant, cette anomalie demeure très étrange. On l’explique mal et très superficiellement, comme si les astronomes étaient en panne d’imagination pour trouver des hypothèses plausibles.

Dans mon recueil de nouvelles Scénarios de fins du monde – 1 paru voilà quelques années, on y trouve un texte intitulé « Censure cosmique ». Je décris une région de l’espace étrangement vide, très semblable à ce vide du Bouvier. Les astronomes se posent la question à savoir si ce vide est naturel ou s’ils ont affaire à un occulteur artificiel. Et pour enfin lever le voile sur ce mystère, ils envoient un vaisseau spatial explorer ce coin de l’Univers.

Avais-je déjà entendu parler de ce vide cosmique avant de rédiger ma nouvelle? Je l’ignore, je n’en ai aucune souvenance. Dans mon texte, je le nomme « anomalie de Burgess ». Je pense que si j’en avais entendu parler, je n’aurais pas changé son nom puisque j’aurais voulu que cette vérité serve à renforcer le caractère réaliste de mon propos.

Statistiquement parlant, les dimensions de ce vide dépassent les probabilités raisonnables. Est-ce donc un occulteur artificiel? Est-ce la première preuve d’une civilisation extraterrestre très avancée? On l’apprendra peut-être un jour en faisant comme les personnages dans ma nouvelle, en allant y voir de plus près. Je vous tairai leurs découvertes, juste au cas où la réalité s’apparenterait à mon imagination. Rappelez-vous la couleur du Corbot!