Ariane 6, histoire d’un flop annoncée ?

Le consortium européen Arianespace vient d’approuver la finalisation de la fusée Ariane 6 pour une mise en service en 2020 avec un premier vol prévu le 16 juillet de la même année. En étude depuis 2009, puis en phase architecturale depuis 2012 jusqu’à sa version approuvée en décembre 2014, il aura fallu tout ce temps pour accoucher de ce qui sera probablement, à mon avis, un fiasco financier.

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Illustration d’une fusée Ariane 6 en vol

Deux facteurs principaux influencent les carnets de commandes: le coût et la fiabilité des lancements. Ariane 5, vous aurez compris que c’est la version précédente et celle actuellement en usage, a été développée dans des années où l’Europe pensait imiter les Américains avec une navette nommée Hermes. Ce projet n’a jamais vu le jour. Ainsi, la fusée Ariane 5 exige des charges payantes lourdes pour des coûts de lancement acceptables. Sa bonne fiabilité est un critère important de sa réussite actuelle.

Cependant, le paradoxe est que plus les satellites s’alourdissent, moins Ariane 5 devient intéressante face à la concurrence. Elle est capable de mettre 10 tonnes en orbite géostationnaire, mais les satellites actuels frisent les 5 tonnes sur la balance. Il devient alors très difficile de trouver un deuxième satellite au poids complémentaire dans la même fenêtre de lancement. Donc, plutôt que de partager les coûts de lancement, un seul opérateur de satellite doit seul les assumer et ce scénario ne fait qu’augmenter en fréquence.

Durée 1min06 : Décollage d’une fusée Ariane 5

Ariane 6 est censée régler ce problème en assurant un coût de lancement équivalent à ceux d’Ariane 5 lorsque celle-ci est munie de 2 satellites géostationnaires pour une charge maximale de 6 tonnes.

Oubliez les premiers étages réutilisables dans son design, sa seule véritable particularité sera peut-être une quelconque polyvalence de configuration, mais encore là, celle-ci ne me convainc pas du tout.

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Retout sur Terre et atterrissage quasi simultané des deux boosters latéraux de la fusée Falcon Heavy, concurrente d’Ariane.

 

Elle est, selon moi, pensée et conçue dans un autre siècle et la concurrence lui fera savoir assez rapidement. Bien entendu, si elle garde la bonne réputation de fiabilité de sa sœur, elle accaparera un certain pourcentage des lancements, mais elle ne fera pas un tabac. Puisque cette fiabilité est reconnue seulement après un bon nombre de lancements sans pépins aucuns, elle végètera durant ses premières années d’existence au bas du tableau des lanceurs.

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Durant ce temps, la concurrence continuera de s’améliorer et de confirmer des coûts toujours plus intéressants pour ceux dont l’idée farfelue fut de prendre l’idée d’une navette, sa réutilisation, et de la transposer dans une technologie moins fragile et mieux maitrisée, celle des fusées.

Bien sûr, la concurrence peut subir des difficultés techniques et financières qui permettraient à Ariane 6 de devenir un lanceur plus apprécié, mais quand on axe son succès sur les déboires de ses concurrents, la déconvenue est à nos portes.

Le fil cassé d’Ariane

La fusée européenne Ariane 5 est l’un des meilleurs lanceurs de satellites sur le marché, mais l’offre devient de plus en plus grande et le dernier succès de la fusée Falcon Heavy de SpaceX n’arrange en rien la position de plus en plus précaire d’Arianespace qui ne recycle pas les premiers étages de ses fusées et qui verra donc ses coûts de lancement largement dépasser ceux de cette concurrence.

Par contre, on pouvait compter sur la fiabilité de la marque Arianespace. Ce n’est plus tout à fait le cas avec le demi-échec du vol VA 241 de janvier dernier qui a propulsé deux satellites sur de mauvaises orbites.

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La bonne nouvelle vient de tomber. La fiabilité de la fusée Ariane 5 n’est pas remise en cause, car l’erreur est due à un mauvais paramétrage. La mauvaise est qu’Arianespace a quand même manqué à ses devoirs de contrôle de qualité.

J’ai suffisamment travaillé longtemps en contrôle de la qualité pour savoir exactement ce qui s’est produit. Les modules contenant des programmes informatiques sont conçus pour être compilés. À partir de ce moment, il n’est plus vraiment possible de le modifier sans retourner au code source, faire les modifications, le compiler et le redéployer.

Cependant, pour ajuster les paramètres de vol des fusées qui varient d’un lancement à l’autre, ces modules comportent des valeurs pouvant être modifiées de l’extérieur du module sans altérer son code source. Ce sont les paramètres du code source.

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Concernant le dernier échec d’Ariane 5, on a omis de modifier certaines valeurs de ces paramètres pour les rendre conformes au plan de vol.

C’est la base d’une planification de vol. L’erreur est tellement stupide qu’elle a immédiatement démontré l’amateurisme du groupe du contrôle de qualité d’Arianespace. Entre ça et une erreur de conception, c’est évidemment mieux puisque la fusée n’est pas interdite de vol. Pour les clients par contre, il y a de quoi les rendre nerveux, suffisamment pour lorgner ailleurs. Et c’est là qu’une bêtise anodine prend toute son importance, car en aérospatiale, les bêtises idiotes ne doivent jamais exister. Les procédures standards d’opérations utilisées en QC (contrôle de la qualité) sont censées être suffisamment élaborées et pertinentes pour réduire à zéro les chances de rater son coup de la sorte.

Arianespace vient de servir sur un plateau d’argent ses clients les plus fidèles à ses compétiteurs qui l’en remercient certainement. Ils en profiteront pour affaiblir encore plus la réputation du consortium européen en tournant le fer dans la plaie. C’est à suivre.