Juan de Fuca

Juan de Fuca était un navigateur grec de la deuxième moitié du XVIe siècle. Son nom ne vous dit probablement pas grand-chose, à tout le moins, en tant qu’explorateur maritime.

Juan de Fuca a donné son nom à un détroit entourant le sud de l’ile de Vancouver. Il croyait avoir découvert un passage Ouest-Est à travers l’Amérique. Sa déception dut être très amère. Mais à la suite de la (re) découverte des Amériques, tout le monde poursuivait ce grand rêve d’aller en Orient en passant par l’ouest.

Aujourd’hui, Juan de Fuca n’évoque pas seulement ce voyageur ou ce bras de mer, mais également une toute petite partie de la croûte terrestre dissimulée au fond de l’océan Pacifique, une plaque tectonique éponyme.

La plaque Juan de Fuca est vraiment minuscule à comparer aux autres plaques tectoniques et elle rapetisse de plus en plus. Un jour, elle disparaitra totalement sous la plaque continentale de l’Amérique du Nord. Cependant, malgré sa petitesse apparente, elle n’est pas sans conséquences.

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Sa partie la plus septentrionale (nord) est située au nord de l’ile de Vancouver et elle descend sur une longueur de près de 900 km jusqu’au nord de la Californie. Elle est toutefois située au fond de l’océan Pacifique, sauf pour sa partie souterraine qui s’évertue à soulever la chaine de montagnes des Cascades, des volcans dont font partie le mont St Helens, le mont Rainier, le mont Adams et plusieurs autres volcans actifs et potentiellement très dangereux.

Cette plaque est donc à la base d’une série de catastrophes passées et sera responsable de plusieurs autres à survenir dans un avenir géologique plus ou moins rapproché. Parmi celles prévisibles et attendues avec grandes craintes, le Big One, un séisme risquant d’atteindre une magnitude de 9 ou 9,1, des valeurs comparables aux séismes de Fukushima et de Banda Aceh.

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Le 4 juillet 2019, la plaque Juan de Fuca a tremblé à son extrémité nord à une magnitude de 6,2 avec plusieurs répliques de moindre importance. Heureusement, aucun tsunami n’a frappé les côtes de l’ile de Vancouver, mais ces événements ravivent le spectre du méga séisme en préparation. Car c’est bien le cas, le Big One surviendra tôt ou tard, mais il risque de ne pas se situer exactement là où on l’imagine habituellement.

Depuis l’an 1700, date du dernier grand séisme occasionné par la confrontation entre les deux plaques, l’énergie a recommencé à s’accumuler en prévision du prochain relâchement. D’après les traces géologiques, ces événements surviennent en moyenne tous les 250 ans. Pas besoin d’être très futé pour saisir que la moyenne est dépassée depuis bien longtemps, laissant présager le déclenchement d’un formidable tremblement de terre à tout moment. Plus le temps s’étire entre deux séismes majeurs, plus l’énergie accumulée est grande et plus fort il sera. C’est pourquoi des valeurs comme 9 ou 9,1 semblent parfaitement plausibles compte tenu de la surface de décrochage de 900 km de long par 100 à 300 km de large et des 319 ans d’accumulation des tensions de compression.

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La Californie a également eu droit à un séisme de magnitude presque similaire à une petite heure d’intervalle de celui de l’ile de Vancouver. Il était de 6,4, le plus important depuis 1999. Toutefois, il a frappé le sud de l’état et il ne peut pas être associé à la plaque Juan de Fuca. Cependant, ce milieu rempli de failles de toutes sortes, dont les failles de San Andreas et de Rogers Creek dépendent toutes jusqu’à un certain point des mouvements des autres. Pas de lien direct, mais qu’en est-il des liens indirects? On oublie parfois que la Terre est un seul et même objet en constant changement et par le fait même, tous les événements influencent les autres.

La subduction de la plaque Juan de Fuca a-t-elle amené le dépassement du point de relâchement de la plaque nord-américaine qui s’est tendue comme un ressort au cours des trois derniers siècles sous la poussée de sa compagne? Chaque important séisme dans cette partie du monde ravive le spectre de celui qui changera pour toujours la face de l’ouest de l’Amérique du Nord.

Intelligence artificielle – faut-il la craindre ?

L’un des plus importants pôles mondiaux pour le développement de l’intelligence artificielle est ici, dans la ville où j’habite, à Montréal. Presque à toutes les semaines, une annonce confirme le démarrage d’une entreprise, ou encore l’agrandissement d’un centre déjà implanté, ou l’arrivée imminente d’un joueur majeur. Radio-Canada titrait même en janvier 2019: «L’intelligence artificielle a désormais son quartier général à Montréal».

Le site web de Montréal International (montrealinternational.com) dénombre un investissement privé de 1,1 G$ depuis 2016, 1 G$ en recherche universitaire, 15000 experts, 11000 étudiants à des programmes liés à l’IA, 300 chercheurs et étudiants aux cycles supérieurs universitaires. Plusieurs instituts et associations liés à ce domaine d’études et d’emplois s’installent dans la métropole. C’est indéniable, Montréal a la cote si l’on se fie au nombre de sommités mondiales qui y déménagent. Les annonces de créations d’emplois ne font pas état de milliers d’emplois chacune, mais ce sont tous des postes très bien rémunérés et certainement des plus stimulants.

Parmi les plus gros noms déjà actifs, IBM, Microsoft, Google, Facebook research et Deepmind forment le noyau dur. Cependant, les plus grandes innovations viendront peut-être d’entreprises en démarrage ou encore de noms moins connus, mais profondément implantés dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni qui dépêche dans la ville ses QuantumBlack, WinningMinds et Bios.

Évidemment, les deux géants actuels que sont les É.U.A. et la Chine détiennent presque un monopole mondial avec près de 55 % des emplois, mais plusieurs facteurs incitent les entreprises à venir s’établir dans la quatrième plus grande ville francophone au monde après Kinshasa, Paris et Abidjan. Hé oui! Paris n’est plus la première ville francophone.

Tout d’abord, l’anglais sans la mentalité anglophone aux tendances dominatrices et obtuses, Montréal est à cheval entre ses racines francophones et l’hégémonie anglophone. Montréal est aussi une grande ville universitaire qui compte 4 universités importantes, dont l’université de Montréal et McGill, chacune œuvrant activement en IA. L’Université du Québec à Montréal s’intéresse surtout aux impacts sociaux de l’IA et à l’éthique liée à cette nouvelle façon de mener le Monde.

Car il s’agit bien de mener le Monde. Mais à quoi vous attendiez-vous de la part des compagnies dont je vous ai donné certains noms? De la charité? De l’intérêt porté aux humains? Comme toutes les compagnies, elles veulent faire plus d’argent que la concurrence et l’intelligence artificielle est la technique moderne qu’elles utiliseront toutes pour en obtenir plus.

Mais le vrai problème n’est pas aussi trivial. Toutes les compagnies œuvrant sur le net utilisent déjà l’IA pour scruter vos comptes sur les réseaux sociaux pour en ressortir des moyens d’augmenter votre intérêt à propos de certains produits dont ils ont la charge de hausser leurs ventes. C’est de bonne guerre. Vous publiez votre vie sans gêne, sans pudeur et sans contrainte, ils s’en servent, voilà tout. Votre impact social lié à l’achat de telle ou telle marque de produit reste banal, ça ne dérange personne. Vous trouvez même ça utile de voir des annonces de produits que vous aimez pour profiter des rabais ou d’apprendre la sortie d’un nouvel élément faisant partie de la gamme que vous affectionnez. Si l’IA se contentait de générer ce genre d’astuces commerciales, on n’aurait pas à débattre bien longtemps autour de son éthique.

L’intelligence artificielle implique un stade beaucoup plus avancé de comportement. Avec un humain, on ne se contente pas de lui apprendre des choses, on lui apprend à apprendre, on lui apprend à devenir autonome, à penser par lui-même, à dégager des solutions qui n’existaient pas, à créer de la nouveauté.

L’intelligence artificielle n’est pas que des algorithmes prévus pour calculer des formules plus rapidement que nous à partir de variables dont on la nourrit. L’intelligence artificielle invente des solutions dont nous ignorons tout. L’intelligence artificielle expérimente, analyse les résultats et sélectionne parmi ses tentatives les meilleures méthodes.

Le hic vient du mot «meilleur». Meilleur pour quoi, ou à quoi? Meilleur pour qui? L’intelligence artificielle n’a pas vécu vingt ans dans un milieu familial à se faire inculquer des valeurs. L’IA est un bébé naissant muni d’un cerveau des milliers de fois plus rapide que celui d’un adulte et qui n’a qu’une seule tâche à accomplir.

Être meilleur, bien, éthique, adéquat, sensé, réfléchi, correct, juste, bon, tous ces mots n’ont absolument aucune signification intrinsèque pour une IA, pas plus que pire, mal, inapproprié, insensé, irréfléchi, incorrect, injuste ou cruel. Voilà pourquoi cette branche des sciences relève autant du social que du technologique.

Alors, faut-il craindre l’IA? Je ne pense pas, car la vraie menace n’est pas l’IA en tant que telle, mais les humains construisant de l’IA et conséquemment, on a effectivement tout à craindre. Ce n’est pas par hasard que l’IA soit principalement l’affaire des Étatsuniens et des Chinois, le premier contrôlant le Monde et le second rêvant de la même chose.

De sérieux dérapages finiront par survenir, car il existe de vraies guerres, qu’elles soient commerciales ou territoriales et l’humain a toujours utilisé ses inventions pour les gagner. L’IA est déjà utilisée comme une arme et cet usage ne fera que s’amplifier.

Par le passé, nos armes ont quasiment toujours été réutilisées dans un but plus noble. L’humanité comprend parfois que la guerre permanente lui nuit. Dépositaires d’une technologie, nous devenons créatifs afin de répondre à des besoins qui peuvent être comblés en l’adaptant. Au bout du compte, la poudre à canon, le radar, le laser, le nucléaire, le sous-marin, toutes ces technologies ont heureusement été bien plus utiles qu’elles nous ont anéantis.

En sera-t-il de même avec l’IA? On peut l’espérer. Toutefois, il existe une différence fondamentale entre nos anciennes inventions et celle-ci. Un bâton de dynamite n’est dangereux qu’une fois dans les mains d’un humain. L’intelligence artificielle possédera tous les moyens de penser et d’être dangereuse sans l’apport ultérieur des humains. Lui transmettrons-nous nos pires vices, comme le désir irrépressible d’accumuler des fortunes illimitées? Bien entendu, puisque cela fera partie de ses premières missions et qu’elle aura cette tendance inscrite dans les plus profondes circonvolutions de son cerveau humain à l’instar de notre cerveau reptilien.

Lisez la suite de mes réflexions sur l’IA dans un prochain article à paraitre dont j’ignore encore le titre. Abonnez-vous pour ne pas le rater.

L’actualité

Si vous me lisez fréquemment ou même occasionnellement, vous avez sûrement noté que j’aborde rarement des sujets d’actualité. J’ai plusieurs bonnes raisons de me tenir éloigné des événements qui font la une et qui attirent un tas de blogueurs à publier des articles traitant des nouvelles du jour.

Tout d’abord, l’actualité est censée rapporter des faits. Malheureusement, même dénués d’opinions, les faits rapportés sont toujours biaisés. Lorsqu’on relaye ces informations tirées de n’importe quelle source, on se rend complice des omissions, manquements, mésinterprétations, amplifications, atténuations, déformations et désinformations incluses volontairement et involontairement dans les articles.

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La seule façon de voir les situations un peu plus clairement est de s’abreuver à plusieurs sources d’information afin que les faiblesses puissent être compensées par les forces des autres articles que plusieurs analyses et éditoriaux aient été publiés sur ces mêmes sujets.

Plusieurs personnes spécialistes des dossiers doivent avoir pris le temps d’y réfléchir et de publier leurs opinions sur la question en ayant investigué, questionné, interviewé et avoir pondu un article qui sera lui aussi biaisé, mais qui aura au moins le mérite d’ajouter des points de vue, de multiplier les perspectives, de lever des voiles, de rajouter de la viande sur les os, de dissiper des brouillards et surtout de déjouer tous les spécialistes en communication embauchés spécifiquement pour maquiller les faits, dissimuler les informations sensibles, édulcorer les propos afin d’esquiver les attaques potentielles et de redorer les réputations.

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En revanche, tout organe informationnel possède une ligne éditoriale. Croire en la neutralité des médias traditionnels ou électroniques est d’une naïveté inouïe. Cette polarisation a beaucoup joué dans le manque de confiance des gens envers des institutions censées rapporter les faits et qui ne sont devenus que des organes de propagande en habit de camouflage.

Vous relayez de l’actualité sans y mettre de la valeur ajoutée? Vous vous rendez alors complice de ces fabricants d’images qui comptent sur vous pour faire le sale boulot de désinformation nécessaire à la dissimulation de la vérité. C’est dommage, même si vous pensez le contraire, vous n’aidez aucunement à faire connaitre des faits, mais bien à manipuler l’opinion publique grâce à des stratégies où vous servez de courroie de transmission.

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Dernièrement, la fameuse image du trou noir a fait couler beaucoup d’encre. Pourtant, si vous relisez mon article sur ce sujet qui me passionne par-dessus tout, vous constaterez qu’il a paru une bonne semaine après l’annonce officielle. Vous verrez également que je suis passablement critique à l’égard de cette nouvelle qui a fait la une de tous les journaux. J’avais déjà écrit une bonne dizaine d’articles sur les trous noirs et pourtant, je ne me suis pas jeté sur l’occasion pour être la centième personne cette journée-là à vous rabâcher les oreilles avec la même sornette.

J’ai attendu que la poussière retombe afin de donner une valeur plus juste à cette nouvelle en déjouant les fabricants de sensationnalisme. Voilà comment j’aime traiter l’actualité lorsque je me laisse convaincre d’en parler, ce qui survient plutôt rarement. Mais sur ce sujet de prédilection, je savais que je devais boucler la boucle que j’avais amorcée bien des mois, sinon des années auparavant.

Alors, ne vous étonnez pas de rarement lire sur mon blogue des articles proches de l’actualité brûlante, et si cela survient, sachez que je n’aurai pas joué au bon perroquet bien dressé. Bien au contraire, je nagerai probablement à contre-courant de l’opinion dominante parce que j’aurai travaillé très fort à démonter les machines à fabriquer des images sur mesure.

Tant qu’à faire, ne vous gênez surtout pas pour relayer cet article. S’il faut quelqu’un pour profiter de vos efforts à faire connaitre l’opinion d’autres individus, aussi bien que ce soit moi!

Les dinosaures de l’Alberta

C’est plutôt connu, l’Alberta peut se targuer de posséder de riches cimetières de dinosaures. Pendant une très longue période et particulièrement au Crétacé, les terres du centre-ouest des É.U.A. et du Canada possédaient un immense bras de mer qui coupait totalement l’Est de l’Ouest comme le montre cette carte. Les dinosaures ont vécu et sont morts près de cette mer, et aujourd’hui on découvre leurs corps fossilisés en grande quantité.

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Ce qui est moins connu des gens des autres pays, c’est que les dinosaures sont revenus en force en Alberta. Le parti Conservateur s’est fait élire en promettant de combattre toutes les taxes sur le carbone, de trouver des solutions au pipeline transcanadien que le Québec refuse sur son territoire et de promouvoir tout ce qui concerne l’exploitation des sables bitumineux albertains.

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Je trouve indécent que des dirigeants fassent miroiter le retour à un essor économique en mettant l’accent sur une ressource qui va tous nous tuer. En passant, l’Alberta ne possède aucune taxe de vente parce que ce serait impopulaire d’en instaurer une. Ce faisant, les Albertains ne peuvent pas se payer les mêmes services qu’au Québec et ils s’en plaignent.

Plutôt que de trouver les moyens d’utiliser l’argent que le pétrole leur rapporte encore actuellement pour instaurer une véritable économie de transition, le nouveau gouvernement «conservateur» va tout miser sur le pétrole sans miser sur aucune autre mesure.

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Facilité, populisme, simplicité, se faire élire en promettant la prospérité passée sur des ressources passéistes c’est de la lâcheté et du mensonge éhonté.

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Les dinosaures du Crétacé étaient énormes, entre autres parce que les températures moyennes étaient bien plus élevées qu’aujourd’hui. Plus de chaleur donne plus de plantes, donc plus de gros herbivores et plus de gros tyrannosaures pour manger les gros herbivores.

Puisque le réchauffement de la planète ne fait que commencer et, comme on le constate, nos dirigeants n’ont pas l’intention de changer quoi que ce soit à l’économie du pétrole, la Terre ressemblera bientôt à ce qu’elle était durant le Crétacé. Une mégafaune verra de nouveau le jour. Certaines espèces profiteront de cette poussée de croissance et développeront de nouvelles habiletés. C’est exactement de cette façon que les dinosaures sont devenus les maitres incontestés de notre planète il y a de cela 230 millions d’années.

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En fait, à très long terme, la stratégie conservatrice n’est pas du tout idiote, puisqu’en favorisant le réchauffement planétaire, les Conservateurs remettent en action le même système climatique qui a généré le fameux pétrole duquel ils tirent aujourd’hui parti. Toutefois, il faudra plusieurs dizaines de millions d’années avant que les Albertains puissent bénéficier de ces nouvelles réserves. Laissez-moi douter du fait que le gouvernement puisse penser juste au-delà de 5 années.

En conclusion une phrase qui expliquerait tout. Ces dinosaures de Conservateurs sont en réalité de véritables  conservateurs de dinosaures.

L’image du trou noir

Ça y est, l’équipe de l’EHT y est enfin parvenue. Une image réelle d’un trou noir supermassif a été rendue publique après d’importants délais sur l’échéancier initial. Vous l’avez probablement vue, elle orne également le sommet de cet article. Elle s’est répandue comme une trainée de poudre pour rapidement faire le tour de la planète. Je suspecte seulement la tribu amazonienne de la vallée de la rivière Javary ou celle de l’ile North Sentinel en mer d’Andaman de l’avoir ratée. À part ça, tout le monde en a entendu parler.

Des exploits technologiques multiples et sensationnels ont permis ce tour de force pourtant assez prévisible, car malgré le succès de la mission, malgré l’exotisme de cette image, l’équipe n’a finalement que très peu prouvé de choses qu’on ne savait déjà.

En fait, cette image ne prouve rien de nouveau ou de différent, pas même l’existence des trous noirs. Nous sommes si conditionnés à croire aux seules preuves visuelles qu’on ignore que les vraies preuves de l’existence de ces monstres stellaires ont été récoltées depuis un certain temps sous d’autres formes. Mais voir, c’est croire et l’équipe de l’EHT a profité de notre façon primitive d’aborder la vérité pour réaliser un événement médiatique planétaire.

Les gens formant cette équipe savaient exactement là où pointer leurs instruments afin de réaliser cette image. Ils connaissaient déjà avec certitude l’existence de ce monstre supermassif au centre de la galaxie M87. Et non seulement ils connaissaient son existence, ils connaissaient également sa position exacte, sa masse (6,5 milliards de fois la masse de notre Soleil) et ses dimensions précises. Donc, du point de vue strictement scientifique, ils n’ont absolument rien découvert.

Nous connaissons cet étrange phénomène cosmique qu’est le trou noir depuis plus d’un siècle. C’est bien Albert Einstein qui, en élaborant sa formule de la relativité générale, a permis de comprendre comment les trous noirs pouvaient exister. Cependant, contrairement à bien des déclarations faites en ce sens, le grand homme ne les a jamais prédits. C’est un dénommé Karl Schwarzschild qui a résolu les équations pour une étoile et qui a découvert qu’en deçà d’un certain rayon, la gravitation génère un espace temps si courbe qu’il crée une singularité, un point de densité infinie dans un rayon nul. Einstein croyait en ses équations, mais pas aux trous noirs. D’après lui, la Nature possédait un mécanisme qui devait empêcher ces anomalies d’apparaitre. Il avait tort puisque les trous noirs existent bel et bien.

D’ailleurs, il faut savoir que cette image ne montre pas du tout un trou noir. Stricto sensu, un trou noir est un point infiniment petit et parfaitement noir de surcroit. Donc personne ne photographiera jamais un véritable trou noir. Mais alors, que montre cette foutue image si ce n’est pas un trou noir? Elle montre les effets causés par un point infiniment dense sur son environnement. Le trou noir est donc bien là, mais c’est un point plus que microscopique tapi au cœur de toute cette sphère noire environnante.

Et cette partie noire dans l’image, ce n’est pas le trou noir? Non. Ce noir n’est même pas un objet, ce n’est que du vide entourant le trou noir qui, je le répète, est infinitésimalement petit. Cette région noire est occasionnée par deux phénomènes créés, évidemment, par la présence d’un trou noir. La partie la plus centrale, environ le tiers du rayon, c’est ce qu’on appelle l’horizon du trou noir, ou l’horizon des événements. Tout ce qui s’approche d’aussi près du centre ne pourra jamais échapper à son attraction gravitationnelle, pas même de la lumière. C’est pourquoi la noirceur de cette sphère est totale et absolue et est d’autant plus grosse que le trou noir central possède une masse importante. La partie noire plus externe, on l’appelle, à tort, l’ombre ou l’ombrage du trou noir. On ne voit pas de démarcation entre les deux zones noires. Je dis «à tort» puisqu’un point infiniment petit ne peut faire qu’une ombre infiniment petite. On aurait été plus avisé d’appeler cette zone «la démarcation» du trou noir.

Le halo orange autour de la zone noire est son disque d’accrétion. Un trou noir en rotation aplatit sous forme de disque toute masse gazeuse ou solide qui a eu le malheur de trop s’en rapprocher. Il avalera cette matière un peu à la fois, faisant grossir sa masse et la surface de la sphère noire inconsistante l’entourant.

Vous vous dites peut-être que c’est une analyse digne du Corbot. En précisant certains faits, je semble vouloir dégonfler à tout prix l’importance du succès. Non, je le ramène simplement là où il doit se situer dans l’échelle des événements marquants. Ce cliché ne méritait pas les éloges dithyrambiques du genre: «Il y a eu un monde avant cette image et il y en a un autre après».

Holà! Wo les moteurs! Calmez-leur le pompon à cette équipe ou à la meute de journalistes en quête de la primeur du siècle. Le seul véritable grand succès de l’EHT est d’avoir réalisé un interféromètre des dimensions de notre planète possédant la résolution et la sensibilité nécessaires pour débusquer cet objet céleste. Elle n’a pas inventé l’interférométrie non plus, elle a simplement amélioré ses capacités par des techniques innovantes. C’est d’abord et avant tout un succès purement technique, pas scientifique. Je ne lui enlève aucune valeur, mais je refuse qu’elle s’arroge ou qu’on lui attribue la paternité de la première preuve de l’existence d’un trou noir, vraie image, mais fausse preuve de surcroit.

Bon, ça vous explique peut-être pourquoi j’ai tant attendu avant de vous faire part de mon opinion. J’ignorais, évidemment, comment les journalistes traiteraient le sujet, même si je m’en doutais un peu. J’ai lu et entendu beaucoup de bons articles et reportages. J’ai également été témoin de bien des stupidités. Faut croire qu’elles viennent comme les chaussures, toujours en paires, les uns sans les autres.

Je croyais que l’équipe dévoilerait tout d’abord une image de Sgr A*, le trou noir formant le cœur de notre propre galaxie, beaucoup plus petit que celui de M 87, mais autrement plus près de nous. Cela viendra probablement bientôt. L’image qu’elle a préféré montrer s’avérait probablement plus nette que celle de Sgr A* et pour une première, l’équipe a choisi la plus impressionnante des deux.

L’EHT continue ses travaux et espère encore augmenter la qualité de ses images. Le trop attendu télescope spatial James Webb viendra changer la donne lorsqu’il daignera enfin flotter dans l’espace bien loin de la Terre. La résolution de l’interféromètre s’améliorera d’un facteur aussi important que celui de l’EHT sur ses prédécesseurs. Et là, peut-être, commencerons-nous à réaliser de véritables percées scientifiques en ce qui concerne la frontière actuelle de nos connaissances sur la physique des trous noirs.

Le trou noir s’en vient !

Titre alarmiste, je sais. J’aurais dû titrer «L’image du trou noir s’en vient». Voilà à peine plus d’une semaine, j’écrivais un article dans lequel je cassais du sucre sur le dos de l’équipe de l’EHT pour avoir promis l’image réelle d’un trou noir en 2017, puis en 2018, et ensuite pour avoir gardé le silence depuis près de 9 mois.

Vous pourriez croire que mon article de la semaine passée était «arrangé avec le gars des vues» (expression chère à mon père lorsque la fin d’un film tombait un peu trop bien, afin que le bon gars puisse toujours gagner, sans égard à l’improbabilité des événements). Qui sait si mon article était véritablement dû à la chance pure, à une probabilité réaliste ou si j’ai profité d’informations non publiques?

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Dans moins de deux jours, l’équipe de l’EHT a convié la presse internationale à une annonce exceptionnelle. Ça ne prend pas la tête à Papineau (expression québécoise consacrée) pour comprendre ce qu’ils veulent nous révéler. Ils vont nous montrer une image du trou noir qui se terre au cœur de notre Galaxie, le fameux Sgr A*. Tout le suspens ne se situe pas à ce niveau, mais ce à quoi l’image du trou noir ressemblera. Bien des gens ont misé sur le fait qu’on ne verra rien de semblable aux belles simulations numériques et je suis pas mal en accord avec ceux-ci.

Mon scepticisme ne se situe pas au niveau de l’existence du monstre galactique situé en plein cœur de la Voie lactée, je suis pas mal certain qu’il existe réellement. Je me questionne sur son apparence, sur ce que révèlera l’image prise de lui.

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Noir. Le trou noir sera noir, me direz-vous. Ce serait plutôt logique qu’un trou noir réputé pour ne rien recracher de ce qui a traversé son «horizon des événements», lumière incluse, paraisse noir. Et pourtant, un trou noir de cette masse, 4 millions de Soleils, qui bouffe des nappes de gaz ayant eu le malheur de s’aventurer trop près, risque de nous surprendre.

Tout d’abord, on en sait très peu sur sa vitesse de rotation. Comme tout ce qui se trouve dans l’Univers, ce trou noir tourne sur lui-même. Son environnement immédiat est affecté par cette vitesse de rotation et le résultat pourrait nous surprendre.8300758-3x2-700x467

Il faut savoir que cette image n’est pas un instantané, mais un montage très complexe de données diverses prises par tout un tas de télescopes différents, à de moments différents, à des longueurs d’ondes différentes, couplés en interféromètres simples ou multiples.

Ensuite, j’ai toujours douté de l’exactitude des représentations théoriques des effets relativistes. Quelque chose me dit que la vraie vie fera apparaitre une complexité bien plus grande et donc un trou noir bien moins évident à décortiquer et à analyser.

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Et enfin, même avec tout le respect qu’on doit à ce cher Einstein pour ses équations qui ont révélé la potentielle existence de ces monstres galactiques aux couleurs du Corbot, les trous noirs fricotent aussi bien du côté relativiste de la physique que du côté quantique et c’est là tout son intérêt. Cet objet unique en son genre réussit à exister en poussant les deux théories antagonistes dans leurs derniers retranchements.

Exprimé autrement, le trou noir établit un pont qui n’existe pas actuellement entre nos deux théories et seulement pour cette raison, l’image qu’on s’attend de lui ne peut pas parfaitement lui ressembler.

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Dans moins de deux jours, on en saura un peu plus sur Sgr A*, mais il faut également s’attendre à ce que nous nous forgions tout un tas de nouvelles questions à son sujet. C’est ainsi que progresse la science, par théories et par preuves observationnelles, et on recommence sans jamais voir la fin.

Si l’équipe de l’EHT a réussi un petit miracle et qu’elle nous dévoile une image à la hauteur des attentes, on le saura assez rapidement. Si elle est seulement parvenue à obtenir un résultat duquel aucune conclusion ne peut être tirée et ainsi à renvoyer la balle vers une autre expérience encore plus ambitieuse, on le saura aussi.

Soyez toutefois certain que je ne manquerai pas l’occasion de commenter le contenu de cette conférence de presse dès que j’aurai le temps de l’analyser suffisamment pour écrire quelque chose de personnel et, espérons-le, intelligent, à son sujet.

L’illusion de l’effort citoyen

Nous vivons actuellement une crise des matières recyclables et celle-ci était prévisible depuis les tout débuts de la récupération des matières post-consommation.

Je me souviens des premières cloches à récupération placées dans différents parcs. Bien que nous devions embarquer nos sacs et bacs dans l’automobile pour aller les porter et décharger leur contenu à la pièce dans les ouvertures trop hautes de ces monstres verts, en très peu de temps il aurait fallu multiplier leur nombre par mille pour satisfaire au volume de matières rapportées.

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La mise en place de cette première mesure concrète était victime de son succès et les cloches ont disparu pour raison de salubrité et aussi parce qu’on n’avait prévu aucun moyen de recycler une quantité aussi importante et aussi subite de papiers, verres, métaux et plastiques rapportés.

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Puis vint le ramassage à domicile, mais il fallait toujours trier les différentes matières. Ensuite, on a construit des centres de tri et on en est venu à cesser de trier les matières à la source.

À Montréal, nous sommes loin d’être les champions de la récupération avec un taux d’environ 70 %. Les autorités de tous les paliers de gouvernements mènent donc régulièrement des campagnes de sensibilisation pour augmenter ce taux.

Cependant, du côté des mêmes autorités, on se traine les pieds pour mettre en place de vraies infrastructures qui permettraient non seulement de récupérer correctement et efficacement l’ensemble des résidus, mais surtout à procéder à leur revalorisation localement tout en garantissant un gain économique substantiel sur l’achat de matières neuves.

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À cause du laxisme des autorités citoyennes, aujourd’hui on exporte, enfouit ou incinère presque la totalité des matières récupérées et pourtant les annonces continuent de pleuvoir pour que les gens augmentent leur efficacité de récupération.

J’aurai beau être sensibilisé au max, si ensuite tous mes efforts tombent à l’eau parce que rien n’a été fait pour avoir instauré une véritable économie du recyclage, on croulera toujours sous des montagnes de richesses laissées à l’abandon.

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Pour prendre un exemple simple, même si tous les citoyens construisent leur petit égout personnel, ça ne suffirait pas pour en faire un système efficace et propre de récupération, de traitement et de réutilisation des résidus. Les autorités sont parvenues à récupérer notre merde sans avoir à se soulager dans un bac à recyclage et à aller le porter à l’usine. Alors, peut-on aussi le faire avec les matières qui sont moins dérangeantes parce qu’elles sentent moins mauvais?

Ça prend une économie complète du recyclage, une structure globale, efficace qui deviendrait avantageuse sur tous les plans, surtout sur le plan monétaire puisque tout doit passer par là pour être enfin compris et accepté.

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Et à ce niveau, le citoyen ne sert à rien. Il est donc parfaitement illusoire de croire qu’en lui demandant plus d’efforts, ça va régler les problèmes. La population n’est pas dupe, elle voit bien que d’importants maillons manquent à la chaine. Aujourd’hui, le recyclage est une illusion bien orchestrée. On nous fait croire qu’il n’en dépend que de nous et que si nous ne continuons pas à nous améliorer, c’est peine perdue.

Toutes ces campagnes de publicité à l’intention des citoyens ne font que détourner l’argent qui serait bien plus utile pour mettre en place des infrastructures inexistantes et pour bâtir une véritable économie complète et efficace du recyclage.

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Tous les gouvernements successifs ont toujours opposé le recyclage à l’économie, voilà pourquoi aucun n’a jamais pris le taureau par les cornes. C’est toujours bien plus facile de rouler dans des ornières que de bâtir une nouvelle économie plus respectueuse de l’environnement afin de limiter l’usage de nos ressources épuisables.

Il est faux de croire que les gouvernements ne peuvent pas en faire plus que les citoyens. Ce qu’ils ont à mettre en place, aucun citoyen ne le peut, ni même un groupement de citoyens, ni même une ville, ni même une région. Il manque de lois et de règlementations, il manque d’infrastructures essentielles généralisées, il manque de volonté politique aux échelons les plus élevés, c’est la seule triste vérité.

Alors, de grâce chers veules gouvernements! Cessez de dilapider notre argent en vaines publicités, cessez de cacher vos responsabilités, cessez de pelleter le problème là où il ne peut être résolu et faites la seule chose vraiment utile, attaquez-vous une fois pour toutes au problème dans son ensemble et mettez en place de vraies solutions globales.

É.U.A., crédibilité en chute libre

Les É.U.A. ont retenu de l’information dans le cadre de l’histoire des 737 MAX 8. Le ministère des Transports du Canada n’a pas réussi à obtenir des informations pourtant détenues par son pendant américain, la FAA, depuis plus de 2 jours.

Le Ministère a finalement été s’abreuver à une source indépendante, une entreprise privée américaine du nom d’Aireon pour prendre quelques heures plus tard, le temps d’analyser les données, la décision de clouer ce type d’avion au sol.

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Or les Amarequins avaient demandé les données à cette même compagnie deux jours auparavant. Ils se sont défendus que les données devaient être analysées, mais les experts canadiens ont réussi à le faire en quelques heures, pas en 2 jours.

Contrairement aux autres pays, Le Canada a semblé trainer de la patte avant d’interdire ces avions de voler et à mon humble avis ce fut le cas. Cependant, il a été le seul pays à prendre cette décision sur des bases techniques avérées.

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Le ministre des Transports canadien est l’ancien astronaute Marc Garneau qui a volé sur les navettes spatiales américaines. Il est très respecté ici et ailleurs dans le monde et ses décisions sont toujours basées sur des chiffres avant d’être politiques. Ça explique la lenteur avec laquelle il a réagi et ça explique aussi qu’il n’a plus hésité une seule seconde après avoir eu les chiffres en main.

À la lumière de la décision de la FAA de faire de la rétention d’informations cruciales, ce n’est pas seulement les avions de l’américaine Boeing qui tombent en chute libre, mais toute la machine américaine au grand complet, c’est-à-dire le pays entier, ses industries, ses institutions, ses politiciens et, dans la foulée, le peuple qui les soutiennent et les encouragent à persévérer dans cette voie.chiffres,A

Zéro ou vingt-quatre

Aujourd’hui, une petite bizarrerie apparemment sans grande conséquence… et pourtant.

Tout le monde connait le nombre d’heures dans une journée, on en compte vingt-quatre. Pourtant, les horloges ne devraient jamais afficher ce chiffre. Après 23:59:59, il faudrait toujours voir 00:00:00.

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Le changement de la date du jour doit survenir lors de cette remise à zéro. Ainsi, minuit fait officiellement partie du lendemain. Si vous naissez exactement à minuit, votre date de naissance est le jour suivant, pas le précédent. Et si cet heureux événement survient dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, même l’année de votre naissance change à minuit.

La norme ISO 8601 stipule qu’il faut annoter ainsi ce moment de transition quotidien, car les heures commencent à 0 et finissent à 23, les minutes sont annotées de 0 à 59 et les secondes de 0 à 59, elles aussi.

Vous croyez que tout a été dit sur le sujet ? Bien sûr que non puisque jamais rien n’est simple dans la vie.

Afin de pallier l’erreur de nos horloges avec la rotation terrestre, nous devons parfois intercaler une seconde supplémentaire. Nous accomplissons cette tâche à la fin calendaire de l’année ou encore le 30 juin. Alors quelle est l’estampille des horodateurs électroniques ? Nous rajoutons cette seconde à la fin de la journée et non au début de la suivante. Ainsi, les horloges montrant les secondes devraient afficher 23:59:59 puis 23:59:60 et ensuite 00:00:00 avec le changement de date à cet instant précis seulement. Voilà comment nos journées ont 24 heures et parfois une seconde de plus sans jamais afficher ce nombre.

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Ça semble anodin, mais des conséquences très graves surviendraient si les horloges terrestres ne fonctionnent pas toutes de la même manière en utilisant une annotation identique… et c’est malheureusement le cas. La date doit impérativement changer à minuit (00:00:00), pas à 23:59:60, sinon les systèmes qui calculent l’écart de temps entre deux événements pourraient faussement détecter une année complète de différence (365 jours) et ainsi enclencher des processus aux conséquences absolument catastrophiques. Des centrales nucléaires pourraient exploser, des avions tomber, des trains se percuter, etc., sans compter les échanges commerciaux automatisés qui videraient les portefeuilles d’actions.

Ce cas n’est pas qu’hypothétique. La norme POSIX toujours utilisée par nombre de systèmes interconnectés exige des jous tous identiques contenant exactement 86 400 secondes et sont donc incapables d’indiquer correctement le temps universel coordonné (UTC) utilisant les secondes intercalaires.

Tous les systèmes informatiques non conformes à la norme ISO 8601 en matière d’horodatage doivent être dotés d’une interface de transposition de leur estampille à cette norme avant de s’interconnecter en UTC. Il est très hasardeux d’utiliser autre chose et pourtant ce standard n’est toujours pas généralisé. Un jour surviendra une terrible catastrophe dont la véritable cause sera tue tellement elle semblera idiote, une incompatibilité entre des horloges. Idiotie de la cause ou idiotie des gens qui auront pris ce cas trop à la légère ?

La mort en vrac

On a rapporté plus d’une cinquantaine de disparitions de gros navires depuis quelques années en ignorant avec certitude ce qui leur est advenu. Ils se sont éclipsés sans aucun avertissement, sans émettre de signaux de détresse, sans avoir eu à affronter de dangereuses tempêtes, sans cause apparente et aucun n’a réapparu. Cette fois, les fameuses vagues scélérates semblaient être écartées de la liste des suspects. Au début, le mystère restait total, mais un point commun reliait tous ces navires. Je vous rassure, au risque également de vous décevoir, les extraterrestres n’auraient rien à voir avec ces pertes matérielles et humaines. Le lien entre ces navires est qu’ils transportaient tous des produits en vrac et plus particulièrement du minerai et surtout du nickel. Une coïncidence? Sûrement pas.

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On entend beaucoup ces temps-ci sur la toile que ces navires transportant du vrac se seraient liquéfiés. Ah, quelle imprécision menant à la confusion la plus totale! Cette aberration provient d’une très mauvaise traduction. N’ayez crainte, les parois des navires ne se transforment pas soudainement en mélasse. Ce n’est pas la partie structurelle de ces monstres océaniques qui se liquéfie, mais plutôt la cargaison solide qu’ils transportent.

J’explique de quoi il s’agit. Les vraquiers sont d’immenses navires transportant dans leur cale une quantité phénoménale de produits en grains ou en poudre, souvent du minerai. Étant à l’état solide, cette matière ne subit pas le tangage comme une cargaison liquide qui se déplace lorsque le navire gite. Le minerai restant plus ou moins en place, ce type de cargaison quasi immobile maintient la stabilité du navire. C’est pourquoi les cales ne sont pas équipées de cloisons pour limiter les déplacements subits comme sur les vraquiers de produits liquides.

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Mais à la suite de plusieurs pertes annuelles tout aussi incompréhensibles que subites, les enquêtes ont commencé à donner des résultats et ils sont pour le moins étonnants. Dans certaines conditions particulières d’humidité, une montagne de minerai de nickel de type latéritique peut adopter un comportement qui s’apparente à celui d’un liquide. Ce minerai impur contient de l’argile, la cause de la liquéfaction du vrac.

Dus à la houle, les légers mouvements du minerai dans les cales engendrent suffisamment de chaleur pour réduire la friction et occasionner la liquéfaction de la cargaison. Plutôt que d’avoir affaire à des grains individuels qui s’entrechoquent et se retiennent mutuellement par friction, ceux-ci adoptent un comportement solidaire très similaire à celui d’un liquide.

Attention, je précise, car il ne faut pas confondre, les grains de minerai restent tous à l’état solide, mais l’argile humide entremêlée élimine les forces de friction. C’est la montagne de poudre tout entière qui adopte un mouvement collectif cohérent. Le résultat serait spectaculaire, malheureusement, si des marins ont pu l’observer, ils ont tous péri des conséquences de cette masse solide aussi mouvante que de la boue dans les cales de leur navire.

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Lorsque le bateau tangue, la cargaison se déplace et déplace le centre de gravité du vraquier. Dans certaines circonstances, de faibles oscillations de la houle peuvent amplifier celles du minerai qui se met à valser sans que rien puisse l’arrêter. La boucle de rétroaction positive est enclenchée jusqu’à ce que le navire se renverse subitement et coule en quelques secondes. Il ne laisse aux marins que peu de chance d’en réchapper, piégée à l’intérieur du vaisseau qui disparait presque instantanément.

Ceux qui s’en sont réchappés racontent à peu près la même histoire. Aucune tempête, aucune vague scélérate, aucune houle particulièrement intense, juste un tangage anormalement croissant et devenant rapidement hors de contrôle.

Et voilà comment une cargaison censée être tout ce qu’il y a de plus sécuritaire se transforme subitement en une cargaison rebelle et surtout mortelle. Les assurances connaissent maintenant la cause de ces subits chavirements en mer. Soyez certains que les armateurs le sont aussi. À cause de l’accroissement mondial important des demandes en nickel, plusieurs minéraliers sans équipage expérimenté embarquent cette cargaison en faisant fi des mesures de sécurité, dont la mesure de l’humidité du minerai.

Déjà en 2011, les causes étaient connues et pourtant, les navires ont continué à sombrer. Les armateurs minimisent le problème et les marins, eux, malgré les risques encourus prévisibles, continuent de mourir en vrac.

Mort sur Mars

La NASA a rendu la nouvelle officielle. Mars est devenue une fois encore le cercueil d’un non-humain. Vous vous dites qu’ils ont peut-être vu un autre écrasement d’ovni à sa surface? Hum! Pas certain. Lisez la suite.

En 2004 atterrissaient sur la planète rouge deux robots mobiles de 185 kg aux noms prometteurs de Spirit et Opportunity. Leur mission de trois mois visait principalement à déterminer l’histoire de l’eau sur Mars. Trouver des traces de la présence ancienne de cet élément à l’état liquide permettrait de comprendre l’évolution de la planète, dont la façon et le moment où cet élément essentiel à l’apparition et au maintien de la vie aurait disparu.

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Un programme de 90 jours qui s’est vu maintes fois rallongé, car les robots continuaient de bien fonctionner, et ce malgré la dégradation de leur source d’alimentation, leurs panneaux solaires. Le vent martien charrie de fines particules de roche qui se collent et s’insinuent partout, réduisant d’autant la capacité des cellules voltaïques à transformer les photons solaires en énergie électrique.

Prévu pour parcourir une distance de 600 mètres, Spirit est tombé au combat en 2010 après avoir avalé 7,7 kilomètres durant six années de dur labeur. Jusqu’à tout récemment, Opportunity fonctionnait encore très bien et avait parcouru plus de 45 kilomètres. Mais ce qui devait arriver voilà quatorze ans est finalement survenu. Le petit robot n’a pu trouver suffisamment d’énergie pour remettre en route ses ordinateurs et ses équipements de travail.

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Durant l’hiver martien, les robots privés du soleil sont obligés de se placer en mode « sommeil » jusqu’à ce que leurs panneaux solaires viennent recharger les accumulateurs. Mais cette procédure n’est pas sans risques. Le froid abime les composantes et chaque réveil s’avère complexe et plus qu’incertain. C’est pourquoi les revers n’étaient pas censés traverser leur premier hiver malgré une conception qui n’avait pas négligé cette éventualité.

Opportunity en a traversé quatorze avant de succomber à son quinzième hiver. C’est un exploit peu commun qui démontre notre capacité de bien faire les choses lorsqu’on s’en donne sincèrement la peine. Concevoir et mettre au point des appareils de qualité en de courts laps de temps et surtout avec des budgets modestes, la NASA en a fait une vocation et avec ces deux baladeurs martiens, elle a pleinement rempli sa mission.

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Après plusieurs mois d’échecs à réanimer le robot, les opérateurs ont baissé les bras et finalement déclaré Opportunity définitivement inopérant. Il reste évidemment toutes les données recueillies qui continueront d’alimenter les scientifiques durant des décennies, mais la mission MER (Mars Exploration Rover) se termine sur un sentiment pleinement mérité d’avoir dépassé tous les espoirs en ayant fait progresser nos connaissances en planétologie de manière exceptionnelle.

Bravo à toute l’équipe de MER! À l’instar de vos deux scouts, vous méritez amplement de vous reposer enfin.

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Et si cette mort n’était qu’un très long et profond sommeil? Se pourrait-il qu’un jour, Opportunity redonne signe de vie?

Si cela devait survenir dans peu de temps, nous serions certainement surpris, étonnés, mais pas ahuris. Tandis que si le réveil s’effectuait alors que l’humanité ne possède plus la trace de cette mission passée, penserions-nous qu’un engin extraterrestre tente de communiquer avec nous?

Je souhaite qu’une telle chose survienne, ne serait-ce que pour nous déstabiliser, car l’humain n’est jamais meilleur que lorsqu’il est confronté à l’étrange.

Les dangers du nano

En 1668, Antoine van Leeuwenhoek observe des bactéries à l’aide d’un microscope. L’ère du micro… scopique en est à ses débuts et deux cents ans plus tard, Louis Pasteur démontre l’aspect pathogène de ces animalcules.

Nous avons depuis quelque temps entamé l’ère du nano, soit celle du un milliardième de mètre. Les puces de nos téléphones intelligents récents sont gravées à moins de 10 nanomètres de résolution. Des nanotubes de carbone sont usinés pour renforcer et alléger des matériaux. Des nanorobots transportent des produits pharmacologiques sur commande en se dispersant dans le sang. En 2016, on répertoriait de par le monde près de 2000 produits contenant des nanomatériaux et aujourd’hui, leur nombre a explosé.

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Il existe de réels dangers liés à l’utilisation de ces nouveaux produits. Leur taille nanométrique les rend très nocifs, car le corps n’oppose aucune barrière efficace à leur ingestion, à leur inhalation ou à leur absorption cutanée. Nous n’en sommes qu’au commencement de cette nouvelle ère technologique, mais il faudra prendre des moyens draconiens pour éviter de répandre ces produits dans la nature. Et devinez quoi? Nous n’en ferons rien. Nous attendrons les centaines, les milliers, voire les millions de victimes de ces matériaux pour enfin réagir et que l’on commence timidement à s’en préoccuper.

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L’histoire se répètera et une fois encore, nous jouerons aux idiots qui ignoraient tout de la toxicité de nos réalisations. L’humain n’apprend rien de ses erreurs puisqu’il les répète ad nauseam. Ce fait n’est pas le signe d’une espèce supérieure, c’est le signe d’une espèce dégénérée. Croyez-vous encore que l’humain finira par survivre à ses multiples conneries? Si oui, vous avez l’optimisme débordant ou vous faites de l’aveuglement volontaire. Pour ma part, ça fait un bail que je ne lui fais plus confiance. Je n’ai qu’à regarder les bulletins de nouvelles, ils me confirment quotidiennement que j’ai raison.

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