Le Déluge – Noé et son Arche

Les Anciens racontaient des légendes aux gens de leur peuple lors de moments privilégiés. Un soir d’été. Un soir où la Lune était pleine. Un soir où la fraicheur exigeait d’allumer un feu. Un soir où on gardait certains jeunes éveillés afin qu’ils entendent pour la première fois le partiarche raconter des histoires venues d’un autre Âge.

La légende du Déluge se transmet oralement depuis la nuit des temps, bien avant l’invention de l’écriture. Cette légende comprend des faits. Le Déluge lui-même n’est pas une invention puisqu’il a réellement été vécu et subi par des gens en chair et en os. Les rescapés l’ont raconté. En contrepartie, la cause de ce dernier était loin d’être connue.

Mais raconter une histoire, aussi vraie puisse-t-elle être au niveau de ses effets, ne peut se raconter sans parler de ses causes et de ses raisons. Toutefois, celles-ci sont totalement inconnues. Un cataclysme universel est survenu et personne ne sait ni comment, ni pourquoi.

Le patricarche narrateur comprend qu’il n’a pas le droit de laisser des blancs dans son histoire, elle semblerait beaucoup moins crédible. De plus, il est censé en être le gardien. Quel gardien laisserait s’échapper autant d’informations importantes, voire essentielles ? Il n’a d’autre choix que de donner des causes et des raisons en plongeant dans le folklore, la mythologie et la théogonie de son peuple. Pour certains, une punition est infligée par un Dieu pour absoudre leurs péchés. Pour d’autres, ce sont des forces titanesques qui s’affrontent et les humains en sont des victimes collatérales. Pour d’autres encore, il s’agit de dieux mal intentionnés, acariâtres ou vengeurs. Chaque tribu perpétue ainsi un savoir basé sur des faits réels. Quant aux vraies causes et aux possibles raisons de cet événement unique en son genre, elles sont inventées par ignorance et par obligation afin de répondre à des questions légitimes qui ne peuvent en aucune façon êtres laissées sans réponses valables.

Dans le mythe de Noé, un dieu tue les humains, car ils avaient tous péché.  Il fallait toutefois expliquer pourquoi il reste toujours des humains sur Terre. Ainsi, la présence d’une famille d’humains plus vertueuse que les autres devenait nécessaire pour expliquer le repeuplement survenu plus tard. Et puisque cette histoire avait bien fonctionné avec Adam et Ève, il suffisait de la reprendre en changeant quelques paramètres.

D’autre part, il fallait également expliquer la présence des animaux. Sauver une famille d’humains de la noyade explique leur repeuplement, mais comment expliquer celle des animaux qui auraient dû tous périr noyés jusqu’au dernier ? Puisque Noé avait besoin d’un bateau pour flotter sur les eaux montantes, ce même bateau aurait pu servir à sauver des animaux de la noyade. Ainsi, Noé passa de vigneron à armateur et ensuite à gardien de zoo. De cette façon, le Déluge, ses causes et ses effets étaient tous décrits, expliqués et justifiés par un récit complet, compréhensible et respectueux des autres enseignements, tel que le devoir de bonne conduite.

Dans un contexte où les causes du Déluge ne pouvaient absolument pas être connues, il faut applaudir la façon dont nos ancêtres l’ont expliqué. Le récit est tellement bien ficelé que plusieurs continuent encore à y croire dans sa totalité et ce, après plus de cent siècles. En plaçant le Déluge dans son contexte et à son époque, en le vivant par procuration, si je puis dire, on peut comprendre comment le récit du Déluge et le mythe de Noé ont fini par ne former qu’une seule histoire. Le récit fournit l’événement bien réel. Le mythe fournit une cause plausible. Le dieu vengeur explique la raison du Déluge. Noé et sa famille expliquent le repeuplement humain survenu après l’éradication des autres humains. L’Arche donne le moyen d’évasion de Noé ainsi que celui des animaux embarqués par couples sur la même arche afin, eux aussi, de repeupler la Terre.

Il reste à expliquer comment Noé a su avant le Déluge qu’il fallait s’y préparer. Le même dieu qui fera survenir le cataclysme avise Noé de ses intentions. Il ne pouvait en être autrement. AInsi, toutes les questions obtiennent leur réponse.

Nous savons aujourd’hui que bien des humains et des animaux ont survécu à la grande flotte sans avoir eu recours à une Arche archibondée. La Terre a connu 5 extinctions de masse. Le Déluge ne compte même pas dans ce chiffre. Par contre, c’était la première fois que l’humain avait conscience d’une catastrophe d’une ampleur aussi subite et apparemment sans limites. Disons merci à Noé, à Gilgamesh et à beaucoup d’autres personnages d’avoir véhiculé cet événement sur autant de générations. Grâce à eux, le Déluge reste encore présent dans l’imaginaire des humains. Par contre, dans une légende, il faut savoir séparer les faits des mythes.

Ainsi, ceux qui cherchent l’Arche sur les pentes du mont Ararat perdent leur temps. Ils ignorent la façon dont les légendes se construisent, évoluent et sont transmises. Ceci dit, retrouver les restes d’un navire sur les pentes du mont Ararat et datant de cette époque n’aurait rien d’exceptionnel. Combien de barques et de navires se sont échoués un peu partout sur la planète lors de ce cataclysme ? Si nous les retrouvions tous, nous aurions alors des milliers d’Arches potentielles et le problème inverse. Celui de trouver la vraie. Je souhaite donc à tous ces enthousiastes beaucoup de… d’enthousiasme.

Photo: Wikipedia 

Le Déluge – réalité ou fiction ?

On ne peut pas douter de la véracité du Déluge. Trop de peuples de l’Antiquité répartis sur toute la planète le décrivent et il représente certainement l’un des premiers mythes persistants de l’humanité. Considérer que ce n’est qu’une histoire inventée de toute pièce n’est pas sérieux. Les légendes de ce genre existent justement pour que les générations futures sachent ce qui est survenu et le transmettent à leur tour. Elles ont parfaitement fait leur boulot. Ce serait injurier nos ancêtres que d’en douter. Évidemment, les allégories entourant l’événement diffèrent d’un peuple à l’autre puisqu’elles avaient pour but de rendre le récit intéressant en plus de faire la leçon. Cependant, nous ne devons jamais douter des fondements de cette histoire. Par contre, les inondations suivant un simple orage ou même un ouragan ont toujours existé. Ce n’était certainement pas sujet à en faire un mythe de la classe du Déluge. Il a donc fallu que ce Déluge soit une inondation vraiment exceptionnelle.

Dans certains mythes, il est question de pluies incessantes causant un déluge exceptionnel. Dans l’histoire de Noé, il est question de pluie durant 40 jours et 40 nuits. Dans d’autres récits, on parle plutôt de 6 à 7 journées entières, ce qui est plus réaliste du point de vue climatique, mais cela n’aurait sûrement pas créé un déluge planétaire.

J’explique les 40 jours de pluie ininterrompue de la façon suivante. La seule cause connue des inondations survenant à cette époque était des pluies torrentielles. Mais aucune inondation connue n’avait eu l’ampleur du Déluge. Il fallait donc que des pluies exceptionnelles quasiment inimaginables aient eu lieu quelque part, et pas nécessairement au même endroit où ce Déluge survint. Quarante est un ombre récurrent dans les écritures bibliques. À chaque fois, il représente un nombre immense et il faut le comprendre ainsi, pas littéralement, mais littérairement. L’ampleur du Déluge n’aurait pas pu survenir s’il avait plu seulement quelques jours. Ce Déluge démentiel exigeait une cause tout aussi démentielle et 40 jours de pluie ininterrompue correspondaient à une cause insensée, mais encore probable et compréhensible par le commun des mortels de l’époque.

Et si le Déluge était survenu sans qu’il pleuve des cordes durant une éternité ? Un tel scénario existe bel et bien. Un scénario scientifiquement réaliste. Une histoire avant l’Histoire. Une histoire qui, aujourd’hui, permet de réécrire de la bonne façon en conservant la résultante, mais en révisant la raison pour laquelle il survint. La cause réelle du Déluge ne pouvait pas être connue des peuples de l’époque puisqu’elle survint à des milliers de kilomètres de leurs positions géographiques. Alors, où et comment le Déluge s’est-il concrétisé ? Lire la suite.