Sous la contrainte des créatures

Dans mon dernier article traitant de l’écriture de fiction, j’abordais le concept de la création de personnages crédibles. Ils doivent se démarquer les uns des autres et pour ce faire, l’auteur doit cesser de puiser dans ses propres expériences ou lectures passées. Inventer des vies totalement imaginaires auxquelles les lecteurs croiront instantanément reste un exercice pouvant s’avérer complexe et périlleux, mais rempli de satisfaction pour un auteur réussissant ce délicat travail. Parfois, les inspirations adoptent de bien curieux chemins pour atteindre notre conscience. Voici un exemple.

J’avais besoin de créer un être troublé. Une image m’est soudainement apparue de lui et, étrangement, celle-ci prenait peu à peu la forme d’un poème. Une fois l’exercice terminé, je possédais tout ce dont j’avais besoin pour l’insérer dans la trame du livre, son passé, sa façon de penser, son état d’esprit. Lorsque je l’ai inscrit dans l’histoire, j’ai dû respecter son schème en le faisant réagir conséquemment, tout en lui fabriquant un discours représentatif de sa nature. Ma créature était devenue autonome et m’imposait des choix que je n’avais pas prévus en amont. Le livre prenait ainsi une tournure évolutive orientée différemment de mes désirs initiaux. Le personnage me contraignait à accepter ses réactions naturelles ou à le jeter par-dessus bord et à tout recommencer.

N’ayant pas la possibilité d’insérer le poème, il est devenu orphelin. Je vous le présente, n’hésitez pas à me dire si sa lecture vous transmet une certaine image dudit personnage.

J’abrite la haine

J’abrite la haine
Depuis le jour où je suis né
Depuis le sein trop refusé
Depuis les caresses oubliées
J’ai pleuré à m’en fendre l’âme
J’ai vidé des torrents de larmes
Inutiles solitaires vacarmes

J’abrite la haine
Depuis mes premiers jours d’école
Pris dans ce corps chétif à l’os
Incapable de défendre ce fol
Je vis otage des malins
J’envie les rages du destin
J’emplis d’orages mes deux mains

J’abrite la haine
L’adolescent sans avenir
Les filles aux regards sans désirs
Je me recourbe et je soupire
Je me destine à la violence
Ne me dis pas ce que t’en penses
Tu ne pèses rien dans la balance

J’abrite la haine
L’adulte aussi est pris au piège
Incantations et sortilèges
On me contraint au gris ou beige
Le bonheur toujours en cavale
Tous mes espoirs, je les ravale
Foutu, combat contre le mal

J’abrite la haine
Avec tes sales manigances
Tu crois à ton intelligence
Mais quelle déplaisante résistance
Tu redoutes mon regard oblique
Je confronte ta piètre logique
Remplis de mensonges empiriques

J’abrite la haine
Ce monde est meilleur pour les autres
Ni prédicateur ni apôtre
Une vie heureuse si tu te vautres
Mes pensées n’intéressent personne
Elles dérangent trop pour qu’elles résonnent
On les abrille ou les maçonne

J’abrite la haine
Funeste tsunami d’émotions
Volcanisme en ébullition
Nucléarisé champignon
Surtout ne me fais pas rager
Je t’explose sans même broncher
Humanité déshumanisée

J’abrite la haine
Je hais ce monde et ses sujets
Je hais les rois et leurs laquais
Je hais mes voix et leurs secrets
Je hais les merveilles en exil
Je hais mon existence futile
Je hais l’univers inutile

J’abrite la haine

La véracité des personnages

Composer un roman peuplé de plusieurs personnages oblige l’auteur à imaginer des caractères différents et à les rendre plausibles. Il n’est pas possible de tout tirer de ses propres expériences ou des gens qu’on a déjà connus, enfin pas en ce qui me concerne. Il faut alors inventer des vies.

Lorsque je forge un univers, chaque créature n’appartient qu’à elle. C’est ni moi, ni une ex-copine, ni un ami ou ennemi actuel ou passé. Pour que l’histoire soit réaliste, l’exercice m’oblige à ressentir comme eux, avec leur façon de voir leur passé et leur histoire, avec leur caractère unique, leur beauté intérieure, mais aussi avec leurs défauts et leurs vices.

La méthode la plus facile pour générer aisément un personnage quelconque est de plaquer une sorte d’étiquette dans son dos. L’auteur lui donne seulement une portion de vie. Après avoir composé une foule de personnages fictifs, je perçois immédiatement cette ellipse de la part de certains auteurs. Ça évite de s’attarder à rendre l’individu un peu plus complexe, un peu plus réaliste, un peu plus humain. Du même souffle, ça permet évidemment à l’auteur de garder une distance émotive avec ceux qu’il n’aime pas, qu’il déteste ou qu’il refuse de regarder en pleine face.

Plonger au cœur de l’atrocité, du malheur, de la douleur, des afflictions, de la méchanceté, de la perversité n’est pas chose facile. Créer des demi-vies simplifie bien des choses et permet surtout de s’assurer de conserver cette fameuse dualité du bien et du mal si chère aux gens. La laideur humaine nous horripile naturellement. Il est facile de jouer sur ce sentiment. On presse le bouton et les poils du lecteur se dressent instantanément. En polarisant son histoire, l’auteur engendre un flux dans un sens unique. 

Cette façon d’écrire un roman dénote l’incapacité de l’auteur à s’immerger totalement dans la nature de ses créations. En ne présentant qu’une seule facette ou les seules facettes en lien direct avec l’objectif primaire du livre, l’écrivain réductionniste s’évite les tourments de l’immersion prolongée dans les noirs arcanes de la nature humaine et attire une interprétation unanime du lectorat sur la beauté ou la laideur de ses sujets. Présenter un carton tout noir ou tout blanc ne porte pas aux nuances, mais aucun individu réel n’est totalement uniforme.

L’autre manière d’aborder le réductionnisme des caractères en version légèrement améliorée est la rédemption. Pensez aux films Star Wars et au père de Luke Skywalker comme porte-étendard de ce style. Il est totalement méchant, sauf à la toute fin, une invraisemblance à s’en décrocher les côtes. Bien sûr, dans cette saga exclusivement axée sur le bien et le mal, il est difficile de ne pas réduire les personnages puisqu’il faut les installer dans un camp ou dans l’autre en ne laissant quasiment rien entre les deux.

Une autre technique couramment utilisée dans les polars est le monstre tapi au fond d’une personne apparemment ordinaire. Là encore, la dualité reste à l’honneur. Puisque le jack in the box surgit soudainement à la fin, l’auteur et son lectorat ont peu l’occasion de marcher en compagnie du loup pendant qu’il reste déguisé en mouton. 

Inventer un personnage crédible oblige l’auteur à lui créer un passé complet et complexe. Il ne doit pas naitre au moment où son nom est écrit pour la première fois. Dès les premières lignes traitant de cette personne, le lecteur doit avoir l’impression qu’il est de chair, d’os et de sentiments. Si l’auteur parvient rapidement à crédibiliser l’existence du personnage, le lecteur comblera les zones d’ombres ou de silence avec son imagination. L’auteur insufflera une vie complète dans la tête du lecteur sans devoir toute la raconter dans ses moindres détails.

N’ignorez pas la complexité des vies de vos créatures. Elle multiplie les interprétations possibles et c’est exactement, selon mon point de vue, une des grandes qualités d’un bon roman, la véracité de ses personnages.

Complété n’est pas synonyme de terminé

L’autre jour, j’abordais le sujet d’écriture de fiction, car depuis deux ans, j’écris un roman qui se veut un préambule à un autre roman écrit celui-là il y a une vingtaine d’années. L’œuvre sera bientôt prête. Le terme bientôt doit être compris dans le sens d’un bientôt écrivain. C’est donc que l’histoire est complétée et actuellement je me farcis la énième passe de corrections avant de la considérer comme étant plus ou moins terminée.

Sans l’avoir délibérément décidé au début de l’ouvrage, je me suis retrouvé à écrire environ cent-cinquante segments que j’ai ensuite rassemblés en les raboutant chronologiquement. D’une idée à l’autre, le roman prenait ainsi de l’ampleur et de la complexité tout en conservant une ligne directrice précise. L’œuvre met en scène une quarantaine de personnages dont seulement quelques-uns, une vingtaine d’années plus jeunes, proviennent du roman original. Bien sûr, tous les rôles ne s’équivalent pas. Certains d’entre eux passent comme des étoiles filantes tandis que d’autres se retrouvent dans plusieurs occurrences. Très peu ont l’honneur de tenir l’un des principaux rôles.

Je ne recommanderais pas de choisir cette technique d’écriture puisqu’elle engendre d’énormes difficultés, dont celle de gérer l’horaire de tout ce beau monde. Les invraisemblances temporelles se multiplient rapidement lorsqu’une aussi grande quantité de personnages interagissent et discutent d’événements s’enchainant en cascade alors que l’écriture fut tout sauf linéaire. 

Ce livre me fournit une multitude de difficultés à surmonter, mais selon moi, les défis font partie du plaisir d’écrire. C’est un roman d’action à saveur policière, une histoire contemporaine inventée, mais plausible qui ne m’a pas été inspirée d’un fait quelconque. Malgré ma propension naturelle à utiliser des concepts scientifiques, ici je n’en aborde aucun, ou si peu !

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J’ai beaucoup aimé fabriquer ce scénario où une foule d’histoires disparates s’entrecroisent et s’entrechoquent, pour finalement toutes s’incorporer dans la grande toile de fond. Un fait étrange, presque ésotérique de l’écriture, est lorsque je ponds des personnages d’arrière-plan dès le début sans savoir s’ils pourront jouer un certain rôle et qui, beaucoup plus loin, se voient confier une partie essentielle de l’histoire. Ne pas l’avoir eu sous la main, il aurait fallu que je l’invente. Donc, celui-ci n’apparait pas subitement, comme tiré d’un chapeau. Je n’ai pas non plus à reprendre plusieurs segments pour lui composer un passé, il possède déjà un vécu. 

Actuellement, même si je décrète cette histoire complétée, je me permets encore de rajouter quelques paragraphes ici et là afin d’améliorer la fluidité ou la compréhension générale.

Même si écrire un roman exige des efforts considérables, cet exercice recèle une foule de plaisirs et de satisfactions que toute personne peut connaitre tant qu’elle accepte les sacrifices inhérents. Composez une histoire simple, un cadre limité, quelques personnages et voilà ! Mais je vous mets en garde, le vrai travail d’écrivain commence à partir du moment où l’œuvre est complétée. Car si elle contient bien tous les éléments nécessaires, ceux-ci ne prendront de la valeur que sous le martelage intensif des touches de votre ordinateur. Seules d’innombrables lectures fastidieuses ponctuées de retouches simples ou en profondeur amèneront le travail à un niveau acceptable permettant aux lecteurs d’éprouver de l’intérêt et du plaisir.

Vous verrez également qu’un roman restera toujours une œuvre inachevée. À un certain moment, l’écrivain doit accepter de la délaisser et lorsqu’il le fait, c’est toujours à contrecœur. Si vous n’éprouvez pas ce sentiment devant votre œuvre, relisez-la comme un lecteur étranger, pas comme l’auteur, et vous verrez exploser les points à améliorer.

Les romanciers ne terminent jamais leurs œuvres, seuls les lecteurs les terminent lorsqu’ils les referment, en espérant que cela survienne après qu’ils aient lu la dernière page.

F comme dans français

Voici le temps venu de m’attaquer à une autre lettre de notre alphabet et à un mot commençant par celle-ci. Aujourd’hui, dans ce onzième article de la série, je traite de la sixième lettre et d’un mot pas ordinaire.

Pauvre f ! Une lettre qui en souffre, s’il en faut. Sa graphie majuscule (F) l’expose à tomber sur le côté, déséquilibré par un centre de gravité trop élevé et une asymétrie difforme peu esthétique. Seul le P partage ses mêmes défauts et tous les deux se ressemblent étrangement. Le F me fait penser à un E raté ou à un P tronqué parce qu’écrit trop près de la bordure du papier.

Et encore plus étonnant, le p remplace souvent le son du f lorsqu’il est associé à un h comme dans les mots francophone, éléphant, camphre et phallus. Phallait phichtrement se phoutre du f pour le transphormer si phréquemment et phrénétiquement en ph !

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En français, 3519 mots commencent par cette lettre, dont 616 adjectifs, et pas les moindres. Fabuleux, fameux, fantastique, faste, fécond, féérique, fervent, fiable, fin, fleuri, formidable, fort, fougueux, frais, franc, friand, fructueux, fruité, fulgurant, futé, le f semble fait pour formuler des finesses et des flatteries.

On ne peut toutefois faire abstraction de son autre face lorsqu’il est fâché, factice, fadasse, faiblard, faillible, fallacieux, falot, famélique, fantoche, fauché, fautif, faux, félon, fétide, fielleux, flasque, flétri, foirard, foutu, frauduleux, frelaté, frigide, fripé, fruste ou futile. L’hypothèse d’un f fin est donc réfutée.

523 autres adjectifs se terminent par un f, la plupart adoptant la terminaison -if au masculin.

La sonorité du f est une fricative labiodentale sourde. Autrement dit, c’est un frottement, un souffle formé par le resserrement du canal vocal et l’utilisation simultanée des lèvres et des dents pour émettre des basses fréquences. Son symbole phonétique international n’est rien d’autre que le f minuscule (f). Le f s’amuït lorsqu’il termine un mot comme dans bœuf, cerf, nerf ou clef. On le prononce comme un v en liaison avec quelques mots comme dans neuf heures.

Le mot le plus court contenant le plus de f est fieffé puisque aucun mot ne contient quatre f, mis à part un anglicisme ou deux que je récuse.

L’alphabet de l’OTAN utilise le mot Foxtrot pour désigner la lettre F. Elle vaut 4 points au Scrabble français.

En majuscule, c’est le symbole du farad, une unité utilisée pour exprimer la capacité des condensateurs électroniques. Elle est issue du grand physicien Michael Faraday. L’usage des degrés Fahrenheit (°F) tend à disparaitre, mais reste encore l’unité principalement utilisée aux É.U.A. pour désigner les températures ambiantes. En chimie, on représente le fluor par la lettre F, mais auparavant elle était utilisée pour désigner le fer qui a dû ensuite se contenter du symbole Fe.

En mathématiques, il présente surtout une fonction f(x), c’est-à-dire qu’on entre des valeurs dans la fonction et il en ressort d’autres valeurs.

En musique anglo-saxonne, le F signifie la note fa. Écrit en minuscule italique (f) au-dessus de la portée, il faut la jouer forte, ff fortissimo, et fff c’est le plus fort possible.

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Évidemment, le f ne peut qu’être important pour le français et il n’est pas fortuit d’avoir choisi ce mot pour le représenter. Tous les francophones le savent, et a fortiori les étudiants dont leur langue maternelle diffère, la langue française n’est pas des plus simples. Plus facile cependant que le latin dont elle découle, elle demeure tout de même remplie de conjugaisons complexes, d’exceptions inattendues et de difficultés nombreuses et étonnantes issues de son histoire riche et passionnante, mais également d’académiciens élitistes et retors qui l’ont compliquée parfois à outrance.

Aujourd’hui, le pire ennemi du français reste le français et surtout sa façon d’évoluer. Lisez l’article « Dictionnaires réactifs : langue bâtarde » pour savoir ce que j’en pense. Autrefois très influent auprès des autres langues, dont l’anglais, aujourd’hui le français traine de la patte et se montre incapable de réagir vivement et adéquatement aux bousculades causées par la flopée des termes anglais issus de la technologie, des sciences et de la culture hégémonique actuelle autrement qu’en les empruntant.

Heureusement, le français continue tout de même d’évoluer, mais cette évolution ne prend pas les mêmes orientations partout où cette langue est parlée. L’insertion graduelle de mots issus d’acronymes locaux la régionalise en fragilisant son internationalisation.

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L’autre horreur est l’insertion dans les dictionnaires officiels de mots issus du verlan, un argot inutilisé par une grande partie de la francophonie. Il vaudrait mieux s’en tenir à un lexique exclusivement dédié au verlan et expulser des dictionnaires ces termes qui n’apportent aucune différence dans la signification du mot écrit à l’endroit.

Utiliser le terme chelou plutôt que le mot louche m’indispose en tant que francophone amoureux de sa langue. Et je saute les plombs lorsque des films traduits en français font un usage immodéré du verlan et des acronymes locaux parisiens lorsque le rayonnement de la traduction de l’œuvre se veut mondial.

Vous pourriez m’accuser d’être paradoxal puisque j’ai écrit une série d’articles intitulés « Expression québécoise… ». Voir la page Thèmes sur mon site pour les retrouver tous. Certains de ces mots et expressions ont été homologués et apparaissent maintenant dans les grands dictionnaires français. Chaque mot accepté doit obligatoirement exprimer une idée différente et unique par rapport aux autres entrées, une notion absente des mots en verlan qui constitue simplement un principe de codage.

Les mots québécois et les expressions qui en découlent et que je présente sur mon blogue visent à les faire connaitre en enrichissant le vocabulaire et la langue, pas à globaliser des régionalismes uniquement utiles aux gens vivant dans une certaine réalité politique délimitée. Je m’en tiens aux mots et expressions pouvant être utilisés par tout le monde et qui apportent une compréhension de notre histoire, parfois avec un peu d’humour.

Pour terminer cet article fondamental sur le f et le formidable français qui nous unit tous, partout où nous vivons sur la planète, soyons des amoureux respectueux de cette langue belle, riche, imagée et capable de fantastiques trouvailles lorsqu’elle est finement travaillée. Elle nous emporte, nous fait rêver, et voyager, nous fait pleurer, nous fait réfléchir, partage nos idées, nos opinions et surtout, elle nous fait vivre en communauté. Soyons fiers d’être francophones, soyons généreux avec les francophiles, soyons indulgents et pédagogues envers les gens cherchant à la parler ou à l’écrire, soyons avisés dans nos choix lorsque nous la parlons et encore plus lorsque nous l’écrivons.

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À l’instar du f qui montre une grande fragilité, notre langue est sans conteste vulnérable. Puisque le français nous unit tous, il est possible de garantir sa pérennité en travaillant de concert. Ainsi, nous transformerons le fluet f en un F ferme et fructueux qui ne se laissera pas affaiblir par les forces fluctuantes à l’affut de ses failles pour refréner sa diffusion.

Il ne suffit pas d’être francophone, nous devons tous être des indéfectibles francophiles, amoureux de notre langue commune, bref, de fervents fanatiques du français.

Voilà, filez, c’est fini.

Réinventer le style

Il y a une quinzaine de jours, je participais à un atelier consacré à la littérature de science-fiction et de fantasie. Une question posée alors a eu de quoi faire réfléchir.

«Est-il possible de réinventer le style en évitant les dragons et les licornes?» Il fallait comprendre évidemment au sens large que les auteurs ont plutôt tendance à reprendre à leur compte des créatures bien ancrées dans l’imaginaire que d’en créer de nouvelles. Cette abondante récupération a de quoi abrutir le lecteur, mais est-il vraiment si friand de nouveautés?

Qu’en pensez-vous?

Quel type de créature vous inspire?

imgur.com ;
messagescelestes-archives.ca

Écriture cursive

Écrivez-vous encore cursivement ?

Oui, vous savez, l’écriture avant les traitements de texte ? Ça ne vous dit rien ? L’écriture avec un stylo ou un crayon ou mieux encore, avec une plume ? Non, pas une vraie plume avec ses barbes et ses barbules. Une plume fontaine, oui, une plume qui coule comme une fontaine. Mais qui cesse de couler quand on la relève. Tiens, ça me donne une idée pour ma copine et ses… enfin, je m’égare.

L’écriture cursive, les lettres attachées. Attachées, pas emprisonnées, pas prises en otage non plus. Il faut donc tout vous expliquer. Regardez l’image en tête, c’est de l’écriture cursive. Euh, imitée par un ordinateur, c’est vrai.

Je me suis rendu compte que je perds, ou j’ai déjà perdu, la capacité d’écrire cursivement. Les lettres ne s’écrivent pas suffisamment vite par rapport à ma vitesse au clavier. Donc j’écris une lettre sur deux ou elles finissent par toutes se ressembler. Un L, un T sans barre, un I, c’est l’enfer par la suite d’essayer de me relire. J’abandonne et je me concentre pour recomposer le texte à l’ordi, c’est plus rapide.

J’ai entendu dire que bientôt, l’écriture cursive ne sera plus enseignée. Je n’ai rien contre. Elle deviendra un sujet universitaire classé dans la section des écritures codées. Ce n’est plus bien grave. Les Égyptiens ont bien perdu la connaissance de leurs hiéroglyphes durant des millénaires et on a bien réussi à retrouver leur sens en lisant la pierre de Rosette. Des universitaires ont fait le boulot de déchiffrage et aujourd’hui ces dessins antédiluviens n’ont plus de secrets.

Êtes-vous nostalgique de l’écriture cursive ? Pas moi, parce que depuis longtemps, je n’écris plus en lettres attachées. J’écrivais les lettres de mon écriture cursive en les détachant les unes des autres. Je trouvais ma méthode plus rapide que de dessiner les queues entre les lettres.

Alors, gardez bien vos polices de caractères qui imitent l’écriture cursive, vos descendants deviendront peut-être le Champollion de leur temps.

Explosion d’un météore

Le 15 janvier dernier, un météore s’est invité dans notre atmosphère au-dessus de certains états du centre-nord des USA et plus particulièrement du Michigan ainsi qu’en Ontario au Canada. Il aurait explosé avant de toucher terre en créant une onde de choc et un tremblement de terre de faible amplitude. Il serait surprenant qu’on retrouve des météorites au sol. Il s’est récemment produit le même phénomène en Russie. Ce sont en soi des événements plutôt anodins même s’il existe un danger réel de bris de vitres pouvant nous causer des blessures, mais là n’est pas le vrai problème.

L’International Astronomical Union (IAU) répertorie les cailloux célestes pouvant potentiellement devenir une menace, les Potentially Hasardous Asteroids (PHA). Voici l’adresse vous permettant de voir cette liste. Par contre, les vraies menaces sont rares et actuellement, aucun des astéroïdes recensés ne représente une réelle menace pour nous. C’est-à-dire qu’aucun n’a plus de cent mètres de diamètre et en même temps une trajectoire qui l’amènera à moins 7,5 millions de km de la Terre.

Cependant, des astéroïdes non répertoriés continuent de nous pleuvoir sur la tête sans n’avoir jamais été détectés. Le plus médiatisé est certainement le météore de Tcheliabinsk qui a explosé dans le ciel de la Russie le 15 février 2013, faisant plusieurs blessés. Ainsi, la liste des 1 882 astéroïdes potentiellement dangereux actuels n’est rien à comparer à la vraie quantité rôdant au-dessus de nos têtes et risquant une incursion dans notre atmosphère.

Il s’est produit un événement de ce genre en 1908 en Russie (coudonc !) appelé « l’événement de la Toungouska ». Un astéroïde aurait explosé à haute altitude au-dessus de ce territoire, couchant d’un seul souffle soixante millions d’arbres sur une superficie de 1 200 kilomètres carrés et causant des dégâts sur plus de 30 000 kmfaisant de cet événement la pire catastrophe recensée impliquant un météore. Heureusement, ce territoire était inhabité et à ce que l’on sait il n’y eut aucune perte de vie. Le souffle de cette explosion équivaut à plusieurs centaines de fois le souffle des bombes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki. Une telle catastrophe survenant aujourd’hui au-dessus d’une grande ville ferait des centaines de milliers de victimes.

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L’origine météorique est contestée à cause de l’absence d’astroblème et de résidus d’origine cométaire ou d’astéroïde. Plus récemment, des résidus auraient été retrouvés piégés dans la résine des arbres et dans la tourbe bien qu’aucune météorite n’ait été retrouvée au sol. Les autres possibilités impliquent des objets plus exotiques, donc bien plus hypothétiques, tels un trou noir, une boule de matière noire ou d’antimatière. Étant un adepte du rasoir d’Occam, je penche pour la raison la plus probable et la plus probante, soit un météore.

Aujourd’hui, on doit rajouter une autre possibilité qui n’existait pas en 1908, la chute d’un débris spatial.

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Ce phénomène est bien plus courant qu’il n’y parait et certaines parties de fusées conçues pour être d’une solidité à toute épreuve réussissent à tomber sur terre sans se désagréger. Sachant combien ces débris sont nombreux, attendez-vous à entendre parler régulièrement d’explosions de ce genre.

 

Le choix

« Le choix est une illusion créée par ceux possédant le pouvoir pour ceux qui en sont privés »

Cette réplique (une traduction personnelle) vient du film « La Matrice rechargée ». Le Mérovingien lance cette affirmation à Néo quand ce dernier lui dit qu’il existe toujours un choix.

Nos choix ne sont-ils qu’apparents ? Y aurait-il un Grand Horloger qui voit tout venir et qui déplace les pilules en nous laissant l’impression qu’on a réellement choisi la pilule rouge parmi les autres ? Les autres pilules n’existaient peut-être pas réellement et notre cerveau a choisi la seule vraie parmi la seule possible.

La question du choix engendre des théories scientifiques sérieuses, mais totalement loufoques comme un dédoublement de l’Univers à chaque fois que nous ferions un choix.

Mais d’où provient l’énergie pour engendrer un second Univers semblable au premier à la différence près que l’un est constitué de mon choix A et l’autre de mon choix B ?

Par quel mécanisme ce dédoublement est-il produit ? Quel type de choix est un choix valide ou pas pour générer un nouvel Univers ? Lorsqu’on choisit parmi une liste de 200 possibilités, y a-t-il création de 199 autre Univers ?

Les scientifiques qui croient à ce genre de stupidité cherchent une solution dans des directions qui invalideraient toutes les autres théories physiques, dont celle de la conservation de l’énergie et de l’énergie requise pour structurer un Univers depuis ses débuts isotropes jusqu’à un Univers organisé et structuré comme est le nôtre à l’heure actuelle. C’est ni plus ni moins de faire intervenir un Créateur omnipotent, même s’ils se défendent bien de ça.

C’est vrai que la physique quantique pousse notre raison dans ses derniers retranchements, mais je suis convaincu qu’elle ne viole pas la loi de la conservation d’énergie ni la dépense d’énergie requise (entropie) pour créer des structures inhomogènes de plus en plus complexes.

Niels Bohr, l’un des piliers de la physique quantique, avait laissé entendre que la loi de la conservation d’énergie était violable, mais il fut débouté par la mise en place de la théorie de la chromodynamique quantique qui a fini par expliquer ce qui paraissait être une violation de la conservation d’énergie. Faut croire que certains scientifiques s’amusent à réinventer des théories violant pas juste un peu cette loi, mais la violant à des échelles plus qu’astronomiques.

Une fête païenne re-recyclée

Selon plusieurs études, Jésus ne serait pas né à ce temps-ci de l’année. Si l’on fête sa naissance à ce moment précis, c’est pour retrancher une fête païenne, celle du solstice d’hiver. En empiétant sur cet événement très important chez les peuples de l’époque, petit à petit les gens ont cessé de fêter l’un pour fêter l’autre. La transition a été assurée, car elle s’est produite sans heurts et sans dénigrement.

Et une fois de plus, la société bascule vers une autre célébration, celle de la fin de l’année. Cet événement astronomique qui ramène les saisons constitue en fait un retour aux origines. Bien entendu, on ne doute plus que le Soleil reprendra sa course ascendante dans les cieux, mais dans les faits, c’est bien de cet événement qu’il est question lorsqu’on parle de la fin de l’année. Le retour de l’ascension du Soleil et l’augmentation du temps d’ensoleillement.

Évidemment, cet événement astronomique ne met pas un terme à l’hiver puisque la Terre réagit lentement aux changements. Ça lui prendra bien trois mois avant que ses rayons soient suffisamment puissants pour retrouver les premières fleurs.

Alors, joyeux Solstice à tous les humains de la Terre et aux autres !

Photo : Le Soleil

Deux proverbes chinois sur les doigts

Les proverbes chinois sont nombreux, y compris les faux.

Aujourd’hui, un vrai et un faux portant sur les doigts. Vous n’aurez aucune difficulté à découvrir l’intrus.

À un étranger qui demande pourquoi les tasses chinoises ne sont pas munies d’une anse afin d’éviter de se brûler les doigts, le chinois lui répond :  « Si c’est trop chaud pour vos doigts, c’est trop chaud pour votre bouche ». Logique imparable.

Et le second est une déclinaison sur le thème cause – effet. « En s’endormant avec la raie qui pique, on se lève avec le doigt qui pue ».

Avez-vous découvert le faux proverbe ?

Ce que je pense du dernier Star Wars

La première hier soir s’est déroulée dans une salle passablement bondée et une salve d’applaudissements a accueilli le début de la projection.

Produit par le petit génie J.J. Abrams, je m’attendais à une exécution sans fautes. Mes attentes étaient peut-être trop élevées. Ce film ne m’a pas convaincu que ce huitième épisode valait vraiment la peine d’être porté à l’écran.

C’est vrai, je suis passablement critique en ce qui concerne les scénarios. Déformation professionnelle ? Je dirais plutôt que je n’aime pas me faire charrier.

L’histoire manque sincèrement de nouveautés, mais ma critique ne s’arrête pas là. Voici quelques exemples des stupidités répertoriées.

Une huitaine de bombardiers de la Résistance arrivent face à un cuirassé ennemi. Plutôt que de déclencher leurs bombes, ils attendent patiemment de se faire détruire les uns après les autres. Non, mais, s’ils n’avaient pas l’intention d’attaquer, ils avaient juste à rester à la maison. Et cette scène se passe au tout début du film. Ça commençait plutôt mal.

En fait, tout le long du film, la Résistance se fait canarder souvent bien inutilement. Si j’avais été général de cette armée de corniauds, je me serais suicidé, ce que ne manque pas de faire la générale, mais seulement après avoir regardé, inutile, ses troupes se faire décimer presque jusqu’au dernier. Et soudain, éclair de génie, elle décide de lancer son vaisseau sur le destroyer ennemi. Aucun coup de canon, rien. Et paf, elle se réveille tout d’un coup en se disant qu’elle pourrait peut-être faire quelque chose pour les siens en jouant au kamikaze.

Bon, l’objectif était justement de décimer la Résistance quasiment jusqu’au dernier combattant, mais c’est fait avec tellement d’invraisemblances et de stupidité qu’on ne croit pas un seul instant qu’ils valaient la peine de survivre.

Et la scène finale qui s’annonçait épique avec le duel de Luke et de son neveu Ben s’est plutôt déroulée comme un pétard mouillé. Dix mille canons déversent tout leur contenu sur Luke qui s’en tire sans une égratignure et Ben qui ne comprend pas que ce n’est qu’une projection.

Et que dire des parents de l’héroïne Rey qui, après tant de secrets les entourant, finissent par lui être révélés. Des ferrailleurs qui l’ont vendue pour boire. Mais pourquoi Rey est en possession des pouvoirs de la Force ? Rien de rien. Niet. On ne le saura pas.

Les trois trilogies ne sont finalement que trois répétitions d’une même série dont les deux dernières trilogies auraient dû rester dans les cartons.

Et je révise mon appréciation de J.J. Abrams à la baisse. Très à la baisse.

Dérèglement climatique – vers le pire

Des chercheurs de l’université Stanford prévoient que les scénarios les plus pessimistes du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, prévaudront sur les autres prévisions moins alarmistes.

Rappelons que le GIEC ne fait aucune recherche scientifique, par contre il collige toutes les études publiées sur l’évolution du climat. Il tente ensuite d’en tirer plusieurs tendances suivant divers scénarios allant du plus optimiste au plus pessimiste.

Le GIEC est important puisque personne n’a le goût ni le temps de lire ces études une à une et de faire le travail de synthèse qui s’impose pour comprendre où va la planète.

Ce que les chercheurs de Stanford ont publié tend à se rapprocher des conclusions les moins favorables du GIEC, mais je ne suis pas surpris et voilà pourquoi.

Au début de son mandat, Le GIEC a été fustigé et insulté d’être alarmiste et irréaliste. Il a ensuite été soumis à d’intenses pressions qui l’ont fait reculer. Ils ont alors ajusté leurs courbes d’évolution du climat en avalant des antidépresseurs et en enfilant des lunettes roses. Ils ont ainsi obtenu des courbes prédictives entièrement décalées vers le côté joyeux des axes. Il est donc normal de retrouver in fine des courbes de mesures réelles parfaitement alignées avec celles du GIEC qui prévoient le pire. Ces scénarios aujourd’hui anticipés par Stanford auraient dû se situer en plein cœur des courbes du GIEC.

Le GIEC s’est-il comporté comme un bon scientifique? nous a-t-il menti? Quelle est sa position aujourd’hui? Ces trois questions sont parfaitement légitimes. À l’évidence, il ne s’est pas comporté en bon scientifique puisqu’il a éliminé de son bilan les études les moins favorables, mais a conservé la plupart de celles prévoyant des changements moins importants et moins alarmistes. Dans le contexte où l’on collige une grande quantité d’études scientifiques, il est normal et même nécessaire d’en écarter une certaine quantité, car les études situées aux deux extrémités du spectre sont souvent biaisées par un protocole de recherche inadéquat, des données insuffisantes ou préalablement filtrées, ainsi que de la triche. En éliminant les extrêmes des deux côtés, le cumul des études restantes et la réalité devraient mieux concorder.

Toutefois, les études aux deux extrêmes n’ont pas reçu le même traitement. Au bout du compte, il est resté beaucoup plus d’études optimistes que pessimistes, ce qui engendre un important biais dans les conclusions tirées de toute cette manip antiscientifique.

Ce filtrage asymétrique a engendré des conclusions mitigées préjudiciables. De fait, les gens au pouvoir se fient généralement aux conclusions les moins contraignantes. En déplaçant artificiellement la moyenne dans cette direction, l’inaction devient presque acceptable alors qu’avec des résultats non biaisés, l’inaction aurait été critiquable. Les lobbyistes favorisant le statu quo ont donc obtenu une victoire éclatante sur la vérité.

Alors pourquoi ce groupe de travail, le GIEC, a-t-il agi ainsi, lui qui est composé de scientifiques aguerris? Les conséquences d’être resté neutre et franc l’auraient menacé d’extinction ou de remplacement de leurs membres clés, occasionnant un déplacement des prévisions encore plus important vers l’allégresse et un retard significatif dans l’émission des rapports. Mentir et tricher jusqu’à une limite «tolérable» nuisait moins à la cause du climat que d’être resté honnête et réaliste. Ce fut un geste de désespoir qui sera un jour décrié pour n’avoir pu tirer l’alarme à temps. Je suis certain que les auteurs du GIEC en sont pleinement conscients. Ils doivent être déchirés puisqu’ils ont sciemment enfreint leur code d’honneur en retranchant des poids de l’un des plateaux de la balance tout en laissant intact le second.

Les résultats de l’étude de Stanford apportent d’une certaine façon la preuve que le GIEC a été manipulé. D’autre part, on observe que ce dernier n’a pas outrepassé une certaine limite en pliant aux pressions et aux jeux de coulisses puisque les données de l’étude de Stanford concordent tout de même avec l’un des scénarios prévus par le GIEC, le pire. L’étude de Stanford n’est pas un cas isolé. D’autres études confirment la tendance réelle des changements climatiques à frôler et même à dépasser les scénarios les plus pessimistes du GIEC.

Sachant cet état de fait, il est important d’interpréter les rapports du GIEC en se focalisant sur les courbes les moins optimistes en imaginant que l’avenir leur ressemblera.

Photo : davidsuzuki.org