Prendre le temps de comprendre le temps

Un débat séculaire n’ayant couronné aucun gagnant jusqu’à présent oppose une vision linéaire du temps à celle qui le considère plutôt comme étant cyclique. On peut se crêper le chignon sur le sujet pendant des siècles, la définition préalable du temps est essentielle. Et c’est précisément cette absence de définition claire, partagée et surtout unique sur la nature du temps qui stérilise les discussions. Nous comprenons le temps de façon tellement intuitive, aujourd’hui, hier, demain, plus tôt, plus tard, que nous croyons le connaitre et le comprendre. Pourtant, c’est faux. Rien n’est plus difficile à définir scientifiquement que le temps. Qui plus est, les deux grandes théories de la physique moderne, la physique relativiste et quantique, voient le temps de façons diamétralement différentes et incompatibles l’une avec l’autre. Alors, non, le temps ne se laisse pas si facilement capturer. Le schisme est tellement important que nous sommes même en droit de penser qu’il n’existe tout simplement pas, s’il n’est pas qu’illusion ! Dans SFM-1, je parle du temps à quelques occasions, mais je ne prétends pas le connaitre pour autant, et pour cause.

Prenons simplement le mot « maintenant ». Il n’a aucune réalité. Si le temps existe tel que nous le pensons ordinairement, alors le mot « maintenant » est une illusion puisque le temps ne fait que fuir depuis toujours et pour toujours. « Maintenant » n’existe pas plus que le néant.

Malgré tout, il se pourrait que « maintenant » ait une certaine réalité si le temps n’est pas continu, comme le flux d’une rivière, mais plutôt discret, comme au jeu de la roulette où la boule d’ivoire ne peut s’arrêter que sur une case numérotée, jamais entre deux cases. Un peu comme la matière, le temps serait indivisible au-delà d’un certain atome temporel. Ainsi, il sauterait d’une maille à l’autre sans couler continument. Ce temps minimal serait ce qu’on appelle le temps de Planck et mesurerait environ 10^-43 seconde (une décimale de 42 zéros avant le 1), limite absolue de la mesure qu’on puisse effectuer sur le temps. Cette mesure est-elle équivalente à un atome de temps ? Fort possible, disent les défenseurs du temps haché en petites parties. Quoi qu’il en soit, ça ne fait pas un bien long « maintenant ».

Dans le langage usuel, les expressions utilisant le mot « temps » sont légion. Je n’ai pas pris le temps de les compter tellement j’aurais dû y passer du temps ! Puisque nous avons inventé tant d’expressions utilisant ce simple mot, nous  avons l’impression de le connaitre à fond et pourtant rien n’est plus faux. Le temps ne se laisse pas facilement circonscrire, ni dans notre langage courant, ni dans le langage mathématique de la physique où cette notion est incompatible avec elle-même lorsqu’on la regarde simultanément des points de vue quantique et relativiste. Pourtant, toutes les théories majeures ne font état que d’une seule dimension de temps. C’est donc qu’il doit se décliner en une seule saveur, mais pas nécessairement l’une des deux saveurs précédemment citées.

Le temps joue au trouble-fête et c’est souvent à cette occasion qu’on parvient à faire exploser les anciennes théories en les améliorant et surtout en découvrant de nouvelles propriétés qui nous étaient autrefois cachées. En 1905, le temps nous a montré son côté relatif. On a alors su qu’il variait selon la vitesse relative entre deux points de référence. En 1915, il s’est de nouveau distingué en variant cette fois selon le champ de gravitation. Le temps n’est pas identique pour une horloge trônant en haut d’une tour et pour celle restée à ses pieds même si leur vitesse relative est nulle. Oui, ça semble un peu ridicule, mais vos locataires du second vieillissent moins vite que vous. Bah, n’ayez crainte, pas suffisamment pour qu’ils vous envoient leur chèque de loyer en retard.

Que nous réserve encore ce satané temps ? Certains disent qu’il sera à l’origine de la preuve que nous vivrions dans une simulation informatique et que toute matière n’est qu’illusion. Si vous pensez reconnaitre des ressemblances avec les films The Matrix, vous ne vous trompez pas totalement. J’en ferai cependant le sujet d’un autre article.

Ah, j’allais oublier. Le temps passe et nous abordons le Nouvel An. Je vous souhaite sincèrement une année remplie de belles surprises pour vous et vos proches.

Bonne année 2017.

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L’OSM OSE

Vous reconnaissez ce sigle ? Non, ce n’est pas l’Organisation mondiale de la Santé. L’ordre des lettres diffère. Pas l’osmose, mais l’OSM ose. On touche maintenant au but. Oui, car l’OSM (l’Orchestre Symphonique de Montréal) ose nous présenter des concerts absolument divins. Et surtout, dans une salle exceptionnelle, extraordinaire, la Maison Symphonique de Montréal à la Place-des-Arts.

La musique classique a ses adeptes et ses détracteurs, je n’en ferai pas le sujet de cet article. Mais sachez qu’on retrouve régulièrement des artistes populaires de chez nous venus s’exercer à jouer avec l’Orchestre ou présenter des textes accompagnés de musique de circonstance. Que vous préfériez le rock, le métal, le hip-hop, le country ou… le classique, vous devez vivre au moins une fois l’expérience d’une matinée ou d’une soirée à la Maison Symphonique. Vous verrez, elle sera non seulement étonnante, mais absolument délirante.

Imaginez n’avoir mangé que des patates depuis toujours et soudainement, on vous convie à un festin gastronomique. La comparaison n’est pas si éloignée de la vérité. Vous n’aurez jamais entendu la musique être restituée de façon aussi divine et poignante. Sans aucun artifice technologique autre que celui des instruments, de la salle et de la virtuosité des musiciens, peu importe l’endroit où l’on se situe, les harmonies nous enveloppent, nous transportent et nous émeuvent au plus profond de notre âme.

Choisissez un concert, n’importe lequel, mais de grâce ne boudez surtout pas votre plaisir de ressentir la musique comme vous ne l’avez jamais vécue. Et si, par-dessus le marché, vous choisissez une œuvre mettant en scène l’incroyable orgue Casavant comprenant 6489 tuyaux, un tout petit peu plus qu’une flûte de Pan, alors là, vous vivrez la totale.

Si je vous ai convaincu d’aller y faire un tour, arrivez tôt et attardez-vous à admirer la beauté de la salle, la sobre douceur de son bois, ses proportions parfaites, ses formes invitant à l’épouser le temps de laisser les notes, même les plus délicates, vous envahir totalement. Elles persisteront longtemps après la fin du concert et certaines ne vous quitteront plus jamais. Le seul aspect moins plaisant, je l’avoue, c’est l’irrépressible sentiment d’avoir beaucoup trop attendu avant d’y avoir mis les pieds. Je prends donc maintenant les bouchées doubles. De fabuleuses soirées m’attendent et vous attendent tout autant. Allez-y hardiment et vous vous découvrirez un tout nouveau sens, celui de l’écoute, celui qui n’a jamais vraiment bien écouté, celui qui saura maintenant apprécier l’art musical dans ses formes les plus symphoniques.

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C’est la guigne… olé !

On établit le degré d’avancement d’une société aux moyens mis en oeuvre pour soutenir ses personnes les plus démunies. Je ne parle pas seulement des programmes de l’État, j’inclus également les gestes posés par ses citoyens. Mis à part l’argent de nos impôts dont une partie sert à combler le strict minimum des plus nécessiteux, nous posons parfois des gestes de bonté, de charité ou de soutien auprès de personnes totalement anonymes, comme lors de la guignolée annuelle. Dans ce genre d’activité, l’anonymat est bilatéral. Je doute de l’interprétation voulant que, dans l’ensemble, les gens se fichent éperdument de connaitre ceux à qui profite leur générosité passagère. Ce faisant, ils ne font que s’acheter une bonne conscience au rabais grâce à un don de quelques pièces déposées à des intersections prises d’assaut par une brigade de bénévoles sollicitant leurs offrandes. Il existe une autre interprétation possible au désir d’anonymat. Ce pourrait être parce que les gens veulent éviter de commettre des indiscrétions qui risqueraient d’entacher la dignité de ceux dont la guigne s’acharne à leur ravir le peu qu’il leur reste. Le donateur moyen se fait discret en laissant le soin à quelques individus d’intervenir auprès des familles éprouvées sans éventer ni partager leur secret. Mais voilà, il y a un tribut à payer pour toute chose et l’adage « loin des yeux, loin du coeur » s’applique bien dans ce contexte. L’anonymat des uns pour les autres élimine le lien de proximité devant exister entre les individus d’une même communauté. Ainsi, le sentiment de compassion reste dans la marge. Seules la charité ainsi qu’un peu de culpabilité semblent les éléments requis en de telles circonstances alors qu’il devrait surtout être question de partage et de chaleur humaine. Ainsi, une fois l’an, nous glissons quelques boites métalliques ou cartonnées remplies de victuailles non périssables sous un faux sapin afin qu’elles soient distribuées à des familles inconnues, mais bien réelles. Nous lançons prestement quelques piécettes au fond d’une boite de conserve tapageuse avec l’étrange impression d’en donner trop et trop peu, tout à la fois. Notez, je ne cherche d’aucune façon à diminuer, à mitiger ou à dénigrer le rôle important joué par des activités comme la guignolée, bien au contraire. Par contre, nos efforts resteront toujours circonstanciels tant que nous n’adopterons pas également d’autres modes opératoires. Oui, la guignolée annuelle est là pour nous rappeler que nous avons tous droit à un bonheur minimum, surtout durant le temps des Fêtes, mais la guignolée à elle seule ne fera pas disparaitre la misère. Il existera toujours des gens qui resteront aux prises avec de furieux taureaux montés d’une part par la pauvreté et de l’autre par la guigne. Alors, au lieu de simplement les encourager de nos olé une fois l’an, oserons-nous un jour descendre avec eux dans l’arène pour porter un coup fatal à la déshumanisante pauvreté ?

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