Première mondiale : Le fantôme de l’opéra en français !

Une première mondiale à Montréal hier soir, l’œuvre censée être présentée en primeur l’an passé à Paris et reportée pour cause d’incendie a finalement connu son dénouement francophone à la salle du Monument National au cœur du centre-ville de Montréal.

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En version concert, mais bénéficiant quand même d’une mise en scène présentant 19 chanteurs et chanteuses, le «Fantôme de l’opéra» fut émouvant de la première jusqu’à la dernière mesure et a ravi l’ensemble de la salle archibondée pour l’événement.

L’orchestre de la francophonie, une institution dédiée à préparer les jeunes diplômés de musique, brillamment dirigé par Jean Philippe Tremblay, a soutenu chaque phrase musicale de l’opéra avec brio. Je dois noter au passage un manque occasionnel de clarté, mais à d’autres moments les auditeurs ont eu droit à de très poignantes performances individuelles et collectives. Pas d’hésitations, enchainements bien contrôlés, l’arrimage avec tous les chanteurs s’est toujours opéré malgré les jours réduits de pratique.

La qualité de la traduction de Nicolas Engel, présent pour l’occasion, ne doit souffrir d’aucun complexe par rapport à la version anglaise de Charles Hart, elle s’avère magistrale.

Évidemment, le génie du compositeur Andrew Lloyd Webber rend unique cette œuvre moderne et l’émotion nous a tous transportés grâce aux 68 musiciens et 19 chanteurs entassés sur la scène. La petite-fille de Gaston Leroux, auteur français du roman, était également présente lors de l’événement. Elle a plaidé pour faire maintenant connaitre cette version de l’œuvre de son aïeul dans le monde entier.

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Natalie Choquette nous a bien fait rire dans son rôle de Carlotta, la précieuse ridicule adversaire de Christine interprétée par Anne-Marine Suire dont la puissance dans le bas du registre faisait malheureusement défaut. Mais que dire de la prestation du baryton Hugo Laporte dans le rôle du fantôme! Tous simplement qu’il s’est révélé parfaitement à la hauteur de l’immense défi qu’exige cette partition au registre très étendu.

Je ne palabrerai pas sur les 16 autres rôles, sauf spécifier que la distribution a offert une excellente performance.

Une soirée exceptionnelle dont je remercie grandement mon amie Isabelle pour la délicieuse invitation.

Les tam-tams du désir

Avez-vous déjà ressenti la transe en entendant des tam-tams ? Une première expérience en ce sens est particulièrement troublante. Cet état différent, modifié de la conscience, ne s’obtient pas seulement avec des substances psychotropes. Elle peut survenir à l’improviste lors de danses en groupe sur de la musique tribale.

Avec le son des tambours, le corps s’anime, danse, cherche l’accompagnement rythmé. Les corps se frottent à l’unisson, faisant involontairement croitre des pulsions sexuelles sous-jacentes particulièrement irrésistibles.

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Les sons frappés, martelés devinrent nos premières musiques. Les sons soufflés s’y sont rajoutés plus tard et plus tard encore, on inventa les sons pincés ou grattés sur des cordes. Le premier volet de la musique humaine, la percussion, reste le plus ancré et personne n’est à l’abri de ses pouvoirs ancestraux.

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À Montréal, des mois d’avril à octobre, les gens se rassemblent les dimanches en matinée pour jouer bongos, congas, djembés et autres drums au pied du Mont-Royal. Cet événement culturel spontané remonte à l’année 1978 et se perpétue depuis sans qu’aucun organisateur ait besoin d’officialiser ces rendez-vous tenus sous le signe du plaisir, de la diversité culturelle et de la musique.

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Ces rassemblements impromptus mais prévisibles, officieux mais permanents, montrent un beau côté des Montréalais et de son caractère cosmopolite pacifiste vibrant à l’unisson. Bien sûr, les effluves denses de rembourrure de sofa abondent, mais sa légalisation atténuera certainement le zèle de certains policiers qui cherchaient parfois à créer des troubles inutiles autour d’un petit commerce de circonstance.

Si vous passez par Montréal en été, ne ratez pas de participer à une jam-session au pied du Mont-Royal. Vous pourrez même fumer votre marie-jeanne en toute quiétude. Une petite sieste et ensuite la vie nocturne trépidante de Montréal vous attendra pour continuer la fête.

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Hep ! Bixi !

Le Bixi, c’est le vélo en libre-service de Montréal et de ses environs. Son concept est également exporté dans plusieurs grandes villes comme New York, Londres, Chicago, Boston, Toronto, Melbourne, etc. Son nom est un mot-valise composé de BI-cyclette et de ta-XI.

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Le Bixi est né à Montréal en 2009, il entame donc sa dixième saison. Au début, ses bornes restaient confinées au centre-ville et à ses aires environnantes. Maintenant, on les retrouve un peu partout sur l’ile de Montréal et même au-delà. Avec plus de 5000 bicyclettes en service dans la ville, ce système de transport saisonnier permet d’éliminer un grand nombre de véhicules automobiles.

Plusieurs brevets ont été déposés pour différentes parties du système, mais ce qui attire surtout l’attention c’est son cadre unique fait d’aluminium moulé en forme de boomerang. Le designer industriel montréalais Michel Dallaire s’est occupé de la conception du vélo et sa fabrication a été confiée au fabricant de bicyclettes saguenéen Devinci.

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On peut maintenant dire que les vélos, les bornes de paiement et les stations d’ancrage et de verrouillage sont solidement éprouvés. Toutes les villes qui ont adopté ce système ont économisé énormément de temps et d’argent en profitant des améliorations cumulatives.

Reconnu pour sa robustesse, le Bixi n’a pourtant pas cédé son élégance à cette cause. On a tout sauf l’impression d’enfourcher une bécane déglinguée.

Alors, bon anniversaire, Bixi et longue vie!

Dégustation de scotches

Hier, j’ai été invité à une dégustation de scotches au restaurant Les Cavistes dans le quartier Ahuntsic à Montréal. Nous avons eu droit à sept scotches différents, la plupart agrémentés de bouchées d’accompagnement s’accordant avec les flaveurs du scotch. Fumé, iodé, fruité, floral, terreux, boisé ou goudronné, la sélection de scotches était variée ainsi que les bouchées d’accompagnement. Chaque scotch était servi pur comme il se doit dans un glencairn et les portions étaient plutôt généreuses pour une dégustation. On peut rajouter une larme d’eau (2 à 3 gouttes) à certains scotches afin de faire éclater les odeurs et les saveurs lorsqu’elles refusent de se livrer à l’état pur. Cependant, je déconseille ce procédé pour les scotches plus éthérés, car l’eau les tuera.

Nous étions environ une trentaine et l’atmosphère était agréable, conviviale, sans guindage. Pourtant, tout au long de la dégustation, notre hôte nous a abreuvés d’informations pertinentes sur l’histoire des scotches, des régions, des procédés de fabrication et des particularités de chacun des alcools en vedette.

Ayant un assez long historique avec le scotch, je me suis pourtant fait surprendre à cinq reprises par des bouteilles qui m’étaient inconnues. Je recommande cette dégustation pour ceux et celles qui aiment déjà cette boisson, pas nécessairement aux néophytes en la matière qui chercheraient à savoir s’ils peuvent aimer le scotch. Mais ce qui compte réellement, c’est votre degré d’ouverture et votre plaisir gustatif face aux alcools forts.

Merci à ma partenaire de scotch pour cette très belle expérience.

Deux Congolais à Montréal

Par un temps semblable à aujourd’hui, voilà bien des années, je recevais deux étudiants provenant du Congo pour un stage de perfectionnement. Ils devaient apprendre à réparer et entretenir des équipements radio qui servaient dans les différents services à travers le pays. J’avais été embauché par Canadian Marconi Company pour leur dispenser la formation appropriée. La compagnie leur avait loué un logement pas très loin d’où ils suivaient leurs cours.

Le premier matin de formation, ils n’arrivaient pas et je me demandais bien où ils étaient passés. J’appelle à leur appartement, l’un d’eux me répond. Je m’enquiers de la raison pour laquelle ils sèchent leur cours. Durant la nuit, il avait neigé moins d’un centimètre de neige, une trace tout au plus. Lorsqu’ils ont mis le nez dehors, ils sont tombés sur le derrière en mettant le pied sur le balcon. Convaincus que la météo était trop dangereuse pour sortir, ils ont cru que les cours n’auraient pas lieu. J’ai été les chercher en auto en leur donnant quelques trucs pour marcher sur la neige sans tomber.

La deuxième semaine, le mercure est fortement tombé et ce fut le froid qui les a retenus à l’intérieur. C’était la première fois de leur vie qu’ils ressentaient des températures sous le zéro et là ils devaient se taper du -25 °C. L’horreur se lisait sur leur visage.

Durant les deux week-ends où ils étaient à Montréal, je les ai amenés à différents endroits. Nous étions dans les Laurentides après une semaine où il avait passablement neigé. Les bancs de neige faisaient bien trois mètres de haut, nous marchions dans le chemin. Ils étaient ébahis par la quantité de neige, eux qui n’en avaient jamais vu avant d’arriver au Québec.

Les souffleuses à neige la rendent compacte et il est normalement possible de ne pas trop enfoncer lorsqu’on marche sur un banc de neige fait de neige soufflée. Il me prend donc l’idée de monter sur l’un d’eux et de marcher en suivant un chemin parallèle. Pour les deux Congolais, je n’étais pas moins qu’un magicien de pouvoir marcher ainsi grimpé sur une montagne de neige. Soudain, j’arrive à un endroit où la neige est molle et je renfonce jusqu’à la taille. Mes deux étudiants, épouvantés, se sauvent en courant, certains que je mourrai dans les prochaines secondes et ils ne voulaient pas être témoins de ma disparition. Ou ils voulaient éviter de répondre aux policiers qui les auraient certainement accusés de mon meurtre. Lorsqu’ils se sont retournés vers moi, question de jeter un dernier regard à leur professeur disparu corps et biens sous la neige, je n’ai pas pu résister encore quelques secondes à l’idée de les laisser à leur frousse. Finalement, je les ai rassurés et lorsqu’ils ont été totalement convaincus que j’étais sain et sauf, ils sont revenus sur leurs pas.

On ne sait jamais comment les étrangers vont réagir à un événement anodin pour nous. Jouer dans la neige est tellement ancré dans nos habitudes qu’on ne peut pas concevoir une réaction de panique au simple fait de voir quelqu’un renfoncer jusqu’à la taille. Voilà la beauté des échanges interculturels. De leur côté, ils ont probablement gardé un souvenir inoubliable de leur voyage à Montréal au mois de février. Le froid, la neige, le verglas, les bancs de neige plus hauts que les hommes et le professeur qui savait marcher sur le grand péril blanc sans périr.

Photo : quebecurbain.qc.ca

Un Noël blanc

Oui, en cette nuit de Noël, Montréal est tout de blanc vêtue et on annonce un autre quinze centimètres de neige pour ce 25. Même ceux qui détestent la neige espèrent du blanc partout pour cette journée particulière. Étant jeune, on ne connaissait aucun Noël sans neige. Puis plus tard sont apparues des années moches où la pluie et la pluie verglaçante ont remplacé la neige. Les changements climatiques s’étaient mis à nous tomber dessus.

Depuis quelques années, les beaux hivers blancs sont revenus, mais on n’ignore pas qu’ils seront bientôt chose du passé. Il faut en profiter, évidemment, car d’ici peu les rues et les parterres gris remplaceront pour longtemps et peut-être pour toujours ces lieux aujourd’hui immaculés de blanc.

Les Noëls du futur seront différents, car tout change et surtout le temps. On ignore ce qu’on a engendré, mais on en aura une bonne idée bien assez tôt, car les années d’insouciance se terminent. La meilleure solution ne sera pas de sombrer dans la tristesse ou la nostalgie et encore moins dans la colère. Il suffira d’accueillir au mieux ce que le monde nous aura réservé.

Joyeux Noël.

Salon du livre de Montréal

Je rentre tout juste du Salon du livre de Montréal dont c’était la dernière journée. Les gens aux différents kiosques étaient encore tout sourire malgré leur évidente fatigue. Je m’étonne encore de voir la multitude d’éditeurs qui consacrent une ou plusieurs collections à la jeunesse. C’est avec un plaisir non dissimulé et entremêlé de beaucoup d’excitation que les jeunes parcourent le salon en gambadant comme des antilopes, en sautillant comme des sauterelles ou en bondissant comme des guépards à travers les rangées bondées. Mais le plus fantastique est de voir ces jeunes qui s’isolent dans un coin dès qu’un livre leur tombe entre les mains et qui le lisent, entièrement coupés du brouhaha environnant, comme si la recette de la survie de l’humanité venait de leur être transmise.

Le livre recèle encore tellement de magie et toute l’électronique moderne ne l’a pas encore tuée et ne la tuera peut-être jamais. Je l’espère sincèrement, car ce média entre l’auteur et le lecteur possède une matérialité que nous semblons encore avoir besoin, même à l’ère du tout numérique.

Ayant travaillé de multiples années dans le domaine de l’imprimerie, j’ai une profonde affection pour tout ce qui s’y rapporte. Durant une certaine période, j’ai aussi produit des livres scolaires. Je suis également l’auteur de trois livres dont deux recueils de nouvelles et un roman.

L’an passé, j’ai testé avec succès le marché de l’édition avec l’un de mes recueils. Malheureusement, mon éditrice a dû par la suite abandonner les affaires pour cause de maladie et c’était avec des yeux d’un écrivain veuf que je me rendais cette année à cette foire annuelle. J’ai rencontré des gens intéressants, mais le vrai travail commence maintenant.

Pour ma part, je réfléchis à la façon de bâtir des produits de lecture plus actuels en utilisant mes textes disponibles, mais aussi en leur adjoignant de nouveaux textes afin de proposer un concept modernisé.

Dans le prochain article, je partagerai avec vous mon opinion sur une certaine désinvolture relevée chez beaucoup d’éditeurs. C’est donc à suivre.

Valérie Plante à la mairie de Montréal

Dans le monde municipal, élire une femme maire n’a rien de bien surprenant. Pourtant, à Montréal, ce poste n’avait jamais encore été accordé à une une personne de sexe féminin et plutôt jeune de surcroit. À quarante-trois ans, Valérie Plante devient ainsi la quarante-cinquième personne à détenir le titre de maire de Montréal. Peut-être un concours de circonstances a retardé cette arrivée. Peut-être que les autres candidates avant madame Plante n’avaient pas l’étoffe nécessaire. Ou peut-être que les Montréalais affichaient jusqu’à présent une préférence pour des maires aux anciennes méthodes politiques. C’est probablement un mélange bien dosé de toutes ces possibilités qui a retardé la venue d’une maire à l’Hôtel de ville de Montréal.

J’ai eu terriblement honte de certains maires précédents, même si le maire sortant, monsieur Denis Coderre, a partiellement réussi à renverser la vapeur par rapport à ses prédécesseurs en ce qui concerne la corruption systémique. Mais ce dernier était encore de l’ancienne école des politiciens, une bête très bien entrainée à gagner et qui pouvait compter sur une machine très bien organisée pour le faire gagner. Les Montréalais aiment les gagnants par dessus tout, malheureusement au-delà de leurs talents et de leurs compétences à construire une ville qui saura affronter les défis de demain plutôt que de bien adresser ceux antérieurs.

Bien entendu, madame Plante devra se retrousser les manches afin de réaliser son programme politique. Il est à la fois réaliste et utopique. Faire construire une nouvelle ligne de métro dans le nord de Montréal ne pourrait se réaliser que dans le contexte où les autres administrateurs de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) ainsi que les autres élus des paliers supérieurs le veulent eux aussi. Mais avant tout, il faudra terminer la ligne bleue dans l’est de la ville. Construire une ou plusieurs pistes cyclables express, par contre, voilà une idée que je partage depuis fort longtemps et qui demande beaucoup moins d’investissements et d’alliés provinciaux et fédéraux.

Évidemment, madame Plante devra tout apprendre et cela exigera du temps. En un seul mandat, elle n’aura pas la chance de réaliser beaucoup de ses promesses électorales. Les Montréalais auront-ils la patience nécessaire ? Pour cela, elle devra choisir des priorités réalistes et réalisables en un temps relativement court. Tous les projets requérant des subsides hors de son contrôle sont aussi très importants, mais les électeurs ne voient pratiquement jamais l’évolution de ces dossiers. Ils voient seulement l’annonce du début des travaux lorsque le financement est enfin bouclé.

Un des points les plus graves consiste à savoir ce que fera son équipe face à la corruption systémique et la collusion des fonctionnaires avec certains entrepreneurs qui risquent, dans le premier cas, de voir s’envoler les juteux cadeaux, et dans le second, de perdre leurs alléchants contrats.

Quoi qu’il en soit, ce vent de fraicheur et de jeunesse aura tôt fait de déstabiliser et, espérons, de désencroûter les BVH. Oui, les bonnes vieilles habitudes surannées qui font passer les intérêts des citoyens montréalais au dernier rang des priorités.

Je souhaite sincèrement que madame Valérie Plante insuffle une énergie nouvelle à l’Hôtel de ville de Montréal. Et dans la même foulée, j’espère surtout que tous les autres acteurs de l’arène municipale rament dans la même direction que notre nouvelle maire.

Photo: Radio-Canada.ca

Ange gardien

Il y a quelques années, je prenais le métro pour aller travailler. Je devais me rendre jusqu’au terminus pour ensuite marcher une dizaine de minutes. À l’inverse, le soir, je me rendais au terminus et j’attendais là patiemment dans un wagon que le train parte enfin entreprendre la tournée des stations. Un certain soir, en regardant à travers les vitres séparant l’autre wagon du mien, j’aperçois un portefeuille de femme gisant sur un banc. Je me précipite hors de mon wagon pour rentrer dans l’autre afin de me saisir de l’objet orphelin avant que la convoitise ne mette la main dessus et avant que la rame n’entame sa course dans le tunnel. Heureusement, je réussis tout juste à m’extirper du wagon avant que les portes se referment et que le métro disparaisse.

Une guérite avec une guichetière se trouve presque sur le quai. J’en profite pour lui remettre le portefeuille obèse qui doit contenir au moins une vie de ramassage de papiers et de cartes de toutes sortes. Une fois ma BA effectuée, j’entre dans la nouvelle rame venue remplacer celle que j’avais ratée. J’attends ensuite patiemment la fermeture des portes lorsque j’aperçois un contrôleur déchainé sauter d’un wagon à l’autre avec l’allure et l’air de chercher un trésor. Je comprends immédiatement qu’il recherche le fameux portefeuille oublié et qui serait maintenant en route pour la prochaine station si je ne l’avais pas récupéré à temps. Je me lève pour le héler en le questionnant à savoir s’il n’est pas à la recherche d’un portefeuille. Il acquiesce, l’air mi-inquiet, mi-surpris. Je l’aiguille rapidement vers le guichet, juste à temps pour ne pas rater mon second départ.

Le train se met alors lentement en branle et là, je vois la propriétaire du portefeuille récupérer son bien des mains du contrôleur. Ce dernier me pointe du doigt et j’aperçois la dame regarder en ma direction avec un air totalement ébahi de récupérer intact l’objet de sa distraction.

Mon sentiment à cet instant a été de ressentir une grande fierté d’avoir rendu un bien inestimable de manière incognito. Cette personne prendra au moins une heure à faire l’inventaire de son portefeuille et elle réalisera alors qu’il contient l’intégralité de son contenu d’origine. Elle remerciera son ange gardien ou son dieu ou les deux. Pour moi, je me suis justement senti comme son ange gardien pendant quelques secondes lorsque la rame nous éloignait l’un de l’autre et que son regard cherchait anxieusement le mien. Je suis certain qu’elle aurait voulu me remercier et probablement me récompenser, mais je doute que j’aie pu me sentir aussi fier si je m’étais retrouvé en sa compagnie en train de repousser une offrande.

Elle pensera qu’il existe encore des gens honnêtes en ce bas monde. Elle pensera qu’elle est bénie des dieux. Elle pensera qu’elle l’a échappé belle. Durant les moments séparant sa prise de conscience de sa distraction jusqu’à la récupération de son portefeuille, elle aura subi un incroyable stress en imaginant le pire et tout ce qu’elle aurait dû entreprendre pour annuler ses cartes, en récupérer des nouvelles, sans compter l’argent perdu, les photos souvenirs envolées, les reçus disparus et tout le reste.

C’est durant ces moments pénibles qu’on se rend compte de l’importance que revêt ce petit objet dans notre vie. Il nous rend donc vulnérables et c’est justement cette vulnérabilité qui est la plus émouvante. Une personne qui aurait décidé de dépecer le portefeuille ne ressentira aucune fierté, car elle profite d’une femme vulnérable. Elle se débarrassera de l’objet dans une poubelle ou dans un conteneur après l’avoir soulagé de l’argent et des cartes utiles. Elle aura peut-être gagné malhonnêtement quelques centaines de dollars en faisant subir des jours de tourments à la distraite qui s’inquiétera également d’un vol d’identité potentiel et de se retrouver nue devant un inconnu fouillant sans vergogne dans sa vie.

On n’a pas tous les jours l’occasion de jouer au bon samaritain. Il ne faut donc jamais rater sa chance de sauter sur l’occasion, car au lieu de chercher à oublier un vol qu’on aurait commis, on cherchera à se rappeler longtemps cet événement qui nous aura transformés, pour quelques instants, en ange gardien et ça aussi, ça vaut tout son pesant d’or.

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Distinguées

C’est une vérité de La Palice, je le sais, mais je dois ici l’affirmer une fois de plus, la vie est injuste. Que ce soit à cause de notre patrie, de notre famille, de notre état de santé ou de notre apparence physique, on nait avec nos gènes et on vit dans un milieu qui ne nous apporte pas les mêmes chances de succès ou les mêmes années d’existence.

Cependant, de toutes ces injustices, l’une d’elles se démarque des autres et c’est l’apparence physique. Déjà, le mot le proclame, c’est une apparence. Cela ne signifie rien, sauf si on compare les personnes à un modèle bien défini. Si on peut compter l’argent pour connaitre quelle famille est la plus riche. Si on peut dresser un bilan de santé pour découvrir les maladies des gens. Si on peut comparer les régimes politiques et même si on ne peut pas définir précisément les meilleurs, on peut certainement définir les pires en dressant des bilans sur l’âge moyen des décès, le niveau de scolarité moyen, le PIB et autres statistiques plus ou moins révélatrices.

Mais l’apparence physique, la beauté, que du vent ! Nos canons féminins actuels auraient autrefois été relégués au rang de rachitiques souffreteuses juste bonnes à garder le lit. Et ce n’est que l’affaire d’un petit siècle si on pense autrement. Plus loin dans le passé, les vénus étaient replètes, bedonnantes et portaient fièrement le double menton. Et encore plus loin, on les aimait non seulement grasses, mais grosses, car elles avaient plus de chance de terminer leur grossesse et de bien allaiter le dernier et aussi les autres mioches précédents. La beauté est totalement subjective et c’est ce hqui en fait un critère de comparaison déloyal, injuste et sournois.

Petite anecdote. Plus jeune, j’étais en voyage dans une ville européenne réputée pour ses jolies filles et de fait, au bistro-bar de mon hôtel, je regardais les beautés débarquer chaque soir pour l’apéro ou pour la danse. Après seulement le deuxième soir, j’ai commencé à constater un phénomène pour le moins étrange. Toutes les jolies demoiselles que je croisais se résumaient en fait à seulement trois styles, tous plus ou moins semblables. Cheveux longs, lisses, blonds avec ou sans queue de cheval. Jeans et cuissardes, jupe en cuir et talons aiguille ou pantalons beiges et escarpins. Blouse blanche avec plus ou moins de dentelles, petite veste en jeans, ou veste en suède. Bref, il n’y avait que trois modèles pour trois-cents filles. Oui, le premier soir, j’en étais étourdi à force de faire pivoter mon cou, mais ensuite, elles se ressemblaient tellement toutes qu’elles n’avaient plus beaucoup d’attraits.

C’est alors que je me suis mis à repenser aux Montréalaises. Effectivement, la densité des canons de beauté stéréotypés est plus faible au mètre carré, mais en contrepartie, les femmes sont toutes très différentes les unes des autres. C’est là que j’ai compris tout le charme de la métropole. Sur une terrasse en été, en vingt minutes, on peut voir et admirer une foule de belles femmes qui auront fait l’effort de se démarquer, qui auront créé leur propre style et qui porteront fièrement leurs propres couleurs. Pas d’embrigadement ni de mode uniforme. Chacune y va de son style qui, en plus, variera d’une soirée à l’autre. C’est tellement plus agréable et ça permet à chacune de mettre en valeur ses propres attraits. Ainsi, la beauté prend des milliers de facettes dont chacune brille d’un éclat très distinctif. Bien entendu, comme tous les hommes, j’aurai mes préférences, mais gageons qu’elles ne ressembleront pas aux trois-cents clones européennes, car j’ai compris alors que la beauté, ce n’est pas l’affaire de se ressembler, mai au contraire, c’est celle de se distinguer.

Le danger dans tout cela, c’est qu’au lieu de tomber en amour une seule fois, l’homme se retrouve dans la pire des situations possibles, soit celle de tomber amoureux des milliers de fois. Alors, mesdames, pour la Saint-Valentin, ne nous jugez pas trop sévèrement puisqu’il est très difficile pour nous de résister à vos innombrables et si distinctives beautés.

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L’OSM OSE

Vous reconnaissez ce sigle ? Non, ce n’est pas l’Organisation mondiale de la Santé. L’ordre des lettres diffère. Pas l’osmose, mais l’OSM ose. On touche maintenant au but. Oui, car l’OSM (l’Orchestre Symphonique de Montréal) ose nous présenter des concerts absolument divins. Et surtout, dans une salle exceptionnelle, extraordinaire, la Maison Symphonique de Montréal à la Place-des-Arts.

La musique classique a ses adeptes et ses détracteurs, je n’en ferai pas le sujet de cet article. Mais sachez qu’on retrouve régulièrement des artistes populaires de chez nous venus s’exercer à jouer avec l’Orchestre ou présenter des textes accompagnés de musique de circonstance. Que vous préfériez le rock, le métal, le hip-hop, le country ou… le classique, vous devez vivre au moins une fois l’expérience d’une matinée ou d’une soirée à la Maison Symphonique. Vous verrez, elle sera non seulement étonnante, mais absolument délirante.

Imaginez n’avoir mangé que des patates depuis toujours et soudainement, on vous convie à un festin gastronomique. La comparaison n’est pas si éloignée de la vérité. Vous n’aurez jamais entendu la musique être restituée de façon aussi divine et poignante. Sans aucun artifice technologique autre que celui des instruments, de la salle et de la virtuosité des musiciens, peu importe l’endroit où l’on se situe, les harmonies nous enveloppent, nous transportent et nous émeuvent au plus profond de notre âme.

Choisissez un concert, n’importe lequel, mais de grâce ne boudez surtout pas votre plaisir de ressentir la musique comme vous ne l’avez jamais vécue. Et si, par-dessus le marché, vous choisissez une œuvre mettant en scène l’incroyable orgue Casavant comprenant 6489 tuyaux, un tout petit peu plus qu’une flûte de Pan, alors là, vous vivrez la totale.

Si je vous ai convaincu d’aller y faire un tour, arrivez tôt et attardez-vous à admirer la beauté de la salle, la sobre douceur de son bois, ses proportions parfaites, ses formes invitant à l’épouser le temps de laisser les notes, même les plus délicates, vous envahir totalement. Elles persisteront longtemps après la fin du concert et certaines ne vous quitteront plus jamais. Le seul aspect moins plaisant, je l’avoue, c’est l’irrépressible sentiment d’avoir beaucoup trop attendu avant d’y avoir mis les pieds. Je prends donc maintenant les bouchées doubles. De fabuleuses soirées m’attendent et vous attendent tout autant. Allez-y hardiment et vous vous découvrirez un tout nouveau sens, celui de l’écoute, celui qui n’a jamais vraiment bien écouté, celui qui saura maintenant apprécier l’art musical dans ses formes les plus symphoniques.

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