Dandelion, un court-métrage exceptionnel

Ma virée hier à Mont-Tremblant m’a amené à visiter la bibliothèque de cette municipalité des Laurentides. Situé à l’intérieur du bâtiment abritant l’hôtel de ville, ce lieu de culture de proximité possède une section spécialement et brillamment conçue pour les enfants. La section pour les adultes offre beaucoup de luminosité naturelle, rendant propice et agréable le plaisir de lire et de découvrir de nouvelles œuvres.

J’ai été accueilli à la bibliothèque par une personne de laquelle il s’avère impossible de rester indifférent. Vous savez, le genre qu’on voudrait instantanément s’en faire une bonne amie et qu’on regrette amèrement de ne pas avoir connu bien avant dans notre vie.

Cette personne se nomme Catherine Fauteux. Vous la connaissez peut-être puisqu’elle a remporté un concours de production de court-métrage en marge du Festival du film de Los Angeles en 2017.

Ce concours consistait à imager l’œuvre musicale Rabbit and Rogue de Danny Elfman. Entièrement réalisé en animation en volume (stop motion), cet étonnant court-métrage issu d’une personne qui en était à sa première expérience en production cinématographique nous transporte dans un univers aux richesses éblouissantes à travers un scénario qui témoigne de ses préoccupations pour la question environnementale, l’apport de l’humain et ses conséquences.

Jugez vous-même du résultat en allant visionner cette œuvre magistrale intitulée « Dandelion» d’une durée légèrement inférieure à dix minutes en cliquant l’hyperlien ci-devant.

La photographe Tremblantoise Catherine Fauteux prépare actuellement sa récidive cinématographique. Il va sans dire que j’ai bien hâte de découvrir les fruits de cet exigeant, mais combien passionnant travail artistique!

Photo : Radio-Canada.ca

Les tam-tams du désir

Avez-vous déjà ressenti la transe en entendant des tam-tams ? Une première expérience en ce sens est particulièrement troublante. Cet état différent, modifié de la conscience, ne s’obtient pas seulement avec des substances psychotropes. Elle peut survenir à l’improviste lors de danses en groupe sur de la musique tribale.

Avec le son des tambours, le corps s’anime, danse, cherche l’accompagnement rythmé. Les corps se frottent à l’unisson, faisant involontairement croitre des pulsions sexuelles sous-jacentes particulièrement irrésistibles.

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Les sons frappés, martelés devinrent nos premières musiques. Les sons soufflés s’y sont rajoutés plus tard et plus tard encore, on inventa les sons pincés ou grattés sur des cordes. Le premier volet de la musique humaine, la percussion, reste le plus ancré et personne n’est à l’abri de ses pouvoirs ancestraux.

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À Montréal, des mois d’avril à octobre, les gens se rassemblent les dimanches en matinée pour jouer bongos, congas, djembés et autres drums au pied du Mont-Royal. Cet événement culturel spontané remonte à l’année 1978 et se perpétue depuis sans qu’aucun organisateur ait besoin d’officialiser ces rendez-vous tenus sous le signe du plaisir, de la diversité culturelle et de la musique.

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Ces rassemblements impromptus mais prévisibles, officieux mais permanents, montrent un beau côté des Montréalais et de son caractère cosmopolite pacifiste vibrant à l’unisson. Bien sûr, les effluves denses de rembourrure de sofa abondent, mais sa légalisation atténuera certainement le zèle de certains policiers qui cherchaient parfois à créer des troubles inutiles autour d’un petit commerce de circonstance.

Si vous passez par Montréal en été, ne ratez pas de participer à une jam-session au pied du Mont-Royal. Vous pourrez même fumer votre marie-jeanne en toute quiétude. Une petite sieste et ensuite la vie nocturne trépidante de Montréal vous attendra pour continuer la fête.

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Bordeciel

Certains jeux vidéos permettent des centaines d’heures de jeu en proposant aux joueurs un cadre très vaste et des quêtes tout aussi nombreuses que variées. Le joueur croît alors en aptitudes diverses qui lui donnent la possibilité d’affronter des ennemis de plus en plus puissants.

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Une entreprise s’est démarquée avec deux séries de jeux, l’une au style fantastique et l’autre post-apocalyptique. Selon ses préférences à rester dans la peau d’un humain normal ou à s’intégrer à un elfe ou un orque, utiliser des armes à feu ou des épées enchantées, des pilules antiradiations ou des dons de magicien, on choisira la seconde ou la première.

J’ai acheté il y a longtemps un de ces jeux produits par la compagnie Bethesda dans la série «Elder Scrolls» qui trempe dans le fantastique, le cinquième: «Skyrim», ou si on préfère «Bordeciel» en français. Il est apparu sur le marché en novembre 2011 et il tire encore son épingle du jeu. Comme quoi cette œuvre s’avère d’une richesse peu commune.

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Une heureuse surprise attend le joueur, c’est sa trame musicale exceptionnelle. Je l’ai acquise sur iTunes tellement cet environnement sonore ne voulait plus mourir dans ma tête une fois entendue. Elle est composée de 53 plages adressant toutes les situations, combats, promenades en montagne ou temps de repos accordés dans les villes, villages ou auberges disséminés sur le territoire. Son compositeur est Jeremy Soule. Il a également signé la trame musicale de l’œuvre précédente «Oblivion».

Je vous propose une des plages intitulée Kyne’s Peace. Le titre laisse bien présager le style. Pour une bonne préparation, lâchez tout et prenez 3 min 49 s de votre temps pour l’apprécier à sa juste valeur.

Histoire sans paroles

Je vous parlais l’autre jour de la musique et plus particulièrement de la flûte traversière. Lorsque nous décidons par nous-mêmes de jouer d’un instrument, le choix de ce dernier dépend de quelques facteurs. Notre goût personnel pour la sonorité de l’instrument y joue pour beaucoup, son aspect pratique et aussi de notre amour pour certaines pièces musicales qui nous sont restées en mémoire.

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Je vous présente aujourd’hui une de ces plages qui a tourné en boucle durant mon adolescence. Elle comporte plusieurs instruments, pas seulement de la flûte. Datant d’une autre époque, les compositeurs n’hésitaient pas à placer sur leur album des pièces de près de 20 minutes, le maximum pouvant être gravé sur un côté d’un disque microsillon.

Les changements de rythmes et de trames apportent des atmosphères dynamiques et planantes aux limites du rêve et de l’amour, de la joie et de la sérénité.

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Démarrez cette bande audio, montez le volume sonore et partez vous occuper à autre chose. Laissez la musique vous envahir, vous habiter, vous transporter dans un autre univers bien loin des bêtises et des brutalités dans lesquelles nous vivons actuellement. Revivez le temps où nous prenions le temps de se parler les yeux dans les yeux au son d’une musique qui nous inspirait des paroles tendres et des amours avides.

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[17m13s] Harmonium – Histoire sans paroles

Forget Hortensia

Mon article de ce matin se veut un peu particulier, car je veux souligner l’anniversaire de naissance de mon agente et amie Johanne. Je ne vous révèlerai pas son âge, mais je peux vous dire que ça rime avec « agente ». Oui, elle change de décennie pour adopter la même que la mienne. Elle a fini de me faire suer avec ma …taine.

Je ne vous ai pas encore dit qu’en plus de m’endurer comme écrivain, elle parvient même à le faire lors d’activités sans rapport avec l’écriture, comme le cinéma, la dégustation de scotches, la musique classique et quelques autres passions que nous sommes capables de partager sans nous entretuer.

Oui, vous vous dites qu’avec mon excellent caractère, ce n’est pas le mien qui causerait de telles étincelles et je vous remercie d’aussi mal me connaitre. Qu’importe, elle m’est chère et c’est la raison pour laquelle je tenais à souligner sa toute nouvelle vieillesse.

exquis-sur-la-route-Baie-Saint-Paul-LaMalbaie.jpgPuisque son travail exige qu’elle lise tout ce que j’écris afin d’intercepter mes niaiseries avant qu’elles n’aient fait trop de dommages, elle devrait être en train de lire cet article. Tant mieux pour elle si j’ai raison, et tant pis si elle a décidé que le jour de son anniversaire, elle prenait congé de son écrivain favori et le plus talentueux, car je vais vous expliquer la raison du titre de cet article.

Il ne s’agit pas du titre d’un film en anglais, quoi que je trouve que ça sonne plutôt bien. Je devrais le mettre en banque pour un autre projet. Une marque de scotch ? Une prononciation pas vraiment gaélique, pensons à autre chose. Un titre de musique classique alors. Hum, ça commence à s’échauffer un peu plus.

Il existe un endroit étonnant au Québec où paysages bucoliques et musique classique sont réunis de façon vraiment exceptionnelle. Un tout petit village en suspension entre ciel et mer, entre la montagne et le fleuve Saint-Laurent, son nom est Saint-Irénée. Dans ce magnifique lieu champêtre existe une académie internationale pour jeunes musiciens de talents désirant se perfectionner auprès de maitres de grande renommée. Pour leur permettre de démontrer leur brio, une superbe salle de spectacle à l’acoustique irréprochable se dresse sur les terres du domaine Forget.

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Nous irons nous promener cet été dans cette magnifique région de Charlevoix afin de profiter des multiples douceurs que nous offrent les différents lieux d’intérêt et, bien évidemment, assister à un concert. Je connais aussi un couple dont l’un est artiste-peintre et l’autre potière qui réalisent des œuvres magnifiques. J’ai bien hâte de les revoir.

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Et pourquoi Hortensia dans le titre ? C’est le nom d’une auberge où nous passerons une nuit pour l’occasion.

Alors, bon anniversaire, ma chère Johanne, profite bien de ta journée. Ah, t’ai-je avisé que je t’invite chez moi pour souper ? Hé, maudite mémoire ! Ça ressemble à ça quand on a mon âge. Ha ! Ha ! Ha ! Ton âge, maintenant.

Éloge de la lenteur

Depuis plusieurs années, je remarque en musique, mais aussi dans bien d’autres domaines, une accélération des tempi. On joue une œuvre comme si on allait faire ses emplettes. Tout jouer vite, seulement avec adresse.

Comme si la musique se contenterait d’une performance acrobatique. Et là encore, le Cirque de Soleil nous a habitués à la poésie des performances acrobatiques. Mais plusieurs musiciens croient à tort que jouer vite c’est jouer mieux.

Pour ma part, je ne vois là que le moyen de se débarrasser vite fait d’une obligation emmerdante. Et pourtant, les exemples foisonnent où la lenteur nous emporte dans d’autres univers et qu’autrement, l’œuvre n’est qu’enchainement inintéressant, voire déplaisant, de notes.

Cet empressement indésirable s’entend partout. Solistes, quatuors à cordes, mais aussi à l’orchestre où certains maestros ne se gênent pas pour dépasser les tempi, voulant faire différent. On accuse le compositeur d’avoir vécu à une autre époque où rien n’allait vite. Cette excuse pour bâcler une prestation musicale ne me convainc absolument pas.

Lors d’un concert d’Ivo Pogorelić présenté à Montréal voilà bien une vingtaine d’années, ce pianiste serbe de renom avait joué une œuvre de Chopin, j’ai oublié laquelle, à un rythme volontairement très, mais très lent. Il a d’ailleurs fait de la lenteur sa marque de commerce. L’exploration de cette lenteur délibérée force le musicien à remplir les espaces vides avec du ressenti dont une accentuation marquée des notes graves qui résonnent longtemps et qui augmentent le caractère sombre des œuvres. Chopin aurait-il apprécié ? C’est possible, car on sait dans quel état d’esprit ce génie se trouvait lors de certains concerts. De toute façon, l’objectif de Pogorelić n’était pas de recevoir une appréciation d’une personne morte ni même celle de son public. Il ne craint pas les mises en demeure pour avoir trahi la pensée de l’auteur. Cette exploration des vertus et des pièges de la lenteur m’a beaucoup plus satisfait que s’il s’était débarrassé de l’œuvre comme on lance une injure à la face de quelqu’un, sentiment souvent éprouvé à l’écoute d’autres performeurs bien plus inspirés par l’adrénaline que par la beauté de l’œuvre.

La lenteur détecte et dénude aussi bien le talent que son absence. C’est peut-être la raison pour laquelle cet empressement acharné à livrer une prestation devient presque la norme. Soyez attentifs à la lenteur. Lorsqu’elle se fait bien entendre, l’œuvre se bonifie de beautés insoupçonnées.

Bien entendu, les interprètes peuvent argumenter. Leur fonction ne peut être plus clairement définie. Ils interprètent des œuvres et la lenteur n’est qu’une parmi bien des façons de la jouer. C’est comme l’ail, en mettre partout et toujours devient rapidement déplacé. Je ne m’insurge pas contre les tempi rapides ou même accélérés, mais contre le bannissement de la lenteur comme si elle était devenue une tare à supprimer de la vie de ceux menant une vie trépidante, la seule valable dans ce monde. Tant que l’interprétation préserve ou refait une beauté à l’œuvre, elle aura atteint son objectif, celle d’avoir fait vibrer l’auditeur.

Luminosité orchestrale

On rencontre parfois des musiciens de talent qui semblent avoir compris quelque chose de différent et qui marquent les œuvres interprétées d’un caractère céleste et infusant à l’auditoire une béatitude planante que seuls des musiciens d’exception parviennent à engendrer. Maestro Nézet-Séguin est l’un d’eux. La sensibilité qu’il insuffle à son orchestre, l’Orchestre Métropolitain de Montréal, s’apparente à de la magie. Ton badin ou contemplatif, accents de piété ou de sombreur, marques d’humour ou de douleur, sa musique est ressentie telle qu’il l’exige de ses musiciens. À la fin d’une représentation, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, les tutti prouvent hors de tout doute que leur principal interprète est parvenu à leur soutirer le maximum et le meilleur d’eux-mêmes.

Cet orchestre a présenté hier soir leur premier concert en sol étranger et voici l’introduction de la critique musicale de Mario Girard de La Presse avec un lien vers l’article entier. «On m’avait dit que le public de Dortmund, en Allemagne, du moins celui de la musique classique, était sage, limite ronfleur. Je ne sais pas si quelqu’un a mis de l’ecstasy dans les verres des 1500 spectateurs du Konzerthaus venus entendre hier soir l’Orchestre métropolitain de Montréal et Yannick Nézet-Séguin, mais ceux-ci ont offert un accueil délirant aux artistes montréalais.»

Ce genre d’effet ne représente plus une exception, mais plutôt la normalité dans la vie de cet ensemble musical. Partout où ils passent, l’orchestre et son maestro galvanisent et conquièrent les auditoires les uns après les autres. Certains soirs, on se croirait à un concert rock tellement la salle livre des applaudissements et des cris nourris. Pourtant, quand on pense à la moyenne des gens qui fréquentent ces salles, un public plutôt âgé et fort peu déplacé, il se passe quelque chose d’unique et surtout d’extrêmement talentueux.

Une erreur souvent faite par certains maestros est d’augmenter les tempi afin de plaire aux plus jeunes, incapables apparemment d’apprécier la lenteur des choses. J’en parle dans un autre article à paraitre très bientôt. Mais l’Orchestre Métropolitain se garde bien de succomber aux chants des sirènes. Alors, que font-ils pour réinventer l’interprétation des œuvres bien souvent pluricentenaires? Je parlerais de luminosité. Chaque instrument est exploité comme si son porteur était voué à accomplir une action héroïque. On a très, et trop souvent pensé que la musique symphonique devait générer l’équivalent d’un seul et vaste instrument polyphonique. Ce n’est pas totalement faux, mais pas nécessairement vrai. Chaque soliste dans l’orchestre exploite au mieux ses talents. On le sent surgir de l’ensemble pour livrer un moment de musique unique pour ensuite retourner produire la sonorité symphonique alors qu’un autre soliste prend sa relève avec le même désir de s’élever tout en étant transporté par ce flot continu de notes et d’accords. Le total de l’ensemble est plus grand que la somme des parties. On appelle cela de la synergie et en musique, cela devient la qualité d’une prestation symphonique basée sur des talents individuels au service de l’œuvre et Nézet-Séguin permet à tous ces talents de se cristalliser en un ensemble cohérent et scintillant.

Bien souvent, on parle des musiciens d’orchestre comme étant moins talentueux que les concertistes et qu’ils acceptent par dépit un poste au sein d’un orchestre. Les concertistes se vouent à une variété d’œuvres choisies alors que les musiciens d’orchestre se voient appelés à jouer une bien plus vaste sélection d’œuvres musicales. Les talents des deux types de musiciens sont différents, mais pas moins exigeants. Nézet-Séguin rend hommage à son orchestre à chaque spectacle, car le maestro ne serait rien sans lui. Cette marque de reconnaissance est totalement sincère et ses musiciens le ressentent et le lui rendent par des prestations exceptionnelles. Je suis totalement convaincu qu’aucun d’entre eux ne voudrait se voir actuellement concertiste, car la place qu’ils tiennent dans l’orchestre est vue et entendue comme étant non seulement importante, mais grandiose.

Photo: yannicknezetseguin.com

Octobasse

Ce nom étrange évoque peut-être une guitare basse munie de huit cordes. Mais quand on connait la difficulté de jouer de cet instrument qui en possède cinq, on imagine mal jouer sur un modèle qui en déroulerait huit. À moins qu’il y ait deux manches, comme sur certains modèles de guitare à double manche (double neck guitar). Finalement, oublions ça, car l’octobasse n’est pas une basse ni une contrebasse… quoique là, je joue sur les mots. Effectivement, il existe une octobasse qui est une proche parente de la contrebasse. Mêmes formes avec sa caisse de résonnance, son manche, ses cordes et ses clés, son pont, etc. En fait, le mot octobasse signifie tout instrument de musique conçu pour jouer les notes d’une octave complète sous les notes les plus graves de son instrument modèle le plus grave. Et il en existe une pour la contrebasse qui est l’instrument à cordes le plus grave de l’orchestre. Une petite recherche sur le web vous permet de voir à quoi ressemble ce fabuleux et gigantesque instrument.

Vous vous souvenez du film « Twins » avec Danny DeVito et Arnold Schwarzenegger ? C’est à peu près la même image lorsqu’on place une contrebasse à côté d’une octobasse. La contrebasse ressemble à un jouet tellement sa grande sœur est énorme. Ôtez-lui une corde, placez des capots le long du manche pour remplacer les doigts qui ne pourront jamais atteindre son extrémité, grimpez le musicien sur un piédestal, donnez-lui des pédales et des leviers fermant les capots pour aider le musicien à écraser les cordes et voilà l’octobasse. Un étrange instrument inventé au XIXe siècle et qui ne s’est jamais vraiment imposé comme vous pouvez facilement l’imaginer. Son avantage est qu’il permet de projeter des notes aussi basses qu’un utØ, l’équivalent du bourdon sur un grand orgue, donc une fréquence de 16 Hz. Cette note est presque inaudible et on la ressent plus qu’on l’entend.

J’ai eu le privilège de voir et d’entendre une octobasse lors d’un concert de l’OSM (Orchestre Symphonique de Montréal) la semaine dernière pour la présentation de la symphonie n° 15 en la majeur de Chostakovitch. L’une des rares octobasse au monde, l’instrument est absolument gigantesque. Son manche s’élevait si haut qu’il frisait la rambarde du premier balcon. Seul le répertoire classique de la fin du XIXe et du XXe siècle y fait une place occasionnelle puisque sa conception remonte à seulement 1 834.

Ce type d’instrument d’exception vient enrichir notre patrimoine musical, car cette nouvelle acquisition est tout aussi spectaculaire au niveau visuel qu’auditif. Lorsqu’elle est inutilisée, l’octobasse de l’OSM est remisée au balcon de l’organiste. Elle reste donc toujours bien présente dans la salle de concert et elle partage ses moments de repos avec l’autre instrument d’exception qu’est le grand orgue Casavant de la Maison Symphonique.

Peu importe là où l’on vit, il existe presque toujours un orchestre symphonique qui offre un concert à proximité. Ne serait-ce que pour l’expérience auditive, il ne faut jamais hésiter à y aller au moins à une occasion. Vous en conserverez un souvenir inoubliable. Et si ce n’est pas le cas, racontez-moi ça.

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L’OSM OSE

Vous reconnaissez ce sigle ? Non, ce n’est pas l’Organisation mondiale de la Santé. L’ordre des lettres diffère. Pas l’osmose, mais l’OSM ose. On touche maintenant au but. Oui, car l’OSM (l’Orchestre Symphonique de Montréal) ose nous présenter des concerts absolument divins. Et surtout, dans une salle exceptionnelle, extraordinaire, la Maison Symphonique de Montréal à la Place-des-Arts.

La musique classique a ses adeptes et ses détracteurs, je n’en ferai pas le sujet de cet article. Mais sachez qu’on retrouve régulièrement des artistes populaires de chez nous venus s’exercer à jouer avec l’Orchestre ou présenter des textes accompagnés de musique de circonstance. Que vous préfériez le rock, le métal, le hip-hop, le country ou… le classique, vous devez vivre au moins une fois l’expérience d’une matinée ou d’une soirée à la Maison Symphonique. Vous verrez, elle sera non seulement étonnante, mais absolument délirante.

Imaginez n’avoir mangé que des patates depuis toujours et soudainement, on vous convie à un festin gastronomique. La comparaison n’est pas si éloignée de la vérité. Vous n’aurez jamais entendu la musique être restituée de façon aussi divine et poignante. Sans aucun artifice technologique autre que celui des instruments, de la salle et de la virtuosité des musiciens, peu importe l’endroit où l’on se situe, les harmonies nous enveloppent, nous transportent et nous émeuvent au plus profond de notre âme.

Choisissez un concert, n’importe lequel, mais de grâce ne boudez surtout pas votre plaisir de ressentir la musique comme vous ne l’avez jamais vécue. Et si, par-dessus le marché, vous choisissez une œuvre mettant en scène l’incroyable orgue Casavant comprenant 6489 tuyaux, un tout petit peu plus qu’une flûte de Pan, alors là, vous vivrez la totale.

Si je vous ai convaincu d’aller y faire un tour, arrivez tôt et attardez-vous à admirer la beauté de la salle, la sobre douceur de son bois, ses proportions parfaites, ses formes invitant à l’épouser le temps de laisser les notes, même les plus délicates, vous envahir totalement. Elles persisteront longtemps après la fin du concert et certaines ne vous quitteront plus jamais. Le seul aspect moins plaisant, je l’avoue, c’est l’irrépressible sentiment d’avoir beaucoup trop attendu avant d’y avoir mis les pieds. Je prends donc maintenant les bouchées doubles. De fabuleuses soirées m’attendent et vous attendent tout autant. Allez-y hardiment et vous vous découvrirez un tout nouveau sens, celui de l’écoute, celui qui n’a jamais vraiment bien écouté, celui qui saura maintenant apprécier l’art musical dans ses formes les plus symphoniques.

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