Y croyez-vous maintenant ?

L’année 2021 passera-t-elle à l’histoire comme étant celle qui a convaincu même les plus récalcitrants que les changements climatiques ne sont pas une vue de l’esprit, une conspiration ou une simple hypothèse infondée ?

Ouais, même après tous les événements catastrophiques survenus ces derniers temps, il restera toujours des sceptiques. Toutefois, dans leur cas, on parlera plus de crétins que de véritables débatteurs.

Direz-vous que j’ai l’insulte facile, mais à mon avis, le fait de refuser d’accepter la réalité ressemble étrangement à la fable du sable et de l’autruche. Et l’on sait très bien que ce volatile possède un cerveau plutôt réduit par rapport au nôtre, de là mon qualificatif non galvaudé de crétin. Ils auront beau espérer que toutes les données scientifiques sont inventées, leur pensée magique ne préservera pas la planète du dérèglement climatique qui est déjà fortement amorcé.

Les océans se réchauffent et se dilatent. Les glaciers, la banquise et les territoires aux neiges éternelles voient leur manteau blanc fondre comme… neige au soleil. Incidemment, le niveau des océans monte et cette élévation ne fait que s’accélérer. Bientôt, on assistera à des inondations impossibles à contenir et plusieurs grandes villes déposeront leur bilan après avoir vu leurs infrastructures totalement détruites. Jusqu’à présent, on rebâtit grâce aux assurances et aux subsides gouvernementaux, mais ces fonds se tariront lorsque le risque sera reconnu comme étant trop grand. Et nous en sommes rendus là.

Les catastrophes actuelles, les canicules, les inondations, les sécheresses, les feux de forêt ne sont plus anecdotiques, épisodiques, comme auparavant. Elles surviennent de plus en plus fréquemment et de plus en plus violemment.

Regardez tous ces pays aux prises avec des événements hors normes. Le mois de juillet 2021 a été le plus chaud depuis qu’on accumule des données. Un peu partout, les records tombent les uns après les autres. Au Canada, récemment, on a frôlé les 50 °C, une température saharienne tout à fait disproportionnée compte tenu de sa latitude !

Nous regardons en direct la nature changer sous nos yeux à vitesse grand V. Ceux qui ne l’observent pas ne veulent simplement rien voir. Quant à moi, leur déni n’a aucune importance pourvu qu’on ne leur accorde aucune importance.

Devant la situation, y pouvons-nous quelque chose ? Maintenant, peut-être plus grand-chose et c’est probablement la raison pour laquelle certains préfèrent se masquer la face (de honte ou de dépit) que d’admettre courageusement ces faits effectivement très horrifiants.

On trouvera toujours ges gens qui fermeront les yeux devant le danger et d’autres qui les garderont grands ouverts. Je vous laisse le soin de vous demander à quel groupe vous appartenez en retenant que rien ne disparait véritablement lorsque vous vous réfugiez dans le noir derrière vos paupières closes. Tout n’est simplement que plus noir !

Un orage passe

Le temps est à l’orage. Humide, suffocant, stagnant, l’air apparait translucide, voilé, indécis. Le tonnerre annonce l’entrée en scène imminente de la pluie subite et peut-être forte, mais déjà j’en doute.

Je me tiens à la porte, grande ouverte, pendant le temps où c’est encore possible. J’observe le ciel, comme pour y découvrir l’importance de l’orage. Je l’évalue de faible ampleur, mais qui sait puisque je suis conscient que mes yeux n’embrassent qu’une partie de la dépression? Les nuages ont pris cette teinte gris-bleu acier, caractéristique des cumulonimbus moyennement chargés, un autre indice en faveur d’un passage sans trop de dégâts. Je me fie également aux intervalles plutôt longs entre les grondements de tonnerre encore distants, pour l’instant.

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J’imite mon père décédé depuis longtemps déjà. Il ne manquait jamais une occasion de se planter dans le cadrage de la porte d’entrée pour regarder en action ces forces de la Nature. Aussi loin que mes souvenirs me le permettent, je me tiens près de lui, observant ses rares et brèves expressions. Stoïque mais pas dénué d’intérêt. Il ne dit rien, ou presque, souvent une seule phrase laconique par épisode. «Ça va passer en vent». «On va bientôt voir de gros clous». «L’orage se rapproche». «Il va nous éviter».

Il se trompait rarement, sinon jamais. Ou plutôt je ne me rappelle pas s’il se trompait. Ça n’a pas vraiment d’importance. Une fois sa prédiction avérée, il attendait un peu, puis il rentrait. Je n’aurais jamais osé rentrer avant lui… ou après lui. Je n’obéissais à aucun ordre, il agissait, je faisais simplement comme lui, comme un garçon avec son père, comme un père qui sait et le garçon qui lui aussi veut savoir.

 

Je regarde les nuages évoluer rapidement. Des éclairs apparaissent au loin. Le tonnerre ronronne moins, ses éclats deviennent plus craquants, signe que l’orage se rapproche. L’air est presque irrespirable tellement il stagne.

Quelques gouttes de pluie éparses précurseurs de l’ondée se manifestent timidement, comme des estafettes venues excuser l’arrivée intempestive d’un général tonitruant.

La direction du vent imminent décidera du sort de ma porte. L’effet Venturi consiste en un soufflet créé par les nuages bas qui poussent l’air accumulé sur une plus grande altitude devant eux, comprimant cette masse gazeuse et l’expulsant dans le sens de leur progression.

Ça y est, voilà l’air qui bouge et sa température qui dégringole, victime de la loi de la pression des gaz. En quelques secondes, j’apprécie déjà la chute rafraichissante du mercure et l’effet de cette baisse amplifiée sur ma peau par la légère brise.

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Une nuée plus sombre passe au-dessus de ma tête. Le vent se renforce, mais la pluie reste encore relativement sage. Un important éclair déchire le ciel juste devant moi, son pendant sonore le suit de peu. La tempête se rapproche, je le remarque également par les cimes des arbres au loin qui oscillent avec moins de grâce et plus d’emportement. La pluie devient moins timorée, je ferme la porte à contrecœur, je m’assois tout près pour en rater le moins possible malgré les vitres zébrées de coulisses qui font obstruction à mes observations.

Le tonnerre s’intensifie, je le sens presque à ma verticale, mais j’ai vécu bien pire. Jusqu’à présent, ma prévision s’avère, cet orage ne rentrera pas dans les annales. La pluie refuse de se déchainer malgré de subites et brèves sautes d’humeur. Les coulisses aux carreaux des fenêtres se transforment en un enduit coulant plus homogène. Paradoxalement, j’y vois mieux.

Le plus gros coup de tonnerre jusqu’à maintenant se fait entendre. Presque au même moment, la pluie cesse presque entièrement et le ciel au loin s’éclaircit de plusieurs tons. L’orage s’éloigne en ramenant les conditions atmosphériques précédentes. D’importance trop faible pour agir efficacement contre la canicule, je retrouve les chaleurs humides désagréables.

La pluie en rémission, je rouvre ma porte en pensant toujours à mon père. Il m’a transmis ce goût, ce plaisir d’observer les orages. Merci, papa, pour ce joli cadeau.