Catena et cousinage

Cousins
Les Québécois et les Français se considèrent souvent comme étant des cousins. Provenant majoritairement de la Bretagne, plusieurs individus ont bravé une longue et éprouvante traversée pour prendre pied et pays en Nouvelle-France.

Plusieurs siècles plus tard, nous continuons de partager une langue commune, plusieurs artistes et autres personnalités. Aujourd’hui et depuis très longtemps, les descendants de ces premiers colons ne forment pas, ni n’appartiennent à la diaspora française. Les Québécois de « souche » forment un peuple individuel et bien que leurs racines furent autrefois plantées en France, les boutures nord-américaines ont créé leur propre espèce, leur propre nation.

Catena
Le mot « catena » provient du latin. Il signifie « chaine ». Son pluriel est « catenae ». Ne jouez pas ce mot au scrabble, il n’apparait pas dans les dicos standards. Cependant, l’Union astronomique internationale (UAI) l’utilise officiellement pour désigner une chaine de cratères d’impact (astroblèmes) ou de dépressions causées par un même phénomène.

On se souvient de la catena causée sur Jupiter après la dislocation de la comète Shoemaker-Levy 9 en 1994. Sur Terre, la plupart des astroblèmes ont disparu. Moins de 200 sont recensés. Dans ces conditions de déficit, les catenae reconnues sont encore bien plus rares.

Œil du Québec
Ainsi surnommé, l’immense astroblème de Manicouagan a été daté de 214 (± 1) millions d’années. Il est répertorié au cinquième rang de tous les astroblèmes terrestres avec ses 100 km de diamètre. Il a été formé par la chute d’une énorme météorite d’environ 4 à 5 km de diamètre et on la soupçonne même d’avoir été l’une des causes potentielles de l’extinction Trias-Jurassique.

Paléogéographie
C’est la discipline scientifique consistant à reconstituer la position des continents sur le globe au fil des ères géologiques. Sachant maintenant que toutes les terres se déplacent les unes par rapport aux autres, il est possible de reconstituer ces puzzles du passé grâce à plusieurs évidences dont le paléomagnétisme imprégné dans les roches constituant les sols d’origine.

La paléolatitude de l’astroblème de Manicouagan à l’époque de l’impact a été évaluée à 22°8′ dans l’hémisphère nord.

Rochechouart
Cette commune française située en Nouvelle-Aquitaine possède également un gros astroblème de 20 km de diamètre nommé Rochechouart-Chassenon. Il a été causé par la chute d’une météorite d’environ 1 km de diamètre. La collision remonte à peu près à la même époque que celle de Manicouagan. De plus, les deux paléolatitudes coïncideraient.

Est-ce une catena ?
Alors, ces deux cratères d’impact forment-ils une catena ? On l’a longtemps cru puisque les différentes datations en tenant compte des marges d’erreur pouvaient le laisser supposer. Cependant, les datations modernes disent peut-être le contraire. La plupart des méthodes utilisées donnent au cratère de Rochechouart-Chassenon un âge plus jeune que Manicouagan, soit de 180 à 206 millions d’années dans le meilleur des cas. On reste tout de même assez éloigné du 213 ou 215 millions d’années de l’œil du Québec.

Faux cousins
Comme les peuples français et québécois, ces deux astroblèmes géants ne sont peut-être que de faux cousins. Il faudrait peut-être encore affiner les datations afin de s’en assurer. Quoi qu’il en soit, que ces deux astroblèmes aient une origine cosmique commune ou non, nous partageons cependant une réalité similaire. Quelque part sur notre territoire, à peu près à la même époque, le ciel nous est tombé sur la tête. Pas étonnant d’être les uns comme les autres de vrais descendants des Gaulois.

Le paradoxe Thanos

Dans le Marvel Cinematics Universe (MCU), on exploite la sempiternelle confrontation entre le bien et le mal, ce dernier étant principalement incarné par le personnage de Thanos. Et pour bien se faire, on l’a imaginé très grand, surpuissant, passablement laid et d’une cruauté sans bornes. Dès ses premières apparitions et notamment dans Les Gardiens de la Galaxie, Marvel s’assure qu’il soit allègrement détesté des autres héros et surtout des cinéphiles. Même son nom est un dérivé de Thanatos, le dieu grec de la mort. En psychanalyse moderne, thanatos signifie l’ensemble des pulsions de mort.

Pour aisément parvenir à se faire haïr, il cherchera à récupérer les six pierres de l’Infini par les moyens les plus cruels et les plus abominables qui soient. L’atrocité grimpe encore plus lorsqu’on nous dévoile son objectif ultime.

Si vous ne connaissez pas le résultat du combat des braves gentils contre Thanos et ses alliés, je vous déconseille de poursuivre la lecture de cet article puisque l’objectif n’est pas de divulgâcher l’intrigue, mais plutôt d’analyser les gestes et les intentions du colosse qui ne peut se faire sans dévoiler les conclusions de plusieurs films de cette série.

Dans ce genre cinématographique, le scénario classique consiste à faire vivre d’épouvantables épreuves aux héros afin d’insister sur leurs vertus. Et la très grande majorité de ces histoires se termine par la victoire in extremis des représentants du bien. L’histoire du Seigneur des anneaux en est l’archétype.

Dans le MCU, Thanos cherche à rassembler les six pierres de l’Infini en usant de barbarie mais pas seulement. Souvenez-vous du geste du Dr Strange qui se départit de sa pierre verte en la remettant volontairement au monstre. Et lorsque ce dernier arrache finalement la sixième pierre, la jaune, du crâne de Vision, il est difficile d’appréhender la suite, tellement son objectif ultime nous semble impensable. On anticipe ici un geste d’éclat de la part d’un quelconque héros ou encore d’une remise en question de Thanos.

Et contre toute attente, il claque quand même des doigts, faisant du coup disparaitre la moitié des êtres vivants. Le méchant gagne… et dans la foulée la moitié de nos héros s’envolent en cendres, mais également la moitié de nos proches ! Car malgré la fiction cinématographique, notre esprit projette toujours une partie des images sur notre monde. Sans confondre le réel de l’irréel, on se demande cependant comment nous nous sentirions, comment nous réagirions si une telle catastrophe devait vraiment survenir.

Une fois la mission du vilain accomplie, Marvel change drastiquement l’image de Thanos. On le croyait féru de pouvoir et pourtant il délaisse l’usage des pierres surpuissantes pour tranquillement se consacrer à la popote. Il n’a pas détruit la moitié du monde pour le plaisir, mais au contraire pour le bien de la moitié restante. Et c’est ici où le paradoxe Thanos prend toute sa forme et sur lequel il est important de réfléchir.

Doit-on sciemment faire disparaitre une grande partie de nos semblables pour le bien des survivants ? Nous, qui nous évertuons à sauver à l’unité toutes les vies humaines possibles grâce à la médecine, à la pharmacologie et aux multiples interventions d’urgence, peut-on d’autre part accepter l’idée d’un humanicide même s’il est aléatoire et non discriminatoire ? Notre réponse instinctive est bien évidemment « non ». De tout temps, nous sommes programmés pour sauver nos semblables. Pourtant, on accepte également de tuer d’autres de nos semblables s’ils n’appartiennent pas à notre gang, à notre tribu, à notre peuple, à notre nation et bientôt peut-être à l’humanité lorsque d’autres planètes habitées d’êtres intelligents seront connues.

L’humain vit déjà avec le paradoxe de la protection-destruction. Il suffit d’apporter un subtil mélange de justifications basées sur la crainte et l’obtention d’avantages significatifs pour faire basculer les esprits d’une nature pacifique vers un comportement agressif.

Quelle différence y a-t-il entre deux tribus qui guerroient jusqu’à ce que l’une d’entre elles s’éteigne et le choix de Thanos de zapper une moitié de tous les êtres vivants ? Le nombre, direz-vous. Oui et non. C’est vrai, mais la vraie différence ne se situe pas sur ce point strictement mathématique. La vraie différence réside dans le principe. Thanos n’a pas la prétention de vouloir aider son clan, son peuple, sa nation ou lui seul, puisque le choix des victimes est basé sur le hasard. Contrairement aux peuples se faisant la guerre, l’action de Thanos est désintéressée. Bref, il le fait par bonté au nom d’une nécessité absolue !

Et voilà où je veux en venir. Qui sont les bons et qui sont les méchants ? Quelles actions sont bonnes et lesquelles sont à proscrire à tout prix ? Nous avons tous appris à polariser le bien et le mal et s’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre, il nous est toujours très difficile d’accepter de les faire cohabiter. Pourtant, le paradoxe Thanos vit partout autour de nous, mais également et surtout à l’intérieur de nous-mêmes.

Si l’on se départit des notions absolues du bien et du mal, le paradoxe Thanos tend à disparaitre. Toutes les actions possèdent une partie des deux et il y a plus. Le bien d’aujourd’hui se transforme la plupart du temps en mal à plus long terme et vice versa. L’idée consiste donc à définir nos priorités sans toutefois oublier qu’on ne fait le bien que pour faire émerger le mal, au mieux, plus tard. Le contraire s’applique également.

Thanos n’est peut-être qu’un visionnaire incompris, donc détesté pour cela. Il réfléchit au long terme au détriment du court terme. Notre culture penche généralement du côté opposé. En fait, privilégier le court terme serait censé être réservé aux urgences immédiates. Pourtant, malgré un niveau de confort quasi assuré, nous ne parvenons plus à faire basculer nos priorités vers des objectifs à long terme. Et c’est à ce moment où un Thanos finit par devenir nécessaire, pour rétablir l’équilibre à long terme par un geste immédiat d’apparence insensée.

Heureusement, Thanos n’existe pas vraiment ! Détrompez-vous. La Nature possède tous les moyens de nous faire regretter notre mode de vie centré exclusivement sur des objectifs immédiats sans jamais nous soucier de nos impacts dans un futur éloigné. Donc, nous sommes à la veille de vivre le retour du balancier et cette prédiction n’est pas issue d’une boule de cristal, mais d’une loi universelle fondamentale qui est celle du balancier. Un pendule ne peut pas se maintenir longtemps d’un seul côté du centre. Inexorablement, il finira par aboutir à l’autre extrémité, son état d’équilibre ne pouvant être atteint que lorsque le court et le moyen terme deviennent égalitaires.

Notre mode de vie actuel aura bientôt une fin brutale sans devoir invoquer l’apport d’un Thanos ou d’un astéroïde géant. Les signes avant-coureurs foisonnent et même si on cherche à ne pas les observer et surtout à ne pas en tenir compte, ils ne disparaitront pas pour autant.

Surpopulation, pollution, destruction des milieux et de la biodiversité, changements climatiques, surexploitation des sols et des espèces, il est difficile d’en faire abstraction et pourtant l’humain parvient très bien à se voiler la figure afin de faire perdurer sa folie de la vision courte encore quelques années, et ce sans apporter de changements radicaux à son mode de vie.

Thanos n’est pas un paradoxe lorsqu’il est compris. Il serait plus juste de parler d’une solution extrême nécessaire. L’idée est que nous ne nous entendrons jamais sur l’importance d’appliquer ce genre de procédé drastique et irréversible. Et même si le concept était reconnu et accepté, il sera toujours reporté. Celui qui un jour pressera le bouton rouge, malheureusement il ne commettra pas ce terrible geste à l’instar de Thanos, mais plutôt comme un émule de Staline.

Que nous le voulions ou non, chose certaine, notre population vivra bientôt – à l’échelle temporelle de la planète – une réduction draconienne, et plus probablement une éradication. Ce phénomène exceptionnel emportera l’humain ainsi qu’une grande quantité d’autres espèces vivant sur Terre. Pour ceux qui y survivront, un âge d’or surviendra. Plusieurs preuves géologiques démontrent ce fait, le plus marquant datant de 66 millions d’années lorsque les petits mammifères dont nous sommes issus ont survécu et ont prospéré après d’extinction des dinosaures non-avions.

À quoi ressemblera la Terre après l’humain ? Quelles espèces le remplaceront et prospéreront au-delà du grand cataclysme ? Personnellement, je penche en faveur des insectes, les espècs actuelles négligées de notre monde, comme l’étaient les minuscules mammifères au temps où les sauriens géants régnaient sur Terre.

Bienvenue aux futurs états terrestres des Termitières-Unies, de la République Démocratique des Libellules, de l’Union Apicole, du Royaume-Cafard et de la Principauté de la Grande Fourmi Volante.

Y croyez-vous maintenant ?

L’année 2021 passera-t-elle à l’histoire comme étant celle qui a convaincu même les plus récalcitrants que les changements climatiques ne sont pas une vue de l’esprit, une conspiration ou une simple hypothèse infondée ?

Ouais, même après tous les événements catastrophiques survenus ces derniers temps, il restera toujours des sceptiques. Toutefois, dans leur cas, on parlera plus de crétins que de véritables débatteurs.

Direz-vous que j’ai l’insulte facile, mais à mon avis, le fait de refuser d’accepter la réalité ressemble étrangement à la fable du sable et de l’autruche. Et l’on sait très bien que ce volatile possède un cerveau plutôt réduit par rapport au nôtre, de là mon qualificatif non galvaudé de crétin. Ils auront beau espérer que toutes les données scientifiques sont inventées, leur pensée magique ne préservera pas la planète du dérèglement climatique qui est déjà fortement amorcé.

Les océans se réchauffent et se dilatent. Les glaciers, la banquise et les territoires aux neiges éternelles voient leur manteau blanc fondre comme… neige au soleil. Incidemment, le niveau des océans monte et cette élévation ne fait que s’accélérer. Bientôt, on assistera à des inondations impossibles à contenir et plusieurs grandes villes déposeront leur bilan après avoir vu leurs infrastructures totalement détruites. Jusqu’à présent, on rebâtit grâce aux assurances et aux subsides gouvernementaux, mais ces fonds se tariront lorsque le risque sera reconnu comme étant trop grand. Et nous en sommes rendus là.

Les catastrophes actuelles, les canicules, les inondations, les sécheresses, les feux de forêt ne sont plus anecdotiques, épisodiques, comme auparavant. Elles surviennent de plus en plus fréquemment et de plus en plus violemment.

Regardez tous ces pays aux prises avec des événements hors normes. Le mois de juillet 2021 a été le plus chaud depuis qu’on accumule des données. Un peu partout, les records tombent les uns après les autres. Au Canada, récemment, on a frôlé les 50 °C, une température saharienne tout à fait disproportionnée compte tenu de sa latitude !

Nous regardons en direct la nature changer sous nos yeux à vitesse grand V. Ceux qui ne l’observent pas ne veulent simplement rien voir. Quant à moi, leur déni n’a aucune importance pourvu qu’on ne leur accorde aucune importance.

Devant la situation, y pouvons-nous quelque chose ? Maintenant, peut-être plus grand-chose et c’est probablement la raison pour laquelle certains préfèrent se masquer la face (de honte ou de dépit) que d’admettre courageusement ces faits effectivement très horrifiants.

On trouvera toujours ges gens qui fermeront les yeux devant le danger et d’autres qui les garderont grands ouverts. Je vous laisse le soin de vous demander à quel groupe vous appartenez en retenant que rien ne disparait véritablement lorsque vous vous réfugiez dans le noir derrière vos paupières closes. Tout n’est simplement que plus noir !

Le Grand filtre

J’ai abordé à quelques reprises le sujet du paradoxe de Fermi. Ce physicien se demandait où étaient tous les extraterrestres si des multitudes de mondes existaient dans l’Univers. Puisque celui-ci est vieux de 13,77 milliards d’années et que la Terre n’en a que 4,5 milliards, des hordes d’étrangers techniquement plus avancés que nous auraient déjà dû débarquer sur notre planète. Or, on n’en voit pas, du moins pas de manière évidente et officielle.

Des centaines de raisons ont déjà été invoquées pour expliquer leur absence, ou du moins leur invisibilité. Parmi celles-ci, l’une d’elles a particulièrement attiré mon attention. Il s’agit du Grand filtre.

Si cette théorie est juste, eh bien ! on est mal barrés. Elle expliquerait l’absence d’E.T. par le fait que toute civilisation technologiquement avancée finit inexorablement par se détruire à l’aide de ses propres inventions ou des conséquences de sa croissance et de son développement.

Le filtre agirait tôt ou tard et, dans la majorité des cas, il surviendrait avant d’acquérir les moyens de peupler d’autres lieux dans la Galaxie. L’humanité a frôlé l’extinction lors de la guerre froide à cause de l’arme atomique et cette menace n’est pas encore entièrement révolue. Il pourrait également s’agir d’une catastrophe naturelle. Ça pourrait être une arme biologique ou tout simplement d’un virus naturel virulent issu de la dégradation de l’environnement, de la surpopulation et des modes de vie irrespectueux de la Nature. Ça ne vous sonne pas quelques cloches ?

Si toutes les populations extraterrestres disparaissent avant de coloniser à grande échelle d’autres systèmes planétaires, leur existence restera à jamais une simple hypothèse. Le Grand filtre agirait rapidement après l’élévation d’une civilisation au rang de peuple technologique puisqu’il regrouperait des centaines de causes létales plausibles, toutes capables de l’anéantir. Tant de dangers et si peu de sagesse acquise pour tous les affronter feraient en sorte de réduire à néant les chances qu’une civilisation puisse évoluer vers une espèce capable de visiter et coloniser la Galaxie.

Puisque les lois de la physique et de la chimie sont semblables, peu importe le lieu où les espèces vivantes évoluent, on peut parier que les civilisations extraterrestres font face aux mêmes contraintes que nous-mêmes et qu’elles progressent de manière à peu près équivalente. L’inverse est également vrai. Si, inexorablement, les peuples des étoiles se détruisent, probablement le même fâcheux destin nous attend.

Alors, priez pour observer une panoplie de peuples extraterrestres débarquer sur Terre dans les plus brefs délais, la théorie du Grand filtre sera ainsi mise à mal, nous permettant peut-être d’espérer avoir un avenir autre que celui de sombrer dans l’oubli ou l’ignorance universelle d’avoir un jour vécu, évolué, inventé et d’être passé à un cheveu de visiter les étoiles.

Les six monstres

Autrefois, nous pouvions compter sur six types d’événements distincts très efficaces pour limiter la population mondiale.

Commençons par les événements les plus frappants, les cataclysmes naturels. Chutes de météorite, bouffées de rayons gamma, explosions de volcans, séismes destructeurs, tsunamis ravageurs, ouragans monstrueux, ces causes multiples tuaient vite et en très grande quantité. Ces situations existent encore, mais maintenant il est possible de limiter les pertes par des prévisions fiables et des alertes adéquates.

MIT-Blackhole-Jet_0

Ces cataclysmes naturels causaient la plupart du temps de grandes famines, accroissant du même coup le nombre de victimes collatérales, mais les temps de disette pouvaient être dus à bien d’autres facteurs, comme à des agents pathogènes, à la pauvreté et même à des despotes. La famine a existé de tout temps et continue, aujourd’hui encore, son œuvre destructrice. Chaque année, plus de 10 millions de personnes meurent de malnutrition. Ce chiffre représente environ 0,1 % de la population. Autrefois, ce pourcentage était bien plus grand. Aucune région et aucune époque n’était épargnée par le manque de nourriture ou par sa qualité compromise.

guerre-civile-1970_1_729_476

Ensuite, évidemment, la faucheuse pouvait compter sur les maladies. Qu’elles aient été causées par des insectes, des rongeurs, par des volatiles ou par tout autre vecteur infectieux provenant d’une hygiène déficiente, une bonne peste décimait facilement le tiers de la population d’une région en quelques semaines. Rajoutons à cela les autres maladies naturelles non soignées, l’humain tombait comme des mouches. Une médecine minimaliste n’y pouvait pas grand-chose et la plupart du temps elle n’était accessible qu’aux plus fortunés.

cover-r4x3w1000-5a16db69e4a1e-etching-the-plague-in-florence-1348-wellcome-m0000786

Plus près de nous, la grippe de 1918, dite espagnole, a fait 100 millions de morts, soit près de 5 % de la population de l’époque. Cette pandémie est survenue après une autre grande cause de mortalité chez l’humain, les guerres, et dans ce cas particulier, c’était la Première Guerre mondiale qui venait d’emporter 20 millions d’individus, soit près de 1 % de la population totale de la Terre.

Puisque les guerres ont toujours existé, le nombre d’humains à trépasser à cause d’elles est innombrable. Qu’il s’agisse de petits ou de grands conflits, autrefois les guerres achevaient de décimer les populations que les autres causes avaient encore épargnées.

histoire_sociale_ww1

Il ne faut surtout pas oublier que l’humain mourait également dans de nombreux accidents occasionnés par trop peu de précautions et si peu d’intérêt pour les prévenir. L’humain était une bête facilement sacrifiée au nom de la moindre convoitise. Les accidents faisaient partie des « risques du métier », comme on disait à l’époque.

Le sixième fléau occasionne moins de victimes que les autres. Cependant, il est certainement le plus monstrueux de tous. Les homicides de toutes natures se perpètrent au quotidien sans accalmie aucune. Ils surviennent dans toutes les régions du monde. Bien sûr, certains pays ont des bilans à décrocher les mâchoires. Les pires endroits concernés se retrouvent surtout en Amérique du Sud où les systèmes politiques, policiers et judiciaires auraient urgemment besoin d’une version 2.0.

Sahak-Mashalyan-considere-massacre-Armeniens-1915-durant-Premiere-guerre-mondiale-troupes-lEmpire-ottoman-instrumentalise_0_729_485

Avant notre ère moderne, à cause de la conjugaison de toutes ces causes mortelles, l’humain se reproduisait comme un lapin afin d’espérer conserver au bout du compte quelques descendants aptes à poursuivre la lignée. La survie de l’espèce, en passant par celle de la famille, s’avérait fortement compromise.

Aux époques anciennes, la Terre était vaste, grandement inhabitée et ses ressources semblaient illimitées, mais de nos jours cette belle naïveté n’a plus sa place. Nous savons maintenant que la Terre est très petite en regard à notre population actuelle.

31650_large

Paradoxalement, l’avènement de la machine censée nous déshumaniser a amené le combat contre les six fléaux présentés précédemment. Chaque humain est devenu plus que jamais un être important qu’il faut protéger contre tous ces fâcheux événements. Ainsi est survenue la surpopulation mondiale. L’humain dans son ensemble ne se reproduit plus autant qu’auparavant, fort heureusement, mais les batailles contre la mort se gagnent bien plus souvent qu’elles ne se perdent.

Les six monstres continuent et continueront de nous tuer. Cependant, pour la plupart d’entre eux, ils n’ont rien de comparable à ceux d’autrefois. Des organismes nationaux et internationaux dirigent la lutte aux pandémies. Les guerres se font à coups d’unités d’élite plutôt qu’avec des troupes de chairs à canon. L’excellente hygiène quasi généralisée protège les populations contre la prolifération de foyers d’infection. Les causes des accidents de travail sont traquées et éliminées. Les alertes aux cataclysmes permettent aujourd’hui aux gens d’évacuer à temps les zones à risques. La médecine moderne protège, répare et guérit les individus. La qualité de vie rend les homicides plus rares.

Pour la grande majorité d’entre nous, aujourd’hui nous vivons dans l’insouciance. Notre vie est exempte de la plupart des problèmes occasionnés par ces fléaux. Alors qu’adviendra-t-il de nous lorsque l’un d’eux frappera sans avertissement ?

Nous avons perdu nos techniques de survie. Nous croyons vivre des malheurs alors qu’ils ne sont qu’insignifiances à comparer aux grandes catastrophes. Nous avons déprogrammé notre débrouillardise, nous nous sommes ramollis, nous vivons en pachas et nous l’ignorons.

song8

Lorsqu’un grave fléau s’abattra sur nos populations, une bonne partie d’entre elles mourra simplement parce qu’elle ne saura plus comment réagir. Elle se plaindra au lieu de prendre le taureau par les cornes. Elle attendra du secours plutôt que de se battre pour sa survie et pour celle de ses proches. Elle se découragera quasi instantanément, si peu habituée à surmonter des difficultés majeures de ce genre.

Il restera bien sûr des survivants et parmi eux, on pourra compter sur ceux qui se seront battus de toutes leurs forces avec l’énergie du désespoir, avec le désir profond et inaltérable de transcender les difficultés, quelles qu’elles soient. Ces survivants redéfiniront de nouvelles façons de vivre où l’on verra toujours la vie aussi précieuse, mais aussi que chaque vie doit se prendre en mains sans devoir attendre une aide providentielle qui n’arrive jamais dans des circonstances exceptionnelles de grande envergure. Les rescapés ajouteront leurs batailles à celles des autres. Ils se créeront une existence où ils ne deviendront pas un pénible fardeau ni une inutilité braillarde.

Tous, ils retrousseront leurs manches comme nos ancêtres savaient si bien le faire. Tous, ils verront la vie comme une bataille chèrement gagnée et non comme un dû gratuit et inaliénable. Tous, ils cesseront leurs jérémiades individualistes pour véritablement devenir des battants solidaires.

Attendez-vous cependant à ce que le prix à payer soit incommensurable, car malheureusement, il faudra que survienne une très grande catastrophe pour qu’une fois de plus nous puissions passer à un stade supérieur de notre évolution.

yellowstone-615

 

L’Antarctique, deux menaces

L’Antarctique est le septième continent. Il suscite beaucoup d’intérêt depuis quelques années. Il comporte un volcan actif, le mont Erebus. Sa couche de glace varie beaucoup d’un endroit à l’autre, certains lieux laissent apparaitre le sol rocailleux tandis qu’à d’autres, trois kilomètres d’eau gelée depuis des millions d’années recouvrent son sol en permanence.

Ce continent n’a pas toujours occupé sa position actuelle. La dérive des continents l’a amené à ce lieu très particulier du globe à partir du fractionnement du supercontinent la Pangée entamé il y a de cela 240 millions d’années.

Ce n’est plus un secret pour personne, le réchauffement climatique fait fondre des quantités phénoménales de sa glace qui a pour effet direct d’élever le niveau des océans. On compte encore ce rehaussement en millimètre, mais il s’accélère dangereusement. Il deviendra bientôt impossible de protéger efficacement plusieurs lieux densément peuplés de la planète contre les effets de cette élévation permanente. 

Les conséquences les plus évidentes surviennent lors d’ouragans, typhons, cyclones — ces trois mots désignent le même phénomène météorologique — lorsque la pression atmosphérique en forte baisse surélève le niveau des mers qui envahissent alors les terres côtières ayant le malheur de se trouver à basse altitude. Ces inondations occasionnelles deviennent aujourd’hui plus fréquentes, et ce, une fois encore, à cause du surchauffage de l’atmosphère et des océans qui dope les tempêtes tropicales.

600px-Recent_Sea_Level_Rise-fr.svg

Ce problème ponctuel deviendra permanent lorsque l’élévation moyenne des océans finira par avoir le dessus sur plusieurs basses terres. Certaines villes mieux nanties pourront retarder l’inévitable en construisant des murs de rétention et en installant des pompes géantes, mais à plus long terme, elles seront elles aussi condamnées à disparaitre.

Les changements climatiques ne toucheront pas seulement les riverains. Nous subirons tous d’une façon ou d’une autre les multiples conséquences directes et indirectes de nos émissions des gaz à effet de serre.

Et parmi les conséquences indirectes de la concentration de méthane et de CO2 dans l’atmosphère, l’une d’elles concerne une fois de plus l’Antarctique.

Le septième continent cache bien des choses sous sa glace, dont tout un tas de volcans. On n’a pas fini de les compter et jusqu’à présent, on en a recensé 138. Pour l’instant, ils semblent endormis, mais un problème se profile à l’horizon et celui-ci émane une fois de plus du réchauffement de notre planète.

csm_Volcans-Artique_45daa1045f

Une analogie très valable consiste à voir un volcan comme une bouteille de champagne. Son magma accumule des gaz dissouts provenant de l’eau qui s’est infiltrée. Tant que le bouchon sur la bouteille parvient à retenir la pression interne, rien ne survient, tout reste calme. Toutefois, on connait la suite des choses si, pour une raison ou pour une autre, l’équilibre se rompt. Cette rupture peut provenir d’une hausse subite de la pression interne, comme lorsqu’on brasse la bouteille, ou de l’affaiblissement du bouchon.

c19e68e258_49475_antarctique-carte-cia-world-factbook-wikimediacommon-dp

Pour l’Antarctique, le bouchon, c’est sa glace. En fondant, il s’affaiblit et un jour, la pression interne des volcans actuellement enfouis dépassera la capacité de la glace de la contenir. Lorsque le réveil sonnera, combien de volcans entreront en éruption simultanément ?

Ce mystère ne sera connu que le jour où la catastrophe surviendra. Il est impossible de la prédire, mais cette incapacité ne signifie aucunement qu’elle n’arrivera pas. Toutes nos connaissances actuelles pointent dans la direction d’un effet « bouteille de champagne ».

Ainsi, le seul continent inhabité (ou presque) nous menacera avec sa glace et ensuite avec son feu. Nous sommes en train de réveiller le dragon endormi dans sa prison en lui retirant l’immense couverture glacée permettant de le maintenir placide. Ce n’est vraiment pas une bonne idée ! Mais à quoi sert la prudence, sinon à nous empêcher de rester confortablement endormis sous une chaude couverture d’insouciance ?

Collapsologue

J’ai appris que j’étais collapsologue. Rassurez-vous, je ne souffre pas de collapsite ou pire, de collapsose.

Être collapsologue, c’est tout d’abord croire que le monde tel qu’on le connait va s’effondrer. Ah! Là, vous me reconnaissez. Ouais, pour un gars qui a écrit des dizaines de nouvelles sur la fin du monde, il ne pourrait en être autrement.

En théologie, il existe le terme « eschatologie » pour signifier l’étude de la fin des humains et du monde. Il serait synonyme à collapsologie s’il ne regardait pas tout à travers des lunettes où un quelconque dieu nous punit pour nos actes. L’humain n’a pas besoin d’une entité bien-mal-veillante pour être puni, il le fait très bien tout seul. Mais parce qu’il applique son châtiment à ses voisins, il ignore sciemment qu’eux-mêmes font claquer leur fouet sur son propre dos. Et c’est la ronde stupide des châtieurs châtiés.

041816-kgo-1906-sf-great-quake-img_image_16-48-4712-1024x576

Le collapsologue croit à l’effondrement de notre mode de vie et s’il s’y prépare adéquatement, il devient un survivaliste. J’ai déjà abordé le sujet ici même. Il s’y prépare, tout d’abord, psychologiquement. S’il possède des tendances de pédagogue, il en parle autour de lui, et si en plus il s’avère être un blogueur, il parvient peut-être à sensibiliser un public éloigné et élargi.

Ensuite, il acquiert des kits de survie, des vêtements appropriés et du matériel facilitant son autonomie. Il se monte des plans d’urgence. Comme outil, il ignore toute forme de technologie au-delà de celle intégrée dans une bonne vieille hache. Bon, ici j’exagère un peu, des allumettes, c’est sacrément pratique, mais vous comprenez le principe. Et d’ailleurs, je possède aussi du matériel pour allumer un feu sans allumette. Faque (ça fait que)…

Feu12

Le collapsologue est le dernier à vouloir l’effondrement de la civilisation, mais il le sait inévitable et surtout, il ne (se) le cache pas. Pour ceux qui en sont tout aussi convaincus et qui agissent comme si l’implosion ne surviendrait jamais, on a déjà inventé les mots autruche, jovialiste et niais dépendant de leur degré de négation et de la pauvreté de leur argumentation.

Pour les autres, les optimistes, ceux qui sont convaincus du contraire, il existe plusieurs catégories. J’en connais qui croient en l’humain, qui pensent sincèrement qu’il va finir par prendre les choses en main afin d’éviter les pires crises. Ils sont convaincus que les gens finiront par se lever et s’élever au-dessus de leur état bestial actuel. Que l’amour, la compassion, le partage, la sincérité et la bonté finiront par rassembler les humains autour d’un projet sérieux et réaliste. À eux, je lève mon chapeau, car mes facultés ne me permettent pas de penser ainsi, et j’espère de tout cœur qu’ils aient raison, même si je suis convaincu du contraire.

Sense8_Finale_Unit_01280_R.0

Une autre catégorie est celle du genre monsieur Jemefousdetout, les dépensiers compulsifs, les pollueurs invétérés, les gaspilleurs éhontés, ceux pour qui le recyclage n’est qu’une perte de temps, la parcimonie un signe de pauvreté, qui croient que tout leur est dû, qu’ils possèdent tout en étant en manque de tout, que les autres personnes valent juste d’être à leur service, qui vivent sans remords de leurs abus les plus intolérables.

Vous les connaissez, ce sont eux qui nous ont amenés au bord du précipice et qui vous demanderont de vous y précipiter avant eux afin d’amortir leur chute. Ce sont eux qui ne veulent rien changer. Ils se reconnaissent facilement puisqu’ils se montrent comme des paons. On les retrouve dans chaque famille, dans chaque rue, dans chaque cercle d’amis, dans chaque bureau et usine et surtout, on les retrouve au sommet puisque ce sont des gens de pouvoir, ce sont nos dirigeants.

Zone volcanique de Taupo

Il n’existe heureusement que très peu de supervolcans dans le monde. Le plus connu et surtout le plus médiatisé de tous est le Yellowstone aux É.U.A. Ce dernier mérite probablement son titre du plus dangereux et du plus susceptible d’éclater à tout moment.

The-consequences-of-the-powerful-Taupo-eruption-of-c-AD-232-showing-the-position-of-the.png

Si vous croyez que des supervolcans ressemblent au Vésuve, au Krakatoa, au Pinatubo, au Santorin, au Tambora, à la montagne Pelée, au Laki ou au mont St Helens, détrompez-vous, car ceux-ci ne sont que de vulgaires pets de nonnes à comparer aux véritables monstres que sont les supervolcans.

maxresdefault-8

Parmi cette courte liste, je vous ai déjà parlé de l’Ilopango au Salvador et du Toba à Sumatra ainsi que des champs Phlégréens en Italie, mais il y en a un autre que je n’avais jamais abordé.

Ce supervolcan est méconnu et pourtant ses dernières frasques sont plutôt récentes et elles ont été gigantesques. Sa position géographique l’aide peut-être à se faire oublier puisqu’il se situe en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’ile Nord. Aujourd’hui, comme d’autres supervolcans, il se démarque, non pas par un joli cône, mais au contraire par sa cuvette, sa caldeira remplie d’eau et formant un immense lac, le lac Taupo.

wanderlust-PL

Voilà environ 26500 ans, le supervolcan Taupo est entré en éruption avec un indice VEI de 8, le maximum sur cette échelle d’éruptivité. Il a projeté dans les airs plus de 1000 km3 de cendre, de gaz et de roches. Pour point de comparaison, en 1883, le Krakatoa n’a atteint que le niveau 6, le Vésuve, un petit 5 et la montagne Pelée, seulement 4. Seuls les supervolcans atteignent l’indice 8 sur cette échelle qui multiplie par 10 la quantité d’éjecta à toutes les fois qu’elle grimpe d’un échelon.

1416861977671

Les conséquences climatologiques de l’explosion qu’on nomme aujourd’hui «Oruanui» restent difficiles à quantifier puisque la Terre traversait déjà à cette époque un épisode d’intense refroidissement et il se trouvait pratiquement à son minimum. Il est possible que le climat ait plongé encore plus bas, c’est tout ce qu’on peut tirer comme hypothèse. Voilà la raison pour laquelle cet événement est passé presque inaperçu et pourquoi on n’en parle pratiquement jamais.

hemisphère-nord-temperature-250000.jpg

On a su évaluer les quantités de gaz et de poussières émises dans l’atmosphère et à ce chapitre, il est clair qu’on a eu affaire à une super éruption, la dernière des 74000 dernières années où son frère, le Toba, faisait des frasques.

Le lac Taupo constitue aujourd’hui une partie de la caldeira du volcan. Ses dimensions de 20 km x 30 km montrent le gigantisme du géant somnolent. Toutefois, la zone volcanique au complet fait 350 km de long sur 50 km de large et comprend plusieurs volcans. Elle est causée par une zone de subduction qui fait remonter du magma des entrailles de la Terre par la pression générée par la plaque océanique lorsqu’elle s’enfonce profondément dans le manteau terrestre.

blxdoyds9bmvtiigxo5u

La dernière importante éruption du Taupo date probablement de 230 de notre Ère. Une fois encore, celle-ci se perd dans les arcanes de l’histoire où l’on peine à lui attribuer une datation précise. Elle fut toutefois de bien moindre ampleur que celle du minimum glaciaire précédent.

Malgré son indice de dangerosité, on en connait très peu sur le Taupo. Il vient toutefois s’ajouter à notre sac à catastrophes mondiales potentielles. Une des particularités des supervolcans est qu’ils finissent tous par refaire de super éruptions un jour ou l’autre. Reste à savoir quand et de quelle ampleur, mais chose certaine, leurs prochains débordements ne seront jamais anodins.

L’eau qui marque

Lorsqu’on remonte les annales de la Terre, l’on s’aperçoit qu’elle a connu et connait encore de nombreux tsunamis. Les occasions de générer ces vagues meurtrières ne manquent pas, car notre planète peut compter sur une panoplie de moyens différents. Météorites, éboulements, glissements, affaissements de montagnes, élévations subites du plancher océanique, volcanismes sous-marins, détentes de plaques continentales, déplacements horizontaux subits de plaques océaniques, les océans ourdissent en profondeur de bien grandes catastrophes qui se dérouleront à des milliers de kilomètres de leur lieu d’origine.

10993034

Pourtant les tsunamis ont longtemps constitué un mythe, car on ne leur trouvait aucune cause proche des lieux de désastres. Les scientifiques ne doutent jamais de leurs théories, ils préfèrent douter des récits et des légendes, ça leur évite de chercher et ça préserve leur sentiment de supériorité.

Malgré l’invraisemblance des histoires rapportées, ces événements exceptionnels ont réellement existé et aujourd’hui nous avons parfaitement compris leurs différents mécanismes. Nous savons également reconnaitre les traces géologiques de leur passage permettant de figer les lieux, époques et ampleurs exacts de ces phénomènes récurrents non cycliques.

Massive impact crater from a kilometre-wide iron meteorite discovered in Greenland.mp4

Parmi les tsunamis les plus célèbres, le plus important n’a jamais été aperçu d’aucun homme. En tombant partiellement dans la mer, la météorite de Chicxulub qui dévora les dinosaures non aviaires il y a de cela 66 millions d’années a engendré une vague planétaire dont la crête en plein océan devait mesurer près de 150 mètres. En comparaison, le tsunami de 2004 en Indonésie mesurait environ 15 centimètres lorsqu’il se baladait en plein océan, mille fois moins haut que son ancêtre du Crétacé.

Le mot «tsunami» est d’origine japonaise. Ça se comprend, parce que ce chapelet d’iles est parfaitement situé pour recevoir des bombardements de vagues monstrueuses. Non seulement ce pays doit composer avec ceux engendrés près de ses côtes et ils sont pléthore, il reçoit également les vagues créées de l’autre côté du Pacifique en provenance des états de l’Alaska, de Washington, de l’Oregon, de la Californie, du Canada et même d’Amérique du Sud.

Ceinture_de_feu_du_Pacifique.svg.png

Dans un article précédent, je fais état d’un mégatsunami américain survenu en l’an 1700 dont la date exacte est connue puisque le Japon a subi une attaque océane le lendemain et a répertorié cet événement dans ses annales.

Un autre tsunami bien connu fut celui engendré par l’explosion de l’ile de Santorin en Méditerranée voilà 3600 ans qui mit fin à la civilisation minoenne.

santorin

La Norvège et l’Écosse ont connu un tsunami de grande ampleur en provenance d’un éboulement en mer de Norvège il y a de cela 8100 ans. Cet endroit est toujours propice à subir d’autres événements semblables à celui-ci qu’on nomme «Glissements de terrain de Storegga». Des strates géologiques en font état encore aujourd’hui.

1200px-Conglomeratereyes

L’un des plus monstrueux de tous n’a pourtant pas eu comme origine un lieu situé sur la ceinture de feu du Pacifique, là où l’on s’attend à les rencontrer généralement, mais dans l’Atlantique. Voilà 73000 ans, un flanc du volcan Pico do Fogo au Cap-Vert s’étale dans l’océan, provoquant un mégatsunami qui se répercute sur toutes les côtes atlantiques.

1018587171

Nous connaitrons une situation similaire avec le Cumbre Vieja dans un avenir pas si éloigné. Lire mon article «La menace du Cumbre Vieja» sur le sujet.

J’écrivais précédemment que les tsunamis ne sont pas cycliques (certains pourtant le sont), ça n’empêche pas de tenir des statistiques. Une dizaine d’années en moyenne séparent des tsunamis relativement importants dans le monde, mais on peut vivre un siècle sans subir de graves dégâts.

cropped-MBM-3.jpg

Même si aujourd’hui nous sommes plus sensibilisés qu’autrefois à ce phénomène, il n’en demeure pas moins que nous restons très vulnérables face aux tsunamis puisque l’humain s’est fait un malin plaisir de bâtir partout au pied des océans. Nous subirons donc des pertes incommensurables, c’est garanti.

Quand? Ayez crainte! C’est pour bientôt.

Survivre à la comète de Noé

Cet article fait suite au précédent, La comète de Noé.

Voilà 12900 ans, nous ne sommes déjà plus au cœur de la dernière période glaciaire puisque les températures s’élèvent lentement depuis déjà 9000 ans et de manière plus marquée depuis les 2000 dernières années. Les glaciers fondent, mais cette eau douce peine à se déverser dans la mer à cause de la topologie du terrain et des bouchons de glace qui la retient. Elle forme alors d’immenses lacs de plus de mille kilomètres de diamètre. Ces vastes réservoirs, il y en a eu plusieurs situés en Amérique du Nord et les Grands Lacs actuels en sont des résidus.

BlueOrigin_LookingToTheFuture

Puis survient la comète groenlandaise. L’impact engendre une onde de choc et de chaleur qui se répercute à des milliers de kilomètres. Le vague de chaleur subite fait sauter les bouchons et toute l’eau accumulée derrière ces barrages naturels trouve enfin une sortie. Le déversement d’eau est bien plus important que celui occasionné par la seule fonte du glacier groenlandais sur les lieux de l’impact. C’est littéralement une mer entière d’eau douce et froide qui dévale de nouveaux fleuves jusque dans l’océan, remontant son niveau de plusieurs mètres de manière quasi instantanée, et ce sur l’ensemble des océans de la planète puisqu’ils sont tous interconnectés.

ob_c71e46_1032488657

Pensez à un tsunami dix fois plus important que celui de l’Indonésie en 2004. Imaginez une vague qui rase tout, emporte tout, engloutit tout et qui, contrairement à un tsunami ordinaire, ne se retire jamais une fois ses méfaits effectués.

La suite de cet épisode prend un tournant personnalisé, puisque vous vivez à cette époque. Et même si vous êtes situé à bonne distance du Groenland, la comète va bouleverser de façon radicale votre vie et celle de vos proches.

edward-curtis_article_column

Imaginez que vous vivez comme presque tous vos semblables, sur le bord de la mer, afin de profiter de ses bienfaits, de sa nourriture abondante et du panorama. Imaginez-vous, habitant des grottes creusées à une époque reculée où la mer était plus élevée, mais dont personne n’a souvenance. Puis vous observez l’horizon alors que vous pêchez à la lance sur le bord de l’eau. Quelque chose d’inhabituel se produit là-bas au loin. La mer écume et un mur d’eau semble se lever et se rapprocher rapidement de vous.

687px-2011-11-17_13-35-19_Switzerland_Canton_de_Vaud_Ecublens2

Même si vous ignorez de quoi il s’agit, vous criez à vos amis de déguerpir immédiatement, car votre instinct vous le dicte. Plusieurs d’entre eux ne portent même pas attention à ce que vous leur dites. D’autres prennent le temps d’observer le phénomène, mais l’absence de comparatifs à des dangers connus les laisse indifférents.

Votre instinct fonctionne différemment parce que vous n’avez jamais vraiment aimé la mer. Elle vous nourrit, mais elle est capricieuse et emporte parfois des vies innocentes, comme votre tout premier enfant. Vous attrapez votre dernier marmot qui s’amuse autour de vous et le jetez prestement sur vos épaules. Les gens vous voient déguerpir comme un lapin en se questionnant sur votre subite folie. Vous criez comme un perdu en grimpant la colline à toute vitesse, abandonnant vos agrès de pêche et vos prises du jour. Vous apercevez votre femme cueillant des fruits avec votre fille. Elles entendent vos cris de détresse sans en comprendre la signification, mais d’emblée elles ont appris à vous faire confiance. C’est votre rôle de savoir quand il faut plier bagage et sonner le départ.

1200px-Porche_Sainte-Anne_Tilff-20mai2008

Vous vous dirigez vers le sommet de cette crête où une grotte inoccupée, car trop éloignée de la mer, pourrait offrir un refuge. Vous hésitez à vous y engouffrer, car vous seriez pris au piège advenant une montée trop importante du niveau de l’eau. Vous êtes à un doigt de penser que cette idée est totalement absurde, car elle se trouve à plusieurs dizaines de mêtres de hauteur par rapport à la côte, mais vous choisissez de contourner ce potentiel refuge afin d’atteindre le sommet de la crête, l’apex de tous les environs.

10993034

Une fois votre famille réunie sur cette colline, vous ne pouvez qu’attendre impuissants la suite des choses. Vous leur montrez la cause de votre subite panique. Maintenant positionné en altitude, le phénomène apparait bien réel et bien plus effrayant. Il se rapproche dangereusement de la côte et le mur d’eau a décuplé de hauteur. De votre position, vous constatez que cette vague gigantesque couvre toute la largeur de l’océan visible. Vous vous époumonez en criant aux autres de fuir, mais la plupart de vos amis ne ressentent pas le danger imminent, trop occupés à traquer le poisson.

D’autres ont commencé à comprendre et ils cherchent maintenant à vous imiter, mais le mur d’eau avance trop vite et il continue à prendre de la hauteur. Il devient monstrueux et vous ne doutez plus qu’il rasera absolument tout sur son passage. Ne pouvant plus fuir ailleurs, vous espérez simplement qu’il vous épargnera.

abc_2

Puis la vague commence à s’abattre sur la côte, emportant ceux qui n’ont pas saisi l’imminence du danger, c’est-à-dire presque tout le monde. L’eau se déverse sans aucun répit et subitement vous comprenez. Ce n’est pas une vague, c’est le niveau de l’océan entier qui est en train de monter.

Les corps sont projetés et disparaissent. Les chênes centenaires, les pins vénérables sont déracinés comme de vulgaires brindilles se faisant charrier sans ménagement. Le niveau d’eau atteint presque la fameuse grotte, celle que vous avez heureusement négligée, elle sera bientôt submergée. Vous vous félicitez intérieurement, mais la partie n’est pas encore jouée. Vous observez le territoire environnant se transformer graduellement en iles, car même après le passage de la vague, l’eau ne cesse de monter derrière elle.

DSC03920

Votre cerveau fonctionne à la vitesse de l’éclair depuis que vous ne pouvez plus rien faire d’autre que de penser. Il analyse les images enregistrées de l’océan, de la vague, de sa hauteur, de son élévation, de sa vitesse. Vous êtes habitué à évaluer les distances, les accélérations, les déplacements lors de vos chasses. Sans être le plus habile, vous êtes certainement le plus futé du groupe. Une tribu maintenant disparue. 

Soudainement, un éclair frappe vos pensées. Vous vous retournez vers votre femme pour la rassurer, car vous venez de comprendre que vous serez épargnés. Elle peine à vous croire, mais elle lit de la sincérité et du réel espoir dans vos yeux. Elle s’occupe de faire de même avec vos deux enfants qui demeurent pour l’instant pétrifiés devant le spectacle duquel ils ne comprennent absolument rien.

tsunami_v1

Les arbres défilent toujours à l’horizontale en contrebas, mais l’élévation du niveau de l’océan semble effectivement s’essouffler. Les bouts de bois commencent à s’accumuler pêle-mêle sur les nouvelles rives. L’océan cesse de bouillonner pour prendre l’aspect d’un cours d’eau défilant plus calmement.

Le plus dur semble passé, cependant l’eau continue lentement de faire disparaitre la surface des iles avoisinantes. Vous insistez auprès de votre femme pour ne pas quitter tout de suite votre position. Vous savez pertinemment que le danger aime frapper deux fois, tout d’abord à l’improviste et ensuite lorsque vous le croyez terminé.

Demain, vous aurez la suite de cette histoire de laquelle vous êtes le héros. Ce texte n’est pas une fable, je le vois plutôt comme un compte-rendu historique oublié puis récupéré à travers mes brins d’ADN. Il s’impose dans ma tête comme une réalité trop probable pour n’être qu’une simple fiction.