Ragoût de novembre

Les dérèglements climatiques nous apportent des inversions de mois, des déplacements des saisons. Depuis une trentaine d’années, je constate que le climat oscille, pour ne pas dire vacille. La Terre ne semble plus trop savoir comment se comporter. Bien sûr, on a déjà vu des mois plus froids, plus chauds, plus secs, plus pluvieux, plus neigeux, etc., mais les dérèglements sont rendus maintenant la norme plutôt que l’exception. On bat des records de ci ou de ça au quotidien alors qu’avec le temps passant, statistiquement, nous devrions rencontrer des extrêmes de moins en moins fréquemment.

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Je suis en train de marcher dans l’arrondissement Rosemont en direction nord-ouest. Je dois parcourir quelques pâtés de maisons, deux ou trois kilomètres, pour me rendre à un rendez-vous au Café Lézard. La température extérieure est passablement plus froide que la normale de saison, mais le pire c’est le vent. Un noroît glacial, cinglant, me fouette le visage sans ménagement. Lorsque j’attends à un feu de circulation, je tourne le dos à ce vent abominablement frigorifiant. Désagrément inapproprié pour ce temps de l’année, mes vêtements frisent la limite de leur capacité à me protéger.

Les noroîts ont la fabuleuse et détestable propriété de transporter de l’air directement pompé de l’Arctique lorsque le courant-jet plonge très au Sud. Cet air glacial envahit à l’heure actuelle tout le Québec ainsi que les états de la Nouvelle-Angleterre aux É.U.A., mais aussi des états bien plus au Sud tels le Michigan, la Pennsylvanie et même l’Illinois. Bref, on gèle en novembre comme si on était au cœur de février.

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Bon, j’exagère un peu, c’est un peu la marque de commerce du Corbot. Cependant, en ce mi-automne, mon corps et mon esprit ne sont pas encore prêts à accepter les joues gelées et les oreilles battues par les grands vents boréaux. Heureusement, l’autre jour j’avais enfoui mes cache-oreilles au fond de mon sac. Je les extirpe avec fierté en me congratulant pour avoir été si prévenant. Je cesse toutefois mes bravos en me rappelant d’avoir sciemment abandonné mon foulard sur la patère avant de quitter le domicile ce matin alors qu’il me serait actuellement d’une superbe utilité.

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J’entre dans le resto avec la face gelée et les gouttes au nez. La serveuse me tend un menu et un sourire oscillant entre la bienséance et l’hilarité. Je lui quémande un sèche-cheveu afin d’aider ma face à reprendre vie, elle revient avec un café brûlant. Soumis à la chaleur intérieure, mes gouttes de morve se transforment en pendouillis. Mon paquet de papiers-mouchoirs refuse de s’ouvrir. Mon téléphone rend l’âme. Mon rendez-vous attend sa bise. Ma vessie malmenée par le froid réclame son soulagement. Mes deux mains gauches et mon cerveau pétrifié hésitent à choisir une priorité. Je déteste me sentir morveux, à la limite de l’incontinence et partiellement demeuré lorsque mon corps dégèle. Ce temps est parfait pour me faire signer un contrat de préarrangements funéraires pour une perruche que je n’ai pas ou l’achat d’une assurance contre les invasions de kangourous.

Et lorsque février décide de débarquer en novembre sans avis préalable, lorsque l’antigel n’a pas encore remplacé l’eau dans mes tissus organiques, lorsque le soleil devient si timoré que je peux le regarder en pleine face et qu’il se met à rougir de honte, LeCorbot se renfrogne, noircit et devient irascible. Eh non, ce n’est pas mon état naturel! Un peu… pas toujours!

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Mais lorsque je repense au ragoût fumant qui m’attendra à mon retour, ma rogne, ma noirceur et mon irascibilité s’estompent un peu, preuve que je vieillis. Foutu ragoût de novembre!

Penser autrement, valable pour tous

La semaine dernière, j’ai été visiter un salon de l’emploi à Montréal. Nous sommes en pleine pénurie de main-d’œuvre et les employeurs tentent tant bien que mal de pourvoir des postes toujours vacants.

Pourtant, combien de kiosques ai-je visité qui n’offraient que la présence d’un préposé chargé de remettre un carton avec l’adresse web de leur site où les postes à pourvoir sont affichés?

Quelle manière dispendieuse mais surtout inutile de trouver des candidats intéressants! Les employeurs recherchent des gens capables de penser autrement, selon leurs propres dires, alors qu’eux-mêmes semblent incapables d’en faire autant. Trouver de bons candidats dans un contexte de pénurie exige de sérieusement réviser ses critères d’embauche ainsi que ses méthodes pour les trouver.

Participer à un tel salon peut s’avérer fructueux si une personne allumée est présente pour percevoir le potentiel au-delà d’un simple CV et où une grille avec des cases à cocher remplace l’intelligence.

Messieurs, mesdames, des ressources humaines, il est temps de rajouter de l’art dans votre méthode. Vous aussi devez penser autrement si vous désirez vraiment découvrir de nouveaux diamants. Cessez de reluquer les écrins des autres, de regarder si des pierres déjà taillées ne trainent pas quelque part sur la moquette. Trouvez des pierres brutes là où vos concurrents n’iraient jamais chercher. Sortez de votre boite à chaussures, think out of the box comme disent les Chinois et vous verrez que ce que vous prenez pour de vulgaires cailloux recèle des gemmes extraordinaires pour peu que vous sachiez les regarder sous des angles et avec des outils différents.

Le géant évidé

Tapi au plus profond de la forêt boréale, là où les animaux étaient autrefois rois de ce territoire vierge aussi grand qu’un continent, se terre un incroyable géant. Plutôt gentil au regard de son fabuleux potentiel, ou endormi, son souffle ronfle et son cœur siffle au sein d’une immense caverne creusée juste pour lui dans le plus dur et le plus âgé des rocs terrestres.

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Pour se nourrir suffisamment, ses denrées s’étalent sur des centaines de kilomètres carrés en amont de cette impressionnante barrière faite de faux rocs pour pallier celui qui manquait précisément à cet endroit. L’ouvrage voûté s’étire et se détend sous la pression, mais résiste courageusement au désir naturel de l’eau de le transcender. Ce faisant, le géant n’en laisse passer qu’une infime quantité à la fois afin d’alimenter son cœur métallique rotatif.

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Ce géant est-il magicien ou même démiurge? Que dit-on de celui possédant le pouvoir de transformer l’eau en biens? Des objets de toutes sortes sont fabriqués grâce à son énergie quasi inépuisable, dont mon téléphone avec lequel je prends des photos de ses membres titanesques.

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Le doux monstre s’avère être un myriapode d’une incroyable longueur, ses innombrables membres couvrant des milliers de kilomètres afin de soutenir ses artères qui finiront par se ramifier en des millions de capillaires jusqu’à alimenter la plus humble des prises électriques murales servant à recharger mon téléphone.

Les pattes évidées du géant transportent son sang au-delà des montagnes, par-delà les vallées, par-dessus les rivières et les fleuves. Graciles, fluettes, elles supportent pourtant des tensions énormes, solidifiées dans leur cause par leur solidarité quasi indéfectible. Soutenu de parts et d’autres par des pattes jumelles, chaque membre maintient fièrement sa droiture presque en toutes circonstances malgré l’évidement quasi total de sa structure.

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Je passe sous cette fabuleuse autoroute à électrons en ressentant une impression de ridicule petitesse face à elle. Le géant grésille discrètement, ce bruit ressemble à celui d’une fine pluie tombant sur une bâche. Je suis en partie son créateur, il est un peu mon œuvre et pourtant je le trouve grandiose, surhumain, totalement disproportionné par rapport aux dimensions naturelles de tout ce qui vit sur cette planète.

Je finis par surgir de sous son ventre. Après avoir salué ses cimes métalliques, mes yeux retrouvent la rivière, le sol, l’herbe et… une famille de bernaches en pique-nique aux abords de la piste.

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Aussi incroyable que puisse m’apparaitre ce géant aux électrons bien dressés, rien n’est plus délicieux à regarder que ces cous fièrement montés afin d’exhiber leur jolie famille aux passants. Peu farouches mais toujours prudentes, elles me montrent qu’il est possible de vivre heureux, paisibles et fiers de ses accomplissements sans avoir construit un géant évidé. D’ailleurs, ne sont-elles pas en mesure de voler bien au-dessus de sa tête?

Aussi grandiose qu’une œuvre humaine puisse paraitre, la beauté d’un seul oiseau vaut bien celle d’un géant évidé.

Une rivière et un havre

Une journée d’été magnifique, un peu trop chaude à mon goût, malgré un mercure indulgent. Le soleil bénéficie de l’air relativement pur pour mieux nous assommer. Ma casquette endure l’épreuve en silence, mais pleure tout de même quelques larmes de sueur.

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Vous voyez dans cet article des clichés que je viens de réaliser à deux pas de chez moi à Montréal. Le plan d’eau, c’est la rivière des Prairies, un bras du fleuve Saint-Laurent ceignant la rive nord de l’ile de Montréal. La largeur de la rivière à cette hauteur atteint environ un kilomètre.

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Le niveau de cette rivière et celui de son affluent demeurent très bas à cause de la chaleur et du manque de précipitations. Le débit du seul émissaire des Grands Lacs est régulé par une série de barrages contrôlant les niveaux des cinq immenses résidus d’eau douce de la dernière grande glaciation. La linéarité du fleuve exempt de méandres confirme sa jeunesse, mais aussi que son eau coule dans une faille géologique majeure, la faille Logan, séparant les Appalaches au sud du bouclier Précambrien au Nord.

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À cette hauteur, les rives sont gardées à leur état naturel et les oiseaux aquatiques viennent y nicher en grand nombre. Canards noirs, colverts, branchus, huards, pluviers, hérons et mouettes n’ont pas à se disputer le territoire beaucoup plus vaste que leurs besoins. Ça ne les empêche pas toutefois de participer à des petites sauteries en groupe où leur promiscuité contraste avec la vastitude des paysages. La grégarité se décline chez bien des espèces autres que l’humaine.

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Les bosquets environnants regorgent d’oiseaux discrets, parulines, sittelles, chardonnerets, mésanges et étourneaux, mais la chaleur les cloue sur place, les rendant invisibles puisque les prédateurs rôdent en permanence. Le parc se situe à une dizaine de mètres au-dessus du niveau d’eau actuel. Au printemps, la rivière en crue atteint sa bordure. Le boulevard Gouin tout près est parfois inondé. La différence des niveaux saisonniers est impressionnante, et ce malgré les barrages régulant les débits. Maintenant, c’est tout le contraire et la navigation de plaisance peine à éviter les hauts-fonds. Tant mieux, ça fait moins de moteurs pour la polluer.

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Le temps de rebrousser chemin est arrivé, confirmé par le niveau d’eau dans ma petite bouteille. Je dévisse mon trajet jusqu’à l’appart, heureux de la promenade, mais aussi d’une fraicheur retrouvée.

Je vois la vie comme à bord d’un voilier. Aussi plaisante que soit la navigation où le marin découvre des mers et des iles magnifiques, il n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il jette l’ancre dans une anse qui lui servira de havre.

Un orage passe

Le temps est à l’orage. Humide, suffocant, stagnant, l’air apparait translucide, voilé, indécis. Le tonnerre annonce l’entrée en scène imminente de la pluie subite et peut-être forte, mais déjà j’en doute.

Je me tiens à la porte, grande ouverte, pendant le temps où c’est encore possible. J’observe le ciel, comme pour y découvrir l’importance de l’orage. Je l’évalue de faible ampleur, mais qui sait puisque je suis conscient que mes yeux n’embrassent qu’une partie de la dépression? Les nuages ont pris cette teinte gris-bleu acier, caractéristique des cumulonimbus moyennement chargés, un autre indice en faveur d’un passage sans trop de dégâts. Je me fie également aux intervalles plutôt longs entre les grondements de tonnerre encore distants, pour l’instant.

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J’imite mon père décédé depuis longtemps déjà. Il ne manquait jamais une occasion de se planter dans le cadrage de la porte d’entrée pour regarder en action ces forces de la Nature. Aussi loin que mes souvenirs me le permettent, je me tiens près de lui, observant ses rares et brèves expressions. Stoïque mais pas dénué d’intérêt. Il ne dit rien, ou presque, souvent une seule phrase laconique par épisode. «Ça va passer en vent». «On va bientôt voir de gros clous». «L’orage se rapproche». «Il va nous éviter».

Il se trompait rarement, sinon jamais. Ou plutôt je ne me rappelle pas s’il se trompait. Ça n’a pas vraiment d’importance. Une fois sa prédiction avérée, il attendait un peu, puis il rentrait. Je n’aurais jamais osé rentrer avant lui… ou après lui. Je n’obéissais à aucun ordre, il agissait, je faisais simplement comme lui, comme un garçon avec son père, comme un père qui sait et le garçon qui lui aussi veut savoir.

 

Je regarde les nuages évoluer rapidement. Des éclairs apparaissent au loin. Le tonnerre ronronne moins, ses éclats deviennent plus craquants, signe que l’orage se rapproche. L’air est presque irrespirable tellement il stagne.

Quelques gouttes de pluie éparses précurseurs de l’ondée se manifestent timidement, comme des estafettes venues excuser l’arrivée intempestive d’un général tonitruant.

La direction du vent imminent décidera du sort de ma porte. L’effet Venturi consiste en un soufflet créé par les nuages bas qui poussent l’air accumulé sur une plus grande altitude devant eux, comprimant cette masse gazeuse et l’expulsant dans le sens de leur progression.

Ça y est, voilà l’air qui bouge et sa température qui dégringole, victime de la loi de la pression des gaz. En quelques secondes, j’apprécie déjà la chute rafraichissante du mercure et l’effet de cette baisse amplifiée sur ma peau par la légère brise.

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Une nuée plus sombre passe au-dessus de ma tête. Le vent se renforce, mais la pluie reste encore relativement sage. Un important éclair déchire le ciel juste devant moi, son pendant sonore le suit de peu. La tempête se rapproche, je le remarque également par les cimes des arbres au loin qui oscillent avec moins de grâce et plus d’emportement. La pluie devient moins timorée, je ferme la porte à contrecœur, je m’assois tout près pour en rater le moins possible malgré les vitres zébrées de coulisses qui font obstruction à mes observations.

Le tonnerre s’intensifie, je le sens presque à ma verticale, mais j’ai vécu bien pire. Jusqu’à présent, ma prévision s’avère, cet orage ne rentrera pas dans les annales. La pluie refuse de se déchainer malgré de subites et brèves sautes d’humeur. Les coulisses aux carreaux des fenêtres se transforment en un enduit coulant plus homogène. Paradoxalement, j’y vois mieux.

Le plus gros coup de tonnerre jusqu’à maintenant se fait entendre. Presque au même moment, la pluie cesse presque entièrement et le ciel au loin s’éclaircit de plusieurs tons. L’orage s’éloigne en ramenant les conditions atmosphériques précédentes. D’importance trop faible pour agir efficacement contre la canicule, je retrouve les chaleurs humides désagréables.

La pluie en rémission, je rouvre ma porte en pensant toujours à mon père. Il m’a transmis ce goût, ce plaisir d’observer les orages. Merci, papa, pour ce joli cadeau.

Première mondiale : Le fantôme de l’opéra en français !

Une première mondiale à Montréal hier soir, l’œuvre censée être présentée en primeur l’an passé à Paris et reportée pour cause d’incendie a finalement connu son dénouement francophone à la salle du Monument National au cœur du centre-ville de Montréal.

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En version concert, mais bénéficiant quand même d’une mise en scène présentant 19 chanteurs et chanteuses, le «Fantôme de l’opéra» fut émouvant de la première jusqu’à la dernière mesure et a ravi l’ensemble de la salle archibondée pour l’événement.

L’orchestre de la francophonie, une institution dédiée à préparer les jeunes diplômés de musique, brillamment dirigé par Jean Philippe Tremblay, a soutenu chaque phrase musicale de l’opéra avec brio. Je dois noter au passage un manque occasionnel de clarté, mais à d’autres moments les auditeurs ont eu droit à de très poignantes performances individuelles et collectives. Pas d’hésitations, enchainements bien contrôlés, l’arrimage avec tous les chanteurs s’est toujours opéré malgré les jours réduits de pratique.

La qualité de la traduction de Nicolas Engel, présent pour l’occasion, ne doit souffrir d’aucun complexe par rapport à la version anglaise de Charles Hart, elle s’avère magistrale.

Évidemment, le génie du compositeur Andrew Lloyd Webber rend unique cette œuvre moderne et l’émotion nous a tous transportés grâce aux 68 musiciens et 19 chanteurs entassés sur la scène. La petite-fille de Gaston Leroux, auteur français du roman, était également présente lors de l’événement. Elle a plaidé pour faire maintenant connaitre cette version de l’œuvre de son aïeul dans le monde entier.

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Natalie Choquette nous a bien fait rire dans son rôle de Carlotta, la précieuse ridicule adversaire de Christine interprétée par Anne-Marine Suire dont la puissance dans le bas du registre faisait malheureusement défaut. Mais que dire de la prestation du baryton Hugo Laporte dans le rôle du fantôme! Tous simplement qu’il s’est révélé parfaitement à la hauteur de l’immense défi qu’exige cette partition au registre très étendu.

Je ne palabrerai pas sur les 16 autres rôles, sauf spécifier que la distribution a offert une excellente performance.

Une soirée exceptionnelle dont je remercie grandement mon amie Isabelle pour la délicieuse invitation.

Les tam-tams du désir

Avez-vous déjà ressenti la transe en entendant des tam-tams ? Une première expérience en ce sens est particulièrement troublante. Cet état différent, modifié de la conscience, ne s’obtient pas seulement avec des substances psychotropes. Elle peut survenir à l’improviste lors de danses en groupe sur de la musique tribale.

Avec le son des tambours, le corps s’anime, danse, cherche l’accompagnement rythmé. Les corps se frottent à l’unisson, faisant involontairement croitre des pulsions sexuelles sous-jacentes particulièrement irrésistibles.

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Les sons frappés, martelés devinrent nos premières musiques. Les sons soufflés s’y sont rajoutés plus tard et plus tard encore, on inventa les sons pincés ou grattés sur des cordes. Le premier volet de la musique humaine, la percussion, reste le plus ancré et personne n’est à l’abri de ses pouvoirs ancestraux.

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À Montréal, des mois d’avril à octobre, les gens se rassemblent les dimanches en matinée pour jouer bongos, congas, djembés et autres drums au pied du Mont-Royal. Cet événement culturel spontané remonte à l’année 1978 et se perpétue depuis sans qu’aucun organisateur ait besoin d’officialiser ces rendez-vous tenus sous le signe du plaisir, de la diversité culturelle et de la musique.

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Ces rassemblements impromptus mais prévisibles, officieux mais permanents, montrent un beau côté des Montréalais et de son caractère cosmopolite pacifiste vibrant à l’unisson. Bien sûr, les effluves denses de rembourrure de sofa abondent, mais sa légalisation atténuera certainement le zèle de certains policiers qui cherchaient parfois à créer des troubles inutiles autour d’un petit commerce de circonstance.

Si vous passez par Montréal en été, ne ratez pas de participer à une jam-session au pied du Mont-Royal. Vous pourrez même fumer votre marie-jeanne en toute quiétude. Une petite sieste et ensuite la vie nocturne trépidante de Montréal vous attendra pour continuer la fête.

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Les mêmes nouvelles

À Montréal, un grand quotidien autrefois imprimé s’est tourné voilà quelques années vers le numérique. Il a développé une appli fonctionnant uniquement sur une tablette et il alimente également un site web avec une partie des nouvelles qu’on peut lire avec l’appli. N’étant pas muni d’une tablette compatible, je me rabats quelques fois sur leur site internet pour apprendre les nouvelles locales et nationales.

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Autrefois, un journal ne publiait jamais le même texte plus d’une journée, c’était une règle d’or. Aujourd’hui, le site présente parfois les mêmes nouvelles durant plusieurs semaines, et pas dans des dossiers préparés pour l’occasion, mais à sa une.

Je ne m’insurge pas contre la diffusion des nouvelles sous forme numérique, j’en ai contre ce genre de comportement irrespectueux qui n’atteint pas seulement les lecteurs. Ces actes de négligence et de paresse attaquent les fondements mêmes de leur profession.

Et après vont-ils se plaindre que plus personne ne les prend au sérieux? En se comportant eux-mêmes comme des clowns, il devient bien difficile pour les gens de les traiter autrement.

Ils peuvent rétorquer de m’acheter une tablette pour obtenir les nouvelles avec leur appli. Je leur réponds alors de fermer leur site web, tant qu’à le négliger à ce point. De toute façon, ce torchon web m’a enlevé tout intérêt de continuer de les lire, peu importe l’outil utilisé.

Hep ! Bixi !

Le Bixi, c’est le vélo en libre-service de Montréal et de ses environs. Son concept est également exporté dans plusieurs grandes villes comme New York, Londres, Chicago, Boston, Toronto, Melbourne, etc. Son nom est un mot-valise composé de BI-cyclette et de ta-XI.

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Le Bixi est né à Montréal en 2009, il entame donc sa dixième saison. Au début, ses bornes restaient confinées au centre-ville et à ses aires environnantes. Maintenant, on les retrouve un peu partout sur l’ile de Montréal et même au-delà. Avec plus de 5000 bicyclettes en service dans la ville, ce système de transport saisonnier permet d’éliminer un grand nombre de véhicules automobiles.

Plusieurs brevets ont été déposés pour différentes parties du système, mais ce qui attire surtout l’attention c’est son cadre unique fait d’aluminium moulé en forme de boomerang. Le designer industriel montréalais Michel Dallaire s’est occupé de la conception du vélo et sa fabrication a été confiée au fabricant de bicyclettes saguenéen Devinci.

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On peut maintenant dire que les vélos, les bornes de paiement et les stations d’ancrage et de verrouillage sont solidement éprouvés. Toutes les villes qui ont adopté ce système ont économisé énormément de temps et d’argent en profitant des améliorations cumulatives.

Reconnu pour sa robustesse, le Bixi n’a pourtant pas cédé son élégance à cette cause. On a tout sauf l’impression d’enfourcher une bécane déglinguée.

Alors, bon anniversaire, Bixi et longue vie!

Dégustation de scotches

Hier, j’ai été invité à une dégustation de scotches au restaurant Les Cavistes dans le quartier Ahuntsic à Montréal. Nous avons eu droit à sept scotches différents, la plupart agrémentés de bouchées d’accompagnement s’accordant avec les flaveurs du scotch. Fumé, iodé, fruité, floral, terreux, boisé ou goudronné, la sélection de scotches était variée ainsi que les bouchées d’accompagnement. Chaque scotch était servi pur comme il se doit dans un glencairn et les portions étaient plutôt généreuses pour une dégustation. On peut rajouter une larme d’eau (2 à 3 gouttes) à certains scotches afin de faire éclater les odeurs et les saveurs lorsqu’elles refusent de se livrer à l’état pur. Cependant, je déconseille ce procédé pour les scotches plus éthérés, car l’eau les tuera.

Nous étions environ une trentaine et l’atmosphère était agréable, conviviale, sans guindage. Pourtant, tout au long de la dégustation, notre hôte nous a abreuvés d’informations pertinentes sur l’histoire des scotches, des régions, des procédés de fabrication et des particularités de chacun des alcools en vedette.

Ayant un assez long historique avec le scotch, je me suis pourtant fait surprendre à cinq reprises par des bouteilles qui m’étaient inconnues. Je recommande cette dégustation pour ceux et celles qui aiment déjà cette boisson, pas nécessairement aux néophytes en la matière qui chercheraient à savoir s’ils peuvent aimer le scotch. Mais ce qui compte réellement, c’est votre degré d’ouverture et votre plaisir gustatif face aux alcools forts.

Merci à ma partenaire de scotch pour cette très belle expérience.

Des vœux et des prédictions

Tout d’abord, mes vœux pour 2018. Je souhaite au monde entier une prise en main sans équivoque de solutions concrètes permettant d’amoindrir les bouleversements climatiques. C’est mon vœu, car on a bien le droit de rêver. Ce n’est pas une prédiction, car je crois son avènement impossible.

Bon. Qu’est-il advenu de mes prédictions de 2017 ? Ce sera mon bilan de fin d’année.

J’avais prédit que le club de hockey Les Canadiens ferait des séries courtes et c’est exactement ce qui s’est produit avec son élimination dès le premier tour des séries éliminatoires. Bravo, Mathis, tu reçois 100 % pour celle-ci. Le hockey au Québec, c’est pire qu’une religion. Qu’on le veuille ou non, il façonne le Québec comme aucun autre sujet d’intérêt. Pour ma part, je m’en contrefiche, mais ignorer notre club de hockey, c’est pire que contracter la lèpre. Alors, faire une prédiction sur ce sujet très sensible m’immunise contre le bannissement social et probablement même contre l’exil. Heureusement, la peine de mort a été abolie. Quand je vous dis qu’au Québec on ne niaise pas avec le hockey, c’est un euphémisme. Vous retrouverez donc ma prédiction pour 2018 un peu plus loin dans le texte.

J’avais aussi prédit la confirmation de l’existence de vie extraterrestre et à ce chapitre, j’ai presque eu raison lorsque le Pentagone a rendu publique en fin d’année la vidéo d’un ovni poursuivi par un avion de chasse. De plus, le pilote de cet avion a ensuite été interviewé, confirmant que cette vidéo était authentique. L’objet ne possédait ni ailes ni moteur apparent et pourtant, il se maintenait parfaitement dans les airs et a ensuite disparu à une vitesse bien au-delà de celles atteintes par des aéronefs de conception humaine.

On a également eu droit à la visite d’un objet allongé très étrange nommé `Oumuamua qui a frôlé la Terre et qui provenait de l’extérieur de notre système solaire. Ne ressemblant en rien à un astéroïde, une nature potentiellement artificielle a été évoquée par de nombreux scientifiques.

À cause de ces deux événements jamais survenus auparavant, je me donne la note de 50 % pour cette prédiction presque réalisée.

J’avais prédit que Trump se ferait démettre de ses fonctions, démissionnerait ou serait mis hors d’état de nuire s’il parvenait à se faire élire. Sur ce thème, j’obtiens 0 %, mais je reprends cette prédiction pour cette année. Oui, c’est ainsi que procèdent les grands prophètes. À force de toujours reprendre les mêmes prédictions d’année en année, elles finissent bien souvent par se réaliser. Ce n’est qu’une question de patience. De toute façon, les grands prophètes ont tous le même don, celui de faire oublier leurs prédictions non réalisées, mais de faire tout un chahut avec celles qui ont fini par s’avérer. Désirant moi aussi devenir un grand prophète, je leur pique leurs meilleurs trucs.

Et nous voilà en 2018. Je vais immédiatement me débarrasser de ma prédiction concernant le club de hockey Les Canadiens. Cette année, le club ne se rendra même pas en séries éliminatoires. Bon, c’est fini, on n’en reparle plus. Et surtout, ne me crucifiez pas comme le fut un autre grand prophète né en l’an 1 qui avait prédit qu’un messie viendrait nous sauver. Il jouait avec des dés pipés puisque c’était lui, apparemment, le fameux messie en question. Il y a des maudites limites à me considérer comme un vrai prophète ! Je n’y peux rien si l’équipe est pourrie, gangrenée, composée de tire-au-flanc et d’une équipe de repêchage incapable de faire la différence entre un joueur de hockey et une truite. Prédire une coupe Stanley à cette équipe, c’est comme prédire que le Soleil se lèvera à l’ouest pour se coucher à l’est. En tant que prophète, je ne peux pas dépasser ce niveau d’absurdité juste pour mousser ma popularité.

Oui, je sais, ma position est ambiguë. Est-ce que je veux ou pas devenir un vrai prophète ? Je dirais que je veux même devenir un très grand prophète, mais avec une tête toujours vissée sur ses épaules. Vous voyez le genre ? Faire beaucoup de fric de mon vivant et vivre suffisamment vieux pour tout le dépenser avec des filles sexy. Quoi ? C’est le vœu de tous les prophètes. Vous les preniez pour qui ? Des angelots ? Des saints ? Pfff ! À quoi ça sert d’être prophète sinon à convaincre les femmes d’acquiescer à mes avances en les convainquant qu’un prophète connait mieux leurs intentions qu’elles même ?

Pour les autres prédictions, je reprends intégralement les deux de l’an passé. Trump qui ne finit pas son premier mandat et la confirmation de vie extraterrestre sous n’importe quelle forme, soit bactérienne, primitive, évoluée ou carrément beaucoup plus évoluée que l’humain.

Et enfin une toute dernière prédiction inédite. Je prédis un cataclysme majeur durant l’année 2018. Un tremblement de terre hors du commun ou la colère phénoménale d’un volcan ou un tsunami dévastateur ou un mélange de tout cela. Le dérèglement climatique possède des effets insoupçonnés et inattendus – pas pour tout le monde, certains scientifiques les avaient prévus – sur les volcans et le relâchement des tensions des croûtes continentales.

J’en ai déjà parlé, le super volcan souterrain du parc de Yellowstone risque à tout moment de se fâcher. Ce serait un cataclysme planétaire comme l’homme n’en a jamais connu. Mais il existe beaucoup d’autres volcans qui pourraient être amenés à déclencher un hiver pouvant durer plusieurs années.

Quant au tsunami, il pourrait émaner d’un séisme majeur comme cela s’est produit en 2004, mais également d’un décrochement et d’un glissement soudain d’une montagne qui s’échouerait dans l’océan. À ce sujet, le volcan Cumbre Vieja à La Palma menace de générer un tsunami de 500 mètres de hauteur qui ravagerait la totalité de la côte est des deux Amériques si jamais la montagne qui l’héberge venait à se rompre et à glisser dans l’océan Atlantique. Et de fait, la montagne montre une fissure démentielle qui grandit sans cesse. Un jour, cette montagne finira par se scinder, c’est certain. Seuls la date et le nombre de victimes restent à être écrits dans le grand livre des cataclysmes les plus meurtriers.

Je rajoute aux catastrophes la chute d’une météorite. Même si on répertorie la plupart des menaces potentielles depuis quelques années, certains bolides spatiaux ayant touché terre nous sont déjà passés sous le nez. Ça pourrait très bien se reproduire avec un objet ayant déjà été détecté ou pas. Quatre facteurs rentrent en ligne de compte pour qualifier l’importance de la chute d’une météorite. Sa masse, sa vitesse, son angle d’attaque, ainsi que l’endroit où il touche terre.

Ce ne sont là que quelques exemples et j’ai même failli omettre le duel de cons entre les dirigeants de la Corée du Nord et des USA. Ma prédiction n’est pas rattachée à eux seuls, mais à tout autre cataclysme d’envergure rarement atteinte. Il ne faut pas toujours rattacher un nombre de victimes ou le coût engendré par une catastrophe à son importance. Un séisme de magnitude 9,5 ne s’est produit qu’une seule fois de mémoire d’homme. Aucun n’a atteint une plus grande magnitude.

Et voilà les prédictions du Corbot pour cette année 2018. Portez-vous bien, mais ne prenez pas de risque, inscrivez immédiatement mon nom dans votre testament comme héritier de vos biens. On ignore quand le destin nous frappera. Sauf mon grand-oncle qui savait exactement quand il partirait, à la minute précise, même. Le juge le lui avait dit.

Expressions québécoises – 5

Pour mon dernier article de l’année, un sujet bien de saison et particulièrement pertinent en ce moment où un froid intense touche Montréal depuis plusieurs jours.

À l’heure où j’écris ces phrases, il fait -23 °C et une sensation de -30 °C sur la peau. À cette température, la neige au sol crisse sous les pas. Les narines se bloquent. L’air donne une sensation de brûlure aux voies respiratoires. Les joues rosissent avant de picoter, premier signe d’une éventuelle engelure.

Nous sommes sous l’influence d’un intense vortex polaire (voir photo) créant une immense poche de froid qui descend très au sud. Le cher président américain en profite pour se moquer du réchauffement climatique, oubliant les feux intenses qu’a une fois de plus connus la Californie.

L’expression est : « Fa frette » ou « Fa frette en ta… »

Malgré deux termes musicaux, la note fa et la frette d’un instrument à cordes, l’expression n’a rien à voir avec ce champ d’activité.

La signification est : « Il fait très froid », « On se les gèle », « Il fait froid en [rajouter votre juron préféré] ».

Le « fa » est le verbe « fait ». J’ignore totalement pourquoi le mot froid s’est transformé en « frette » lorsqu’il fait très froid, mais on obtient ainsi une échelle de froid commençant par « frais », puis « froid » et enfin « frette ».

Pour le « ta… », c’est la première syllabe d’un juron québécois tiré (comme toujours) des mots d’Église, en l’occurrence le célèbre « tabarnak » (tabernacle). Ce juron nous a même valu le surnom de « los Tabarnacos » au Mexique, à Cuba et en République dominicaine, les pays hispanophones d’Amérique où l’on va se détendre durant les mois où il fa frette en ta…

À mes lectrices et lecteurs, je vous souhaite une très joyeuse fin d’année 2017. Surtout, soyez prudents sur les routes et dans le lit avec votre nouvelle conquête.