Verra-t-on un trou noir en 2018 ? (1)

Est-ce que nous pourrons voir un trou noir très bientôt ?

Évidemment, la question aurait de quoi faire rire. Puisque le fond du cosmos est noir, regarder un trou noir sur un fond noir, c’est comme observer un corbeau dans un placard. Pourtant, il est possible de voir ce à quoi un trou noir ressemble en regardant ses effets sur son environnement.

Afin de répondre à la question initiale, j’aurai besoin d’expliquer succinctement différents concepts que je distribuerai dans des articles distincts.

Le premier article sera donc consacré à rappeler comment se forme un trou noir afin de comprendre sa nature.

Une étoile est un délicat équilibre entre deux forces antagonistes. Tout d’abord, une étoile, c’est une bombe nucléaire. La pression engendrée par la fusion nucléaire tend donc à disperser les constituants de l’étoile comme le fait n’importe quelle bombe nucléaire. Toutefois, puisqu’une étoile est aussi un agrégat important de matière, la gravitation retient la matière éjectable en la concentrant au centre de l’astre, ce qui maintient l’étoile en une sphère plutôt stable.

Une étoile est donc une sorte de balance à ressort qui retient le poids déposé sur son plateau en le repoussant jusqu’à un équilibre entre les deux.

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Formation d’une étoile à neutrons

Cependant, le carburant nucléaire venant en fin de compte à manquer — et cela arrive d’autant plus rapidement que l’étoile est obèse — la pression des explosions nucléaires ne suffit plus à contrebalancer la force gravitationnelle qui comprime l’étoile. De ce combat singulier perdu d’avance, l’étoile finira par imploser sous son propre poids. Si elle possède suffisamment de matière, l’implosion réussira à vaincre les autres forces répulsives possibles dans la matière. Les électrons deviendront incapables de se repousser mutuellement (principe d’exclusion de Pauli) et finiront par s’écraser sur les noyaux des atomes. Ce faisant, les électrons fusionneront avec les protons du noyau pour former des neutrons. On obtient ainsi une étoile d’une densité extrême dont son cœur est entièrement composé de neutrons. Tous ces neutrons sont comprimés dans une sphère de 20 à 40 km de diamètre pour l’équivalent en poids d’une étoile de 1,4 à 3,2 fois la masse de notre Soleil. C’est dire comment la densité de la matière est importante ! Mais une étoile à neutrons n’est pas encore un trou noir.

Trop de matière pour résister

Si l’étoile à neutrons possède une masse supérieure à 3,2 fois celle de notre Soleil, ces particules neutres formant une espèce de noyau atomique géant seront elles aussi incapables de résister à la force gravitationnelle. Les quarks composant les neutrons atteindront leur limite de résistance et flancheront à leur tour.

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Formation d’un trou noir stellaire

À cette étape, il n’existe plus aucun autre mécanisme pouvant résister à la force gravitationnelle. La matière atteint alors sa limite d’existence et s’écrase en se concentrant un point infiniment petit. Le résultat est une singularité des équations de la relativité générale d’Einstein. Un point infiniment petit concentrant une masse de densité infiniment grande. Un trou noir est né.

Ouais, la physique n’aime pas trop les infinis et ces deux infinis du trou noir signifient qu’on a un « trou » dans notre théorie. Un trou noir de connaissances liées aux trous noirs qu’on ne parvient pas à éclaircir. Ironique, n’est-ce pas ? Cette formation des trous noirs se rapporte aux trous noirs d’origine stellaire, c’est-à-dire qu’une étoile est à l’origine du trou noir. Il atteint des masses maximales aux alentours de 14 fois celle de notre Soleil.

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Trou noir galactique (supermassif)

Il existe aussi des trous noirs galactiques. Ce sont des trous noirs tapis au cœur de la plupart des galaxies. Leur origine est controversée, mais il est certain qu’ils ont cru en avalant de la matière environnante et par coalescence avec d’autres trous noirs. Le record est détenu par le trou noir supermassif de la galaxie NGC 4889 qui aurait un petit 21 milliards de fois la masse de notre soleil !

La Voie lactée, notre Galaxie, cache également un trou noir supermassif en son sein. Il deviendra important pour la suite de cet article. Toutefois, sa dimension reste modeste. Il a la taille plutôt fine à comparer à bien d’autres trous noirs en ne pesant que 4 millions de fois la masse de notre Soleil !

Dans le prochain article, j’expliquerai simplement ce qu’on appelle l’horizon des événements d’un trou noir. Cette notion est essentielle pour comprendre comment on peut observer un trou noir.

Je vous donne rendez-vous demain pour la suite de ce passionnant feuilleton et vous encourage entretemps à poser vos questions sous forme de commentaire.

À bientôt.

L’infini et Dieu

*Avis important *

Cet article ne cherche aucunement à apporter une réponse à la question si Dieu existe ou pas. Chacun a droit à son opinion sur le sujet. Les convictions de chacun ne se discutent pas.

f6e27e5607bf2df7332a91b75945c0f7René Descartes, à l’instar de plusieurs autres philosophes, dit apporter la preuve de l’existence de Dieu dans l’infini.

Aujourd’hui, l’infiniment grand comme l’infiniment petit sont bousculés. Les choses qu’on croyait autrefois infinies ne le sont pas. On connait l’âge de notre Univers et ses dimensions finies. On connait aussi la plus petite parcelle de temps et de distance qui ne sont pas infiniment petits.

Ce sont des connaissances humaines, pas nécessairement la réalité, me direz-vous, et c’est vrai. En science, lorsqu’un infini se profile, c’est la preuve que notre théorie a atteint ses limites et qu’il faut la remplacer par une autre plus fine, plus précise. Lorsqu’on résout des équations et que la réponse est l’infini (∞), on doit se dire: «je ne possède pas la meilleure théorie». Parfois ça prend du temps avant d’avoir en main une théorie plus précise, mais jusqu’à présent, lorsqu’on est parvenu à éliminer les réponses donnant des infinis, la nouvelle théorie s’est toujours révélée meilleure que la précédente. 

Ainsi, en renversant l’affirmation de Descartes, si l’infini n’existe pas, Dieu n’existerait pas.

Il est toujours dangereux de baser des raisonnements sur des absolus, puisque ceux-ci sont rarissimes, voire probablement inexistants. On ne peut pas prouver ou infirmer l’existence de Dieu à partir de raisonnements basés sur des absolus comme l’infini.

Le meilleur exemple de raisonnement basé sur un absolu qui a d’étranges effets est le paradoxe du Dieu omnipotent.

ob_23b36f_paraomniSi Dieu est omnipotent, il pourrait créer une masse si importante que même lui ne pourrait la soulever. Mais s’il ne peut pas la soulever, il n’est pas omnipotent. Donc un Dieu omnipotent n’existe pas.

Pour résoudre ce paradoxe, les théologiens apportent la réflexion suivante: «Dieu le peut, mais ne le veut pas, il ne crée pas une masse qu’il ne pourrait pas soulever.»

Ouf! Dieu serait capable de créer une masse si grande qu’il ne pourrait pas la soulever, mais il choisit de ne pas le faire. Ce raisonnement ne résout pas du tout le paradoxe du Dieu omnipotent. Ça prouve, en revanche, que les théologiens pensent être en mesure de capturer les intentions de Dieu.

L’autre réfutation de ce paradoxe par les théologiens qui tiennent mordicus à l’existence du Dieu omnipotent, bien évidemment, est qu’une masse capable de faire plier l’échine à Dieu ne peut pas exister, comme un cercle carré. Mais un cercle carré n’existe pas et n’existera jamais, peu importe les dimensions de l’un et de l’autre. Ces deux objets sont et seront toujours contradictoires. Tandis que pour une masse, Dieu en a créé des petites, des grosses, mais pas de dimensions qu’il est incapable de soulever. L’objection des théologiens ne tient pas la route là non plus en postulant l’impossibilité d’une telle masse. Ils postulent l’inexistence d’un objet pour prouver l’inexistence du même objet.

Une fois encore, je le répète. Je ne cherche absolument pas à prouver quoi que ce soit par rapport à Dieu. J’apporte des éléments sur les aberrations de pensée des humains.

Ça me fait penser à Einstein lorsqu’il affirmait «Dieu ne joue pas aux dés.» Niels Bohr lui rétorqua: «Cessez de dire à Dieu ce qu’il est censé faire.»

En résumé, les infinis ne prouvent ni n’infirment l’existence d’un Dieu. Descartes avait tort lorsqu’il pensait y parvenir en choisissant cet angle. Si Dieu existe, il n’a peut-être rien créé d’infini, sauf notre bêtise, mais même là j’oserais croire qu’elle possède une limite.

Personnellement, je pense qu’il est vain de chercher sur terre la preuve de l’existence ou de l’inexistence de Dieu. Nous parlons de foi et celle-ci est personnelle à chacun de nous. Croire en un Dieu ne fait pas de nous une meilleure personne. Il existe bien trop de contre-exemples à cette assertion.