Adam, Ève et un certain Toba

Plusieurs cultures parlent d’un premier humain, un Adam duquel descendraient tous les autres humains. Jusqu’à tout récemment, la science considérait cette histoire comme un mythe, une façon de décrire nos origines en rembobinant le film disparu de notre histoire à partir de l’observation de la croissance démographique à différentes époques. De nos jours, on utilise ce même processus de rétrogradation pour décrire la théorie du Big Bang.

On comprend aisément comment cette technique associée à une autre coutume pratiquée à cette époque permettait de remonter le cours du temps. De fait, les enfants apprenaient le nom de tous leurs ancêtres (mâles) jusqu’au premier de leur lignée (!). Évidemment, cette liste ne peut être qu’incomplète. Si on calcule en moyenne cinq ancêtres du côté paternel par siècle, cinquante par millénaire, cinq cents par dix mille ans et cinq mille ancêtres par cent mille ans, la liste apprise de leurs aïeux ne remontait qu’à environs un ou deux millénaires tout au plus. Pourtant, l’apparition d’homo sapiens serait survenue voilà environ 200000 ans et il se serait même reproduit avec d’autres espèces que la sienne, dont les néandertaliens. Qui plus est, homo sapiens a eu des ancêtres pas si bêtes. Ainsi, la liste de nos ancêtres du genre homo s’étire dans le passé jusqu’à environ 2,5 millions d’années.

Les progrès de la génétique tracent un nouveau portrait plus rigoureux des origines de l’espèce humaine. Entre autres, il y aurait eu une sorte de goulot d’étranglement génétique datant d’environ 70000 ans. Il se serait produit un événement majeur durant lequel l’espèce humaine serait passée à un cheveu de l’extinction totale. Nous connaissons depuis peu l’existence d’un cataclysme planétaire survenu voilà -73000 ans ± 4000 ans. Il s’agit de l’éruption d’un supervolcan indonésien dont ses effets se sont fait sentir sur Terre durant près d’un millénaire. Aujourd’hui, ce volcan est une caldeira remplie d’eau et forme le lac Toba sur l’ile de Sumatra. C’est le plus grand lac volcanique du monde. Sa profondeur maximale atteint les 500 mètres et son cratère atteint les dimensions de la ville de New York.

Les deux dates concordent trop bien. On sait que l’éruption du Toba créa un hiver permanent sur la quasi-totalité de la planète avec des refroidissements dépassant les 15 degrés dans les régions tempérées de la planète. Une éruption semblable aujourd’hui décimerait également la population mondiale. À peine moins d’un pour cent de nos semblables pourraient probablement y survivre, sûrement moins. Seulement quelques milliers d’individus de notre espèce ont survécu à Toba quelque part dans le sud de l’Afrique.

L’analyse génétique de l’ensemble des peuples de la Terre tend à confirmer que tous les humains sont issus des mêmes ancêtres et ceux-ci seraient les seuls rescapés de cette épouvantable catastrophe. Malgré leurs apparentes différences physiques, les êtres humains sont quasiment frères et sœurs lorsqu’on compare les ADN de tous les peuples vivant à notre époque.

Ainsi, la théorie du couple mythique Adam et Ève ne relève pas nécessairement d’une bulle au cerveau. Toutefois, les scientifiques ne s’entendent pas encore sur ce point, malgré leur unanimité sur le faible nombre de nos ancêtres. Certains disent que l’analyse génétique mitochondriale (gènes transmis uniquement par la mère) prouve que toutes nos aïeules étaient des sœurs, qu’elles provenaient donc de la même Ève. Certains vont même jusqu’à affirmer que nous aurions également tous le même père, les rejetons des autres survivants s’étant éteints au fil du temps.

À la lumière des faits confirmant cette grande catastrophe mondiale qui fut de survivre à mille ans de changements climatiques drastiques qui éprouvèrent notre espèce et qui firent disparaitre tous nos cousins (ou presque), la plausibilité scientifique de la légende d’Adam et Ève devient forte.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons plus douter de la ressemblance génétique de tous les humains et cette dernière confirme nos origines communes. De plus, l’étude de la linguistique est également formelle sur le fait que toutes les langues du monde découlent d’une seule et même langue archaïque. Dans les deux cas, le calcul approximatif, mais non dépourvu de sens, des mutations génétiques et linguistiques visent un point de convergence comparable dans notre passé.

Ainsi, l’humain se serait pratiquement éteint, il aurait vivoté durant presque mille ans avant que la Nature ne redevienne suffisamment clémente pour qu’il recommence à se répandre un peu partout sur la planète pour atteindre aujourd’hui 7,3 milliards de semblables.

Alors, si vous haïssez votre belle-mère envahissante, votre ex infidèle, votre patron injuste ou votre voisine écornifleuse, soyez conciliant(e), car vous appartenez à la même sororité ou fraternité. Ça n’excuse peut-être pas ses comportements injustifiés à votre égard ou envers ceux qui vous sont chers, mais les membres d’une même famille se tolèrent toujours mieux, et ce même si le nom de votre ancêtre commun est à tout jamais perdu parmi les cendres du volcan Toba.

Bêtise humaine N° 1

Après un triptyque sur l’amour et les peines d’amour, je sentais le besoin de changer de registre sans toutefois trop m’éloigner du sujet principal. Je veux un texte plus léger, plus guilleret, plus osé peut-être ou, oui, une montée de lait sur la bêtise humaine ! Et quoi de mieux pour parler de cet art en constante progression que de s’attarder quelques secondes sur l’une des plus horribles créations inhumaines imaginables, je parle bien évidemment de la Saint-Valentin, la fête la plus poche de tout l’Univers connu et inconnu, créée ex nihilo par l’amant le plus poche de l’Univers connu et inconnu et qui aurait mieux fait de le rester, lui aussi, inconnu.

Pas besoin de chercher bien loin le coupable ou, en fait, les vrais coupables. Ce sont, eh oui, les Anglo-saxons. Après ça, on tergiverse encore sur le mythe de la froideur de ce peuple. (Ici, je m’adresse directement à eux) Si vous aviez fait plus souvent l’amour à votre partenaire, vous n’auriez jamais inventé cette horrible chose que vous osez appeler une fête ! Parlez plutôt de la célébration de l’oubli amoureux, de la déchéance amoureuse ou de l’inconvenance amoureuse, ce serait un plus juste titre. En passant, chers conquérants sans cœur, si vous l’ignoriez encore, Adam et Ève se sont fait expulser de l’Eden pour nous donner la chance d’honorer notre compagne à d’autres occasions que le seul rut. Et c’est comme ça que vous les remerciez de leur abnégation ? De grâce, transformez cette célébration en un hommage à nos aïeux qui ont tout sacrifié pour nous donner la possibilité de forniquer à souhait !

Toutefois, force est de reconnaitre que les Brits sont conséquents. Ils ont choisi un faux saint pour fêter faussement de faux amoureux. Même l’Église ne reconnait plus ce cul pis don à la con. Et pour rendre cette fête encore plus imbuvable, ce sont des angelots grassouillets en couches qui tirent des flèches chocolatées en direction des désolantes délaissées. Voyons, tout le monde le sait, les femmes compensent le manque d’amour par du chocolat. Et que donnent ces disciples de la chasteté à leur partenaire pour célébrer cet événement ? Du chocolat ! Certainement pour leur signifier que même durant ce seul jour de l’année où le chérubin essaye de titiller leur fibre amoureuse, le gars envoie à sa blonde un message lui disant : « je te remercie de savoir te passer de moi le reste de l’année et pour le souligner, je te donne une compensation qui te permettra de te passer encore de moi aujourd’hui ».

Petit fait intéressant qui m’est réellement arrivé. J’ai une nouvelle blonde. On est plus très loin de la date de cette fête maudite. Connaissant mon opinion sur le sujet, vous vous doutez bien que j’appréhende grandement l’arrivée de ce 14 février. Je tente le grand coup avec ma nouvelle flamme et je lui propose un marché : « tu me fous la paix avec la Saint-Valentin et je te promets de célébrer notre amour les 364 autres jours de l’année. Admettez que ce pacte était largement en faveur de ma douce. Et devinez maintenant sa réponse… Ah, j’entends au loin des femmes répondre la même chose… Effectivement, elle m’a répondu qu’elle voulait que je célèbre aussi la Saint-Valentin.

J’ai vite compris sur quel bord seraient tirées toutes les couvertures du lit. Notre couple ne s’est jamais rendu à la Saint-Valentin. Heureusement, car je savais exactement le présent que je lui aurais offert. Une boite de chocolat dans laquelle j’aurais glissé un billet aller simple pour les Îles britanniques.

Vous croyez qu’il est un peu tôt pour parler du 14 février ? Allez dire ça aux gérants de tous ces magasins qui nous inondent de rouge depuis le 2 janvier. À croire qu’on y tient une clinique permanente de don de sang.

Et pour ceux qui se posent la question sur le titre de cet article, je vous rassure immédiatement. C’est effectivement la première d’une suite d’articles consacrés aux bêtises humaines. Ce sont des sujets inépuisables, tout comme mes textes traitant des fins du monde (cliquer sur SFM-1 ou Projet SFM pour en savoir davantage).

De grâce, ceux et celles qui lisent cet article, référez-le à tous vos amis et connaissances. Un jour, peut-être, serons-nous débarrassés de cette fête insidieuse. On pourrait faire comme l’Église catholique et la récupérer à d’autres fins tout en évitant de brusquer ceux qui la trouvent pertinente. Je propose donc immédiatement un sujet de remplacement. La fête du trip à trois. Ça se situe un peu plus dans la lignée du geste d’Adam et Ève qui n’auraient certainement pas dédaigné l’expérience. Mais puisqu’ils n’avaient personne d’autre à leur disposition, ils ont dû se contenter d’une baise conventionnelle. Ensuite, Ève s’est bien reprise. Je tais sciemment sa méthode, mais de son union avec Adam, elle n’eut que deux fils dont le cadet a été trucidé par l’ainé pour quelque raison obscure. Elle n’est pourtant pas très difficile à découvrir lorsqu’on sait que nous sommes tous les descendants de… de qui exactement ?

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