Oasis

Notre vie est jonchée de moments tristes ou sombres. Nous sommes appelés à traverser des déserts, des moments intercalaires épisodiques où l’existence nous fait suer de ténébreuses mers ou pleurer d’impétueux fleuves sitôt absorbés par la sécheresse existentielle du moment.

Ces situations inconfortables, indésirables, nous incitent à tracer une route directe à travers ces terres arides avec l’espérance de rapidement retrouver la luxuriance de périodes plus prospères et plus heureuses.

La pauvreté superficielle et apparente du désert nous incite fortement à trouver une issue rapide, sinon immédiate. La ligne droite étant le plus court chemin connu entre deux points, nous prenons une grande respiration et nous fonçons tête baissée dans le but de mettre rapidement derrière nous ces moments misérables.

Les caravaniers savent pourtant que le chemin le plus rapide ne s’avère jamais être la ligne droite, mais celui qui permettra de survivre en suivant la ligne des oasis. La ligne droite amènera à l’épuisement des ressources et, inévitablement, aux conséquences qui s’ensuivront.

Peu importent les difficultés petites ou grandes rencontrées au cours de notre existence, il me parait sage de progresser en louvoyant d’oasis en oasis. Avancer sans s’épuiser, se reposer régulièrement, reprendre des forces et son souffle, prendre conscience de sa progression, évaluer ses besoins pour traverser la prochaine étape avant de reprendre la route. Toutes ces actions apparemment inefficaces apportent de grands bénéfices peu faciles à évaluer et pourtant essentiels. Lorsque le corps et l’esprit profitent de moments de relâche et de calme, ils trouvent bien meilleures conseillères.

Nous sommes constamment poussés à nous surpasser, à faire mieux et plus vite, à tout exécuter plus efficacement. La tentation de couper certaines activités apparemment dispensables peut sembler judicieuse afin de rencontrer les standards imposés ou satisfaire à nos propres attentes. Cependant, notre bilan à long terme souffrira inévitablement des petits et gros abus commis contre notre personne.

Résister à la pression sociale de performance exige une bonne dose de confiance en soi. Cette pression nous pousse également à en exiger trop des autres personnes gravitant dans notre entourage, nos parents, nos enfants, notre conjoint, des employés sous notre responsabilité, nos amis et même de simples connaissances avec lesquelles nous interagissons.

Les oasis, même si elles rallongent notre parcours de vie et ne permettent pas de maximiser nos bénéfices, parviennent par contre à les optimiser. Vivre plus heureux et moins stressés en se contentant d’un peu moins vaut amplement une vie où l’on se sera toujours foutu de notre bien-être quotidien. Nous devons cesser d’associer l’oasis à l’oisif. Comme toute source de vie, l’oasis rend l’humain meilleur.

Fausses bonnes idées

Une fausse bonne idée consiste à trouver une solution à un problème qui, lorsqu’on l’applique, engendre des conséquences plus graves que les avantages apportés par sa résolution. Le bilan global d’une fausse bonne idée se révèlera mitigé, désastreux et même abominable selon la superficialité de la réflexion ayant mené à son élaboration.

La cause de l’édification des fausses bonnes idées est à chercher du côté de la simplicité du raisonnement. L’humain aime bien les équations à une seule variable qui n’apportent qu’une seule réponse. Elles deviennent faciles à démontrer puisque l’évidence semble sauter aux yeux. Les gens, peu ou aucunement au courant du sujet traité, abondent facilement dans le sens de la fausse bonne idée.

Il faut bien comprendre le principe de base universel que rien dans la vie n’est totalement bien ou entièrement mal. En éradiquant une source apparente de mal, on élimine également la source de ses bienfaits. Étant ignorants de ceux-ci, seuls ses effets négatifs nous sautent aux yeux et l’idée de s’en prendre à leur cause apparait pleinement justifiée puisque pleinement avantageuse.

loup-20-720px

Il faut développer le réflexe de toujours questionner ce qui semble trop évident, trop simple, trop direct, trop beau pour être vrai. Un avantage cache toujours au moins un désavantage et souvent bien plus qu’un seul. Alors, même si une situation semble simple à comprendre, triviale, facile à analyser, l’adage populaire recèle une grande vérité, le diable se cache dans les détails.

L’autre principe de base à toujours garder en tête est que rien n’est aussi simple qu’on voudrait bien le voir ou que d’autres voudraient bien nous le faire croire. Il existe en toutes choses de multiples interactions et nos connaissances actuelles sur un sujet quelconque demeureront toujours fragmentaires, pour ne pas les qualifier tout bonnement de simplistes.

Le doute, la circonspection et même la suspicion doivent accompagner n’importe quelle démonstration, pas nécessairement pour faire dérailler les projets qu’on nous présente ou pour créer volontairement de l’immobilisme morbide, mais pour prendre de meilleures décisions à partir d’une plus grande quantité d’informations qui, souvent, se présenteront contradictoires.

Ainsi, grâce à de meilleures données, nous pouvons contrecarrer certains effets délétères de nos actes dès leur mise en œuvre plutôt que de tenter plus tard de renverser la vapeur, opération qui s’avèrera souvent extrêmement coûteuse, voire carrément impossible.

ash

Toutes les fois où nous nous substituons à la Nature, où nous prenons des décisions à sa place, toutes les fois où nous nous croyons plus intelligents qu’elle, le boomerang nous revient toujours en pleine figure. Destructions d’habitats, envahissements territoriaux, extinctions d’espèces animales et végétales, migration d’espèces, effets boule de neige imprévus, fragilisations ou brisures des chaines symbiotiques et alimentaires, transformations des sols et de l’hydrographie, chambardements dans les cycles naturels, tous ces impacts imprévus, négligés ou cachés nous rappellent qu’aucune équation n’est simple ni ne se résout d’un seul tenant.

Il en va ainsi avec la Nature tout comme avec la nature humaine. Aucune personne ne se comporte comme si elle était constituée d’une seule variable. Interagir avec les humains exige d’être conscient qu’ils possèdent leurs sensibilités propres, leurs faiblesses intrinsèques et leurs craintes parfois irraisonnées. La sagesse nous dictera un certain degré de prudence et de tact à leur égard. Elle nous gardera constamment à l’écoute des impacts de nos paroles et de nos gestes, même si nous sommes convaincus de notre bonne foi, de véritablement venir en aide, d’agir en vue d’apporter notre soutien. L’être humain s’avère bien plus complexe qu’on le perçoit.

Untitled-design

Cependant, cette complexité ne doit pas totalement nous décourager d’agir, mais il est possible que certaines de nos paroles ou certains de nos gestes s’avèrent finalement avoir été de fausses bonnes idées. Nous ne sommes pas exempts d’erreurs, bien au contraire, nous en faisons et en ferons sans cesse. C’est pourquoi nous devons constamment rester à l’écoute des autres, continuer infailliblement à observer l’impact de nos actions afin de corriger un tir mal ajusté, une parole blessante, une intention incomprise, un choix douteux.

Nous devons impérativement réfléchir avant d’agir et pour ce faire, il devient préalablement essentiel d’accumuler des informations pertinentes sous forme de questions-réponses ou par des observations-analyses. Ces précautions n’existent pas pour freiner une démarche d’aide, mais pour la nuancer, la bonifier, la rendre plus pertinente et pour réduire les effets collatéraux plus nuisibles qu’ils y paraissent parfois.

addiction-trop-de-pensees-750x440

Notre vie sera jonchée de fausses bonnes idées, les nôtres et celles des autres, et parfois on ne s’en rendra compte que bien trop tard. Ce sont les aléas de l’existence, mais si nous demeurons conscients des mécanismes qui les engendrent, nous pourrons en prévenir quelques-unes et en démonter quelques autres qu’on essaye de nous faire avaler.

Tout ceci se rapporte à un grand principe sur lequel je reviens constamment dans les articles de mon blogue, celui de toujours réfléchir, de se servir de ses connaissances, de son jugement et de ses doutes pour progresser, pour s’améliorer, pour parfaire ses compétences en toutes choses.

Des promesses !

Lu dans un blogue: «Dieu est fidèle à ses promesses». Ouf! Quelle affirmation lourde de conséquences! En théorie, puisque l’Univers entier est la création de Dieu, la fidélité à ses promesses signifie la façon dont le monde fonctionne dans ce qu’il a de plus élégant, mais aussi dans ce qu’il a de plus hideux et cruel.

220109159157008149226188097136010218008157031035

Cependant, cette citation ne provient pas d’un quelconque dieu, mais seulement d’un disciple un peu trop enthousiaste qui écrit et signe en son nom sans sa permission. Dieu entérinerait-il la paternité de la liste des prétendues promesses que certains humains lui attribuent?

240_f_112067513_xb7ii5igsc4t8kskb8yiuo49c5df45rs

D’autre part, Dieu remplirait ses promesses de façon inégale. Certaines personnes obtiendraient ses préférences alors qu’il renierait ses promesses sans aucune vergogne envers d’autres de ses créatures, et ce indistinctement qu’ils soient croyants ou athées, pieux ou indifférents, vertueux ou bandits.

En supposant que je crois en un quelconque dieu, je serais prêt à lui attribuer la paternité d’une seule promesse, celle qu’on finira tous par crever. Au moins, voilà une vérité qu’il aurait pu nous promettre et à laquelle il tiendrait effectivement parole envers tous ses sujets, bêtes et humains, dévots et impies.

Niels Bohr répondait à Albert Einstein: «Cessez de dire à Dieu ce qu’il est censé faire» quand ce dernier affirmait que «Dieu ne joue pas aux dés».

Cette phrase devrait également concerner tous les disciples de quelconques religions ou sectes qui s’attribuent le droit d’écrire ce que Dieu est censé penser, faire et promettre. Ils pourraient se contenter de se rappeler les promesses qu’eux ont fait à leur Dieu. Ce serait déjà beaucoup.

Menteur-b9fc4

Certains ont peut-être besoin de croire en un Dieu récompensant ou vengeur pour décider de faire le bien plutôt que le mal autour d’eux. Pourtant, il suffit de remplir les cœurs de bonheurs autour de soi et la récompense absolue survient immédiatement. Nul besoin d’attendre une prétendue promesse à survenir dans l’au-delà pour atteindre l’extase.

Yellowstone, le cauchemar est-il commencé ?

Le parc de Yellowstone dans les états du Wyoming et du Montana aux É.U.A. abrite l’un des volcans les plus gros et les plus dangereux de la planète. Lorsque je me suis intéressé pour la première fois à ce supervolcan, personne n’en faisait de cas. Maintenant, on en entend abondamment parler, mais quel est l’état réel de ce volcan capable de créer un hiver permanent à la grandeur de toute la planète ?

yellowstonevacations-home-fall-geyser-basin-desktop

Comme dans toutes les disciplines scientifiques incomprises, les avis divergent énormément d’un spécialiste à l’autre. Cependant, aucun géologue n’est réellement spécialiste du Yellowstone. Pourquoi ? Parce que sa dernière éruption globale est survenue voilà 640 000 ans. Parce qu’il n’est pas un volcan comme les autres. Parce qu’il possède une taille totalement disproportionnée. Parce que ce genre de volcan – il en existe quelques-uns sur la Terre – n’est jamais entré en éruption de mémoire d’homme et ainsi, on ignore totalement leur comportement et leurs signes avant-coureurs.

yellowstone

L’USGS (United States Geological Survey) estime à 1 sur 730 000 la chance d’une éruption récente, sans spécifier ce que le mot « récente » signifie. Un professeur de l’Université du Colorado croit, pour sa part, qu’il est dans une phase d’endormissement et qu’il ne se réveillerait que dans 1 ou 2 millions d’années. Pourtant, ce volcan possède un cycle éruptif relativement régulier tournant autour de 600 000 ans. Ce professeur a probablement été payé pour endormir les craintes des gens.

M2x075Px

Les geysers du Yellowstone connaissent actuellement une phase d’activités plus intenses. Ces jets d’eau et de vapeur restent néanmoins des signes relativement mineurs des humeurs du ténébreux volcan et ne devraient pas être considérés comme un oracle, toutefois ils ne peuvent pas être ignorés non plus.

Un autre signe très surveillé est l’activité sismique dans la caldeira. Dernièrement, on a noté une forte recrudescence du nombre de secousses, sommes toutes mineures, cependant ce regain d’activité inquiète certains spécialistes. On en dénombre maintenant plusieurs centaines par semaine. Ça ne semble pas poser de grandes angoisses pour l’instant, mais en colligeant tous les changements comportementaux du méchant dragon, je ne partage pas entièrement l’optimisme des géologues chargés de surveiller le sommeil du géant.

La prochaine éruption du Yellowstone atteindra le niveau VEI 8 sur l’échelle d’indice d’explosivité volcanique, le maximum possible. On le qualifie d’ultra-plinien apocalyptique puisque le monstre souterrain rejettera plus de quatre mille fois la quantité de cendres de l’explosion survenue au mont St Helens en 1980. Il recouvrira la moitié du sol des É.U.A. sous plusieurs centimètres de cendres rocheuses. Ses déjections atteindront la stratosphère à 100 km de hauteur et seront transportées à la grandeur de la planète. À cause de cette poussière omniprésente, la température chutera partout de plusieurs degrés, la photosynthèse s’effectuera très difficilement et causera des disettes et des épidémies catastrophiques un peu partout.

maxresdefault-3

Dans mon esprit, le Yellowstone se rapproche dangereusement d’une phase éruptive majeure, mais à l’échelle géologique, les temps ne se comptent pas en semaines ni même en mois. Nous aurons probablement le temps de terminer notre existence sur la boule bleue avant qu’il n’entame ses frasques, mais qui sait ? J’aurai peut-être la chance de regarder l’humain se faire remettre à sa place par la Nature qui lui montrera une bonne fois pour toutes qu’il n’a été qu’une vulgaire mouche agaçante à sa surface.

Ça se précise encore plus

Je sais, je m’étais promis de foutre la paix aux climatosceptiques afin d’entamer la phase de préparation aux catastrophes. Puisqu’il ne subsiste aucun doute sur la direction prise et conservée par l’humanité depuis ces deux derniers siècles, vous avez le choix entre le précipice ou le mur de pierre, je ne voyais plus aucun intérêt à discuter du sujet. On devra faire face à notre incurie collective et ça va brasser, croyez-moi ! Mais en tombant sur ce communiqué de presse, je n’ai pas pu résister à la tentation de vous en faire part.

La suite de l’article est directement tiré du site web du gouvernement du Canada et concerne l’Antarctique.

7e080c8439_112555_grotte-antarctique-vie

Communiqué de presse

Le 24 septembre 2018 – Gatineau (Québec)

La température de l’eau de mer près de l’Antarctique augmente, selon une nouvelle étude réalisée par une équipe de scientifiques d’Environnement et Changement climatique Canada et une de leur collègue du Scripps Institution of Oceanography, aux États-Unis.

Leurs conclusions, publiées aujourd’hui dans la revue Nature Geoscience, sont les premières à montrer que le réchauffement de la température de l’océan Austral au cours des dernières décennies résulte directement – et principalement – d’une hausse des émissions de gaz à effet de serre causées par l’homme. La diminution des niveaux d’ozone atmosphérique liée au trou dans la couche d’ozone contribue également au réchauffement.

Les scientifiques ont combiné une analyse de toutes les données historiques existantes et un modèle informatique de pointe mis au point par Environnement et Changement climatique Canada. Ils ont également conclu que les eaux près de l’Antarctique deviennent moins salées, ce qui concorde avec la modification connue des régimes de précipitations dans l’hémisphère Sud.

 

Citations

« Notre étude montre que l’augmentation de la température et la diminution de la salinité observées dans l’océan Austral sont causées par l’homme, qui est responsable de l’augmentation des gaz à effet de serre et de l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique. Il est important de comprendre les changements qui s’opèrent dans l’océan Austral, car ce dernier joue un rôle clé dans le bilan thermique de la Terre et l’absorption du carbone, et les glaciers qui le recouvrent peuvent avoir un impact sur la hausse du niveau de la mer. C’est la première fois que l’influence séparée de la hausse des émissions de gaz à effet de serre et de l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique a pu être détectée dans l’océan Austral. »

– Neil Swart, chercheur, Environnement et Changement climatique Canada

Faits en bref

  • L’océan Austral s’est réchauffé deux fois plus rapidement que la moyenne de l’océan mondial.
  • La hausse des gaz à effet de serre est le principal facteur responsable des récentes augmentations de la température et diminutions de la salinité de l’océan Austral.
  • L’appauvrissement de l’ozone contribue également au réchauffement de l’océan Austral et à la diminution de sa salinité. Cependant, étant donné que le rétablissement de la couche d’ozone est en cours grâce au Protocole de Montréal, on prévoit une diminution de l’incidence de l’ozone sur l’océan Austral.
  • Du 19 au 21 septembre 2018, le Canada a été l’hôte d’une réunion des ministres du G7 pour discuter de l’action climatique mondiale et de la santé des océans du monde.

 

antarctique_sizedLien : https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/nouvelles/2018/09/la-hausse-de-la-temperature-de-leau-de-mer-pres-de-lantarctique-est-causee-par-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-et-lappauvrissement-de-lozone.html

 

Spécialisation et fragilité

La société humaine a franchi une étape charnière de son évolution le jour où elle a commencé à chasser en groupe. Ces sociétés de chasseurs-cueilleurs l’ignoraient, mais ils venaient d’inventer la fragilité individuelle.

954a6658-fba9-11e2-bc8f-21853ba6fc73

Cueillir sa nourriture reste un acte solitaire et semblable pour tous les cueilleurs. À ce niveau d’évolution, un acte sociétal est tout de même faisable, celui de mettre les denrées en commun pour les distribuer selon une équité ou selon un mérite quelconque.

On peut se comporter de la même façon à la chasse. Tuer une perdrix ou un lièvre s’effectue individuellement. Toutefois, tuer un bison ou un mammouth est une autre paire de manches. Sans spécialisations, certaines pour attirer la bête, l’isoler, pour la rabattre en enfin pour l’abattre, la chasse aux gros gibiers resterait inefficace. Chacun s’occupant d’une tâche distincte, elles sont mises en commun dans un processus global permettant au bout du compte d’attraper la proie et de gagner, ce faisant, le droit de recevoir une part du gibier.

1025093820

D’une chasse à l’autre, les individus amélioraient leur technique, savaient choisir et appliquer les meilleures méthodes lorsque les conditions changeaient. Ils acquéraient ainsi un rôle pratiquement indispensable, mais en contrepartie ils devenaient quelconques sinon médiocres dans les autres spécialités.

kim

Chaque humain étant différent, l’efficacité d’un groupe augmente avec celle de chaque spécialisation. Accomplir certaines tâches précises parmi un ensemble possible devient un atout non négligeable pour la communauté. Les besoins globaux ainsi que les talents naturels des nouveaux membres définissaient leur futur rôle.

yuri-alekseyev-bois-russe-ermite-cabane-une.jpg

Maintenant, il est devenu impensable de vivre de manière autonome, nous devons tous nous fier aux autres. Même les ermites ayant décidé de vivre retirés et de ne se nourrir que de leurs chasses, pêches, cultures et cueillettes utilisent des tas d’outils fabriqués par notre société, des graines provenant d’elle et des vêtements issus des métiers à tisser. Ils échangent leurs surplus contre d’autres denrées ou équipements impossibles à obtenir ou fabriquer dans leur milieu.

La spécialisation n’a cessé de grandir avec le nombre d’humains peuplant la Terre. On peut dire que le niveau technologique croit en fonction du nombre d’individus. Acquérir autant de compétences variées aussi complexes et si rapidement avec le dixième de notre population n’aurait pas été possible. Le temps nécessaire à atteindre le même niveau d’achèvement aurait été multiplié par un facteur bien plus grand que dix. Imparfaitement imagé par le concept du tas de sable, pour qu’il croisse, une base de plus en plus vaste s’avère nécessaire. L’imperfection de cette image provient de l’angle de la pente, environ 30° pour le sable, variable pour les connaissances accumulées.

specialiste-systemes-sic

Plus les spécialisations deviennent grandes, plus elles fragilisent les individus, car des disparitions soudaines de leurs besoins engendrent l’inutilité et l’improductivité immédiates des citoyens s’étant dédiés à les combler. L’impossibilité de se parfaire rapidement dans d’autres spécialités qui prennent parfois plusieurs années à acquérir engendre ce qu’on nomme le chômage systémique et ses dangers croissent au fur et à mesure de la surspécialisation des métiers.

La formation continue s’avère alors la seule planche de salut pour réduire les risques d’obsolescence. Elle ne constitue pas un luxe, mais devient une nécessité dans la plupart des domaines de spécialisation.

formateur-independant-770x400

Le temps est révolu depuis longtemps où nous passions nos années de jeunesse à apprendre un métier qui nous suivrait ensuite toute notre vie. Dès notre sortie de l’école, nous devons immédiatement penser à y retourner. Ce perfectionnement constant doit s’inscrire dans une planification régulière, au même titre que la famille, les amis et les loisirs. Ceux qui y adhèrent garderont toute leur pertinence au cours de leur vie active de travailleur au sein d’une société hyper technologique. Les autres, la chance déterminera leur sort en fonction d’aléas totalement hors de leur contrôle.

Après la sixième extinction massive

Après une grande extinction comme l’une des 26 importantes qui ont frappé la Terre depuis sa naissance vient une explosion de nouvelles espèces qui conquièrent les niches écologiques laissées vacantes par les précédentes.

o-WORMHOLE-facebook

Aucun cataclysme planétaire n’a encore signé l’extinction de toute vie sur Terre. Il serait peu probable que cela survienne, à moins que la planète tout entière soit disloquée, avalée, annihilée par un trou noir, une étoile à neutrons ou par une collision avec une autre planète qui ramènerait notre monde au stade de l’Hadéen (premier éon de l’histoire de la Terre).

Éon-Hadéen.jpg

L’exemple du Cambrien

Lorsque la vie trouve des opportunités de foisonnement, les nouvelles espèces bourgeonnent de manière plutôt échevelée. Confinée à un certain territoire dépourvu de prédation sérieuse, la vie teste de nouvelles façons d’exister. Lorsque nous observons les fossiles de la faune de l’explosion cambrienne, plusieurs espèces seraient facilement qualifiables de nature extraterrestre tellement leurs caractères nous apparaissent exubérants.

4e24527665e3aacca0cf4168ddcf9d4e

Cette période géologique débute voilà 541 millions d’années avec l’extinction de l’Ediacarien, la dernière période précambrienne, et s’étire sur 56 millions d’années au-delà.

Chaque environnement développe ses propres solutions qui seront mises à l’épreuve. Ainsi, il nous sera impossible de connaitre la majorité des espèces cambriennes, seules les plus mobiles et les plus aptes à survivre ont conquis de plus grands espaces permettant un nombre plus important de fossiles. Quelques espèces auront une descendance qui se perpétuera jusqu’à aujourd’hui, dont plusieurs arthropodes (corps segmentés articulés munis de pattes).

Sixième extinction de masse

Des traces permanentes confirment une nouvelle période géologique. L’Holocène s’est terminé pour laisser la place au Meghalayen, nommé officieusement Anthropocène durant plusieurs années. Extinction massive d’espèces, importants résidus des combustibles fossiles dont les plastiques, la Terre s’est transformée et les changements continuent de s’accélérer.

c14438d_28208-scha86.bf4qk9be29

La grande extinction actuelle causée par l’humain laisse elle aussi des niches vides qui se remplissent par des espèces existantes indigènes ou migratoires. Mais l’histoire nous montre qu’apparaitront également de nouvelles espèces issues de mutations de caractères plus favorables que ceux existants. Elles profiteront de toutes les faiblesses engendrées par les changements environnementaux pour s’imposer devant leurs semblables. Meilleure adaptabilité à la chaleur, à la sécheresse, aux vents, aux inondations, aux insectes, des plantes quasi indestructibles et des animaux supportant les extrêmes finiront par proliférer au profit d’une flore trop fragile et d’une faune trop spécialisée.

Flore-mutante

Mutations

Certaines mutations paraitront légères tandis que d’autres afficheront des changements drastiques. Par exemple, avec la hausse moyenne des températures, le gigantisme pourrait facilement et rapidement redevenir à la mode. Mais l’inquiétude vient de ce que nous ignorons. Naitra-t-il des hybrides du style «alien», «the thing» ou «predator» apparaitre? Le prédateur parfait, l’ennemi idéal de l’humain verra-t-il le jour?

Alien-espece.png

À ce jeu de hasard génétique, de conditions environnementales encore inconnues et d’opportunités ratées ou profitées, il s’avère impossible de deviner ce que la Nature nous concoctera. Toutefois, le déséquilibre environnemental actuel risque d’engendrer de bien mauvaises surprises. Ce sera à découvrir, mais d’ici là, mes os m’auront depuis longtemps foutu la paix. Mais en suis-je bien certain? Les nouvelles sur le sujet pourraient s’avérer bien pires et survenir bien plus tôt qu’on pourrait le croire!

L’humain

Pour terminer, une autre nouvelle probablement pas très réjouissante, l’humain aussi s’adaptera ou il disparaitra. À quoi ressembleront les futures générations d’humains? Porteront-ils toujours la dénomination homo sapiens ou devrons-nous parler d’une nouvelle espèce?

Archeopteryx.jpg

Ce pourrait être homo gigantis (homme gigantesque), homo troglodytis (homme vivant sous terre), homo coriaceus (homme à cuirasse) ou même homo pteryx (homme ailé). Si certains dinosaures ont su se transformer en bête volante, pourquoi pas notre espèce?

the-mothman-of-point-pleasant-documentary-989798

On pourrait au moins affirmer que la sixième extinction de masse nous aurait élevés à des hauteurs insoupçonnées. Ça camouflerait peut-être un peu la sombreur de notre méfait!

Le singe et son égoportrait

Cette histoire a fait le tour de la planète. En 2011. Un singe, en l’occurrence un macaque noir à crête prénommé Naruto, vivant sur l’ile de Sulawesi en Indonésie, ravit l’appareil photo du photographe David Slater et fait ce que tout humain aurait fait dans les circonstances, il s’est pris en photo alors qu’il arborait son plus beau sourire.

Selfie-de-singe-les-droits-du-celebre-cliche-reviennent-a-l-humain

La photo dérange parce que le singe semble vraiment avoir compris le rôle de l’appareil, la façon de s’en servir et le résultat attendu, mais on est dans la jungle. Son sourire lui donne un air, je dirais, conscient et désireux d’être à son avantage. Le genre de sourire qu’on aime bien avoir sur nos propres photos, pas trop ni trop peu.

Une ONG du nom de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) a alors tout de suite voulu garantir la propriété de l’égoportrait à Naruto en renvoyant cette histoire devant les tribunaux afin d’en déterminer la légitimité et surtout les revenus découlant de sa diffusion.

Remplaçons le singe par un humain qui agit à l’identique et voyons ce qu’un juge aurait peut-être décidé dans les mêmes circonstances. Voulant récupérer ses droits sur l’égoportrait, il s’adresse à une cour qui juge l’affaire.

marteau-juge

Le juge doit décider de la propriété d’une œuvre faite à partir d’un objet volé. C’est ça la vraie cause. À sa place j’aurais dit ceci: «cette photo ne vous appartient pas puisque vous l’avez fait avec un objet qui ne vous appartenait pas et sans le consentement de son propriétaire légitime pour la réaliser. Si vous voulez créer des œuvres, assurez-vous d’être le propriétaire de vos outils ou de détenir les autorisations nécessaires pour les utiliser.»

Le photographe a quand même accepté de donner 25 % des futurs revenus tirés des deux clichés faits par le singe à des organismes qui protègent l’habitat de Naruto et des autres macaques d’Indonésie. On parle ici d’une entente à l’amiable intervenue devant une cour, pas un jugement de la cour.

Cf2xBy8XEAAiR2i-e1498050212461-759x500

J’aimerais qu’un humain donne (en bonne et due forme) un appareil photographique à un primate et que celui-ci s’amuse à prendre des photos. Ensuite que cette personne tente de s’approprier les œuvres du singe en faisant entendre sa cause devant un juge qui serait défendue par une ONG comme celle ayant défendu les droits de Naruto.

On pourrait statuer sur la propriété intellectuelle d’une œuvre effectuée avec un outil appartenant à l’animal, et non pas sur la propriété technique d’une œuvre. Enfin, le vrai débat pourrait bien avoir lieu sur les droits des animaux à créer des œuvres et à en être les propriétaires légitimes.

Évidemment, qui aurait le droit de dépenser cet argent et pour quelles raisons reste à définir. La solution privilégiée dans le cas de Naruto s’avère intéressante, car l’argent sert réellement à l’animal qui, à mon avis, est le propriétaire légitime des œuvres qu’il crée tant qu’il ne chaparde pas les outils utilisés pour sa création.

Photo de Naruto : europe1.fr ;
Marteau : raphaelcharrier.toutpoursagloire.com ;
Singe et appareil photo : spi0n.com

L’intangible

On appelait ça du hardware et du software. On n’utilise plus beaucoup ces termes aujourd’hui à l’ère de l’internet et du nuagique. On a toujours un outil matériel qui s’interface avec nous, du moins pour l’instant, mais il s’amincit de plus en plus, au sens propre comme au sens figuré.

 

Pourtant, le hardware vraiment solide existe toujours bel et bien, toutefois, on ne le voit plus vraiment. Il se compose de millions de serveurs répartis dans des fermes possédant entre elles des liens à très haut débit. La redondance est multipliée, alors on ne subit plus jamais de pannes, enfin presque.

05468489-photo-google-datacenter

Ces immenses parcs à serveurs nous permettent de partager des données dans nos groupes de travail, de stocker nos photos souvenirs, de conserver les factures de nos achats, etc. Mais tout ce contenu n’est que de l’abstrait. Ce ne sont que des zéros et des uns conservés sous des formes diverses, soit par des domaines magnétiques, soit par un effet capacitif, soit par gravure.

Autrefois, on conservait nos possessions chez soi et elles disparaissaient lors d’un sinistre, d’un vol ou d’une étourderie. Le numérique nous protège de ces problèmes, mais nous en cause de nouveaux.

http---i.huffpost.com-gen-4423944-images-n-HACKER-628x314

Nos systèmes se font pirater, et pas seulement ceux qu’on gère, mais également ceux des grandes entreprises censées s’être prémunies contre les risques de vol de données. Bien loin de chez nous, des gens s’emparent de nos données, les tiennent en otage et nous exigent des rançons. Autrement, ils accèdent à nos mots de passe et à nos données personnelles, fragilisant du coup nos avoirs financiers eux aussi stockés virtuellement dans quelques endroits obscurs. C’est tout de même extraordinaire quand on y pense ! Tous ces actes criminels perpétrés sans avoir eu à lever le cul de leur chaise ! Le monde a bien changé ! Du moins le croit-on !

Autrefois, les seuls intangibles auxquels l’humain s’intéressait étaient les dieux. Prières, incantations, sacrifices, rituels, fêtes, offrandes, toutes ces formes avaient pour but de créer une interface entre lui et plus grand que lui, entre l’intangible et le matériel.

psyche_caravaggio.jpg

Les temps ont bien changés, tout comme les dieux qu’on prie et ceux qu’on abhorre lorsque notre ordi et notre tablette sont atteints de sénilité, lorsque notre téléphone tombe dans le coma ou lorsque notre nuage personnel a été vandalisé et pillé parce qu’on a par inadvertance donné nos clés à la mauvaise personne en s’étant fait hameçonner comme une perchaude au printemps.

maxresdefault1

La prochaine révolution informatique concernera les implants, les orthèses et prothèses intelligentes, ainsi que les aidants robots. L’humain subira des transformations dès sa naissance. Il sera connecté non seulement au sein de sa mère, mais également aux stimuli transmis à son cerveau par des connexions neuronales. On choisira le programme selon nos humeurs ou celles de notre bébé. Et puisque les pirates informatiques continueront de sévir, certains de nos enfants mal protégés ou malchanceux seront transformés à notre insu en psychopathes ou en guerriers ou en adorateurs par des programmes illicites implantés ou transmis par une autorité quelconque désireuse de conserver le pouvoir ou de créer son armée personnelle, ou encore par des zigotos qui s’amuseront sans prêter attention aux conséquences de leurs actes.

enki-bilal-affiche-poster-bd-art-deco-bd-sacha

Sera-ce pire ou mieux qu’hier, qu’aujourd’hui ? Ce sera la même chose puisque l’humain en tant qu’espèce n’aura pas réellement évolué. Il restera belliqueux, assoiffé de pouvoir, d’argent, de possessions. Il continuera de voler, de mentir et de tricher. Il cherchera toujours à percer les coffres-forts, à s’immiscer dans des endroits interdits, à détourner des fonds, à braquer des banques. Il continuera à avoir soif de sexes et de psychotropes. Certains se noieront tandis que d’autres s’enrichiront. Et la vie continuera comme elle l’était auparavant, comme on la connaissait autrefois, parce que l’humain reste un humain. Seuls ses armes et son armure se transforment au fil du temps, seul son trousseau de clés se perfectionne, seule sa bourse s’allège, mais son esprit ne se transforme pas à cause des changements technologiques. Ses multiples vices d’hier et d’aujourd’hui continueront de se transmettre de génération en génération, malgré ses implants, malgré ses assistants cérébraux, malgré son éducation programmée assujettissante, malgré nos précautions.

real-humans2

Puis quand l’humain se sentira, une fois de plus, vide de l’essentiel, il agira comme il a toujours fait. Il se tournera vers des entités intangibles en exécutant des prières, des incantations, des sacrifices, des rituels, des fêtes et des offrandes dans le but de créer une interface entre lui et plus grand que lui, mais alors ce sera entre l’intangible et l’immatériel.

cover-r4x3w1000-591b2180331ee-054-noviill5000030h

Photos :
theconflictjourney.com ;
smarthealth.nl ;
huffingtonpost.ca ;
mythologica.fr ;
iatranshumanisme.com ;
scienceetavenir.fr

Construire puis disparaitre

Les matériaux de construction des Anciens étaient bien plus durables que les nôtres, en particulier nos bétons.

Pont_du_Gard_BLS.jpg

Les exemples foisonnent de ces constructions antiques toujours debout après des millénaires. Les pyramides d’Égypte et d’Amérique, la grande muraille de Chine, le Colisée de Rome, le pont du Gard, Cusco, Machu Picchu, etc.

Pour conserver le mortier en bon état, les Chinois rajoutaient du riz collant à leurs préparations, mais surtout, ils évitaient d’utiliser des matériaux ferreux.

grande-muraille-de-chine-9-1263x560

Avec les tiges métalliques incluses dans nos bétons, nous parvenons à allonger les poutres, mais celles-ci finissent par être détruites par l’acier qui se corrode, gonfle et détruit les ciments. La plupart de nos constructions ne tiendront pas plusieurs siècles.

L’humain construit comme s’il ne resterait pas sur Terre bien longtemps. Les termites construisent mieux que lui. Ses constructions éphémères sont peut-être le résultat d’une prise de conscience plus profonde. Le destin de l’humanité est-il de ressembler à ses bâtiments ? Tomber rapidement en ruines ou au mieux, en désuétude.

Photos :  wikipédia.org ; a-contresens.net

Adam, Ève et un certain Toba

Plusieurs cultures parlent d’un premier humain, un Adam duquel descendraient tous les autres humains. Jusqu’à tout récemment, la science considérait cette histoire comme un mythe, une façon de décrire nos origines en rembobinant le film disparu de notre histoire à partir de l’observation de la croissance démographique à différentes époques. De nos jours, on utilise ce même processus de rétrogradation pour décrire la théorie du Big Bang.

On comprend aisément comment cette technique associée à une autre coutume pratiquée à cette époque permettait de remonter le cours du temps. De fait, les enfants apprenaient le nom de tous leurs ancêtres (mâles) jusqu’au premier de leur lignée (!). Évidemment, cette liste ne peut être qu’incomplète. Si on calcule en moyenne cinq ancêtres du côté paternel par siècle, cinquante par millénaire, cinq cents par dix mille ans et cinq mille ancêtres par cent mille ans, la liste apprise de leurs aïeux ne remontait qu’à environs un ou deux millénaires tout au plus. Pourtant, l’apparition d’homo sapiens serait survenue voilà environ 200000 ans et il se serait même reproduit avec d’autres espèces que la sienne, dont les néandertaliens. Qui plus est, homo sapiens a eu des ancêtres pas si bêtes. Ainsi, la liste de nos ancêtres du genre homo s’étire dans le passé jusqu’à environ 2,5 millions d’années.

Les progrès de la génétique tracent un nouveau portrait plus rigoureux des origines de l’espèce humaine. Entre autres, il y aurait eu une sorte de goulot d’étranglement génétique datant d’environ 70000 ans. Il se serait produit un événement majeur durant lequel l’espèce humaine serait passée à un cheveu de l’extinction totale. Nous connaissons depuis peu l’existence d’un cataclysme planétaire survenu voilà -73000 ans ± 4000 ans. Il s’agit de l’éruption d’un supervolcan indonésien dont ses effets se sont fait sentir sur Terre durant près d’un millénaire. Aujourd’hui, ce volcan est une caldeira remplie d’eau et forme le lac Toba sur l’ile de Sumatra. C’est le plus grand lac volcanique du monde. Sa profondeur maximale atteint les 500 mètres et son cratère atteint les dimensions de la ville de New York.

Les deux dates concordent trop bien. On sait que l’éruption du Toba créa un hiver permanent sur la quasi-totalité de la planète avec des refroidissements dépassant les 15 degrés dans les régions tempérées de la planète. Une éruption semblable aujourd’hui décimerait également la population mondiale. À peine moins d’un pour cent de nos semblables pourraient probablement y survivre, sûrement moins. Seulement quelques milliers d’individus de notre espèce ont survécu à Toba quelque part dans le sud de l’Afrique.

L’analyse génétique de l’ensemble des peuples de la Terre tend à confirmer que tous les humains sont issus des mêmes ancêtres et ceux-ci seraient les seuls rescapés de cette épouvantable catastrophe. Malgré leurs apparentes différences physiques, les êtres humains sont quasiment frères et sœurs lorsqu’on compare les ADN de tous les peuples vivant à notre époque.

Ainsi, la théorie du couple mythique Adam et Ève ne relève pas nécessairement d’une bulle au cerveau. Toutefois, les scientifiques ne s’entendent pas encore sur ce point, malgré leur unanimité sur le faible nombre de nos ancêtres. Certains disent que l’analyse génétique mitochondriale (gènes transmis uniquement par la mère) prouve que toutes nos aïeules étaient des sœurs, qu’elles provenaient donc de la même Ève. Certains vont même jusqu’à affirmer que nous aurions également tous le même père, les rejetons des autres survivants s’étant éteints au fil du temps.

À la lumière des faits confirmant cette grande catastrophe mondiale qui fut de survivre à mille ans de changements climatiques drastiques qui éprouvèrent notre espèce et qui firent disparaitre tous nos cousins (ou presque), la plausibilité scientifique de la légende d’Adam et Ève devient forte.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons plus douter de la ressemblance génétique de tous les humains et cette dernière confirme nos origines communes. De plus, l’étude de la linguistique est également formelle sur le fait que toutes les langues du monde découlent d’une seule et même langue archaïque. Dans les deux cas, le calcul approximatif, mais non dépourvu de sens, des mutations génétiques et linguistiques visent un point de convergence comparable dans notre passé.

Ainsi, l’humain se serait pratiquement éteint, il aurait vivoté durant presque mille ans avant que la Nature ne redevienne suffisamment clémente pour qu’il recommence à se répandre un peu partout sur la planète pour atteindre aujourd’hui 7,3 milliards de semblables.

Alors, si vous haïssez votre belle-mère envahissante, votre ex infidèle, votre patron injuste ou votre voisine écornifleuse, soyez conciliant(e), car vous appartenez à la même sororité ou fraternité. Ça n’excuse peut-être pas ses comportements injustifiés à votre égard ou envers ceux qui vous sont chers, mais les membres d’une même famille se tolèrent toujours mieux, et ce même si le nom de votre ancêtre commun est à tout jamais perdu parmi les cendres du volcan Toba.

Pauvre Charles Darwin !

Les détracteurs de la théorie de l’origine et de l’évolution des espèces de Darwin sont nombreux. Les créationnistes sont probablement les mieux connus, mais il en existe plein d’autres, dont plusieurs théologiens et les néo-évhéméristes qui considèrent les progrès fulgurants de l’espèce humaine comme étant dus à des manipulations génétiques opérées par des extraterrestres en vue d’accélérer notre évolution plutôt qu’à des changements dus uniquement à la façon dont la Nature fonctionne et à nos activités parmi celle-ci.

On tente également de réfuter Darwin à partir de l’évolution de notre pilosité. D’après ces penseurs, perdre sa fourrure ne constitue pas une évolution puisqu’elle nous aurait obligé à nous vêtir, ce qui constitue une mésadaptation dans le cadre d’une nature où règnent généralement le trop froid ou le trop chaud. Les poils isolent bien la peau des sévices causés par ces deux extrêmes. Un autre exemple bien connu est le fait que le grand naturaliste aurait dit que l’humain descend du singe.

Je dois dire à tous ces gens qu’ils auraient dû lire « L’origine des espèces » et le lire en entier, et le lire pour le comprendre, parce que Darwin n’a jamais dit l’une ou l’autre de ces faussetés. Je suis certain qu’ils ne se basent pas sur leur propre lecture, mais sur des interprétations de gens désirant à tout prix démolir cette théorie à coups d’arguments fallacieux et de propos tirés de leur seule imagination plutôt que des écrits réels de Darwin.

Pour ceux qui croient que la vitesse de l’évolution de l’humain ne peut pas avoir été naturelle, j’aimerais qu’ils me fournissent une liste des autres espèces aussi évoluées que nous, ou plus, qui habitent sur d’autres planètes et qui ont connu une évolution beaucoup plus lente que la nôtre, prouvant que nous n’aurions pas pu évoluer aussi rapidement sans un coup de pouce (ou peu importe le nom que les extraterrestres lui donne) de créatures extra planétaires. Il me faudrait également la liste des espèces ayant reçu ce coup de pouce pour comparer les vitesses d’évolution des deux groupes témoins à la nôtre. Nous pourrions ainsi douter, sans encore toutefois en être totalement certains, que notre évolution ressemble plus à celle du premier ou du second groupe témoin et ainsi en tirer une hypothèse réaliste. Malheureusement, seules des archives permettraient de déterminer, sans conteste possible, si nous avons évolué seuls ou en étant aidés d’une quelconque façon. Conclusion, sans posséder aucun point de comparaison scientifique réellement comparable et dénué d’arguments démagogiques, on ne peut absolument rien déclarer sur la vitesse de notre évolution, peu importe qu’on la trouve rapide ou même époustouflante.

En ce qui concerne notre pilosité ainsi que d’autres exemples du même acabit, Darwin a insisté plusieurs fois dans son livre sur le fait qu’évoluer ne signifie en rien s’améliorer. L’évolution est aléatoire. Certaines espèces en bénéficient, d’autres y perdent au change et plusieurs en sont indépendantes. Perdre nos poils n’a pas été un avantage face à une nature inclémente. Il peut toutefois avoir accéléré nos besoins de trouver rapidement une parade et notre recouvrement par la peau d’un animal mort aurait été notre réponse. Ce faisant, l’obligation de se promener avec une fourrure naturelle serait devenue moins importante, ce qui aurait permis aux partiellement glabres et ensuite aux glabres de continuer à se reproduire et ainsi de transmettre ce caractère génétique à leur descendance. Les détracteurs omettent également le fait que l’humain a pratiquement été exterminé de la surface de la terre à quelques reprises. Mais ça ferait tache parmi leurs arguments déjà pauvres en quantité et nuls en qualité.

Et enfin, pour en finir avec le fait que Darwin nous aurait comparés à des singes en nous plaçant dans leur filiation, c’est un autre mensonge éhonté. Les singes et l’humain sont des branches bien distinctes dans un immense arbre dont le tronc est un organisme unicellulaire vivant il y a 4 milliards d’années. Alors, tant qu’à faire, en utilisant leur même logique défaillante, je les compare à une éponge, à une amibe ainsi qu’à une algue puisque ces trois organismes partagent également des ancêtres communs avec nous. Peut-être trouveront-ils ainsi le singe plus acceptable après tout. Quoique le plaisir que je ressens à les associer à une éponge ou à une algue est trop grand. Je pense que je vais écrire un livre pour parler d’eux. Je l’intitulerai « L’origine des espèces… ignares et fières de le rester ».

Dans un autre article, j’aborderai une erreur commise par Darwin et elle ne concerne pas ce dont je viens de parler. Une erreur qui semble lui avoir passé sous le nez. C’est tout de même encourageant pour nous. Elle permet de constater que personne n’est à l’abri d’en commettre.