Tasmanie, l’ile changeante

Question de climats

Comme je le notais dans le premier article sur ce sujet, il n’existe aucune terre à l’Ouest de la Tasmanie à moins de 20000 km, la moitié du diamètre terrestre. Le vent rugit et fouette la côte ouest de l’ile au point de mettre l’équilibre d’un marcheur en péril. Mais le vent cinglant ne vient pas seul, il charrie une quantité phénoménale d’humidité qui s’engouffre dans les terres jusqu’à atteindre un massif montagneux qui s’élève du Nord au Sud environ au centre de l’ile. Toute cette eau n’a d’autre choix que de précipiter en inondant tout l’Ouest de l’ile. Trois mètres d’eau par année, ça aide à faire pousser une forêt pluviale tempérée des plus luxuriante. En contrepartie, l’air déchargé de son humidité traverse les sommets en apportant très peu d’eau aux terres centrales. Ainsi, l’ile possède des climats variés, y compris de la neige occasionnelle sur les sommets du pays.

La Tasmanie est un groupe d’iles, non, une myriade d’iles. Ouais, disons un peu moins qu’une myriade. Un millier d’iles dont la plupart n’ont qu’une petite superficie. Cas fréquents lorsqu’elles se situent sur un plateau continental peu profond. Certaines d’entre elles sont utilisées pour rétablir une population animale endémique loin de ses prédateurs. C’est le cas pour certains oiseaux dont une douzaine d’espèces sont endémiques.

Voici quelques records ligneux. L’eucalyptus pousse aisément et certains spécimens font 90 mètres de hauteur pour 10 mètres de circonférence à la base. Question longévité, la plupart des pins Huons du pays auraient près de 2000 ans d’âge et le doyen aurait même 10000 ans, ce qui en fait l’un des plus vieux de la planète.

La Tasmanie est un pays d’un autre âge ou plutôt, d’une autre ère. On peut y voir la Terre alors que l’Antarctique avait un climat tempéré, alors que les dinosaures régnaient sur les continents et alors que les primates n’existaient tout simplement pas encore.

J’ai un souhait pour cette terre exceptionnelle. Tout comme ce fut le cas pour la Nouvelle-Zélande et le Costa Rica, un film mettant en scène ses merveilleux paysages permettrait aux gens de découvrir la démesure de cette fabuleuse ile, et enfin la connaitre pour autre chose que son seul petit diable noir.

Tasmanie, l’ile distincte

La faune tasmanienne

Qui n’a pas entendu parler du diable de Tasmanie ? Cette petite créature marsupiale de moins de 10 kg est une véritable machine à bouffer de la viande. Les dessins animés en montraient une version tournoyante et presque sympathique. La réalité de ce carnivore est qu’il pue, est plutôt mal engueulé et endure mal ses congénères lorsqu’il mange. Mais un grave problème décime sa population et c’est passablement troublant. Il développe des tumeurs cancéreuses… contagieuses… par morsure. Et puisque ce charmant démon a un caractère très peu pacifique, les diables infectés sont en forte hausse et les survivants, eux, sont en chute libre. Il se porte toutefois un peu mieux que son cousin, le tigre de Tasmanie, un autre marsupial carnivore qui a été exterminé par le gentil humain durant les années 1930. Il se pourrait qu’il en reste une meute au centre du pays, mais cette hypothèse n’a reçu aucune confirmation scientifique. Notre culpabilité adorerait cela. Les wallabys et kangourous qu’on trouve sur le territoire tasmanien sont devenus des espèces distinctes des autres espèces continentales adjacentes depuis la fin de la dernière glaciation uqi avait rattaché temporairement ces iles au continent. Ne pas oublier dans notre liste d’y rajouter l’opossum, le wombat et l’ornithorynque, toutes des créatures un peu ou très spéciales.

On trouve au sud-ouest de l’ile principale un bassin d’eau qu’on atteint en remontant un chenal de dix kilomètres qui l’isole sans le couper entièrement de l’océan. Ce plan d’eau est donc rempli d’eau de mer et de créatures marines ayant remonté le chenal. De l’eau douce flotte au-dessus de l’eau saline, alimentée par le ruissellement abondant de l’eau de pluie qui délave les sols environnants. Une coloration rouge provenant des plantes locales teinte fortement cette eau douce, formant un important écran empêchant toute lumière d’atteindre une profondeur au-delà d’à peine cinq mètres. Oui, il fait noir à seulement cinq mètres de profondeur. Et devinez quelle faune on y trouve. Une faune des profondeurs océaniques vivant normalement à 200, 300, voire 600 mètres. Et tout ça parfaitement accessible à tout juste cinq mètres sous la surface !

Décidément, la Tasmanie est une ile vraiment distincte. À suivre.

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Tasmanie, l’ile oubliée

Situation géographique, géologie et surprises.

Le nom de Tasmanie évoque une terre éloignée, sauvage et vierge, mais à part ça, je n’aurais pas pu situer ce pays avec précision. Pour moi, nord-américain, je la plaçais à l’autre bout de la planète. J’avais raison sur ce point. Par contre, la Tasmanie n’est pas un pays, mais un état de l’Australie. C’est un groupe d’iles du plateau continental australien situé à 200 km au sud-est de l’ile-continent au niveau des quarantièmes rugissants (les 40e parallèles de l’hémisphère Sud). Cette position fait en sorte que la plus proche terre située à l’ouest aux mêmes lattitudes est l’Amérique du Sud. Ainsi, les vents d’ouest qui frappent sa côte ne subissent aucune entrave sur près de 20 000 kilomètres. Enfin, en canotant sur 1 900 km en direction opposée, vers l’Est, on atteint la Nouvelle-Zélande.

Il y a 200 millions d’années, la Tasmanie et sa grande sœur, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Guinée, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Arabie et Madagascar, l’Afghanistan, l’Inde et l’Antarctique formaient le Gondwana, un supercontinent dont ses parties sont aujourd’hui dispersées sur une grande superficie de la Planète. À cette époque reculée, l’Antarctique était verdoyant et touchait à la Tasmanie, partageant ainsi une flore commune.

La majeure partie de la Tasmanie est composée de dolérite, une roche dure et dense. On la trouve au centre et à l’est de l’ile. Au nord-est, c’est surtout du granite. À l’Ouest, le sol est plus varié, malgré une abondance de quartzite, une autre roche très dure. Il va sans dire que la Tasmanie possède un sol passablement pauvre. C’est peut-être la raison pour laquelle certaines plantes et arbres sont des fossiles vivants. On peut effectivement trouver dans certaines régions sauvages une flore datant d’avant la fracture du Gondwana. Des espèces végétales vieilles de 250 millions d’années ! D’ailleurs, le tiers de sa superficie est une « zone de nature sauvage » protégée et reconnue par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine mondial.

Ne serait-ce que, pour cette raison, la Tasmanie est un endroit vraiment exceptionnel oublié par le temps et l’évolution. Toutefois, elle recèle d’autres secrets et étrangetés comme on peut s’en douter en évoquant… son diable, par exemple.

À suivre.

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