La chouette

Tracer mes rêves à la plume
Autour de son corps d’enclume
Laissé sciemment martelé
Par mes yeux acier déclarés

Risquer le glacial frisson
D’une insoutenable humiliation
Cœur désireux devenu volereau
Au contact du velours de sa peau

Vivoter exalté par sa fragrance
L’illusoire à mante se joue du hère
Aphrodite relâche sa carnassière
Marmoréenne est sa substance

Imprégnée des charmes d’une fausse gosse
Elle noie en son for mes pensées d’Éros
Dans son monde cadenassé parallèle
Ma convoitise ne se rapproche du réel

Qu’aux rythmes courbes de ses formes
Dandinantes, cruelles, provocantes
Répertoire maitrisé de la bacchante
Je sens en moi monter l’homme

 

© Mathis A. LeCorbot
Peinture : Paul Gauguin 1896 – Te Arii Vahine

Voilà, il neige

Lorsqu’on vit au Québec, la première neige de l’année nous avise que nous nous apprêtons à vivre quelques mois de froid, parfois même, intense. Mais cette prévision ne gâche pas le spectacle de ces flocons virevoltant gracieusement sous le vent en faisant disparaitre les surfaces sur lesquelles elles se déposent sous un silence monacal.

Ici, nous avons la fabuleuse chance de connaitre quatre saisons bien distinctes. Malheureusement, cet état de fait ne durera probablement plus bien longtemps. Les deux derniers hivers furent, heureusement, conformes à ceux de mon enfance. Je me souviens que mes potes et moi arpentions les rues du quartier en quête de voitures enlisées. On aidait les conducteurs à s’extraire des congères qu’on nomme ici « bancs de neige » en mettant nos nouveaux muscles au défi.

Il neige en ce moment à pleins ciels, mais ces jolis flocons blancs comme des boules de coton ne résisteront pas à la clémence actuelle des températures, car la politesse exige que la neige nous avertisse avant de nous ensevelir. Toutefois, je me souviens de certaines années où elle a manqué à ses obligations de courtoisie. Pas cette année.

Lorsqu’on consulte les cartes météorologiques des températures moyennes mondiales des deux derniers hivers, seul le Québec a été épargné par les hausses catastrophiques des températures. Cette année, je crains fortement que nous écopions comme la Sibérie, comme les pays nordiques européens et comme le Grand Nord qui, tous, se réchauffent à grande vitesse. Dans l’hémisphère nord, nous n’aurons plus bientôt que des souvenirs de ce temps où la Nature prenait quelques mois de repos.

La Planète a déjà connu de bien pires conditions et en soi, ce réchauffement peut être considéré comme de bon augure s’il permet d’accroitre le nombre de semaines par année de cultures locales. Durant ce temps, les pays nordiques seront moins dépendants des fruits et légumes provenant des basses latitudes, ce qui permettra d’accroitre l’offre mondiale. Mais, car il existe toujours une contrepartie, en brisant l’équilibre que la Terre avait atteint après le Grand Dégel, l’humain a propulsé sa planète vers un nouveau point d’équilibre totalement inconnu. Sera-t-il, comme certains météorologues le prévoient, suffisamment important pour causer la fonte de toutes les calottes glaciaires restantes ? C’est possible et même très possible, car un emballement des températures est de plus en plus envisageable.

Mais actuellement, cette neige est belle et je profite de ce spectacle aux antipodes des jeux de sons et lumières post-modernes étourdissants. Ici, seuls le silence et la monochromie ont droit de scène. Mes pneus d’hiver sont posés et j’ai placé mes pelles et mes balais à neige dans l’auto afin qu’ils me prêtent main-forte le temps venu. J’ai sorti mes parkas, bottes, foulards, tuques, gants et mitaines de leur coffre comme en prévision d’un rude hiver d’antan. Je sais toutefois qu’un jour ils vieilliront, totalement inutiles, comme des vieillards mis au rancart dans des hospices ternes et insipides. À l’instar de ces pauvres personnes mal aimées, mes outils hivernaux perdront leur raison d’exister. Certains d’entre eux seront envoyés au musée afin que l’humain se souvienne de ces temps où la neige avait modelé leur vie autrement. J’espère, sans trop y croire, que la Terre saura stopper l’emballement thermique catastrophique qui la fera ressembler à sa sœur Vénus où l’on ne fait pas frire des œufs à sa surface, mais bien, fondre du plomb.

Heureusement, cette année encore, la neige reprend du service. Notre planète se bat une fois de plus pour contrer nos stupides agissements posés en pleine connaissance de cause. Combien de temps lui reste-t-il  ? Jusqu’à ce qu’Elle en ait plein le dos. Mais qui veut vraiment savoir quand cela surviendra alors que nous pouvons sans contraintes vivre béatement notre imbécillité ?

Photo : lenavet.ca

Vieux, solide et trempe.

Dans un article antérieur, j’abordais le sujet du Bouclier canadien et du fait que le Québec fait presque totalement partie de ce dernier. Sur la carte, le Bouclier est dessiné en rouge, rose et ocre. Par contre, puisque la population est principalement située au sud du fleuve Saint-Laurent et que cette région fait plutôt partie des Appalaches, le Bouclier reste méconnu de la plupart de mes compatriotes.

Près des villes de Montréal et de Québec, les rivières drainent un vaste territoire. Presque toutes ont un bassin hydrographique important et coulent dans une dépression de terrain causée par l’érosion séculaire des berges meubles.

Pour rajouter une difficulté supplémentaire à la reconnaissance de ce qu’est le Bouclier, les rives nord et sud du fleuve Saint-Laurent ont été submergées durant plusieurs siècles par les eaux de l’ancienne mer de Champlain. Avec le retrait de cette mer lors du rebond post-glaciaire, les rives du fleuve sont devenues de riches terres agricoles et recouvrent les roches du Bouclier dans la partie amont.

Pour bien voir le Bouclier, il faut rester sur la rive nord et suivre la route 138 en est au-delà de la rivière Saguenay, un important affluent du fleuve Saint-Laurent. Le Bouclier commence alors à apparaitre dans toute sa solidité.

La route 138 traverse un nombre impressionnant de rivières. Mais comment se fait-il qu’autant de cours d’eau existent en aval du fleuve ? Ils sont larges, mais pour la plupart peu profonds. Là où ils coulent, on note l’absence de dépression de terrain. Les rivières semblent ne causer aucune érosion. Et voilà. Ici, la terre arable est quasiment absente. L’eau n’imprègne pas le sol, elle coule à la surface de la roche puisqu’il n’y a que de la roche. Les mousses et des petits buissons s’accrochent à la roche-mère, mais à part ça, le fond n’est qu’un immense bloc homogène de roc solide et affleure partout.

Le Bouclier canadien a une autre particularité. Puisque l’eau de pluie demeure en surface, le nombre de mares et de lacs est absolument phénoménal. Chaque petite dépression dans la roche retient entièrement l’eau de pluie. Il s’ensuit que nous sommes absolument incapables de compter exactement le nombre de lacs contenus sur le territoire. Est-ce 800 000, 1 million, 1,2 million ? Tout dépend de la surface minimale définissant un lac. Il faut survoler l’immense territoire vierge pour le comprendre. La dentelle de roc et son complément, la broderie de lacs, mares, ruisseaux et rivières se disputent pour savoir laquelle couvrira plus de surface que l’autre.

Malgré la pauvreté et la rareté des sols à cet endroit, malgré la rigueur des hivers, certaines plantes réussissent à proliférer, dont le thé du Labrador et la chicoutai, une baie bien courageuse. Mais les mousses, lichens, sphaignes, et arbres rabougris représentent la majorité de la flore locale. Le Bouclier mène la vie dure aux incrustations végétales.

Dernièrement, des géologues ont identifié les plus vieilles roches sur Terre dans le Nord québécois. Elles ont 4,3 milliards d’années sur un maximum de 4 432 milliards d’années. Le Québec est l’endroit le plus vieux et le plus solide de la Planète. On l’oublie, on n’y pense même pas, puisque sans séismes ni volcans pour nous le rappeler, ce pays de lacs et de rivières sait rester discret.

Aiguebelle – la marmite du géant

Cet article fait partie d’une série sur le parc Aiguebelle. Le premier s’intitule « Aiguebelle – le tracé abitibi.

Dans ce parc provincial, on peut voir une chute d’eau qui fut jadis plus imposante. À sa base, l’eau a lentement érodé la roche granitique. Des cailloux sont tombés dans cette cavité naissante et le mouvement incessant de l’eau les a forcés à adopter un mouvement circulaire, accélérant l’érosion de cette cavité tout en usant les cailloux servant d’abrasif. Une fois la cavité plus grande, des roches un peu plus grosses se sont à leur tour fait piéger, augmentant graduellement les dimensions de la cavité.

Après des temps aussi long que les roches sont dures, une énorme cavité parfaitement circulaire s’est formée au pied de la chute. La marmite du géant. À l’intérieur, on peut encore y voir des roches servir d’abrasif et celles-ci sont parfaitement sphériques.

Il existe donc bel et bien dans la nature un processus simple qui permet à des rochers plus ou moins gros de devenir tout à fait sphériques si leur composition minérale est homogène. La taille de ces rochers dépend des dimensions de la marmite qui a été créé à partir des générations précédentes de roches qui se sont érodés dans la marmite et qui ont érodé par le fait même le fond et les bords du colossal chaudron.

Une fois que les roches sont devenues sphériques, il suffit que la nature les retire du chaudron, par exemple lors d’une importante crue, et de les répartir dans la nature pour obtenir les pierres sphériques mégalithiques du Costa-Rica ou de la Nouvelle-Zélande. Il faut penser qu’une fois les roches devenues parfaitement sphériques, les répartir devient un jeu d’enfant. Il suffit d’une légère pente ou d’une pression d’eau pour qu’elles roulent et fassent beaucoup de chemin, se retrouvant ainsi très loin de leur lieu d’origine. De plus, ce procédé est entièrement effectué par la Nature sans que l’humain y fasse quoi que ce soit. La marmite du géant, le berceau de ces pierres mégalithiques, peut même avoir disparu ainsi que la chute lui ayant servi de source d’énergie.

La pierre est beaucoup plus patiente que l’humain qui voit souvent le travail de la Nature à son échelle plutôt qu’à l’échelle des millénaires, des millions et des milliards d’années. Il cherche souvent des réponses sans même écouter ce que la Nature peut lui enseigner. Nos capacités cognitives nous rendent imbu de nous-mêmes. Croyant tout savoir ou tout comprendre aisément sans devoir accumuler d’indices, la plupart du temps on se fourvoie totalement. Et on en fait des mystères qu’on résoud d’un coup de cuillère à pot en invoquant des pouvoirs venus d’ailleurs.

Lire le prochain article sur le parc Aiguebelle.

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Aiguebelle – le tracé abitibi

Le parc National d’Aiguebelle est situé dans la région de l’Abitibi au Québec. Parmi la multitude de lacs qu’on y trouve, deux se distinguent. La Haie et Sault, deux lacs glaciaires rubaniformes orientés nord-sud ayant chacun de 7 à 8 km de pourtour et enclavés entre des montagnes verdoyantes et des falaises verticales creusées par les glaciers lors de la dernière glaciation. On peut faire le tour du lac La Haie en une journée, mais la piste qui longe ses rives oblige le randonneur à monter et descendre plusieurs fois des sommets jusqu’au lac et vice-versa. Il est préférable de bien se reposer au refuge situé à l’extrémité nord du lac La Haie, conseil que je n’ai pas suivi.

Avant de me diriger vers la rive est du lac La Haie pour un retour au campement, j’ai poussé plus au nord pour aller voir le lac Sault. Il n’existe aucune connexion hydrographique entre eux, même si leur formation est très certainement due au même glacier. Le lac Sault est moins enclavé que son frère et offre des panoramas moins spectaculaires.

J’y suis allé lorsque la haute saison était terminée, mais je voulais à tout prix faire cette randonnée même si j’étais seul. La journée était maussade, un crachin tombait en aérosol, rendant les pierres très glissantes et mon corps transi.

Le mot amérindien « abitibi » signifie « le partage des eaux ». De fait, il existe un tracé imaginaire reliant tous les sommets où les eaux se dirigeant vers le nord-ouest se jetteront dans les baies James et Hudson pour finir dans l’océan Arctique, tandis que celles dévalant les pentes vers le sud-est rejoindront le fleuve Saint-Laurent puis l’océan Atlantique.

Il existe une mare dans le parc Aiguebelle où l’on voit parfaitement deux rus couler dans deux directions opposées. Le tracé Abitibi passe exactement à cet endroit. Il sépare la totalité de la province de Québec en deux et seulement deux bassins hydrographiques distincts.

Une fois la randonnée terminée, j’étais épuisé et transi. Je me suis payé une bonne douche chaude de 20 minutes et j’ai ensuite ingurgité deux grands cafés. Heureusement et malgré quelques décisions un peu téméraires en cours de route, je ne me suis pas blessé. Par contre, j’ai quelques anecdotes à raconter sur mon séjour dans cette étonnante région. Lire la suite.

Tasmanie, l’ile distincte

La faune tasmanienne

Qui n’a pas entendu parler du diable de Tasmanie ? Cette petite créature marsupiale de moins de 10 kg est une véritable machine à bouffer de la viande. Les dessins animés en montraient une version tournoyante et presque sympathique. La réalité de ce carnivore est qu’il pue, est plutôt mal engueulé et endure mal ses congénères lorsqu’il mange. Mais un grave problème décime sa population et c’est passablement troublant. Il développe des tumeurs cancéreuses… contagieuses… par morsure. Et puisque ce charmant démon a un caractère très peu pacifique, les diables infectés sont en forte hausse et les survivants, eux, sont en chute libre. Il se porte toutefois un peu mieux que son cousin, le tigre de Tasmanie, un autre marsupial carnivore qui a été exterminé par le gentil humain durant les années 1930. Il se pourrait qu’il en reste une meute au centre du pays, mais cette hypothèse n’a reçu aucune confirmation scientifique. Notre culpabilité adorerait cela. Les wallabys et kangourous qu’on trouve sur le territoire tasmanien sont devenus des espèces distinctes des autres espèces continentales adjacentes depuis la fin de la dernière glaciation uqi avait rattaché temporairement ces iles au continent. Ne pas oublier dans notre liste d’y rajouter l’opossum, le wombat et l’ornithorynque, toutes des créatures un peu ou très spéciales.

On trouve au sud-ouest de l’ile principale un bassin d’eau qu’on atteint en remontant un chenal de dix kilomètres qui l’isole sans le couper entièrement de l’océan. Ce plan d’eau est donc rempli d’eau de mer et de créatures marines ayant remonté le chenal. De l’eau douce flotte au-dessus de l’eau saline, alimentée par le ruissellement abondant de l’eau de pluie qui délave les sols environnants. Une coloration rouge provenant des plantes locales teinte fortement cette eau douce, formant un important écran empêchant toute lumière d’atteindre une profondeur au-delà d’à peine cinq mètres. Oui, il fait noir à seulement cinq mètres de profondeur. Et devinez quelle faune on y trouve. Une faune des profondeurs océaniques vivant normalement à 200, 300, voire 600 mètres. Et tout ça parfaitement accessible à tout juste cinq mètres sous la surface !

Décidément, la Tasmanie est une ile vraiment distincte. À suivre.

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Tasmanie, l’ile oubliée

Situation géographique, géologie et surprises.

Le nom de Tasmanie évoque une terre éloignée, sauvage et vierge, mais à part ça, je n’aurais pas pu situer ce pays avec précision. Pour moi, nord-américain, je la plaçais à l’autre bout de la planète. J’avais raison sur ce point. Par contre, la Tasmanie n’est pas un pays, mais un état de l’Australie. C’est un groupe d’iles du plateau continental australien situé à 200 km au sud-est de l’ile-continent au niveau des quarantièmes rugissants (les 40e parallèles de l’hémisphère Sud). Cette position fait en sorte que la plus proche terre située à l’ouest aux mêmes lattitudes est l’Amérique du Sud. Ainsi, les vents d’ouest qui frappent sa côte ne subissent aucune entrave sur près de 20 000 kilomètres. Enfin, en canotant sur 1 900 km en direction opposée, vers l’Est, on atteint la Nouvelle-Zélande.

Il y a 200 millions d’années, la Tasmanie et sa grande sœur, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Guinée, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Arabie et Madagascar, l’Afghanistan, l’Inde et l’Antarctique formaient le Gondwana, un supercontinent dont ses parties sont aujourd’hui dispersées sur une grande superficie de la Planète. À cette époque reculée, l’Antarctique était verdoyant et touchait à la Tasmanie, partageant ainsi une flore commune.

La majeure partie de la Tasmanie est composée de dolérite, une roche dure et dense. On la trouve au centre et à l’est de l’ile. Au nord-est, c’est surtout du granite. À l’Ouest, le sol est plus varié, malgré une abondance de quartzite, une autre roche très dure. Il va sans dire que la Tasmanie possède un sol passablement pauvre. C’est peut-être la raison pour laquelle certaines plantes et arbres sont des fossiles vivants. On peut effectivement trouver dans certaines régions sauvages une flore datant d’avant la fracture du Gondwana. Des espèces végétales vieilles de 250 millions d’années ! D’ailleurs, le tiers de sa superficie est une « zone de nature sauvage » protégée et reconnue par l’UNESCO comme faisant partie du patrimoine mondial.

Ne serait-ce que, pour cette raison, la Tasmanie est un endroit vraiment exceptionnel oublié par le temps et l’évolution. Toutefois, elle recèle d’autres secrets et étrangetés comme on peut s’en douter en évoquant… son diable, par exemple.

À suivre.

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Octobasse

Ce nom étrange évoque peut-être une guitare basse munie de huit cordes. Mais quand on connait la difficulté de jouer de cet instrument qui en possède cinq, on imagine mal jouer sur un modèle qui en déroulerait huit. À moins qu’il y ait deux manches, comme sur certains modèles de guitare à double manche (double neck guitar). Finalement, oublions ça, car l’octobasse n’est pas une basse ni une contrebasse… quoique là, je joue sur les mots. Effectivement, il existe une octobasse qui est une proche parente de la contrebasse. Mêmes formes avec sa caisse de résonnance, son manche, ses cordes et ses clés, son pont, etc. En fait, le mot octobasse signifie tout instrument de musique conçu pour jouer les notes d’une octave complète sous les notes les plus graves de son instrument modèle le plus grave. Et il en existe une pour la contrebasse qui est l’instrument à cordes le plus grave de l’orchestre. Une petite recherche sur le web vous permet de voir à quoi ressemble ce fabuleux et gigantesque instrument.

Vous vous souvenez du film « Twins » avec Danny DeVito et Arnold Schwarzenegger ? C’est à peu près la même image lorsqu’on place une contrebasse à côté d’une octobasse. La contrebasse ressemble à un jouet tellement sa grande sœur est énorme. Ôtez-lui une corde, placez des capots le long du manche pour remplacer les doigts qui ne pourront jamais atteindre son extrémité, grimpez le musicien sur un piédestal, donnez-lui des pédales et des leviers fermant les capots pour aider le musicien à écraser les cordes et voilà l’octobasse. Un étrange instrument inventé au XIXe siècle et qui ne s’est jamais vraiment imposé comme vous pouvez facilement l’imaginer. Son avantage est qu’il permet de projeter des notes aussi basses qu’un utØ, l’équivalent du bourdon sur un grand orgue, donc une fréquence de 16 Hz. Cette note est presque inaudible et on la ressent plus qu’on l’entend.

J’ai eu le privilège de voir et d’entendre une octobasse lors d’un concert de l’OSM (Orchestre Symphonique de Montréal) la semaine dernière pour la présentation de la symphonie n° 15 en la majeur de Chostakovitch. L’une des rares octobasse au monde, l’instrument est absolument gigantesque. Son manche s’élevait si haut qu’il frisait la rambarde du premier balcon. Seul le répertoire classique de la fin du XIXe et du XXe siècle y fait une place occasionnelle puisque sa conception remonte à seulement 1 834.

Ce type d’instrument d’exception vient enrichir notre patrimoine musical, car cette nouvelle acquisition est tout aussi spectaculaire au niveau visuel qu’auditif. Lorsqu’elle est inutilisée, l’octobasse de l’OSM est remisée au balcon de l’organiste. Elle reste donc toujours bien présente dans la salle de concert et elle partage ses moments de repos avec l’autre instrument d’exception qu’est le grand orgue Casavant de la Maison Symphonique.

Peu importe là où l’on vit, il existe presque toujours un orchestre symphonique qui offre un concert à proximité. Ne serait-ce que pour l’expérience auditive, il ne faut jamais hésiter à y aller au moins à une occasion. Vous en conserverez un souvenir inoubliable. Et si ce n’est pas le cas, racontez-moi ça.

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Distinguées

C’est une vérité de La Palice, je le sais, mais je dois ici l’affirmer une fois de plus, la vie est injuste. Que ce soit à cause de notre patrie, de notre famille, de notre état de santé ou de notre apparence physique, on nait avec nos gènes et on vit dans un milieu qui ne nous apporte pas les mêmes chances de succès ou les mêmes années d’existence.

Cependant, de toutes ces injustices, l’une d’elles se démarque des autres et c’est l’apparence physique. Déjà, le mot le proclame, c’est une apparence. Cela ne signifie rien, sauf si on compare les personnes à un modèle bien défini. Si on peut compter l’argent pour connaitre quelle famille est la plus riche. Si on peut dresser un bilan de santé pour découvrir les maladies des gens. Si on peut comparer les régimes politiques et même si on ne peut pas définir précisément les meilleurs, on peut certainement définir les pires en dressant des bilans sur l’âge moyen des décès, le niveau de scolarité moyen, le PIB et autres statistiques plus ou moins révélatrices.

Mais l’apparence physique, la beauté, que du vent ! Nos canons féminins actuels auraient autrefois été relégués au rang de rachitiques souffreteuses juste bonnes à garder le lit. Et ce n’est que l’affaire d’un petit siècle si on pense autrement. Plus loin dans le passé, les vénus étaient replètes, bedonnantes et portaient fièrement le double menton. Et encore plus loin, on les aimait non seulement grasses, mais grosses, car elles avaient plus de chance de terminer leur grossesse et de bien allaiter le dernier et aussi les autres mioches précédents. La beauté est totalement subjective et c’est ce hqui en fait un critère de comparaison déloyal, injuste et sournois.

Petite anecdote. Plus jeune, j’étais en voyage dans une ville européenne réputée pour ses jolies filles et de fait, au bistro-bar de mon hôtel, je regardais les beautés débarquer chaque soir pour l’apéro ou pour la danse. Après seulement le deuxième soir, j’ai commencé à constater un phénomène pour le moins étrange. Toutes les jolies demoiselles que je croisais se résumaient en fait à seulement trois styles, tous plus ou moins semblables. Cheveux longs, lisses, blonds avec ou sans queue de cheval. Jeans et cuissardes, jupe en cuir et talons aiguille ou pantalons beiges et escarpins. Blouse blanche avec plus ou moins de dentelles, petite veste en jeans, ou veste en suède. Bref, il n’y avait que trois modèles pour trois-cents filles. Oui, le premier soir, j’en étais étourdi à force de faire pivoter mon cou, mais ensuite, elles se ressemblaient tellement toutes qu’elles n’avaient plus beaucoup d’attraits.

C’est alors que je me suis mis à repenser aux Montréalaises. Effectivement, la densité des canons de beauté stéréotypés est plus faible au mètre carré, mais en contrepartie, les femmes sont toutes très différentes les unes des autres. C’est là que j’ai compris tout le charme de la métropole. Sur une terrasse en été, en vingt minutes, on peut voir et admirer une foule de belles femmes qui auront fait l’effort de se démarquer, qui auront créé leur propre style et qui porteront fièrement leurs propres couleurs. Pas d’embrigadement ni de mode uniforme. Chacune y va de son style qui, en plus, variera d’une soirée à l’autre. C’est tellement plus agréable et ça permet à chacune de mettre en valeur ses propres attraits. Ainsi, la beauté prend des milliers de facettes dont chacune brille d’un éclat très distinctif. Bien entendu, comme tous les hommes, j’aurai mes préférences, mais gageons qu’elles ne ressembleront pas aux trois-cents clones européennes, car j’ai compris alors que la beauté, ce n’est pas l’affaire de se ressembler, mai au contraire, c’est celle de se distinguer.

Le danger dans tout cela, c’est qu’au lieu de tomber en amour une seule fois, l’homme se retrouve dans la pire des situations possibles, soit celle de tomber amoureux des milliers de fois. Alors, mesdames, pour la Saint-Valentin, ne nous jugez pas trop sévèrement puisqu’il est très difficile pour nous de résister à vos innombrables et si distinctives beautés.

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