À Peine

The loner

Au revoir, puisses-tu être repartie
Tes incursions remplies d’impacts
Caustique tu dissous mes réparties
Malgré l’armistice de notre pacte

Vieille ennemie, nouvelle épreuve
Émerger du cauchemar m’est pénible
Ployant devant le fardeau de la pieuvre
Mes os craquent et tu restes impassible

Peine et haine inséparables
Vilaines ou en frasques
Sœurs jumelles détestables
Je subis vos bourrasques

Demeurer stoïque et froid
Enfoui sous un maitre de fermeté
Marmoréen, solide effroi
Échec du désillusionné

Vieille amie, nous le fûmes jadis
Sous ton poids j’étais, sûr, vivant
Souriant de tes noirs auspices
Une idioties dorénavant

Tapi dans un océan de douleurs
Transparent au corps d’aurélie
Fuyant a tout pris ton malheur
Éloigner ton hégémonie

Cancer dur comme l’acier
Escarre vive, un ulcère
Tu crois en la terre brûlée
Ravage en mes artères

Voyant ton travail de sape
Toujours prête à éclore
En ce jour je te frappe
Pour te passer le mors

À Peine, une faveur
Recouvre ta liberté
Pars et sévis ailleurs
T’ayant déjà tout donné

Ode au combattant

Braise

Vois la gloire ceindre ton front vertueux
Tu défiles solennellement parmi la foule
Serrant les remercieuses dans tes bras
Elles pleurent joies et soulagements

Tu ramènes leurs proches en maisonnée
Promesse tenue malgré les déchirements
Tu rengaines tes outils d’épuisements
Eux aussi aspirent au doux repos mérité

Éreinté, tu n’as droit qu’à une courte accalmie
Le devoir te rappelle dans les champs de batailles
L’ennemi lance de nouveaux éclairs de discorde
Embrasant les moindres parcelles florissantes

Ton combat te semble inutile car éternel
La terre entière crâne en incendiant tes efforts
Luttant vaillamment malgré tes bras alourdis
L’aboutissement se soustrait avec grands bruits

Parfois une victoire, parfois un renoncement
Les bagarres ne se gagnent pas aisément
Car ta précieuse forêt brûle de mille feux
Et les pompiers comme toi, si peu nombreux

La désirable

Détresse

Lorsque les oiseaux ne chanteront plus
Lorsque les pétales seront fanés
Je t’étreindrai plus fort
Je t’aimerai encore

Lorsque les volcans ne gronderont plus
Lorsque les rivières seront taries
Je t’étreindrai encore
Je t’aimerai plus fort

Lorsque les mers ne déferleront plus
Lorsque les arbres auront brûlé
Je t’étreindrai plus fort
Je t’aimerai encore

Lorsque mes yeux ne verront plus
Lorsque mon corps sera meurtri
Je t’étreindrai encore
Je t’aimerai plus fort

Le piano pleure

Piano chagrin

Mais de quel avenir tu me parles ?
Ma vie est un bloc de marbre
Blanche et froide comme mes nuits
Sans amours et sans plus d’envies

Je ne vois que des cendres grises
Mes rêves en volutes de fumée
Disparaissent loin de mes emprises
Évaporés de mon passé

Rien ne persiste à tout jamais
Hormis mes pertes innommables
Maintenant et désormais
Ne subsiste qu’un misérable

N’aie crainte pour moi mon amie
Garde courage si je m’évade
Aucune raison d’être maussade
Ainsi vont les couleurs de la vie

Courage

Farewell

Rivière animale ébrouée de rais
Crache ses ondulations néfastes
Sur les ténébreuses falaises de jais
L’aube poudroie l’or des contrastes

Parcours les vents adolescents
Frissonne transcendance matinale
Loquace plume trempée de sang
En bris des quiétudes abyssales

Dénicher l’oiseau des augures oubliés
Ceint de tant d’amères tourmentes
Une offrande de mesures scandées
Lueurs de vérités ambivalentes

Haut hisse l’étendard vertueux
Le courage ne craint ni ne feint
Les pourpres mordront les bleus
Le ciel entrouvrira les destins

Une révolte prévisible

Out of the Cold

Les peuples les élisent, ils ne les contrôlent pas
Les gouvernements ploient sans céder le pas
Nourris par les entreprises carboniques
Ils possèdent la résilience de l’élastique

Le temps passe et le climat est le seul à changer
Confortés par l’insouciance généralisée
Les gens continuent leur petite vie d’envieux
Bercés des illusions que tout ira pour le mieux

Seule une poignée de gens conscientisés
Hélas ne sachant plus à quel saint se vouer
N’auront d’autre choix que d’allumer la mèche
Fomentant une révolte pour engendrer la brèche

Cet événement, on le sait, va bientôt arriver
Tout aussi prévisible que le prochain matin
Pourtant tout le monde paraitra étonné
Faux semblant pour bonne conscience d’humain

Un mot français à la fois

« J’ai débunké un slide du speaker venu faire un speech sur le redshift ».

Et à ce qui parait, on parle encore français !

« J’ai déboulonné une diapo du conférencier venu parler du décalage vers le rouge. »

Oreste

Bien entendu, j’ai mis dans la même phrase plusieurs termes anglais entendus dans des conférences scientifiques sur YouTube. On peut facilement comprendre qu’avec l’hégémonie de l’anglais, celui-ci s’immisce partout.

En revanche, il est désolant de voir comment nous le laissons faire sans réagir. Nous acceptons et utilisons les termes anglais alors que nous avons l’équivalent français. Pour faire comme tout le monde, on préfère utiliser débunker plutôt que déboulonner, slide plutôt que diapo et redshift au lieu de décalage vers le rouge.

Adopter un mot anglais n’est pas un problème si le français n’a aucun terme équivalent. Mais choisir volontairement d’ignorer une expression française qui existe, c’est mépriser sa propre langue.

De plus, on ne francise plus les termes. Par exemple, bien des gens préfèrent utiliser la graphie « bug » plutôt que « bogue ». En français, le u dans « bug » devrait se prononcer comme dans « but » et pas comme un o comme dans « bogue ».

Lorsque nous parlons, lorsque nous écrivons, forçons-nous un peu. Choisissons de le faire en utilisant des termes en français. Respectons notre langue, ses mots, ses termes et ses règles de prononciation.

Un mot français à la fois, nous préserverons notre langue, car un mot anglais à la fois, nous la perdrons à coup sûr.

Origines oubliées de 6 mots (U à Z)

J’ai précédemment écrit quatre articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis de F à J, ensuite de K à O et enfin de P à T. Vous pouvez également retrouver tous ces articles en cliquant le lien suivant : Thème « Culture – Le français »

Je termine maintenant cette liste en vous proposant six derniers mots communs dont chacun commence par l’une des six lettres U à Z.

Solitude

La fin de l’alphabet ne donne accès qu’à peu de mots, mais j’ai quand même pu y dénicher quelques étrangetés étymologiques.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces six derniers mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

U : unir (verbe transitif)

Définition moderne : Mettre ensemble de manière à former un tout, une réunion perçue comme une. Ajouter une chose à un tout, joindre à.

Étymologie : Vers 1165 ; du verbe latin unire, de unus « un » ; « unir un conte » « réunir les éléments d’un récit ».

Commentaire : Il n’était pas très difficile de déduire la racine latine unus pour « un ». Cependant, l’utilisation première très limitative de « unir », celle de la réunion d’éléments pour la composition d’un conte, d’un récit, m’a quelque peu étonné.

V : vaste (adjectif)

Définition moderne : Très grand, immense, spacieux, dont la portée ou l’action est très étendue.

Étymologie : 1088, wast, guast du latin vastus « vide, désert, abandonné » ; 1495 « dévasté, inculte ».

Commentaire : On note une déviation du sens initial qui ne concerne pas la « vastitude » d’un endroit, mais plutôt sa désolation, son aspect déserté ou désertique, infertile. Devenu maintenant synonyme d’immense, une immensité dimensionnelle, l’apparence absolue d’un lieu désert, vide et triste a été évacué de son sens actuel.

W : wallon – wallonne (nom et adjectif)

Définition moderne : Belge de la Belgique du sud, de langue et de civilisation romanes. Dialecte parlé par les Wallons.

Étymologie : XVIe, wallin. Du latin médiéval wallo, wallonis, du francique et du germanique walha « les Romains, les peuples romanisés ».

Commentaire : Noter que la lettre « W » n’existe pas en latin antique. La généralité signifiant « (tous) les peuples romains (romanisés) » est devenue régionale et limitée à la Wallonie actuelle. Un parallèle peut être fait avec les Américains, actuellement considérés comme étant les habitants des États-Unis d’Amérique, alors que tout habitant des deux Amériques est de fait un Américain.

X : xérus (nom masculin)

Définition moderne : Petit rongeur d’Afrique et d’Asie (Scuridés) proche de l’écureuil, aux poils durs et épineux, communément appelé « rat palmiste ».

Étymologie : 1893 ; du latin xerus, grec xêros « sec », à cause de la rigidité des mamelles pectorales.

Commentaire : Les zoologistes ont toujours eu beaucoup d’imagination pour nommer des animaux à partir d’une de ses particularités physiologiques, de son comportement ou de son habitat. Ici, ils se sont uniquement concentrés sur l’apparence de ses mamelles, mais c’est compréhensible puisque le reste de son corps ressemble énormément à celui des autres écureuils.

Y : ysopet (nom masculin)

Définition moderne : Au moyen âge, « recueil de fables ».

Étymologie : XIIe siècle, du latin  Aesopus « Ésope ».

Commentaire : La graphie « isopet » existe aussi. Ésope est un écrivain grec du VIIe siècle avant notre ère. On lui attribue la paternité de la fable, raison pour laquelle le mot ysopet a été inventé.

Z : zigzag (nom masculin)

Définition moderne : Ligne brisée formant des angles alternativement saillants et rentrants. Mouvement qui suit une ligne sinueuse, irrégulière.

Étymologie : 1662, zigzac.  Assemblage articulé de pièces en losange pouvant s’allonger et se replier à volonté.

Commentaire : Comme le montre l’image précédente, un zigzag était une sorte de pièce articulée se déployant en accordéon. Ce pouvait être une pince ou un support extensible. On le retrouve aujourd’hui dans les plateformes élévatrices modernes. Étrangement, je ne trouve presque aucune trace de ce mot dans les publicités modernes pour décrire ce mécanisme alors que la définition existe bel et bien dans les dictionnaires et lexiques actuels. Aujourd’hui, le zigzag se rapporte presque exclusivement à un tracé simple comme le louvoyage.

Pour conclure : 

Pour composer un ysopet, un écrivain wallon a uni plusieurs observations d’un xérus alors qu’il parcourait en zigzag son vaste territoire.

J’espère que vous avez apprécié cette série de cinq articles consacrés à l’étymologie de vingt-six mots commençant chacun par une lettre différente de notre alphabet. N’hésitez-pas à laisser un commentaire.

Origines oubliées de 5 mots (P à T)

Il existe trois précédents articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis de F à J et ensuite de K à O. Je poursuis maintenant cette liste en vous proposant cinq autres mots communs dont chacun commence par l’une des cinq lettres P à T.

Aurora

Il est étonnant de se rendre compte que bien des mots très usités et parfaitement clairs ont des origines obscures ou étranges, des sens autrefois bien différents de ceux qui ornent maintenant nos phrases. Une langue vivante comme le français évolue se transforme, dévie et foisonne, multiplie les sens et les définitions alors que d’autres s’éteignent dans l’oubli le plus total.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq prochains mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

P : piaffer (verbe intransitif)

Définition moderne : Se dit d’un cheval qui, sans avancer, frappe la terre en levant et en abaissant alternativement chacun des pieds de devant (et de derrière). Frapper le sol des pieds de devant. Piétiner.

Étymologie : Ses origines sont incertaines, peut-être est-ce une onomatopée. Cependant son sens original n’a rien à voir avec un cheval. Au début du XIIe siècle, « piaffer » au participe passé était utilisé pour décrire une façon de parler. Ainsi, « des paroles piaffées » signifiait autrefois « faire de l’embarras » ou « se donner de grands airs », « fanfaronner ».

Commentaire : Ce sens originel a été perdu sinon il est devenu extrêmement rare. Aujourd’hui, le sens figuré issu du sens propre moderne prédomine. Les expressions consacrées « piaffer d’impatience » et « piaffer à la porte » imagent bien ces deux actions, l’une étant de « ne plus tenir en place », de «taper du pied » et l’autre de « cogner avec insistance et fougue ».

Noter que cette impatience maintenant devenue la marque indélébile du verbe « piaffer » dans son sens figuré n’est pas présente dans les gestes d’un cheval qui piaffe, qui effectue un piaffer, nom tiré du verbe. Le fait que ce mouvement soit saccadé a donné l’idée, l’impression, d’une impatience. Quant au sens initial, il ne montre pas vraiment d’impatience, on comprend plutôt « placer quelqu’un dans une position délicate ou confuse, » « le déconcerter » ou « faire l’important ».

Q : querelle (nom féminin)

Définition moderne : Contestation, différend dispute, opposition vive et passionnée pouvant entraîner un échange d’actes ou de paroles hostiles.

Étymologie : Au XIIe et XIIIe siècle, la querelle avait un sens bien plus concret. Il s’agissait d’un procès, d’une plainte en justice. Une querelle était une plainte auprès des autorités ou par extension, les intérêts de quelqu’un dans un litige. On utilisait « quereller », la forme non pronominale du verbe.

Commentaire : Dans le sens actuel, aujourd’hui, personne ne va au tribunal ou devant une autorité quelconque pour se « quereller », mais pour présenter ses arguments et ses évidences. La querelle précède la demande de trancher le litige par un tiers.

En amour, les querelles sont fréquentes lorsque des conflits éclatent dans un couple. Elles se résument la plupart du temps à des joutes verbales, un désaccord, une divergence, une dispute, une polémique, une controverse, une scène. Entre des enfants, la querelle prend souvent un tournant physiquement violent sous forme d’altercation, d’empoignade, de bagarre.

R : robinet (nom masculin)

Définition moderne : Appareil placé sur un tuyau de canalisation et que l’on peut ouvrir et fermer pour régler le passage d’un fluide. Une valve.

Étymologie : 1285, figure ornant un instrument à cordes. 1401, Robin, robinet, nom donné au moyen âge au mouton, les premiers robinets étant souvent ornés d’une tête de mouton. Ou était-ce la forme du robinet qui ressemblait à celle d’une tête de mouton ? Les sources ne sont pas très précises et sont discordantes à ce sujet.

Commentaire : Au sens figuré, un robinet représente ce qui retient ou laisse passer un flux quelconque. De l’argent, des paroles, des idées, des mots, « c’est un vrai robinet » pour parler d’un bavard.

Et bien sûr, le robinet d’un jeune garçon se situe entre ses deux jambes. Il est l’un parmi de nombreux mots utilisés pour désigner un jeune ou un petit pénis.

Il existe un joueur français de football américain qui se nomme « Robin Mouton ». En ancien français, il se nommerait « Mouton Mouton », rien pour effrayer l’adversaire !

S : sage (adjectif et nom masculin)

Définition moderne : D’une manière habituelle, qui fait preuve d’un jugement sûr, de bon sens, qui est avisé, sensé, prudent dans sa conduite.

Étymologie : Origines incertaines. 1050, savie. Peut-être du latin populaire sabius ou sapius (sapiens) qui désigne une personne intelligente et raisonnable. Il pourrait aussi provenir du latin sapidus signifiant « qui a du goût » « de bon goût ». Au XVIe siècle nait l’idée d’un mode de vie éloigné des divertissements vulgaires. Dans les premiers écrits, le mot sage définissait une personne savante, érudite, mais aussi une personne de bon conseil. À cette époque éloignée, la connaissance semblait faire de pair avec la sagesse.

Commentaire : Il existe d’autres sens populaires au mot sage. On n’a qu’à penser à « sois sage » lorsqu’on s’adresse à un enfant, être « sage comme une image ». On le veut calme, qu’il cesse de grouiller. Le nom « sage » est ensuite repris au XXe siècle pour désigner des conseillers expérimentés, souvent institutionnels, « comité des sages », « conseil des sages », etc.

T : tuer (verbe transitif)

Définition moderne : Faire mourir quelqu’un de mort violente. Causer volontairement la mort de quelqu’un d’une façon rapide et directe.

Étymologie : Étrangement, ce mot aujourd’hui d’une parfaite clarté a des origines incertaines et son sens a divergé. À partir de 1130 jusqu’au XVIIe siècle, il signifiait « éteindre », tirant peut-être cette définition du latin tutare « éteindre » comme dans tutare candelam « tuer la chandelle », l’éteindre. Dès 1150, le sens « abattre » est pourtant aussi présent. En ancien français. « tuer » signifie d’abord « frapper », « battre » « assommer », comme le latin tundo. À ce moment, la mort semblait donc absente des intentions, seulement une conséquence possible d’actes violents. Maintenant, tuer ne laisse aucun doute sur le résultat final attendu. La mort est toujours au rendez-vous.

Commentaire : Je me souviens étant jeune, « tuer le feu » était une expression courante pour éteindre le feu de camp avant d’aller dormir. À l’époque, je croyais simplement à une métaphore, je ne la reliais pas à cette antique définition. Le verbe « tuer » est amplement utilisé, tant dans son sens propre que dans son sens figuré. Je pense à « tuer le temps ». S’il existe quelque chose qu’on ne pourra jamais tuer, c’est bien le temps ! En revanche, lui, il tue facilement. D’ailleurs, il tuera tout le monde. Tuer le temps pour l’empêcher d’avoir une emprise sur soi, c’est patienter en s’occupant à faire autre chose. Mais on ne pourra jamais le tuer, ni l’assommer, ni l’éteindre.

Pour conclure : 

Suis-je encore sage si je piaffe à l’idée de tuer cette querelle dans l’œuf, celle m’opposant à ce robinet à paroles ?

Origines oubliées de 5 mots (K à O)

Il existe deux précédents articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis par F à J. Je poursuis maintenant cette liste en vous proposant cinq autres mots communs dont chacun commence par l’une des cinq lettres K à O.

Wind Guide You

Les mots sont le reflet des sociétés qui les utilisent. Pour des raisons souvent pratiques, ils se transforment pour s’adapter à des situations changeantes. Et comme ces sociétés, au fil du temps, leurs sens vivent puis disparaissent en laissant la place à d’autre façons de les interpréter.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq prochains mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

K : kaïd (nom masculin)

Oui, le mot caïd possède bien deux graphies dont celle avec un k, plus rarement utilisée et qui trahit des origines arabes comme beaucoup d’autres mots commençant par un k.

Définition moderne : Chef d’une bande de mauvais garçons ; personnage considérable dans le milieu.

La définition actuelle ne concerne pas seulement les jeunes chefs de bande. Elle inclut également celle des garçons ayant une forte emprise et une influence négative sur les autres jeunes de leur entourage, à l’école ou ailleurs. Ils menacent et terrorisent leurs compagnons sans nécessairement faire partie d’une bande.

Étymologie : 1308, caïte. De l’arabe qā’ǐd, signifiant « celui qui conduit » puis « chef de tribu » et finalement au XXe siècle « chef de bande ».

Commentaire : Autrefois, ce terme n’avait pas de connotation nécessairement négative. En Afrique du Nord, c’était un fonctionnaire musulman qui cumulait les attributions de juge, d’administrateur, de chef de police, et autres. Il devait exister de bons et de mauvais kaïds. On comprend aisément que des personnes possédant autant de pouvoirs puissent en abuser, ce qui conduisit à la définition moderne d’un jeune voyou-tyran. L’utilisation de ce mot pour désigner un adulte est possible, mais alors il n’est pas absolument associé à un voyou, plutôt à une personne aux immenses pouvoirs, en somme son sens originel.

L : lubie (nom féminin)

Définition moderne : Idée, fantaisie soudaine, capricieuse et parfois saugrenue, extravagante, déraisonnable.

Étymologie : Ses origines sont incertaines et on lui en attribue plusieurs dont leur sens ne coïncident pas toujours. 1636, muse normande. Du latin lubere, libere, « trouver bon », « faire plaisir ». Du moyen français, le verbe hubir signifie « croitre », « se développer » et au figuré « se réjouir ». En francique, il signifiait « résister contre une contrainte ».

Commentaire : On ne voit pas toujours très bien le lien entre ces différents sens. Probablement que plusieurs d’entre eux n’existent tout simplement pas. Aujourd’hui, on utilise « lubie » face à soi-même comme un plaisir coupable et les autres l’emploient à la limite de l’insulte pour qualifier nos fantaisies. On n’a plus beaucoup de « trouver bon », de « croitre » ou « se développer » et encore moins de « résister contre une contrainte ». Dans une langue vivante, le langage exerce sa prérogative d’évolution. Il dépouille les mots de certains de ses sens pour leur en faire revêtir de nouveaux, parfois très éloignés de ceux d’origine.

M : moite (adjectif)

Définition moderne : Légèrement humide.

Étymologie : 1190 muste, origines incertaines, du latin mǔscĭdus « moisi », mǔsteus « juteux », mustum « moût » ou encore un dérivé du verbe latin muscitare « mélanger », comme dans « mouiller le vin d’eau ».

Commentaire : La véritable racine du mot moite est plus probable du côté de mǔscĭdus puisque le moisi se développe effectivement avec une légère l’humidité. Aujourd’hui, on retrouve principalement « moite » dans la cooccurrence « mains moites », des mains humides sous l’effet de la transpiration. « Moite » est également assez fréquent lorsqu’on parle d’un temps lourd et humide, « une atmosphère moite » qui engendre de la « moiteur » sur notre corps.

N : néanmoins (adverbe et conjonction)

Définition moderne : Malgré ce qui vient d’être dit ; en dépit de (cela).

Étymologie : 1160, « naient moins ». 1549, « néanmoins », de « néant » et « moins ». Nombreuses variantes en ancien français dont « nenmains » au XIIIe siècle, « niantmoins » au XIVe siècle et « néantmoins » du XVe au XVIIe siècle.

Commentaire : J’avoue que cette ligature « néant moins » et la définition de néanmoins « en dépit de (cela) » m’ont toujours causé une douleur cérébrale. Dans les dictionnaires, on explique « néanmoins » ainsi. Comprendre « nullement moins », « en rien moins » ou « il n’en est pas moins vrai que… ». On utilise « néanmoins » pour rajouter de l’information parfois d’une autre nature ou d’un autre aspect, sans contredire les propos précédents. Oubliez l’explication « moins que le néant » puisqu’il n’y a rien de moins que le néant. Et pour les petits rigolos, « nez en moins » n’est pas une manière valable de le comprendre.

« Néanmoins » est un bon exemple de ces mots nés d’une tournure d’esprit un peu tordue qui caractérisait parfois nos ancêtres à l’époque médiévale. Étaient-ils justement créés par désir de séparer les roturiers des nobles en les rendant incompréhensibles aux rustres ?

O : omelette (nom féminin)

Définition moderne : Mets fait avec des œufs battus et cuits à la poêle avec du beurre, auxquels on peut ajouter divers éléments. Fricassée d’œufs.

Étymologie : Le mot « omelette » provient-il de « œufs mêlés » ? Oui ? Non ? En fait, cette étymologie n’est qu’anecdotique. Même s’il est vrai qu’une omelette est composée d’œufs mêlés, les origines de ce mot se situent ailleurs et sont bien plus complexes.

Va pour le « o », il découle probablement du mot latin ovum, œuf, mais la suite du terme est bien plus intéressante. Elle proviendrait du mot « amelette ». Attention, ne pas confondre avec âmelette, une petite âme. Le mot « amelette », lui, proviendrait de l’italien animella, de ce mot on a formé « animalette » pour finalement arriver à « amelette ». Mais ce n’est pas terminé. « Amelette » devint « aumelette » puis enfin « omelette ».

Cependant, d’autres sources offrent une cascade de mots bien différente, des transformations issues de métathèses (altération d’un mot par déplacement, interversion d’un phonème, d’une syllabe). Partons de « lemelle » ou « lamelle » puisqu’une omelette étant mince, elle était comparée à une lame. On en vint à « alumelle » puis « alumette (1 seul L), et vint « alemette » puis enfin « amelette ». La suite et la fin, vous la connaissez.

Commentaire : Alors qu’il n’y a vraiment rien de bien compliqué à concocter une omelette, ce ne fut certainement pas le cas pour son nom qui vécut une aventure des plus rocambolesque. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces métamorphoses carabinées, dont certainement l’absence ou la rareté des dictionnaires. Le premier dictionnaire de la langue française, le Richelet, date de 1680. Il fut suivi par celui de Furetière en 1690, et ensuite par la première édition du Dictionnaire de l’Académie française en 1694.

Pour conclure : 

Ma lubie était de serrer la main du kaïd, néanmoins je ne soupçonnais pas qu’elle serait aussi molle et moite qu’une omelette baveuse.