Sincérité du questionnement

Quand on pose une question à une personne qu’on connait ou même à un étranger, on doit pouvoir accepter n’importe quelle réponse. Malheureusement, le désir inhérent des humains de tout contrôler pervertit cette supposée liberté donnée à l’autre de disposer de sa réponse, et ce malgré l’apparente ouverture de l’interrogation.

Poser une question n’est souvent qu’une façon de suggérer la réponse voulant être entendue, celle considérée comme représentant la meilleure, la plus pertinente, la plus sage. Remarquez comment certaines personnes s’empressent d’escamoter la réponse qui leur est offerte en coupant la parole de leur interlocuteur pour leur faire part de leur propre opinion sur le sujet discuté.

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Malheureusement, plusieurs croient détenir une solution pour chaque problème comme si chacun d’eux s’était construit dans la simplicité tout en ne possédant aucune variable, ou une seule. Leur question ne sert qu’à camoufler leur intention de contrôler l’argumentation dans l’inexorable direction privilégiée. Toute bifurcation les rendra mal à l’aise puisque leur raisonnement n’est resté que superficiel, sans nuances, absolutiste.

En tant qu’individus interagissant avec d’autres, nous devons nous abstenir de poser des questions dans le but de transmettre notre propre réponse. Questionner une personne n’exige pas d’en posséder une toute prête à lui fournir en complément. Une question ne représente souvent que le début d’un long processus.

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Tomber dans le travers décrit dans cet article constitue un manque flagrant de respect de la personne interrogée. Alors il vaut mieux ne rien lui dire. En revanche, si les rôles s’inversent et que vous reconnaissez cette tentative de manipulation à votre égard, n’ayez aucune pudeur ou gêne à faire savoir à votre interlocuteur que vous comprenez parfaitement ses intentions et qu’il peut mettre fin à son petit manège.

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Vous perdrez probablement une connaissance ou un ami, mais vous vous éviterez une forme d’esclavage intellectuel. Ne craignez pas ces conséquences, quoi qu’il arrive, n’y voyez pas un appauvrissement de votre vie sociale, mais un échange qui restera toujours à votre avantage.

E pour excellence

EDans ma série d’articles consacrés à un nom commençant par une lettre précisée, voici venu le tour de la lettre E et d’un mot qui ne rate jamais de me faire grincer des dents, le terme «excellence».

Ce mot fourre-tout sert d’outil d’évaluation, mais surtout d’outil de dénigrement démagogique, car l’excellence n’est jamais définie avec précision. Pour bien évaluer les caractéristiques de quelque chose, on utilise plutôt le mot «qualité» qui possède ses règles propres, ses systèmes, ses standards, ses cadres de références, ses méthodes et ses outils. Mais pour l’excellence, les choses se compliquent, car le terme cultive les flous.

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Tout d’abord, l’excellence suppose un classement sous-jacent et celui-ci exige donc une évaluation préalable. Toute bonne évaluation repose sur des principes précis. Savoir ce qu’on veut exactement évaluer est la première question à se poser. Ensuite viennent les éléments mesurables susceptibles d’apporter une partie de la réponse. Ces mesurables doivent être pondérés pour former un ensemble de critères aux poids relatifs. Une série de questions sera élaborée afin de constituer les sondes qui mesureront ces critères. Enfin, l’analyse des résultats permettra de tirer des conclusions.

Cependant, tous ceux qui parlent d’excellence se moquent des évaluations faites dans les règles de l’art puisque leur but se situe ailleurs, à la frontière d’un discours manipulateur. Ou plutôt, ils prononcent des discours servant à manipuler qu’ils déguisent en discours rationnels, puisque le mot excellence est un vide qui absorbe tout, mais qui ne restitue rien.

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Pourquoi? Parce que personne n’est excellent. Pourquoi personne n’est excellent? Parce que l’excellence n’existe pas. Pourquoi l’excellence n’existe-t-elle pas? Parce que personne ne peut la définir suffisamment précisément selon les contextes pour qu’elle serve d’outil de mesure. Et pourtant elle est utilisée pour mesurer. Mais mesurer quoi?

La seule chose que le mot excellence mesure c’est la capacité à se culpabiliser. Plus on se sentira coupable du travail accompli, plus on tendra à croire qu’on peut offrir de l’excellence.

Ce mot sert uniquement aux dirigeants démagogues à exiger plus en ne donnant rien, à rendre les gens honteux et coupables des problèmes engendrés au sommet de la pyramide, à persécuter moralement des innocents en camouflant les vraies causes et les vrais responsables des échecs ou des piètres performances.

Comprenez le mot «excellence» comme une tentative de manipulation infondée, injustifiée et fort probablement injustifiable. Ne vous laissez pas emberlificoter par un discours mettant en valeur ce terme qui s’apparente grandement à un trou noir.

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J’entends souvent les gens utiliser le mot «excellent» lors d’échanges verbaux et la télévision est particulièrement riche en la matière lors d’entrevues ou durant les bulletins de nouvelles. Voici un exemple.

«La catastrophe a fait plus de cent morts et au moins le double de blessés.» Et le lecteur de nouvelles de répondre au reporter pour clore l’entretien: «Excellent.»

Qu’est-ce qui est si excellent? La catastrophe? Le nombre de victimes? Les images d’horreur? La cravate du reporter? Ah! Peut-être le reportage en lui-même, mais sur quels critères est-il qualifié d’excellent?

Pour les raisons préalablement décrites, rien ne peut être qualifié d’excellent sans évaluation précise et précisée, mais cet exemple démontre la nullité du terme, tout comme la stupidité de son utilisation et sa banalisation, mais ça fait chic en donnant l’impression d’une appréciation rationnelle et juste, alors qu’il n’en est absolument rien.

Alors, comment avez-vous trouvé mon article d’aujourd’hui? Excellent, peut-être? Puisque je vise toujours l’excellence…

Au fond, c’est de la démagogie

Existe-t-il un point critique au-delà duquel il n’existe plus de retour possible ?

La Nature nous en propose plusieurs au cours de notre vie. Du moins, ce fut mon cas. Elle nous expose à des dangers qui peuvent être évités, gérés ou impossibles à éviter et alors il nous reste à nous mesurer à ses furies, à y survivre ou à périr.

La Nature est excusée d’emblée puisqu’elle est notre maitre absolue. Mais qu’en est-il des individus ? Existe-t-il une limite infranchissable au-delà de laquelle l’acceptation devient impossible ? Ou est-ce que le point critique peut-il toujours être repoussé ?

Parfois, la bonne foi n’est plus suffisante, par exemple quand on est confronté à ne dialoguer que dans une structure à géométrie asymétrique variable, c’est le signe que le point de non-retour amenant inexorablement à un cul-de-sac a probablement déjà été franchi.

La déformation des paroles de l’autre pour lui prêter des intentions inexistantes est le scénario classique. Oublier les paroles que l’autre a prononcées parce qu’elles détruiraient notre thèse est l’autre technique. Refuser de reconnaitre les paroles qu’on vient de prononcer parce qu’elles faisaient partie d’une technique de manipulation qui a avorté ou qui a été détectée est la troisième méthode qu’utilisent ceux qui cherchent par la démagogie à détruire l’argumentation dans un dialogue qui se voudrait à la base réfléchi.

J’ai passé l’âge de jouer à ces jeux. Ils me sont devenus si évidents que cette mauvaise foi est vite détectée et automatiquement renvoyée à la face de son instigateur.

Je remercie tous les gens que j’ai côtoyés durant ma vie. Ils m’ont tous appris quelque chose d’essentiel et cette richesse n’est pas la leur, mais celle qui me revient de droit parce que j’ai fini par comprendre les vérités par moi-même. Aujourd’hui, je suis riche des expériences vécues qui m’ont demandé de réfléchir et j’ai accepté ces défis de vouloir les comprendre.

Avec les années, les diverses situations que j’ai vécues et auxquelles j’ai réfléchi me permettent de reconnaitre plus aisément, entre autres, la démagogie. Vous connaissez, c’est l’art de torturer les événements en les transformant par des arguments fallacieux pour en arriver à créer une réalité qui n’existe que dans la tête de ceux qui la désirent en maniant cet art sublime du faufilage entre les vérités et l’injection propice de mensonges.

Voilà. Ne me testez pas, ou ne me testez plus. J’ai trop vécu pour que vous puissiez escompter me prendre en défaut de compréhension. J’observe, je collige les observations, je les analyse, j’établis une théorie cohérente avec les observations, je la mets à l’épreuve, je ramasse des résultats, je les compare à ma théorie, je vérifie si je dois accumuler encore plus de résultats, dans l’affirmative je rajoute d’autres résultats et j’établis un niveau de confiance entre ma théorie et les résultats obtenus par l’expérience.

Contrairement à ce que plusieurs pensent, l’intuition n’est pas absente de ce processus, mais elle ne s’applique pas partout à toutes les étapes et surtout, elle ne remplace jamais l’ensemble d’un processus analytique. L’intuition s’applique parfaitement lorsqu’il est temps d’élaborer des théories ainsi qu’au niveau d’imaginer des expériences qui pourraient les confirmer ou les infirmer. Bien souvent, sans intuition, tout le monde tourne en rond. Mais dans les étapes de ce processus où on doit laisser la place à la méthode, l’intuition n’a plus sa place. C’est une tentative de court-circuiter la méthode et ça, je ne puis l’accepter, le tolérer et encore moins le cautionner.

Lorsque je sens que ce discours déplait, dérange et finit par déraper avec des gens incapables d’accepter la place nécessairement contingentée et pondérée (je n’ai jamais dit inexistante) que peut et que doit jouer l’intuition dans des processus décisionnels globaux et sérieux, j’ai fini de me battre. Je démissionne, parce que la discussion finit toujours par dévier comme une boule de quilles vers l’un ou l’autre des deux dalots qui, inévitablement, se rapprochent de plus en plus au fur et à mesure que mes arguments prennent de l’importance et deviennent inattaquables. Même un champion aux quilles ne peut obtenir un abat lorsque les dalots finissent par se toucher. C’est ce qu’on appelle un dialogue de sourds. Plus précisément, utiliser des dalots à géométrie variable, c’est exactement ça user de démagogie.

Mon point critique est atteint lorsque des gens se réclamant faire partie des gens intuitifs abusent plutôt de démagogie – étrangement, cette technique n’est pas du tout intuitive, mais pleinement délibérée, comprise et sciemment utilisée –  pour tenter de court-circuiter des méthodes en les remplaçant par des décisions ad hoc dénuées de tout fondement.