DOW – Avant-propos

Comme vous le savez probablement maintenant, DOW est l’acronyme du titre de mon tout dernier roman « Le domaine Ondana–Watermore ». Dans mon article précédent, je vous avais promis l’avant-propos. Or, le voici.

Avant-propos

L’écriture d’un roman dont tous les événements et les personnages sont purement fictifs exige de son auteur un labeur méthodique puisque sa mémoire ne lui apporte aucun secours. Tous les détails de l’œuvre, les lieux, les moments, les personnages, les objets, les dialogues et la trame historique étant inventés, les pièges augmentent quadratiquement en fonction de la longueur du récit, du nombre de personnages et de la complexité contextuelle.

Écrire une œuvre aussi volumineuse ne relève pas d’une décision préalable. Les sections ont simplement buissonné tout au cours de l’évolution de l’écriture. Je les ai ensuite raboutées pour créer le fil du récit et surtout, je me suis ensuite attelé à traquer et à corriger toutes les anomalies engendrées par une écriture percolée.

Mon travail quotidien de composition, d’assemblage, de révision et de correction m’a fait vivre une profonde solitude qui s’est étirée sur plusieurs années. Bien sûr, j’ai choisi cette existence et l’idée ne consiste pas à me plaindre, mais à être compris et, j’espère, à être pardonné.

Tout au long de cette aventure, je vous partage les pensées de la myriade de personnages peuplant ce livre, y compris durant l’action. J’ai extirpé leurs réflexions pour mieux vous les faire connaitre, car la vraie richesse n’est-elle pas d’accéder à l’esprit des gens ?

Conséquence directe de mes choix littéraires, ce livre est conçu pour être dévoré avec parcimonie. Il s’oppose volontairement aux œuvres haletantes qu’on termine en quelques heures et qu’on oublie après quelques jours. Sa longueur, sa densité et sa complexité constituent des choix assumés. Et n’espérez pas des répits de cogitation lorsque vous entamerez une partie bardée de dialogues. Qu’ils soient exprimés ou racontés, tous les détails acquièrent ici leur importance.

Voyez ce livre comme un éloge à la lenteur. Pour vous guider dans cette voie, je l’ai subdivisé en 223 sections réunies en 21 chapitres. Ayant moi-même horreur de couper court à ma lecture au beau milieu d’une intrigue, terminer une section avant de fermer le livre pour la nuit ne devrait ici vous prendre que quelques minutes.

Avant d’entamer votre lecture, équipez-vous d’un peu de persévérance, car quelques sections vous demanderont un plus haut degré de concentration. Allez, maintenant, amusez-vous !

Lir la quatrième de couverture

Si vous désirez me faire part de questions qui vous assaillent, laissez un commentaire.

Mon tout nouveau roman est maintenant en vente !

Eh bien ! Ça y est ! Après de nombreuses années à souquer ferme, mon nouveau roman vient tout juste de paraitre.

Son titre : « Le domaine Ondana–Watermore », DOW pour les intimes.

En fait, cette œuvre constitue un préambule à un roman terminé en 2000, mais qui n’a jamais été édité. J’en ai donc profité pour ramener plusieurs personnages vingt ans dans le passé, au début de leur vie d’adulte, mais je les ai également situés dans un contexte contemporain. Évidemment, en agissant ainsi, je signais la mort de ma précédente œuvre que je devrai réécrire en totalité.

Vous pouvez lire le texte couché au dos de ce roman titanesque et, si votre cœur en éprouve le désir, vous le procurer en format PDF en cliquant ici.

Si vous avez des questions à m’adresser avant de dépenser le montant pour l’acquérir, n’hésitez pas à me laisser un commentaire ou à m’envoyer un courriel à l’adresse que vous trouverez ici.

Pour obtenir la version papier, communiquez directement avec moi. Je vous avise toutefois que, pour un poids totalisant plus de 900 g, les frais de poste ne sont pas négligeables et le délai de livraison peut atteindre plusieurs jours, plusieurs semaines, voire plusieurs mois si vous habitez en Europe, gracieuseté de cette chère COVID et de ses variants.

Bonne nouvelle, cependant. Pour ceux qui achètent la version PDF, vous la payez 25 % moins cher que la version papier. Qui plus est, si vous décidez ensuite d’acheter la version lourde, vous n’avez qu’à débourser la différence (ainsi que les frais de manipulation et de transport). Vous obtiendrez ainsi le livre dans ses deux formats en ne payant que l’équivalent de la version papier.

Évidemment, pour ceux qui achètent immédiatement la version physique, vous obtiendrez la version électronique sans frais additionnels.

Quant à mon prochain article de blogue, il contiendra l’avant-propos du livre.

Après tout ce travail, j’avoue d’emblée que la fatigue est au rendez-vous et je compte bien profiter pleinement de mes vacances simplement pour me reposer, car plusieurs autres projets seront étalés sur ma table de travail lorsque je reprendrai le collier cet automne. Entre autres, je préparerai une seconde édition de mon premier recueil de nouvelles, j’ai aussi dans mes cartons un recueil de novellas (nouvelles longues) ainsi qu’un recueil de poésie. Et enfin, j’ai entamé l’écriture de la suite du roman DOW. Mis à part ce dernier projet à l’état embryonnaire, tous les autres sont déjà bien avancés et, chose certaine, l’année 2022 verra la publication d’une ou de plusieurs œuvres en cours de production.

Nos créatures s’imposent

Cet article est la suite des trois précédents sur le sujet de l’écriture d’œuvres de fiction.

Écrire de la fiction, c’est divin ! Ici, il faut comprendre mon assertion au sens figuré, mais également au sens propre. Car si vous écrivez de la pure fiction, vous serez amené à jouer le rôle d’un dieu lorsque vous créerez des personnages issus du néant. 

Écrire plusieurs nouvelles m’a formé à inventer des vies entières et crédibles avec leur personnalité unique et complexe en n’utilisant que quelques phrases. C’est possible si on fournit au lecteur certaines clés, alors il comblera lui-même les vides. Créer des personnages, c’est un peu piocher dans une banque de caractères, amalgamant des traits de certains avec des comportements de quelques autres et en y ajoutant sa touche individuelle. En règle générale, la plupart des créatures possèdent un tronc commun, son essence vitale, sur lequel on greffe des membres personnalisés.

Selon le genre d’œuvre, donner trop de précisions et trop de détails sur les héros et les vilains s’avère parfois inutile voire ennuyeux. En contrepartie, ces mêmes détails peuvent constituer un vrai délice dans un autre type de travail visant une clientèle plus encline à apprécier les subtilités psychologiques et les rythmes plus lents.

Dans le cas de la science-fiction, de la fantasy ou de l’horreur, c’est un peu différent puisque le champ des possibilités explose. Laisser son imagination inventer des créatures n’ayant aucun trait commun avec les humains devient alors concevable.

Cinquième conseil. N’essayez pas de cloner des gens que vous avez déjà connus ou croisés pour en faire des personnages supposément de fiction. S’il s’avère normal de s’inspirer d’eux, restez cependant créatif. Faites-vous prendre au jeu de la déité et inventez-leur des qualités et des défauts. Forgez-leur des personnalités, des désirs, des rêves, des habitudes, des leitmotivs, un passé et des relations.

Oui, bien sûr, vous pouvez piocher dans vos souvenirs, mais évitez de copier-coller des vies. Vous pouvez mixer les traits des uns avec les autres. Vous pouvez extrapoler vos réminiscences pour découvrir à quoi ils auraient pu ressembler plusieurs années plus tard. Vous pouvez leur faire prendre une tangente différente. Ou simplement, parfois il reste plus à propos de générer un personnage à partir de rien.

Je préfère cette dernière option et voici mon argument. Lorsqu’on s’inspire trop d’une personne connue dans notre vie, on apporte souvent ses carcans avec elle. On n’osera plus lui mettre des paroles dans la bouche si l’inspiratrice les avait désapprouvées. On s’empêchera de lui faire commettre des actions qu’elle aurait trouvées insensées. Inventer un personnage de toute pièce donne la liberté de le faire évoluer dans le cadre du scénario du livre, pas selon un passé quelconque externe ayant servi d’inspiration initiale.

Ce dernier constat s’avère crucial et j’explique pourquoi. Lorsqu’un personnage émane vraiment du néant, il acquiert sa propre existence et éventuellement celle-ci s’imposera à l’auteur. Il devra composer avec ses choix antérieurs. Les contraintes deviennent bien différentes si la créature nait d’une inspiration.

C’est fascinant de voir agir et évoluer une de nos propres créatures en dehors de nos interférences ou interventions. On dirait que la vie l’habite réellement, que nous n’en sommes plus maitres. Lorsque l’auteur respecte l’essence de son invention, l’écriture prend parfois des tournants surprenants et totalement inattendus.

Il m’est arrivé de mettre mon écriture en pause durant un bon moment afin de choisir entre accepter de me plier à la nature de mon personnage ou le forcer à suivre la route que je lui avais déjà tracée. J’ai bien tenté de trouver une solution intermédiaire, mais celle qu’il m’imposait devait survenir. J’en ai jusqu’à pleurer de rage ! Mais d’étonnantes surprises m’attendaient un peu plus loin.

Voici donc mon sixième conseil. Se confronter à une impasse produite par un personnage qui s’impose ne constitue pas nécessairement un malheur, mais souvent une opportunité. Accepter l’inévitable mène quelques fois à des avenues d’une richesse insoupçonnée tandis que triturer le bon sens pour l’obliger à se conformer à une idée initiale engendre presque à coup sûr des aberrations et d’autres problèmes parfois insolubles.

Comme le spécifiait mon quatrième conseil, réfléchissez avant de choisir une voie facile et probablement inadéquate. Prenez le temps d’explorer le parcours tracé par votre « impertinent » personnage. Donnez-lui la possibilité de vous montrer ses chemins de traverse. Écrivez sans trop craindre la douleur causée par les ratures, les boulettes de papier ou la pression sur la touche « effacer » de votre ordinateur.

Écrire des textes fictifs constitue un travail en perpétuelle progression et une source constante de surprises toutes plus étonnantes les unes que les autres, mais pour réellement les apprécier, mieux vaut ne pas toujours les combattre.

Une fiction réaliste

Écrire un livre ne consiste pas uniquement à étaler des mots les uns à la suite des autres. L’œuvre a besoin d’une planification avant de s’y attaquer en commençant par choisir le style littéraire. Roman, récit, (auto)biographie, autofiction, essai, témoignage, pamphlet, il faut décider comment partager une histoire, ses réflexions, ses idées. Deux grandes classes s’y prêtent de manière drastiquement différente, écrire de la fiction ou de la réalité.

Personnellement, à l’exception de ce blogue, je préfère épancher mes humeurs dans des histoires fictives. C’est pourquoi je m’attarderai sur cette classe d’écriture plutôt que sur l’autre. 

Certains auteurs utilisent des faits qu’ils déforment à peine, modifient les noms d’individus et des lieux afin de produire une œuvre pseudo-fictive. Je les trouve en manque d’imagination puisque toute la trame existait déjà. Les incohérences pouvant se glisser dans une histoire entièrement inventée ont toutes été lissées par la réalité.

On retrouve aussi l’inverse. Écrire de la fiction sous la forme d’une réalité afin de créer de faux faits, plausibles ou non. Ce style n’est pas l’apanage de nos politiciens modernes. Jules César et Hitler s’y adonnaient joyeusement. Malheureusement, même les gardiens de l’Histoire, les historiens, écrivent des tas de mensonges par complaisance ou pour continuer de sentir leur tête sur les épaules.

Règle générale (et troisième conseil), il est préférable d’écrire des faits sous forme de fiction que de la fiction sous forme de faits. La fiction permet tous les écarts entre les événements qu’on voudrait rapporter et leur justesse, elle n’exige pas d’étaler des preuves irréfutables. Dites-vous que personne n’est dépositaire de la vérité, tout n’est toujours qu’une question de point de vue. Décrire des situations en ne se préoccupant que d’un seul côté de la médaille (le sien) me fait penser à un discours démagogique dont les parties adverses n’ont pas le droit à la réplique.

Dans mon dernier roman, j’utilise abondamment la forme récit, annale ou mémoire pour raconter l’histoire. Ce style convenait à l’œuvre jusqu’à une certaine limite. La panoplie de personnages — plus d’une soixantaine — ne permettait pas logiquement à un seul narrateur d’avoir été le témoin ou le rapporteur de tous les faits racontés. Je m’en suis sorti en créant une équipe de narrateurs, chacun écrivant une partie de l’histoire selon leurs accointances avec les différents protagonistes.

Penser à l’histoire et imaginer la bonne façon de la raconter peuvent parfois s’entrechoquer. Dites-vous qu’un écrivain doit d’abord et avant tout trouver d’excellentes solutions à des problèmes souvent complexes. Votre imagination, mais surtout votre rigueur vous permettront d’éliminer les incohérences évidentes ou subtiles, les anomalies temporelles, les ellipses trop pratiques, et les hasards improbables qui rendent certaines œuvres si inconséquentes ou tellement bourrées de coïncidences rocambolesques qu’elles deviennent risibles, voire ridicules.

Plongez tête baissée dans votre histoire, ne soyez pas un maitre rigide ni un esclave asservi à vos propres règles. Osez écrire de l’imprévu. Préférez toujours adopter le point de vue de vos personnages plutôt que le vôtre. Ils vous amèneront peut-être sur des sentiers non balisés, mais parfois vos entités s’avèreront bien plus imaginatives que vous ne le pensez. De belles surprises risquent de vous attendre si vous vous laissez transporter vers des horizons incertains.

Dans une œuvre de fiction, les pièges se multiplient rapidement et certains peuvent même devenir insolubles. Mon quatrième conseil veut donc vous enjoindre de ne jamais tomber dans la facilité en prenant l’intelligence de votre lectorat à la légère. Si vous avez découvert une étrangeté, elle sautera aux yeux de la plupart des lecteurs. N’hésitez jamais, réparez-la en utilisant le moyen le plus approprié et si celui-ci consiste à brûler plusieurs chapitres, faites-le. Débarrassez-vous des personnages déficients et créez-en d’autres, réécrivez les dialogues, rétablissez la chronologie complète s’il le faut. Toutes les demi-mesures auront pour conséquence de doubler l’insatisfaction des lecteurs.

Le but ultime n’est pas simplement d’écrire une histoire. Le véritable objectif, c’est d’écrire une excellente histoire et pour y parvenir, acharnez-vous sur les problèmes jusqu’à tous les éliminer, jusqu’à ce qui n’en reste plus aucune trace.

Écrire ressemble parfois à de la torture et puisqu’elle se pratique volontairement, on peut se sentir totalement masochiste. Je compare alors ma situation avec une autre activité que je déteste vraiment, comme passer l’aspirateur. Soudainement, mes difficultés d’écriture prennent une perspective nouvelle, car j’adore fondamentalement m’adonner aux plaisirs de la plume.

« Écrire de la bonne fiction, c’est berner le lecteur avec son consentement s’il préfère penser que l’histoire est véridique plutôt que de l’admettre inexistante.»

Afin de ne pas gâcher ce sublime dessein, restez constamment en alerte en vous efforçant de trouver les défauts dans votre œuvre. Chaque élément impertinent, incomplet, incohérent ou inapproprié brisera la magie que vous cherchez à établir entre vous et le lecteur.

Soyez sévère avec vous-même, l’indulgence n’a pas sa place. En revanche, ne vous découragez jamais même si le constat de vos analyses vous effraie. Prenez le temps de décanter, de souffler, de vous ressaisir lorsque surviendra l’envie de tout balancer à la poubelle ou de fermer les yeux sur les manquements découverts. Choisissez la troisième voie, celle du travail acharné.

Un choix drastique 

Cet article raconte la genèse de mon dernier livre. Il fait partie d’une série qui aborde l’écriture d’un bouquin sous divers aspects à travers mes propres expériences. Je ponctuerai le texte de quelques conseils pratiques.

Au tout début de cette nouvelle aventure, une question s’est imposée. Mon premier roman écrit en 2000 situait l’action à la même période. Ainsi, ses origines, vingt ans plus tôt, exigeaient d’installer les événements au début des années 1980. L’autre solution consistait à écrire aujourd’hui un antépisode contemporain avec l’obligation de réécrire le premier roman censé se passer vingt ans après.

Je n’ai pas attendu longtemps la réponse. Instinctivement, je désirais écrire pour le temps présent, avec nos technologies actuelles et nos sensibilités du moment. J’ai donc décidé de me servir du premier roman uniquement comme source d’inspiration et d’oublier de le considérer comme une suite intégrale.

Jeter aux orties un livre de 400 pages, ce choix devait offrir de plus grands avantages que d’inconvénients. Tout d’abord, je n’aurais pas à craindre des incohérences puisque le premier roman n’avait jamais été publié. Ensuite, je me libérerais de certains personnages, me permettant du même souffle d’en inventer de nouveaux. Et l’argument le plus convaincant fut que j’aurais de toute façon voulu réécrire un jour ou l’autre cet ancien tome. Alors aussi bien aller de l’avant et abandonner cet élément du passé. En clair, je raye cette vieille possession de mes livres comptables, je le décortique, je jette les parties rouillées et désuètes et je ne garde que les portions encore pertinentes, intéressantes, et toujours en accord avec ma personnalité et mes goûts d’aujourd’hui. Ce conflit n’était en fait qu’apparent. Entre le désir de conserver intacte une œuvre antédiluvienne et celui d’écrire pour mon plaisir actuel, ma décision ne s’est pas fait attendre.

Tous les éléments factuels doivent être connus de l’auteur avant même de coucher le premier mot. Qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi semblent des questions faciles. Elles ne le sont pas toujours, croyez-moi ! Alors mieux vaut s’en assurer.

J’en viens donc à mon deuxième conseil. Puisque écrire peut parfois ressembler à des séances de S&M, aussi bien s’y adonner en se procurant les plus grands plaisirs possible !

Les origines

Cet article raconte la genèse de mon dernier livre. Il fait partie d’une série qui aborde l’écriture d’un bouquin sous divers aspects à travers mes propres expériences. Je ponctuerai le texte de quelques conseils pratiques.

Je savais dès le début de l’écriture du livre qu’il friserait les 450-500 pages. À la pointe de mes doigts, les idées s’entrechoquaient, se bousculaient. Tout le monde parle du syndrome de la page blanche, dans mon cas je le décrirais plutôt comme celui de la page noire.

Toutefois, cette foison d’idées ne provenait pas d’une quelconque révélation subite et miraculeuse. En l’an 1999-2000, j’ai écrit un premier roman. Durant les vingt ans qui ont suivi, je désespérais de ne pas avoir expliqué les origines du comportement de plusieurs personnages et de certains faits. Pourquoi ceci ? Comment cela ?

Mon inconscient connaissait la plupart des réponses à ces questions, mais il aurait fallu retourner loin dans le passé pour les comprendre, à la genèse des personnages centraux et au cœur des principaux lieux où les actions se déroulaient.

Vingt ans plus tard, à bout de patience contre ma propre incurie, j’ai finalement décidé d’accepter l’aventure. Si j’ai hésité si longtemps avant de m’y résoudre, j’avais déjà expérimenté la douloureuse tâche de compléter un roman de plus de 400 pages. On ne peut le cacher, les exigences augmentent exponentiellement avec la longueur d’une œuvre.

Alors mon premier conseil serait de ne pas trop vous en mettre sur les épaules si vous aspirez à écrire un premier livre. Gardez-vous de tout vouloir y inclure. Composez avec parcimonie puisque la suite s’avèrera bien plus longue et beaucoup plus difficile que vous ne pouvez l’imaginer.

J’avais donc entre les mains une inspiration inépuisable pour entreprendre l’écriture de cet antépisode dont l’action se situe étrangement vingt ans plus tôt ! Je me sentais si fébrile à l’idée d’enfin accoucher des origines que j’ai versé l’encre virtuelle à une vitesse infernale. Toutefois, avant même d’inscrire mon premier mot sur mon écran, une question s’est imposée et elle concernait un choix drastique.

Dans le prochain article, je m’attarderai sur ce choix pour comprendre qu’un écrivain doit répondre à plusieurs questions avant de se lancer dans une activité de composition effrénée. Se donner des réponses claires de débuter évite souvent de pleurer plus tard.

Mais où était passé ce foutu Corbot ?

Oui, je sais, ça fait longtemps que je n’ai rien publié sur mon site ! J’ai également négligé de vous lire. Aurais-je raté quelque chose ?

Le confinement ? Le déconfinement ? Des bandits masqués partout ? Bof ! Ce genre de petite crise était prévisible. À 7,5 milliards d’individus entassés sur une boule décrépite par ces mêmes gens, la surprise fut que cette pandémie ne soit pas survenue avant.

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Je vous ai souvent entretenu sur le sujet. J’estime à 1 milliard le nombre maximum d’humains que la Terre peut porter afin d’avoir la capacité de la conserver en santé en y consacrant toute notre attention. Ce nombre finira un jour par être atteint lorsque les virus deviendront plus létaux que ce petit coup de semonce actuel.

Mais détrompez-vous, la CORVID-19 (en tant qu’oiseau de malheur, je m’en attribue un peu le mérite en déformant son appellation) ne m’a pas forcé à rester coi. Je n’ai même pas raté une seule journée de travail ! Et voilà la véritable raison de mon mutisme.

Je vous avais tenu au courant que j’écrivais un nouveau livre. Eh bien, il vient un moment, lorsque l’écriture du fond de l’histoire est terminée, il faut tout reprendre, tout réécrire, tout réorganiser, tout réviser et tout corriger. Estimer que ces tâches représentent un travail à temps plein est un euphémisme. SI vous rajoutez mon boulot professionnel à celui-là, tous les créneaux temporels sont occupés.

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Ce livre de près de 600 pages n’a pas encore reçu mon ultime coup de plume, cependant durant ces derniers mois de silence, les 217 sections contenues dans ce roman ont toutes obtenu ma plus grande attention. 

Pour un auteur, son livre reste toujours une œuvre inachevée. Il faut, de force, le lui arracher des mains. Grâce, ou à cause de la beauté et de la richesse de notre langue, la plupart des phrases demeurent perfectibles. Ainsi, clore son écriture, déclarer un bouquin achevé consiste tout bonnement à s’avouer vaincu.

Alors, ne vous étonnez pas de lire que mon dernier rejeton est loin d’être à mon goût. D’ailleurs, le pourrait-il ? Cependant, chacune des sections a subi le traitement défini précédemment. Patiemment, phrase après phrase, paragraphe après paragraphe, section après section, l’œuvre se solidifie puis s’embellit. Les descriptions se précisent, les personnages s’enrichissent, les dialogues prennent du mordant et la lecture se fluidifie.

Afin de ne pas rallonger indument cet article, je garde les détails concernant ce livre pour une prochaine fois. Je compte d’ailleurs réorienter ce blogue vers ce sujet : l’écriture d’un livre complet. Plusieurs d’entre vous sont sûrement tentés par l’aventure et partager certaines de mes expériences pourrait s’avérer un exercice intéressant pour moi et une source d’inspiration pour vous.

De toute façon, j’ai déjà entamé la composition de la suite, le tome 2 de cette histoire complexe, riche et, à mon avis, oh combien fascinante ! Ainsi, je pourrai plus facilement écrire des articles de blogue si je me cantonne dans la même sphère d’activité. Vous n’aurez plus à attendre plusieurs mois avant de lire quelque chose de nouveau.

Quel est le titre de ce livre nouvellement terminé ? Euh ! J’essayerai de me décider avant ma prochaine publication. Quoi ? Autrefois on choisissait bien les prénoms des enfants après la naissance !

Distanciation sociale

N’oubliez pas de garder une distance sécuritaire entre deux émojis. J’ai reçu un texto ce matin avec deux émojis qui ne respectaient pas la distance sécuritaire de 2 mètres. Faut-il encore le répéter ?

J’ai fait quelques tests et il n’y a pas de formule magique pour savoir combien d’espaces nous devons taper entre deux émojis pour obtenir cette distance acceptable. En fonction des icônes et de l’appli utilisées, il m’est apparu que 2 espaces semblent être une valeur minimale absolue. Dans le cas des deux icônes utilisées dans l’entête, j’ai dû en utiliser quatre pour atteindre environ ce 2 mètres. Même s’il ne faut pas virer fous, nos efforts ne sont pas inutiles et si nous faisons tous attention, au bout du compte, 

#cavabienaller.

Alors, écrivez prudemment !

Définitions autour d’un thème commun, les croyances

Je vous rassure, je n’aborde aucune croyance religieuse puisque je préfère m’en tenir à ce que je connais. Eh, en passant ! C’est dimanche, mon jour pour faire un peu d’humour.

Mythes

Vérité : Concept utilisé par les menteurs pour laisser croire qu’une certitude existe, surtout celles émanant de leur bouche. 

Destination : Lieu mythique programmé sur une appli par une femme, voué à laisser croire à l’homme qu’il existe une mission plus importante que de regarder la prochaine partie télévisée de son sport favori.

Saint-Valentin : Moment mythique programmé sur une appli par une femme, voué à laisser croire à l’homme qu’il existe une mission plus importante que de regarder la prochaine partie télévisée de son sport favori.

Objets

BMW : Acronyme allemand pouvant se traduire par « J’emmerde les gens ».

aggression on the road

Roue de secours : Leurre servant à laisser croire qu’il existe une solution autonome en cas de coup dur.

Téléphone intelligent : Appareil servant à déplacer le cerveau de la tête à la poche.

Pénis : Appareil servant à déplacer le cerveau de la tête à la poche.

Miroir : Objet destiné à laisser croire aux femmes qu’elles sont moins belles qu’en réalité. Peut-être une invention masculine, mais cette hypothèse reste controversée. Si l’homme l’a inventé, il s’en serait vite lassé. L’objet aurait pu alors être récupéré par la femme de laquelle l’homme s’était vite lassé.

Clé : Objet laissant croire à son détenteur qu’il est le seul à pouvoir ouvrir la serrure et que s’il la perd, il est foutu, alors que n’importe quel ado s’étant informé sur internet peut ouvrir cette même serrure sans la clé en quelques secondes.

Dans la monarchie

Égalité des sexes : terme inventé par les femmes sans se douter qu’il effacerait le terme « princesse » du dictionnaire.

Roi des cons : celui qui croit encore que le terme « princesse » existe dans le dictionnaire.

Valets : Revanche silencieuse d’une reine lorsque le roi fait le con avec une princesse.

Trilogie

Désir : Mot destiné à laisser croire que les impossibilités sont réalisables.

Miracle : Mot destiné à imaginer que, par lui, un désir peut se réaliser.

Réalité : Concept tombé en désuétude et hors de la compréhension humaine depuis que le mot désir a usurpé son sens.

Si j’étais

Aujourd’hui, je vous propose d’écouter une vieille chanson dans laquelle je me suis toujours reconnu.

L’auteur : Richard Cocciante

Le titre : Si j’étais.

https://youtu.be/bzP4AsqL7_U
L’aveugle se voulant assourdi
Ma futile colère immergée
Le Monde démantibulé
Mon amère âme engloutie

Adieu 2019

L’année 2019 trépasse et avec elle, bien des espoirs et des rêves la suivront dans les limbes de l’oubli ou de l’indifférence. Comme lorsqu’un roi meurt, un autre le remplace, l’année 2020 succédera à la précédente, un peu semblable, un peu différente.

Je m’étais juré de ne rien publier sur mon blogue durant ces vacances de fin d’année, mais les promesses ne sont-elles pas les plus fragiles fées de l’univers ? Par contre, je m’offre une rédemption sous la forme d’un compromis. L’article d’aujourd’hui contient un texte composé depuis quelque temps. Je l’ai choisi parce qu’il parle de mort et d’espoir, des liens ténus avec la disparition de cette année et la naissance de la suivante.

Je souhaite à tous une année 2020 plus douce ou plus excitante que la précédente. Je nous souhaite une année de transition vers un monde plus conscient. Je me souhaite une année à contempler sereinement les beautés de notre monde, le temps qu’elles existent encore.

Espérer

Ça y est, je m’en vais retrouver mes ancêtres. Oh ! ne soyez pas triste pour moi, mon temps était venu et même dépassé depuis plusieurs années. Chaque individu transporte son monde dans son esprit et avec sa disparition, beaucoup de son univers se perdent à tout jamais. Il restera de moi quelques pensées fugaces et quelques écrits maladroits. Ah ! qu’ils sont choyés ces artistes dont leur plus grande qualité est de se perpétuer au-delà de leur mort ! S’ils mangent leur pain noir de leur vivant, beaucoup parviennent à éloigner l’oubli, car leurs œuvres parlent en leur nom. J’aurais aimé faire partie de ce club sélect. N’ayant jamais désiré la richesse, j’avais la première qualité requise. Malheureusement, les autres dons essentiels m’ont fait cruellement défaut. Je n’étais doué pour aucun art. Et me voilà au seuil du grand couloir, seul, un peu misérable et triste, pas de mourir, triste de voir mes pensées mourir. J’avais atteint ce que l’on considère comme étant de la sagesse. Je dirais plutôt de la capacité à mieux vivre. Et voilà que personne ne m’accompagne jusqu’à l’article déterminant de la mort. C’est tant pis, ou tant mieux, allez savoir ! J’emporterai dans ma tombe mes connaissances de ce monde et la façon de l’aborder le plus sereinement possible. Un bel objectif de vie partiellement atteint. Ma sagesse et ma tolérance atteignent encore aujourd’hui leurs limites. J’ai perdu mes proches les uns après les autres. Tous s’en sont allés inquiets de ce qui les attendait. Quant à moi, la mort soulève peu d’angoisse. N’ayant jamais vraiment été croyant, je ne crains pas de m’être fourvoyé sur la question du paradis. Toute sorte de survivance sera prise comme un bonus, pas comme un droit m’ayant été usurpé. Je suis fermement convaincu que lorsqu’on part, tout cesse pour nous à tout jamais. Alors, je ne peux pas m’inquiéter, car rien ne m’arrivera plus. J’ai bien vécu. Je ne regrette que peu de choses, en fait, rien de vraiment sérieux ou d’important. Je ne lègue aucun héritage autre que des pensées fugaces dans la mémoire de quelques femmes que j’ai aimées et qui ne m’ont pas oublié. S’il est vrai que l’on vit encore un peu lorsqu’on pense à nous au-delà de la mort, alors je subsisterai le temps d’un éphémère. Je n’aurai été qu’une risée risible, une bourrasque localisée plutôt que de constants alizés planétaires comme Bouddha, Curie ou Mozart, mais eux aussi s’en contrefoutent. Puisque je ne percevrai pas la différence, à quoi bon y penser ? Mon heure est venue, je la sens et je le sais. Des signes et des rêves ne trompent pas. Ce serait quand même bien si je revoyais mes ancêtres… mes parents… mes enfants…

Ah sacré espoir ! Il ne nous quitte jamais totalement, celui-là !

NPD

Le sprint est véritablement commencé. Il est temps de faire un peu chanter mes cervidés, chevreuils, élans, rennes et autres wapitis de ma petite collection du temps des Fêtes. Je les entends vocaliser depuis un certain temps déjà, toujours empilés dans leurs boites, cherchant à attirer mon attention. Je les sors un par un en me demandant s’ils retrouveront le même endroit que l’an passé ou si je vais tenter de leur dénicher un coin qui leur sera plus agréable.

Chacun possède sa personnalité que je me dois de redécouvrir pour ensuite le placer à l’endroit le plus judicieux. J’essaye d’apparier ceux paraissant les plus sensibles à la solitude. Au contraire, je sais que d’autres ne blairent pas beaucoup de présence autour d’eux. C’est le cas d’un orignal un peu bourru et je respecte son asocialité.

Cette année, j’aurai une pensée particulière pour Géraldine qui m’a quittée. Toutefois, je sais qu’elle se trouve entre bonnes mains et elle amènera certainement beaucoup de bonheur à celle qui lui trouvera, je n’en doute pas, une place privilégiée.

Chevreuil-et-chandelles

Chaque année, j’en achète un ou deux, question d’amener un peu de nouveauté dans la maison et de déstabiliser cette joyeuse harde d’animaux d’accompagnement. L’autre jour, je vois sur un présentoir un couple d’élans pas très jolis avec leur jupe et pantalon de couleur délavée rose ou bleu, aux charmes de bonbons sucés devenus trop collants. Ça m’a donné une idée. Avant de partir sans les acquérir, évidemment, je les ai placés en position 69. Au moins, ils seront dégoulinants pour une bonne raison.

Deux de mes chevreuils ont subi des blessures au cours de l’année. Oui, j’en garde toujours quelques-uns, les plus bibelots, en différents lieux de l’appartement. J’en suis venu à la conclusion que l’univers déteste les bibelots. Lui, si dynamique, semble recevoir l’ostension statique comme un affront. Il prend alors les moyens les plus tordus pour renverser mes chevreuils en brisant leur délicat apparat.

J’en ai un qui possède un air de benêt du village. Lorsque je l’ai acheté, je le tenais près de ma face en empruntant un air semblable. La caissière riait tellement qu’elle était devenue incapable de terminer la transaction ! Plus elle retenait son hilarité, plus elle s’enfonçait dedans. Je suis certain que de retour chez elle, sa dure journée de labeur pesait moins lourd sur ses épaules.

Ouais, avec le premier décembre viennent les préparatifs des festivités de fin d’année et plus le temps passe et plus je leur trouve un air obligé. Est-ce le NPD ? Nostalgie-Paresse-Désintérêt. Oui, probablement un peu des trois. Et NPD, ça peut aussi vouloir dire : ne pas déranger.

Mon dernier Salon du livre de Montréal ?

Tout comme les librairies qui se transforment peu à peu en magasin de jouets, le Salon du livre de Montréal suit cette tendance amorcée depuis quelques années par ceux qui ont ou avaient la mission de vendre des œuvres en papier.

Autrefois reléguées à l’entrée et à quelques endroits moins achalandés du plancher de l’exposition, aujourd’hui on constate que les enfants sont rois partout dans le salon.

Je suis heureux pour eux qui peuvent maintenant s’abreuver à bien plus d’œuvres que les seules bandes dessinées ou les livres pour bébé comme ce fut longtemps le cas. On trouve aujourd’hui une multitude de collections visant tous les âges de l’enfance et de l’adolescence. Mais force est de constater que le livre continue sa transformation inéluctable en jouet.

Je louvoie sur une mer peuplée d’une myriade de petites pattes effrénées. Tous les grands kiosques arborent fièrement une ou plusieurs sections pour enfants. Mondialisation oblige, les gros éditeurs de sont regroupés et ont créé des entités encore plus importantes. Ils occupent la très grande partie des mètres carrés disponibles. Quant aux petits éditeurs, ils brillent de plus en plus par leur absence à cause de leur incapacité à se payer l’espace plancher devenu hors de prix par rapport à l’espérance des ventes.

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Ce salon autrefois riche en littérature de toutes sortes restreint maintenant beaucoup son offre en l’orientant de plus en plus vers le jouet. Évidemment, l’offre suit la demande qui ne cesse de régresser pour les livres papier ordinaires de plus en plus achetés en ligne en format électronique et qui ne demandent pas de subir tous les inconvénients reliés à la fréquentation d’une foire publique.

Je constate également que le salon se dégarnit. Beaucoup de l’espace plancher est maintenant aménagé avec des aires de repos de toutes sortes. Ça détonne par rapport aux « belles » années où la fatigue des clients ne semblait pas du tout inquiéter les organisateurs tellement la demande pour obtenir un espace pour installer un kiosque était grande.

Personnellement, je constate une certaine nostalgie, mais d’un autre côté, mon esprit résolument tourné vers l’évolution me fait dire qu’elle ne fait que suivre son cours normal. Ma peine provient de mes nombreuses années à travailler dans le fascinant domaine de l’impression et de l’édition. Je m’en remettrai.

Sauf que d’année en année, je me reconnais de moins en moins dans ce qui trône sur les rayons des éditeurs. Peut-être était-ce mon dernier rendez-vous puisque je n’ai plus de kids à emmener bouquiner. L’an prochain, je pourrais en emprunter un, question de revivre la magie de la découverte des livres en papier. Par hasard, vous n’en auriez pas un à me suggérer ?

Sous la contrainte des créatures

Dans mon dernier article traitant de l’écriture de fiction, j’abordais le concept de la création de personnages crédibles. Ils doivent se démarquer les uns des autres et pour ce faire, l’auteur doit cesser de puiser dans ses propres expériences ou lectures passées. Inventer des vies totalement imaginaires auxquelles les lecteurs croiront instantanément reste un exercice pouvant s’avérer complexe et périlleux, mais rempli de satisfaction pour un auteur réussissant ce délicat travail. Parfois, les inspirations adoptent de bien curieux chemins pour atteindre notre conscience. Voici un exemple.

J’avais besoin de créer un être troublé. Une image m’est soudainement apparue de lui et, étrangement, celle-ci prenait peu à peu la forme d’un poème. Une fois l’exercice terminé, je possédais tout ce dont j’avais besoin pour l’insérer dans la trame du livre, son passé, sa façon de penser, son état d’esprit. Lorsque je l’ai inscrit dans l’histoire, j’ai dû respecter son schème en le faisant réagir conséquemment, tout en lui fabriquant un discours représentatif de sa nature. Ma créature était devenue autonome et m’imposait des choix que je n’avais pas prévus en amont. Le livre prenait ainsi une tournure évolutive orientée différemment de mes désirs initiaux. Le personnage me contraignait à accepter ses réactions naturelles ou à le jeter par-dessus bord et à tout recommencer.

N’ayant pas la possibilité d’insérer le poème, il est devenu orphelin. Je vous le présente, n’hésitez pas à me dire si sa lecture vous transmet une certaine image dudit personnage.

J’abrite la haine

J’abrite la haine
Depuis le jour où je suis né
Depuis le sein trop refusé
Depuis les caresses oubliées
J’ai pleuré à m’en fendre l’âme
J’ai vidé des torrents de larmes
Inutiles solitaires vacarmes

J’abrite la haine
Depuis mes premiers jours d’école
Pris dans ce corps chétif à l’os
Incapable de défendre ce fol
Je vis otage des malins
J’envie les rages du destin
J’emplis d’orages mes deux mains

J’abrite la haine
L’adolescent sans avenir
Les filles aux regards sans désirs
Je me recourbe et je soupire
Je me destine à la violence
Ne me dis pas ce que t’en penses
Tu ne pèses rien dans la balance

J’abrite la haine
L’adulte aussi est pris au piège
Incantations et sortilèges
On me contraint au gris ou beige
Le bonheur toujours en cavale
Tous mes espoirs, je les ravale
Foutu, combat contre le mal

J’abrite la haine
Avec tes sales manigances
Tu crois à ton intelligence
Mais quelle déplaisante résistance
Tu redoutes mon regard oblique
Je confronte ta piètre logique
Remplis de mensonges empiriques

J’abrite la haine
Ce monde est meilleur pour les autres
Ni prédicateur ni apôtre
Une vie heureuse si tu te vautres
Mes pensées n’intéressent personne
Elles dérangent trop pour qu’elles résonnent
On les abrille ou les maçonne

J’abrite la haine
Funeste tsunami d’émotions
Volcanisme en ébullition
Nucléarisé champignon
Surtout ne me fais pas rager
Je t’explose sans même broncher
Humanité déshumanisée

J’abrite la haine
Je hais ce monde et ses sujets
Je hais les rois et leurs laquais
Je hais mes voix et leurs secrets
Je hais les merveilles en exil
Je hais mon existence futile
Je hais l’univers inutile

J’abrite la haine

La véracité des personnages

Composer un roman peuplé de plusieurs personnages oblige l’auteur à imaginer des caractères différents et à les rendre plausibles. Il n’est pas possible de tout tirer de ses propres expériences ou des gens qu’on a déjà connus, enfin pas en ce qui me concerne. Il faut alors inventer des vies.

Lorsque je forge un univers, chaque créature n’appartient qu’à elle. C’est ni moi, ni une ex-copine, ni un ami ou ennemi actuel ou passé. Pour que l’histoire soit réaliste, l’exercice m’oblige à ressentir comme eux, avec leur façon de voir leur passé et leur histoire, avec leur caractère unique, leur beauté intérieure, mais aussi avec leurs défauts et leurs vices.

La méthode la plus facile pour générer aisément un personnage quelconque est de plaquer une sorte d’étiquette dans son dos. L’auteur lui donne seulement une portion de vie. Après avoir composé une foule de personnages fictifs, je perçois immédiatement cette ellipse de la part de certains auteurs. Ça évite de s’attarder à rendre l’individu un peu plus complexe, un peu plus réaliste, un peu plus humain. Du même souffle, ça permet évidemment à l’auteur de garder une distance émotive avec ceux qu’il n’aime pas, qu’il déteste ou qu’il refuse de regarder en pleine face.

Plonger au cœur de l’atrocité, du malheur, de la douleur, des afflictions, de la méchanceté, de la perversité n’est pas chose facile. Créer des demi-vies simplifie bien des choses et permet surtout de s’assurer de conserver cette fameuse dualité du bien et du mal si chère aux gens. La laideur humaine nous horripile naturellement. Il est facile de jouer sur ce sentiment. On presse le bouton et les poils du lecteur se dressent instantanément. En polarisant son histoire, l’auteur engendre un flux dans un sens unique. 

Cette façon d’écrire un roman dénote l’incapacité de l’auteur à s’immerger totalement dans la nature de ses créations. En ne présentant qu’une seule facette ou les seules facettes en lien direct avec l’objectif primaire du livre, l’écrivain réductionniste s’évite les tourments de l’immersion prolongée dans les noirs arcanes de la nature humaine et attire une interprétation unanime du lectorat sur la beauté ou la laideur de ses sujets. Présenter un carton tout noir ou tout blanc ne porte pas aux nuances, mais aucun individu réel n’est totalement uniforme.

L’autre manière d’aborder le réductionnisme des caractères en version légèrement améliorée est la rédemption. Pensez aux films Star Wars et au père de Luke Skywalker comme porte-étendard de ce style. Il est totalement méchant, sauf à la toute fin, une invraisemblance à s’en décrocher les côtes. Bien sûr, dans cette saga exclusivement axée sur le bien et le mal, il est difficile de ne pas réduire les personnages puisqu’il faut les installer dans un camp ou dans l’autre en ne laissant quasiment rien entre les deux.

Une autre technique couramment utilisée dans les polars est le monstre tapi au fond d’une personne apparemment ordinaire. Là encore, la dualité reste à l’honneur. Puisque le jack in the box surgit soudainement à la fin, l’auteur et son lectorat ont peu l’occasion de marcher en compagnie du loup pendant qu’il reste déguisé en mouton. 

Inventer un personnage crédible oblige l’auteur à lui créer un passé complet et complexe. Il ne doit pas naitre au moment où son nom est écrit pour la première fois. Dès les premières lignes traitant de cette personne, le lecteur doit avoir l’impression qu’il est de chair, d’os et de sentiments. Si l’auteur parvient rapidement à crédibiliser l’existence du personnage, le lecteur comblera les zones d’ombres ou de silence avec son imagination. L’auteur insufflera une vie complète dans la tête du lecteur sans devoir toute la raconter dans ses moindres détails.

N’ignorez pas la complexité des vies de vos créatures. Elle multiplie les interprétations possibles et c’est exactement, selon mon point de vue, une des grandes qualités d’un bon roman, la véracité de ses personnages.

Complété n’est pas synonyme de terminé

L’autre jour, j’abordais le sujet d’écriture de fiction, car depuis deux ans, j’écris un roman qui se veut un préambule à un autre roman écrit celui-là il y a une vingtaine d’années. L’œuvre sera bientôt prête. Le terme bientôt doit être compris dans le sens d’un bientôt écrivain. C’est donc que l’histoire est complétée et actuellement je me farcis la énième passe de corrections avant de la considérer comme étant plus ou moins terminée.

Sans l’avoir délibérément décidé au début de l’ouvrage, je me suis retrouvé à écrire environ cent-cinquante segments que j’ai ensuite rassemblés en les raboutant chronologiquement. D’une idée à l’autre, le roman prenait ainsi de l’ampleur et de la complexité tout en conservant une ligne directrice précise. L’œuvre met en scène une quarantaine de personnages dont seulement quelques-uns, une vingtaine d’années plus jeunes, proviennent du roman original. Bien sûr, tous les rôles ne s’équivalent pas. Certains d’entre eux passent comme des étoiles filantes tandis que d’autres se retrouvent dans plusieurs occurrences. Très peu ont l’honneur de tenir l’un des principaux rôles.

Je ne recommanderais pas de choisir cette technique d’écriture puisqu’elle engendre d’énormes difficultés, dont celle de gérer l’horaire de tout ce beau monde. Les invraisemblances temporelles se multiplient rapidement lorsqu’une aussi grande quantité de personnages interagissent et discutent d’événements s’enchainant en cascade alors que l’écriture fut tout sauf linéaire. 

Ce livre me fournit une multitude de difficultés à surmonter, mais selon moi, les défis font partie du plaisir d’écrire. C’est un roman d’action à saveur policière, une histoire contemporaine inventée, mais plausible qui ne m’a pas été inspirée d’un fait quelconque. Malgré ma propension naturelle à utiliser des concepts scientifiques, ici je n’en aborde aucun, ou si peu !

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J’ai beaucoup aimé fabriquer ce scénario où une foule d’histoires disparates s’entrecroisent et s’entrechoquent, pour finalement toutes s’incorporer dans la grande toile de fond. Un fait étrange, presque ésotérique de l’écriture, est lorsque je ponds des personnages d’arrière-plan dès le début sans savoir s’ils pourront jouer un certain rôle et qui, beaucoup plus loin, se voient confier une partie essentielle de l’histoire. Ne pas l’avoir eu sous la main, il aurait fallu que je l’invente. Donc, celui-ci n’apparait pas subitement, comme tiré d’un chapeau. Je n’ai pas non plus à reprendre plusieurs segments pour lui composer un passé, il possède déjà un vécu. 

Actuellement, même si je décrète cette histoire complétée, je me permets encore de rajouter quelques paragraphes ici et là afin d’améliorer la fluidité ou la compréhension générale.

Même si écrire un roman exige des efforts considérables, cet exercice recèle une foule de plaisirs et de satisfactions que toute personne peut connaitre tant qu’elle accepte les sacrifices inhérents. Composez une histoire simple, un cadre limité, quelques personnages et voilà ! Mais je vous mets en garde, le vrai travail d’écrivain commence à partir du moment où l’œuvre est complétée. Car si elle contient bien tous les éléments nécessaires, ceux-ci ne prendront de la valeur que sous le martelage intensif des touches de votre ordinateur. Seules d’innombrables lectures fastidieuses ponctuées de retouches simples ou en profondeur amèneront le travail à un niveau acceptable permettant aux lecteurs d’éprouver de l’intérêt et du plaisir.

Vous verrez également qu’un roman restera toujours une œuvre inachevée. À un certain moment, l’écrivain doit accepter de la délaisser et lorsqu’il le fait, c’est toujours à contrecœur. Si vous n’éprouvez pas ce sentiment devant votre œuvre, relisez-la comme un lecteur étranger, pas comme l’auteur, et vous verrez exploser les points à améliorer.

Les romanciers ne terminent jamais leurs œuvres, seuls les lecteurs les terminent lorsqu’ils les referment, en espérant que cela survienne après qu’ils aient lu la dernière page.

Écrire de la fiction

Je trouve une sorte d’équilibre dans l’écriture en orientant mes travaux le long de deux pôles. Les premiers sont consacrés aux œuvres de fiction. Romans, nouvelles, poèmes, je garde normalement ces écrits à l’extérieur de mon blogue, sauf à l’occasion, un poème, puisque son format se prête à celui d’un article de blogue. Ce sont les seules œuvres de fiction que je m’autorise à placer ici, car oui, ma poésie est fictive. Tous les autres articles écrits depuis trois ans ne contiennent que du contenu original et sont exempts de fiction. Vous pouvez donc être assuré de lire ce que je pense parce que je pense chaque mot que j’écris.

Comment faire alors pour écrire ce que l’on ne pense pas ? Comment écrire de la fiction ? Il n’est pas donné à tout le monde d’inventer de toute pièce et aisément des histoires crédibles. Certains signes peuvent aider à savoir si ce travail pourrait s’avérer plutôt facile ou, au contraire, passablement ardu.

J’avise immédiatement le lecteur. Mon opinion ne vise aucunement à décourager quiconque d’écrire de la fiction. Elle présente plutôt une façon de reconnaitre des talents innés, ou à se préparer à vivre quelques difficultés conséquentes. Rien n’est impossible lorsqu’on accorde le temps, les techniques et les efforts adéquats.

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La page blanche. Tout d’abord, voyons ce syndrome un peu embêtant pour un auteur de fiction. Si la page blanche l’assaille systématiquement, écrire de la fiction risque d’être un exercice difficile puisque celle-ci exige en général une imagination abondante et une inventivité flexible. Car, non seulement faut-il créer une histoire tirée (presque) du néant, mais elle devra bien souvent être triturée pour qu’en version finale, l’histoire coule le plus fluidement possible.

L’introspection versus l’extrospection. Un auteur plus à l’aise avec l’introspection pourrait trouver son style dans le récit, la biographie, le portrait, la poésie, les œuvres techniques plutôt que les œuvres de pure fiction. Tous les styles apportent leur lot de difficultés, mais choisir le plus naturel pour soi, du moins au début, permet d’accomplir et de terminer plus efficacement ses premières œuvres.

L’observation. C’est possible d’inventer des personnages ex nihilo qui ne sont pas des entités extraterrestres quelconques. La plupart des auteurs s’en tiennent à créer des humains. Les expériences de vie et les observations portées sur le monde entrent grandement en ligne de compte dans la facilité qu’aura l’auteur à imaginer une brochette de gens aux comportements distincts sans qu’ils soient des copies d’autres personnages, de personnes de son entourage ou de lui-même. Observer, c’est accumuler une panoplie de comportements différents permettant de créer une banque d’idées servant ensuite à composer des caractères originaux crédibles.

L’analyse. Inventer des personnages et des histoires ne suffit pas à écrire de la fiction. Un auteur doit posséder certains talents d’analyste pour revoir tous les aspects de son œuvre. La cohérence est ici le mot clé de toute bonne histoire de fiction puisque l’auteur désire faire d’une irréalité une vérité plausible aux yeux de son lectorat.

Oeil

L’autocritique et l’humilité. Une histoire fictive n’est pas bornée par la réalité, cette grande liberté contient également les germes menant à l’invraisemblance. Un auteur de fiction doit donc appliquer une autocritique à chaque étape de son travail. Sans cette capacité de se relire comme étant une personne distincte de l’auteur, écrire de la fiction risque d’engendrer des œuvres défaillantes et causer plus de frustrations que de plaisirs. Reconnaitre sans effort, sans gêne et sans amertume les faiblesses dans son travail apporte les outils permettant son amélioration et son peaufinage.

Les dialogues. Presque essentiels à toute œuvre de fiction, les dialogues se doivent d’être crédibles et percutants. Deux ou plusieurs personnes, la plupart du temps très différentes, échangent, s’opposent et s’influencent mutuellement. Il ne peut pas exister un seul style de langage, les gens sont différents et parlent différemment. Si l’auteur trouve difficile d’imaginer des mots dans la bouche d’autres personnes que lui-même ou ses proches, des mots qu’il n’a jamais entendus ou prononcés de sa vie, des mots qu’il n’ose pas prononcer ou même imaginer, des façons de dire qui ne sont pas les siennes, ces limites peuvent rendre l’écriture de fiction plus complexe.

Inutile

L’abandon. Enfin, le dernier mais non le moindre, pouvoir abandonner une mauvaise idée, un mauvais chapitre, une mauvaise décision, un mauvais personnage semble plus facile à penser qu’à faire. Tuer une partie de son œuvre n’est jamais simple pour un auteur ayant mis tout son cœur dans une idée qui s’avère être une erreur parmi le reste de l’œuvre. Je me suis donné un truc pour accepter de me débarrasser d’un personnage ou d’une idée inappropriée. Il ne faut jamais jeter ses idées ou ses personnages aux orties. Ce sont des produits parfaitement recyclables. Un jour viendra peut-être où l’idée ou le caractère laissé en plan viendra alimenter une autre œuvre.

Tout travail doit quand même commencer par l’essentiel et écrire de la fiction n’échappe pas à cette règle de base. D’abord et avant tout, se faire plaisir.

Spectacle Lost Souls de Loreena McKennitt

Ce mercredi, j’ai été invité par une amie à voir un spectacle de Loreena McKennitt (merci encore, Isa). J’aimerais vous faire part de mes impressions après quelques jours de silence musical. Étant déjà un amoureux de ses œuvres, j’abordais ce spectacle avec énormément de flammes dans les yeux et dans le cœur.

Commençons par les faits. Auteure-compositrice-interprète et pluri-instrumentiste canadienne de grands talents, elle manie avec brio les claviers, la harpe et l’accordéon. Entourée de cinq musiciens, dont un batteur, une violoncelliste, un guitariste, un bassiste et un violoniste, ils offrent ensemble un spectacle musical sans faute.

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Si vous ne la connaissez pas, son style tourne autour de la musique celtique, parfois arabisée, de musique à caractère spirituel, sentimental, de musique d’atmosphères. Sa musique et ses chansons font du bien à l’âme, si vous comprenez ce que j’entends par là.

Piochant à travers son impressionnant catalogue de succès, elle sait varier les styles afin de nous transporter tantôt au cœur de l’Irlande, tantôt en Arabie, tantôt dans son Manitoba natal et tantôt au cœur de nous-mêmes.

Sa voix unique et généreuse est à son reflet. Dès les portes de la salle franchie, nous recevions tous un CD double contenant plus de 20 plages. Possédant encore tous les droits sur ses œuvres, Loreena s’est permis de nous l’offrir à même le prix du billet.

Le décor et l’éclairage de son spectacle sont minimalistes puisque la musique trône d’abord et avant tout. Il faut dire que je la vois plus à l’aise assise au piano dans son salon à composer de la musique que devant des foules. Ses musiciens partagent une complicité de plusieurs dizaines d’années avec elle et la facilité avec laquelle ils enchainent les chansons en fait foi.

Loreena McKennitt est maintenant âgée de 62 ans et pourtant sa voix continue d’être d’une limpidité cristalline. Elle termine très bientôt sa tournée mondiale ayant pour titre celui de son dixième album studio.

Un astéroïde porte le nom de Loreena en son honneur. Ainsi, le ciel retiendra l’existence d’une personne que j’ai qualifiée de phénomène à mes voisins de rangée dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts de Montréal.

Je compte trois véritables amis dans ma vie actuelle et deux étaient présentes à ce spectacle ce soir-là. Je ne crois pas que ce fut un hasard.

Une soirée parfaite, ça existe.

Q comme dans Québec

Voici donc le douzième article traitant d’une lettre et d’un mot commençant par celle-ci. Vous trouverez tous les autres articles à cette adresse.

Puisque le nombre douze est important dans l’histoire des humains, je lui accorde une lettre mal-aimée, le pauvre Q.

À la petite école, j’ai appris à nommer cette lettre « que » [kǝ]. Si on n’osait même pas prononcer son vrai nom [ky] à cause d’un homonyme vulgaire, ça commençait plutôt mal pour elle. Même sa calligraphie était altérée. Je me souviens des lettres majuscules et minuscules tracées entre deux lignes. Le Q majuscule était devenu une sorte de 2 pédant cherchant à faire disparaitre la queue du cul.

En phonétique, le q se prononce [k] comme la lettre k, comme dans Québec. C’est à se demander à quoi il sert si ce n’est de quelques prononciations distinctes du groupe « qu » comme dans les mots équations ou quartz [kw]. Il peut également prendre la forme [ku] (cou) comme dans le mot équilatéral.

En français, on lui adjoint systématiquement la lettre u, comme si un q ne peut rien faire seul. Je ne démentirai pas cette supposition.

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Dans le dictionnaire épuré de ses sigles, des 485 mots commençant par un q, seulement 6 n’ont pas un u en deuxième place et parmi ceux-ci on retrouve le q lui-même, l’abréviation qqch., l’acronyme QWERTY et Q-mètre, un appareil mesurant le facteur de qualité des bobines afin de connaitre le déphasage du courant qu’elles induisent dans des circuits électriques. Ne restent que 2 mots étrangers, qat et qi gong. Dans tous les mots de langue française, un u (un nu) vient à la rescousse du q (cul).

Plusieurs mots commençant par cette lettre tirent leur origine du chiffre quatre. Je dénombre exactement quatre-vingts mots commençant par la racine quad-, quarante-six dont le début est quart- et vingt-trois autres avec la racine quatr-. Seuls deux mots n’étant pas des abréviations, des sigles ou des composés se terminent par un q, le cinq et le coq.

En mathématique, le ℚ représente l’ensemble des nombres rationnels, c’est-à-dire les fractions (quotient). On voit souvent la forme « p/q » pour désigner une fraction quelconque où p et q sont des nombres entiers.

En minuscule, q est le symbole de l’unité de mesure du quintal valant cent kilogrammes. Autrefois, au Québec, avant notre adhésion au système métrique, un quintal valait 112 livres, à peine plus de la moitié d’un quintal métrique (220,5 livres).

Aucun symbole d’élément chimique ne commence ni ne contient un q. Cette absence est unique dans le tableau périodique. Le becquerel, une unité de mesure de l’activité nucléaire du système international utilise le symbole Bq. Au Scrabble, la lettre Q vaut 8 points sur un maximum de 10.

Dans l’avenir, le mot commençant par un q qui changera nos vies à tout jamais, est qubit. Il est formé du mot bit que tout le monde connait et de la racine qu- pour quantique. Qubit est donc un bit quantique, l’unité de calcul avec laquelle fonctionnent les ordinateurs quantiques.

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La province de Québec tire son nom d’un mot algonquin signifiant « là où le fleuve se rétrécit ». Cet endroit correspond à l’actuelle ville du même nom, capitale de la province. La façon d’écrire ce mot amérindien a beaucoup changé avant de se stabiliser. Qvebecq, Quebeck, Kebbek et Kébec ont tous été antérieurement utilisés.

Aujourd’hui, au Québec, « tout commence par un Q et finit par un bec », dixit l’indépendantiste Pierre Bourgault dans les paroles de la chanson « Entre deux joints » de Robert Charlebois. Si le Québec parvenait à son indépendance, il serait le deuxième pays dont le nom commence par un Q, l’autre étant le Qatar.

Dans le langage de l’OTAN utilisé en aviation et à bien d’autres endroits, la lettre Q est justement représentée par le mot Québec habituellement prononcé à l’anglaise [kw].

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On définit souvent les Québécois comme des gens imaginatifs, artistiques et complexés. Évidemment, cette courte description ne peut qu’être réductionniste, mais elle me parait dans l’ensemble plutôt juste. Nous craignons le jugement des autres peuples. La critique nous atteint facilement et profondément.

La nation évolue à grande vitesse depuis les années 1960, depuis notre révolution tranquille, et elle ne cesse de se transformer. Un grand défi est de conserver notre côté « tissé serré » tout en accueillant généreusement les gens provenant de l’immigration. Étant noyés dans une mer d’anglophones partout autour de nous, notre sensibilité face à notre culture nous rend naturellement craintifs. Et pourtant, nous sommes un peuple très pacifique et particulièrement fier de l’être. 

Évidemment, cet article ne prétend pas décrire le Québec et les Québécois en long et en large. Je tiens cependant à souligner qu’entre ces deux mots commençant par un q, nous préférons largement le premier au second. La qualité avant la quantité, cela aussi est une assez bonne façon de décrire la moyenne des Québécois.

Pour terminer cet article parlant de q, s’il parait vulgaire, sans lui, que serions-nous ? Certainement un k désespéré.

Guide d’interprétation des cris du Corbot — 1

Ce guide me servira pour inviter les lecteurs à s’y référer lorsque leur interprétation ne correspond pas, ou risque de ne pas correspondre, à l’esprit de mes textes.

Je voudrais tellement que cet article soit le dernier de sa série, mais je ne m’illusionne plus depuis belle lurette, raison de sa numérotation.

Pour cette entrée en matière, comment interpréter correctement mon cri lorsque je fais référence à l’humain ou à l’humanité, surtout lorsque je décris ses pires défauts. Plusieurs de mes lecteurs pensent que je généralise, que je globalise les humains, que j’arase leurs différences. Rien n’est plus faux.

Je me sens malheureusement obligé d’expliquer certains fondements de ma pensée, même ceux qui me semblent les plus évidents. Oui, j’ai été éberlué de constater que bien des gens ne font pas ou ne veulent pas faire la différence entre une probabilité et une généralité. Je vais donc l’expliquer ici même à l’aide d’un support visuel.

Courbe-Gauss

Parmi les courbes de ce graphique, l’une d’elle montre une généralité où tous les humains sont identiques sur un point, celle qui ne montre aucune diversité, la ligne de couleur cyan. Ce graphique serait adéquat si la question était de savoir par exemple combien de cerveaux ont les humains. Affirmer que les humains ont un cerveau, c’est émettre une généralité représentée par la courbe cyan ayant une probabilité de cent pour cent sans écart type.

Par contre, si la question posée permet un grand nombre de réponses et si l’échantillonnage est élevé, il apparait systématiquement la fameuse courbe en cloche, la courbe de densité de Gauss. Elle présente la distribution des humains et les probabilités de trouver la majorité d’entre eux, de situer les pires et les meilleurs en rapport avec une question précise.

Dans la réalité, cette courbe n’apparait jamais aussi parfaite, mais elle s’applique partout, peu importe le sujet traité, dès que le nombre d’individus est élevé. Et à 7,3 milliards d’humains, on ne se trompe pas sur la quantité mise en examen. Il est facile de constater la différence entre une distribution et son contraire, une généralisation.

Dans mes articles, je ne généralise jamais un comportement lorsque je décris « l’humain ». Je concentre habituellement mon attention autour du pic de densité. Mais il y a des exceptions et je peux également décrire des comportements d’individus qui se situent tout au bas de la courbe, soit les pires de leur espèce. Dans ces circonstances, j’utilise encore la formule « l’humain » pour parler d’eux. Est-ce une faute ? Si l’on s’entend sur le principe de la courbe en cloche, il faut interpréter mes croassements en conséquence. Les pires humains sont des individus faisant également partie de l’humanité. Et concernant l’humanité que je décris dans plusieurs de mes articles, voici ma position.

Les humains sont égaux, mais n’influencent pas leurs semblables de façon égale. Souvent, ce sont les pires qui détiennent le pouvoir et ils dirigent l’humanité là où ils le veulent, sans égard aux volontés des autres et peu importe leur nombre. Lorsque j’utilise le terme « humanité », je ne cherche jamais à décrire individuellement chacun des humains. Je décris le mouvement global de l’humanité orienté par très peu d’individus.

Vous savez maintenant comment interpréter les cris du Corbot lorsqu’il écrit « humain » ou « humanité ». Alors j’aimerais bien en terminer avec la fausse idée que je cherche à mettre tout le monde dans le même bac. 

Dans mes futurs articles, je ne rajouterai aucune précision qui, à mon avis, est superflue car triviale. Dorénavant, lorsque les lecteurs exprimeront cette opinion, je les référerai à ce texte.

Cependant, je me questionne sur cette propension à considérer mon opinion comme une généralisation des humains, une compression outrancière de la courbe de Gauss. Mon comportement serait parfaitement inapproprié et surtout inexact. Mes pensées s’élèvent bien au-dessus de ce niveau simpliste de raisonnement, n’en déplaise aux pistoleros de la critique.

Rejeter en bloc le fondement de mes textes par cet argument équivaut à les mettre dans un gros sac vert pour en disposer plus facilement, tout cela parce les cris du Corbot dérangent.

Nous désirons tous se savoir au-dessus de la moyenne, surtout très au-dessus de la moyenne. La réalité se veut rarement aussi condescendante, alors l’esprit cherche une échappatoire. Interpréter inadéquatement les cris du Corbot apporte inconsciemment l’issue par laquelle il est possible de se défiler en douce.

Cette généralisation qu’on me prête, elle ne m’appartient pas, alors je la retourne à leur propriétaire.