Dandelion, un court-métrage exceptionnel

Ma virée hier à Mont-Tremblant m’a amené à visiter la bibliothèque de cette municipalité des Laurentides. Situé à l’intérieur du bâtiment abritant l’hôtel de ville, ce lieu de culture de proximité possède une section spécialement et brillamment conçue pour les enfants. La section pour les adultes offre beaucoup de luminosité naturelle, rendant propice et agréable le plaisir de lire et de découvrir de nouvelles œuvres.

J’ai été accueilli à la bibliothèque par une personne de laquelle il s’avère impossible de rester indifférent. Vous savez, le genre qu’on voudrait instantanément s’en faire une bonne amie et qu’on regrette amèrement de ne pas avoir connu bien avant dans notre vie.

Cette personne se nomme Catherine Fauteux. Vous la connaissez peut-être puisqu’elle a remporté un concours de production de court-métrage en marge du Festival du film de Los Angeles en 2017.

Ce concours consistait à imager l’œuvre musicale Rabbit and Rogue de Danny Elfman. Entièrement réalisé en animation en volume (stop motion), cet étonnant court-métrage issu d’une personne qui en était à sa première expérience en production cinématographique nous transporte dans un univers aux richesses éblouissantes à travers un scénario qui témoigne de ses préoccupations pour la question environnementale, l’apport de l’humain et ses conséquences.

Jugez vous-même du résultat en allant visionner cette œuvre magistrale intitulée « Dandelion» d’une durée légèrement inférieure à dix minutes en cliquant l’hyperlien ci-devant.

La photographe Tremblantoise Catherine Fauteux prépare actuellement sa récidive cinématographique. Il va sans dire que j’ai bien hâte de découvrir les fruits de cet exigeant, mais combien passionnant travail artistique!

Photo : Radio-Canada.ca

Première mondiale : Le fantôme de l’opéra en français !

Une première mondiale à Montréal hier soir, l’œuvre censée être présentée en primeur l’an passé à Paris et reportée pour cause d’incendie a finalement connu son dénouement francophone à la salle du Monument National au cœur du centre-ville de Montréal.

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En version concert, mais bénéficiant quand même d’une mise en scène présentant 19 chanteurs et chanteuses, le «Fantôme de l’opéra» fut émouvant de la première jusqu’à la dernière mesure et a ravi l’ensemble de la salle archibondée pour l’événement.

L’orchestre de la francophonie, une institution dédiée à préparer les jeunes diplômés de musique, brillamment dirigé par Jean Philippe Tremblay, a soutenu chaque phrase musicale de l’opéra avec brio. Je dois noter au passage un manque occasionnel de clarté, mais à d’autres moments les auditeurs ont eu droit à de très poignantes performances individuelles et collectives. Pas d’hésitations, enchainements bien contrôlés, l’arrimage avec tous les chanteurs s’est toujours opéré malgré les jours réduits de pratique.

La qualité de la traduction de Nicolas Engel, présent pour l’occasion, ne doit souffrir d’aucun complexe par rapport à la version anglaise de Charles Hart, elle s’avère magistrale.

Évidemment, le génie du compositeur Andrew Lloyd Webber rend unique cette œuvre moderne et l’émotion nous a tous transportés grâce aux 68 musiciens et 19 chanteurs entassés sur la scène. La petite-fille de Gaston Leroux, auteur français du roman, était également présente lors de l’événement. Elle a plaidé pour faire maintenant connaitre cette version de l’œuvre de son aïeul dans le monde entier.

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Natalie Choquette nous a bien fait rire dans son rôle de Carlotta, la précieuse ridicule adversaire de Christine interprétée par Anne-Marine Suire dont la puissance dans le bas du registre faisait malheureusement défaut. Mais que dire de la prestation du baryton Hugo Laporte dans le rôle du fantôme! Tous simplement qu’il s’est révélé parfaitement à la hauteur de l’immense défi qu’exige cette partition au registre très étendu.

Je ne palabrerai pas sur les 16 autres rôles, sauf spécifier que la distribution a offert une excellente performance.

Une soirée exceptionnelle dont je remercie grandement mon amie Isabelle pour la délicieuse invitation.

Les tam-tams du désir

Avez-vous déjà ressenti la transe en entendant des tam-tams ? Une première expérience en ce sens est particulièrement troublante. Cet état différent, modifié de la conscience, ne s’obtient pas seulement avec des substances psychotropes. Elle peut survenir à l’improviste lors de danses en groupe sur de la musique tribale.

Avec le son des tambours, le corps s’anime, danse, cherche l’accompagnement rythmé. Les corps se frottent à l’unisson, faisant involontairement croitre des pulsions sexuelles sous-jacentes particulièrement irrésistibles.

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Les sons frappés, martelés devinrent nos premières musiques. Les sons soufflés s’y sont rajoutés plus tard et plus tard encore, on inventa les sons pincés ou grattés sur des cordes. Le premier volet de la musique humaine, la percussion, reste le plus ancré et personne n’est à l’abri de ses pouvoirs ancestraux.

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À Montréal, des mois d’avril à octobre, les gens se rassemblent les dimanches en matinée pour jouer bongos, congas, djembés et autres drums au pied du Mont-Royal. Cet événement culturel spontané remonte à l’année 1978 et se perpétue depuis sans qu’aucun organisateur ait besoin d’officialiser ces rendez-vous tenus sous le signe du plaisir, de la diversité culturelle et de la musique.

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Ces rassemblements impromptus mais prévisibles, officieux mais permanents, montrent un beau côté des Montréalais et de son caractère cosmopolite pacifiste vibrant à l’unisson. Bien sûr, les effluves denses de rembourrure de sofa abondent, mais sa légalisation atténuera certainement le zèle de certains policiers qui cherchaient parfois à créer des troubles inutiles autour d’un petit commerce de circonstance.

Si vous passez par Montréal en été, ne ratez pas de participer à une jam-session au pied du Mont-Royal. Vous pourrez même fumer votre marie-jeanne en toute quiétude. Une petite sieste et ensuite la vie nocturne trépidante de Montréal vous attendra pour continuer la fête.

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Bordeciel

Certains jeux vidéos permettent des centaines d’heures de jeu en proposant aux joueurs un cadre très vaste et des quêtes tout aussi nombreuses que variées. Le joueur croît alors en aptitudes diverses qui lui donnent la possibilité d’affronter des ennemis de plus en plus puissants.

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Une entreprise s’est démarquée avec deux séries de jeux, l’une au style fantastique et l’autre post-apocalyptique. Selon ses préférences à rester dans la peau d’un humain normal ou à s’intégrer à un elfe ou un orque, utiliser des armes à feu ou des épées enchantées, des pilules antiradiations ou des dons de magicien, on choisira la seconde ou la première.

J’ai acheté il y a longtemps un de ces jeux produits par la compagnie Bethesda dans la série «Elder Scrolls» qui trempe dans le fantastique, le cinquième: «Skyrim», ou si on préfère «Bordeciel» en français. Il est apparu sur le marché en novembre 2011 et il tire encore son épingle du jeu. Comme quoi cette œuvre s’avère d’une richesse peu commune.

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Une heureuse surprise attend le joueur, c’est sa trame musicale exceptionnelle. Je l’ai acquise sur iTunes tellement cet environnement sonore ne voulait plus mourir dans ma tête une fois entendue. Elle est composée de 53 plages adressant toutes les situations, combats, promenades en montagne ou temps de repos accordés dans les villes, villages ou auberges disséminés sur le territoire. Son compositeur est Jeremy Soule. Il a également signé la trame musicale de l’œuvre précédente «Oblivion».

Je vous propose une des plages intitulée Kyne’s Peace. Le titre laisse bien présager le style. Pour une bonne préparation, lâchez tout et prenez 3 min 49 s de votre temps pour l’apprécier à sa juste valeur.

Histoire sans paroles

Je vous parlais l’autre jour de la musique et plus particulièrement de la flûte traversière. Lorsque nous décidons par nous-mêmes de jouer d’un instrument, le choix de ce dernier dépend de quelques facteurs. Notre goût personnel pour la sonorité de l’instrument y joue pour beaucoup, son aspect pratique et aussi de notre amour pour certaines pièces musicales qui nous sont restées en mémoire.

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Je vous présente aujourd’hui une de ces plages qui a tourné en boucle durant mon adolescence. Elle comporte plusieurs instruments, pas seulement de la flûte. Datant d’une autre époque, les compositeurs n’hésitaient pas à placer sur leur album des pièces de près de 20 minutes, le maximum pouvant être gravé sur un côté d’un disque microsillon.

Les changements de rythmes et de trames apportent des atmosphères dynamiques et planantes aux limites du rêve et de l’amour, de la joie et de la sérénité.

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Démarrez cette bande audio, montez le volume sonore et partez vous occuper à autre chose. Laissez la musique vous envahir, vous habiter, vous transporter dans un autre univers bien loin des bêtises et des brutalités dans lesquelles nous vivons actuellement. Revivez le temps où nous prenions le temps de se parler les yeux dans les yeux au son d’une musique qui nous inspirait des paroles tendres et des amours avides.

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[17m13s] Harmonium – Histoire sans paroles

Flûte, alors !

Le seul instrument de musique naturel à produire un son presque pur est la flûte. La flûte n’a pratiquement pas de timbre puisque le timbre est une série de fréquences formant l’apparence musicale différente à chaque instrument. Puisque la flûte (bien jouée) génère globalement une seule fréquence (par note), son aspect auditif est le plus simple qui soit.

Donc, on aime cette simplicité ou on ne l’aime pas. Pour ma part, j’aime. J’ai joué de la flûte durant plusieurs années. Les enfants s’endorment facilement au son de la flûte. Ça les apaise et les rassérène tout à la fois. Les enfants dorment bien avec des bruits plaisants dans les oreilles. On va les voir, on leur caresse la tête, on les embrasse. Ils se sentent bien, en sécurité, aimés et toujours proches de nous.

La flûte est l’instrument portatif par excellence, uniquement surpassée par l’harmonica. Mais un harmonica chromatique, c’est compliqué à jouer à comparer à un harmonica diatonique ordinaire, tandis qu’une flûte traversière, c’est chromatique.

Je me spécialisais à accompagner des gratteux de guitare, des pianistes qui jouaient du populaire. Un guitariste peut utiliser un capot pour simplifier son jeu. Pas à la flûte où je devais jouer dans toutes les octaves. J’ai suivi des cours durant quelques années, mais je jouais surtout par oreille.

Jouer m’a permis de comprendre plein de subtilités et je n’ai plus jamais écouté de la musique de la même façon par la suite.

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Tentez de faire apprendre la musique à vos enfants. C’est un langage universel compris dans tous les pays et qui n’a aucune barrière générationnelle stricte autre que l’ouverture d’esprit. Ça leur apprendra également la persévérance et la modestie.

Essayez vous-même, il n’y a pas d’âge limite pour apprendre, seulement des pièces que vous ne parviendrez jamais à interpréter. Restez modeste et vous vous amuserez. Heureusement, il y a les slows. Puisque ça se joue lentement, vous les maitriserez rapidement et ça fait craquer tout le monde ! Plaisirs et succès assurés. Pour la suite, ça vous appartient.

L’OM, une finale de feu !

L’Orcherstre Métropolitain de Montréal présentait hier soir un concert mettant en avant-scène deux pièces de Stravinski. En premier, on a du droit au Divertimento du Baiser de la fée et pour clore la soirée l’Oiseau de feu. Les deux pièces intermédiaires mettaient en vedette la mezzo-soprano Sasha Cooke dans des pièces de Respighi et de Jalbert.

La direction d’orchestre a été confiée au chef invité Cristian Măcelaru, un maestro énergique. La musique russe de cette époque, début du XXe siècle, est d’une grande richesse et les instruments de l’orchestre sont souvent utilisés de toutes sortes de façons originales.

Si le Divertimento était correct, l’Oiseau de feu a fait sauter la baraque. L’orchestre et leur maestro savaient où ils allaient et tous les instruments étaient parfaitement alignés. Le quatrième et dernier mouvement s’est terminé dans une apothéose endiablée et très émouvante.

La précision des musiciens n’a malheureusement pas toujours été de la partie et spécifiquement les premiers violons dans Il Tramonto de Respighi, la deuxième pièce de la soirée, où certains ont erré à deux reprises.

Ce fut, malgré ces très légers accrocs, une soirée vraiment réussie où les musiciens semblent adorer trimer dur. Plusieurs d’entre eux passent l’entracte à peaufiner un passage qu’ils auront à jouer au retour des spectateurs. Ils semblent illuminés par un feu sacré et leur jeu s’élève de plusieurs crans.

Il faut dire que certains d’entre eux sont des musiciens hors pair. J’en ai nommé quelques-uns dans ma critique précédente. Ils doivent certainement aider à insuffler cette énergie qui transparait profondément.

Malheureusement, toute bonne chose a une fin et mon abonnement à la saison  2017-2018 a rendu l’âme hier soir.

Image : jesterv2.deviantart.com 

Une soirée à l’OM sous le signe de la puissance

Hier marquait le retour en salle montréalaise du maestro Yannick Nézet-Séguin après ses sept prestations à la barre du Metropolitan Opera de New York alors qu’il a dirigé Parsifal de Richard Wagner. Les deux œuvres présentées hier soir, le concerto pour piano n° 1 en do mineur de Medtner ainsi que la symphonie n° 4 en fa mineur de Tchaïkovski, ont été jouées en faisant appel à l’orchestre partie en tournée européenne, c’est-à-dire avec des sections cuivres et percussions enrichies.

Le concertiste-pianiste était Serhiy Salov. Il a obtenu son doctorat en musique à l’Université de Montréal et est le soliste en résidence à l’Orchestre Métropolitain pour la saison actuelle. Il possède un jeu franchement dynamique, mais il martèle les notes aiguës un peu trop à mon goût. Mis à part ce léger désagrément, sa complicité avec Nézet-Séguin était parfaite, chacun prenant bien soin de synchroniser leurs efforts. Toutefois, Nézet-Séguin a fait joué son orchestre un peu trop fort, noyant le jeu du pianiste à deux reprises malgré, ou peut-être à cause, de la puissance naturelle du soliste.

La symphonie de Tchaïkovski, quant à elle, n’a pas souffert de beaucoup de problèmes d’interprétation et permet de comprendre le succès retentissant du maestro à travers le monde. D’entrée de jeu, le premier mouvement fait éclater la salle sans perdre la grande qualité de Tchaïkovski qui est un maitre dans l’art d’enrichir une œuvre sans créer de cacophonie.

La finale était tout simplement étourdissante. Il a fait joué son orchestre à la limite de la vitesse à laquelle les musiciens peuvent projeter un son puissant avec leur instrument, surtout les cordes. À ce chapitre, des félicitations grandement méritées au violoncelliste Christopher Best qui a tout donné et a réussi à tenir la cadence tout en conservant une grande luminosité.

Comme toujours, la finale de l’œuvre a été magnifiquement interprétée. Nézet-Séguin sait comment terminer une soirée de façon mémorable et tout l’orchestre a amplement gagné l’océan d’applaudissements qui a suivi. Toujours très généreux, il a parcouru les sections de son orchestre pour que la salle puisse les applaudir individuellement. Je tiens également à souligner le travail toujours remarquable du percussionniste-soliste Julien Bélanger aux timbales.

Une belle soirée qui, malheureusement, termine la saison en salle de Nézet-Séguin avec l’OM, mais ce n’est que partie remise. La programmation pour la prochaine saison sera dévoilée aujourd’hui même.

Forget Hortensia

Mon article de ce matin se veut un peu particulier, car je veux souligner l’anniversaire de naissance de mon agente et amie Johanne. Je ne vous révèlerai pas son âge, mais je peux vous dire que ça rime avec « agente ». Oui, elle change de décennie pour adopter la même que la mienne. Elle a fini de me faire suer avec ma …taine.

Je ne vous ai pas encore dit qu’en plus de m’endurer comme écrivain, elle parvient même à le faire lors d’activités sans rapport avec l’écriture, comme le cinéma, la dégustation de scotches, la musique classique et quelques autres passions que nous sommes capables de partager sans nous entretuer.

Oui, vous vous dites qu’avec mon excellent caractère, ce n’est pas le mien qui causerait de telles étincelles et je vous remercie d’aussi mal me connaitre. Qu’importe, elle m’est chère et c’est la raison pour laquelle je tenais à souligner sa toute nouvelle vieillesse.

exquis-sur-la-route-Baie-Saint-Paul-LaMalbaie.jpgPuisque son travail exige qu’elle lise tout ce que j’écris afin d’intercepter mes niaiseries avant qu’elles n’aient fait trop de dommages, elle devrait être en train de lire cet article. Tant mieux pour elle si j’ai raison, et tant pis si elle a décidé que le jour de son anniversaire, elle prenait congé de son écrivain favori et le plus talentueux, car je vais vous expliquer la raison du titre de cet article.

Il ne s’agit pas du titre d’un film en anglais, quoi que je trouve que ça sonne plutôt bien. Je devrais le mettre en banque pour un autre projet. Une marque de scotch ? Une prononciation pas vraiment gaélique, pensons à autre chose. Un titre de musique classique alors. Hum, ça commence à s’échauffer un peu plus.

Il existe un endroit étonnant au Québec où paysages bucoliques et musique classique sont réunis de façon vraiment exceptionnelle. Un tout petit village en suspension entre ciel et mer, entre la montagne et le fleuve Saint-Laurent, son nom est Saint-Irénée. Dans ce magnifique lieu champêtre existe une académie internationale pour jeunes musiciens de talents désirant se perfectionner auprès de maitres de grande renommée. Pour leur permettre de démontrer leur brio, une superbe salle de spectacle à l’acoustique irréprochable se dresse sur les terres du domaine Forget.

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Nous irons nous promener cet été dans cette magnifique région de Charlevoix afin de profiter des multiples douceurs que nous offrent les différents lieux d’intérêt et, bien évidemment, assister à un concert. Je connais aussi un couple dont l’un est artiste-peintre et l’autre potière qui réalisent des œuvres magnifiques. J’ai bien hâte de les revoir.

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Et pourquoi Hortensia dans le titre ? C’est le nom d’une auberge où nous passerons une nuit pour l’occasion.

Alors, bon anniversaire, ma chère Johanne, profite bien de ta journée. Ah, t’ai-je avisé que je t’invite chez moi pour souper ? Hé, maudite mémoire ! Ça ressemble à ça quand on a mon âge. Ha ! Ha ! Ha ! Ton âge, maintenant.

Parsifal au Met de NY

Ce mois-ci, le Metropolitan Opera de New York a présenté Parsifal de Wagner. Cet opéra marathon de six heures incluant les entractes était conduit par le maestro québécois Yannick Nézet-Séguin dont je vous ai parlé à quelques occasions sur ce blogue. La mise en scène a été confiée à un autre Québécois, François Girard, le réalisateur du film «Le violon rouge».

Le Met Opera est réputé être une institution rodée au quart de tour capable de produire des spectacles grandioses. La critique new-yorkaise se réclame aussi de cet acabit. Dans le journal Times de New York, le réputé critique Anthony Tommasini écrivait sur le travail de Nézet-Séguin, je traduis, « Le maestro livre un Parsifal d’une grande magnificence. La démonstration de sa capacité artistique à soutirer le meilleur d’un orchestre et d’un chœur est un signe encourageant des choses à venir. »

De fait, le maestro québécois a été choisi pour être le directeur attitré du Met Opera à partir de la saison 2020. La récente suspension fracassante du directeur émérite James Levine pour allégations de harcèlement sexuel ainsi que la mort de son remplaçant Robert Rattray à la fin janvier ont laissé vacant le siège du directeur, à la grande frustration du critique qui aurait bien aimé que Nézet-Séguin puisse combler immédiatement le poste inoccupé.

De l’acte II, M. Tommasini parle d’une prestation déchirante entre la musique poignante et la ferveur aiguë. Qu’il n’a jamais entendu ce passage avec autant de tension et de dangerosité.

François Girard signait la complexe mise en scène de cet opéra. Il n’en était pas à ses premières armes puisqu’il avait déjà monté le même opéra au Met en 2013.  L’originalité et la sensibilité du metteur en scène se sont parfaitement harmonisées à la couleur très personnelle que peut insuffler Nézet-Séguin à son orchestre. Le critique new-yorkais parle « d’une sombreur poignante » lorsqu’il parle de la mise en scène de M. Girard. Les deux Québécois ont grandement aimé leur collaboration qualifiée de toujours  constructive et respectueuse.

Éloge de la lenteur

Depuis plusieurs années, je remarque en musique, mais aussi dans bien d’autres domaines, une accélération des tempi. On joue une œuvre comme si on allait faire ses emplettes. Tout jouer vite, seulement avec adresse.

Comme si la musique se contenterait d’une performance acrobatique. Et là encore, le Cirque de Soleil nous a habitués à la poésie des performances acrobatiques. Mais plusieurs musiciens croient à tort que jouer vite c’est jouer mieux.

Pour ma part, je ne vois là que le moyen de se débarrasser vite fait d’une obligation emmerdante. Et pourtant, les exemples foisonnent où la lenteur nous emporte dans d’autres univers et qu’autrement, l’œuvre n’est qu’enchainement inintéressant, voire déplaisant, de notes.

Cet empressement indésirable s’entend partout. Solistes, quatuors à cordes, mais aussi à l’orchestre où certains maestros ne se gênent pas pour dépasser les tempi, voulant faire différent. On accuse le compositeur d’avoir vécu à une autre époque où rien n’allait vite. Cette excuse pour bâcler une prestation musicale ne me convainc absolument pas.

Lors d’un concert d’Ivo Pogorelić présenté à Montréal voilà bien une vingtaine d’années, ce pianiste serbe de renom avait joué une œuvre de Chopin, j’ai oublié laquelle, à un rythme volontairement très, mais très lent. Il a d’ailleurs fait de la lenteur sa marque de commerce. L’exploration de cette lenteur délibérée force le musicien à remplir les espaces vides avec du ressenti dont une accentuation marquée des notes graves qui résonnent longtemps et qui augmentent le caractère sombre des œuvres. Chopin aurait-il apprécié ? C’est possible, car on sait dans quel état d’esprit ce génie se trouvait lors de certains concerts. De toute façon, l’objectif de Pogorelić n’était pas de recevoir une appréciation d’une personne morte ni même celle de son public. Il ne craint pas les mises en demeure pour avoir trahi la pensée de l’auteur. Cette exploration des vertus et des pièges de la lenteur m’a beaucoup plus satisfait que s’il s’était débarrassé de l’œuvre comme on lance une injure à la face de quelqu’un, sentiment souvent éprouvé à l’écoute d’autres performeurs bien plus inspirés par l’adrénaline que par la beauté de l’œuvre.

La lenteur détecte et dénude aussi bien le talent que son absence. C’est peut-être la raison pour laquelle cet empressement acharné à livrer une prestation devient presque la norme. Soyez attentifs à la lenteur. Lorsqu’elle se fait bien entendre, l’œuvre se bonifie de beautés insoupçonnées.

Bien entendu, les interprètes peuvent argumenter. Leur fonction ne peut être plus clairement définie. Ils interprètent des œuvres et la lenteur n’est qu’une parmi bien des façons de la jouer. C’est comme l’ail, en mettre partout et toujours devient rapidement déplacé. Je ne m’insurge pas contre les tempi rapides ou même accélérés, mais contre le bannissement de la lenteur comme si elle était devenue une tare à supprimer de la vie de ceux menant une vie trépidante, la seule valable dans ce monde. Tant que l’interprétation préserve ou refait une beauté à l’œuvre, elle aura atteint son objectif, celle d’avoir fait vibrer l’auditeur.

Le Messie de Haendel, c’est Noël !

Durant le temps des Fêtes de fin d’année, les gens amènent leurs enfants voir Casse-Noisettes et les adultes vont écouter le Messie de Haendel. Cet oratorio monumental composé en 1741 a été achevé en seulement 24 jours. Hier soir, l’Orchestre Métropolitain de Montréal délivrait sa version devant une salle archibondée. De retour d’une tournée retentissante en Europe, l’orchestre dirigé par Yannick Nézet-Séguin et le Cœur Métropolitain se sont illustrés par une interprétation empreinte d’une grande sensibilité. Les quatre choristes férus de cette œuvre comme en témoignait leur livret maintes fois manipulé ont offert une excellente performance.

Je dois avouer un travers. J’ai un problème en rapport avec le chant. Beaucoup de voix de sopranos m’énervent. J’ai une sensibilité extrême à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cri de détresse, dont plus particulièrement les cris des jeunes enfants et quelques sopranos qui poussent la note un peu trop richement. Une lumière rouge « danger » clignote dans ma tête et je me mets instinctivement en mode « trouve la menace et règle-lui son cas ». C’est passablement désagréable de vivre ce type d’émotion probablement héritée de mes ancêtres pour qui tout rapprochement avec des cris d’alarme représentait une question de survie. La voix de la soprano Carolyn Sampson est heureusement exempte de cet aspect plutôt désagréable même lorsqu’elle projette sa voix jusque dans les corridors. J’ai donc pu apprécier l’œuvre dans toute sa splendeur, tant mieux pour moi et pour l’entourage qui n’a pas eu à souffrir de mon tomahawk laissé sagement sous mon veston. Ça me réconcilie avec les voix féminines haut juchées.

Cette œuvre possède une sinfonia suivie de cinquante-et-un récitatifs regroupés en trois parties. Seulement deux récitatifs faisant partie de la dernière partie sont restés dans les coulisses, fait plutôt rare, puisque la longueur totale de l’œuvre, près de trois heures, décourage bien des maestros à tous les inscrire au programme. En faisant disparaitre plusieurs récitatifs, ou même en éliminant totalement la troisième partie, ils réduisent l’œuvre et son impact global. Heureusement, Nézet-Séguin n’est pas du genre à simplifier son travail derrière le pupitre.

La deuxième partie se termine sur le populaire alléluia qui aurait fait frissonner un ours polaire. Cependant, la moitié de la salle s’est levée durant l’exécution de ce récitatif. Sur le lot, j’aurais été bien curieux de compter le nombre de gens qui en saisissait la réelle signification. À l’église, l’alléluia appelle l’assemblée à se lever, mais c’est durant une messe, pas durant un concert. Ce genre de dérangement inutile m’agace grandement. Oui, je l’avoue, j’ai un caractère bourru à l’occasion (!) et surtout lorsqu’on gâche mon plaisir avec de fausses bonnes idées.

Je profite du 24 et du 25 décembre pour faire jouer des chansons de Noël à la maison. Ce sera amplement suffisant.

Alors, Joyeux Noël à tous les Terriens ! Les autres, laissez les humains tranquilles jusqu’aux Rois.