La limite de la mondialisation

Toute compagnie possède deux buts et comme sur une patinoire de hockey, ils sont diamétralement opposés. Le premier est de faire des profits, une compagnie ne peut pas survivre si elle dépense plus qu’elle ne récolte. Le second but est de produire quelque chose en dépensant de l’argent afin d’obtenir ses produits vendables. Ces dépenses réduisent d’autant les profits et certains P.-D.G. y voient une foutue mauvaise chose.

Gold-Silver–Long-Short-Term-Performance

Leur solution est alors de contester chaque centime dépensé. Aucune dépense n’est sacrée, sauf leur salaire et boni, il va sans dire. La diminution des dépenses passe inexorablement par les acquisitions en avalant tous les concurrents possibles. Plus de pouvoir d’achat, moins de ruban rouge, les acquisitions se payent à même les économies d’échelle réalisées.img183

Cette stratégie fonctionne, mais jusqu’à quelle limite ? Heinz-Kraft, la première a avalé sa concurrente en 2015, vient peut-être de démontrer que ce type de gestion n’est pas une panacée et finit inévitablement par atteindre sa limite.

Pourquoi ? Tout d’abord parce que ce type de compagnies n’a rien à foutre de leur second but. Tout ce qu’elles désirent, c’est imprimer de l’argent. Ils méprisent leurs produits, alors imaginez leurs clients ! Ils ont perdu le vrai sens des affaires, celle de répondre aux besoins de leur bassin de clientèle. Alors l’arme-requin continue de fabriquer du ketchup à base de 50 % de sucre raffiné, même si l’intérêt des consommateurs pour ce genre d’antiquité d’un autre millénaire est heureusement en chute libre.93dbdc6bafbb761f018931dccbf89271be3031de

Mais puisqu’elle se désintéresse totalement de sa production, une fois encore, elle va probablement tenter d’avaler un autre concurrent, toujours dans le but de réduire ses dépenses, avant de s’étouffer définitivement avec cet achat qu’elle ne pourra plus rentabiliser à partir des économies d’échelle. Gober Kraft aura peut-être été ce geste de trop. Nous le saurons dans quelques années.

actu_6947_image2012rectangle_petite

Toute stratégie atteint un jour ses limites et celle de mondialiser son entreprise, fusionner, dégraisser, faire fondre les chairs et se désosser n’y fait pas exception. Un jour, ce type d’entreprise se transforme elle-même en géant aux pieds en Jell-O. Il restera donc à Heinz de se vendre bouchée par bouchée, s’il existe encore des gens suffisamment « scupides » pour vouloir acheter cette coquille vide ayant perdu toute valeur commerciale en même temps que son âme.

Clients et investisseurs, inversion des rôles

J’aurais pu accoler la catégorie bêtise humaine à cet article, car les conséquences désastreuses engendrées par l’application des mécanismes décrits ci-après dépassent simplement l’entendement. Et pourtant, nous en sommes tous conscients malgré de vains efforts pour le camoufler. Plus encore, nous constituons tous, d’une façon ou d’une autre, l’une des pièces de cet immense rouage. Je vous explique.

Oui, l’humain commet des bêtises individuelles et collectives, mais celle-ci est mûrement réfléchie, généralisée, institutionnalisée et instrumentalisée. La bêtise devient mode de vie et système économique. Quant à nos institutions politiques, elles ne sont destinées qu’à promouvoir et à soutenir l’un comme l’autre.

Planisphère et connexions symbole du réseau

Il existe des terminologies commodes et usuelles pour désigner cette sottise globale, on la nomme capitalisme moderne, néocapitalisme ou encore mondialisation ou village global, des termes destinés à nous émerveiller en réduisant notre importance à néant face au sublime. Ce modèle économique issu des requins-oligarques a tout de même réussi un fameux tour de force, celui d’inverser les rôles autrefois joués par les clients et ceux tenus par les investisseurs.

Un stratagème plutôt commode pour les grandes fortunes de ce monde, elles se sont organisées non seulement pour partager les risques liés à leurs investissements, elles ont tout bonnement réussi à s’en débarrasser. Devinez-vous qui assume aujourd’hui le pari, l’enjeu, les risques économiques autrefois dévolus aux investisseurs ? Je vous le donne en mille, c’est vous, c’est moi et toute la population. Quant à eux, ils se sauvent avec des garanties de rendement et de satisfaction. Pour résumer ce paragraphe en quelques mots : les risques appartiennent maintenant aux clients et les garanties vont aux investisseurs. N’y voyez-vous pas une étrange inversion par rapport à une économie normale basée sur une relation saine entre une entreprise et sa clientèle ?

En suivant de près cette dérive, cette inversion des rôles, des risques et des garanties, on constate que ce modèle économique a engendré un cancer quasiment impossible à éradiquer. L’oligarchie s’est intimement alliée aux politiciens qu’elle finance et contrôle de plus d’une façon. En conséquence, l’intérêt, le désir et la volonté de repenser ce modèle se sont définitivement évaporés.

investissement

Aujourd’hui, l’investisseur, celui qui est censé prendre des risques financiers, voit tous ses rendements garantis. Quant aux fameux dangers, ils n’ont pas totalement disparu, tant s’en faut. La mondialisation le permettant, le bassin de clientèle est tellement vaste qu’une compagnie peut facilement commercialiser des produits pourris à certains endroits sans vraiment risquer sa réputation ni son volume total de ventes.

Les gens floués se découragent de demander un remboursement ou un échange pour obtenir un modèle tout aussi médiocre, car tous les produits finissent par s’équivaloir. Par trop d’expériences semblables, les clients se découragent, jettent la serviette ainsi que leur achat frelaté aux poubelles. Évidemment, les compagnies érigent de multiples barrières visant à leur faire plier l’échine plutôt que de leur donner un service après-vente adéquat. Si un client insatisfait réussit à obtenir réparation, il a réussi le parcours du combattant en ayant raison du Minotaure. Barrières technologiques, de confidentialité, de langue, de fuseau horaire, de manque flagrant de personnel, d’obsolescence des informations, de fusions et de démantèlements d’entités juridiques, de distribution complexe et tarabiscotée, de garanties appauvries ou impossibles à faire respecter, les compagnies qui possèdent quasiment un monopole usent de tous les moyens possibles pour se dégager de leurs responsabilités les plus élémentaires. « Si vous êtes insatisfait, procurez-vous un autre de nos produits médiocres. »

actu_6947_image2012rectangle_petite

Pourtant, la majorité des gens refusent de s’offusquer, se gardent de dénoncer les mauvais joueurs, et surtout de boycotter les produits de ces multinationales ? « On m’a convaincu que j’en avais besoin, j’en ai donc besoin. » Grâce à la mondialisation et à son bassin suffisamment important de victimes potentielles, les entreprises peuvent se permettre de flouer la confiance d’une partie de leurs clients pourvu que celle des investisseurs soit préservée.

Et voilà, le pont est lancé pour comprendre la seconde idiotie instaurée par les principaux acteurs de ce système économique, la fameuse croissance ininterrompue. Dans un monde conçu pour le seul bien de l’oligarchie, les entreprises ne peuvent plus se permettre de seulement perdurer, elles doivent impérativement gonfler afin d’atteindre les objectifs en perpétuelle croissance imposés tous les trois mois par leurs investisseurs. Prises en otage, elles leur payent rançon en se saignant à blanc.

Ces ballons de baudruche finissent inévitablement par atteindre leurs limites expansives, mais avant d’éclater, les compagnies auront floué tous ceux qu’ils peuvent duper et escroquer afin de répondre aux folles exigences constamment amplifiées de leurs actionnaires. Elles ne se contentent pas de mal desservir leur clientèle, elles abusent également de leurs employés et négligent toutes leurs obligations sociales en polluant eaux, airs et terres, en massacrant des espèces animales et végétales, en transférant leurs profits dans des paradis fiscaux, en exploitant des enfants et même en encourageant l’esclavagisme ou la surexploitation humaine de façon plus ou moins détournée.

selon-altares-les-defaillances-d-entreprises-ont-legerement-baisse-au-premier-trimestre-2013-par-rapport-a-un-an-plus-tot_4539878

Et lorsque les sociétés rendues à bout de souffle, exsangues sont devenues incapables de satisfaire leurs bourreaux, elles rendent l’âme en emportant leurs promesses non tenues, leurs négligences et leurs mensonges dans la tombe. Bien entendu, les investisseurs professionnels connaissent bien ce cycle de vampirisme et ils se préparent en conséquence. Ils retirent leurs billes au moment le plus opportun en laissant le soin à d’autres personnes moins bien avisées de se taper la dégringolade des moribonds. Ainsi, ces profiteurs invétérés bénéficient d’un niveau de risque quasiment nul en gangrénant l’économie par la racine sans que personne ne soit en mesure ni même le désir de les empêcher.

Ensuite les requins transportent leurs méthodes cancéreuses dans un secteur de l’économie encore vierge de leurs exactions, car il s’agit bien d’un cancer qui se nourrit de la vitalité des gens et des compagnies ordinaires afin alimenter leur insatiable soif de fortune, eux qui s’avéreraient totalement incompétents pour gérer de façon pérenne une entreprise au service d’une clientèle normale.

bail-commercial-763x362

Voilà ce qu’est le néocapitalisme, la mondialisation et les principaux acteurs que sont les grands portefeuilles financiers dans lesquels vous souscrivez vos avoirs par vos fonds de pension et vos placements collectifs. Eh oui ! vous représentez tout autant la victime que le martyriseur anonyme dans ce système qui utilise votre propre argent pour vous escroquer.

ob_5f88ec_walter-payton-signature-3

Lorsque votre PF (planificateur financier) vous fera signer ses prochains documents, pensez-y. Vous les parapherez quand même, car vous vivez avec et dans le système économique actuel qui vous promet une garantie de rendement, mais vous saurez comment sert votre argent et dans quels buts. Votre signature représente aussi votre assentiment personnel à tout ce qui s’ensuit. Dormez bien !

Néocapitalisme, risques et cancer

Ç’aurait pu être un article recensant une autre bêtise humaine et ses conséquences. Oui, cette locution dénote une réalité relativement commune puisque l’humain commet des bêtises à l’occasion. Il suffit d’agir trop rapidement, et voilà.

Mais là, je veux parler de la bêtise réfléchie, généralisée, institutionnalisée et instrumentalisée. La bêtise comme mode de vie, comme système économique et comme système politique. Il existe d’autres terminologies plus commodes comme le capitalisme moderne ou le néocapitalisme. J’en veux à toutes ces formes de modèles économiques qui ont découvert le moyen d’inverser les rôles joués par les clients et ceux tenus par les investisseurs. En s’attardant à analyser la situation, on voit rapidement poindre cette dérive et l’idiotie de ces modèles basés sur le principe du cancer économique.

Voilà deux symptômes de cette aberration. Tout d’abord, l’inversion des rôles. Aujourd’hui, l’investisseur, celui qui est censé prendre des risques, voit ses rendements garantis. Mais où sont donc passés ses fameux risques ? Ils n’ont pas disparu pour autant. La stratégie est basée sur l’offre avant la demande. Elle engendre le désir plutôt que le besoin et par conséquent, le risque est transporté du côté de la clientèle qui veut absolument se procurer le produit ou recevoir le service. L’absence de systèmes d’évaluation fiables permet de commercialiser des produits pourris. Les gens se découragent de demander un remboursement ou un échange (pour un modèle tout aussi médiocre !). Ils préfèrent bien souvent jeter leur achat aux poubelles en même temps que la serviette. Évidemment, l’érection de barrières visant à plier l’échine fait partie de la stratégie permettant de garder les aléas uniquement du bord du client. Il est ainsi devenu le détenteur du risque et l’investisseur celui de la garantie.

Pourtant, qui relève cette inversion, ce mélange des genres, cette tare de l’économie moderne ? Grâce à un bassin suffisamment grand, l’entreprise se permet de perdre la confiance des clients pourvu que celle des investisseurs soit préservée. Et voilà, le pont est lancé pour comprendre la seconde idiotie de ce système, la fameuse croissance. Dans ce système économique, une entreprise ne se contente pas de croitre, elle doit impérativement gonfler au-delà d’un seuil plancher fixé par ses investisseurs. Ainsi, tous les coups sont permis et surtout ceux qui ont pour but de flouer ses employés et ses clients ou de manquer à ses obligations sociales. Et lorsque la compagnie rend l’âme, elle emporte ses promesses non tenues et ses négligences dans sa tombe avec ses autres mensonges. Bien entendu, l’investisseur moderne connait la fin inéluctable de ce système et retire ses billes au moindre signe de faiblesse puisqu’il est pleinement conscient du mécanisme visant à l’enrichir en rendant les entreprises moribondes. Ainsi, son niveau de risque personnel reste minimal. Il transporte alors son cancer dans un secteur de l’économie encore vierge de ses exactions, car il s’agit bien d’un cancer qui se nourrit de la vitalité des autres pour continuer de détruire sans relâche ceux qui font sa fortune.

Lire la suite « Néocapitalisme, risques et cancer »