Xer, Ixer, Musker, quoi choisir ?

Dans un ancien article, je fustigeais la société pour la création de verbes inutiles à partir des noms d’applis technos modernes.

Wings

Je recommandais de toujours utiliser le verbe « écrire » en rajoutant le nom de la plateforme si nécessaire ou si désiré. L’avenir m’a donné raison.

Ouais, vous direz que « LeCorbot » et « être dans le vrai », c’est du pareil au même. Je vous en remercie, je le savais déjà. Cette petite bête noire n’est pas la bête noire des gens pour rien. LeCorbot se plait à démontrer des vérités qui désirent rester cachées au plus profond de l’inconscient individuel et collectif. Vous pensez que plus ça fait mal, plus il jubile, et pour une fois vous n’avez pas entièrement tort.

Trêve de vérité sans plaisanterie, que direz-vous maintenant quand vous voudrez écrire des idioties sur l’appli qu’on nommait « Twitter » jusqu’à tout récemment ? Vous n’écrirez plus un twit, vous ne twitterez plus. Vos gazouillis sentent le gaz bouilli. Maintenant, vous xez ? Ou préférez-vous ixer ?

Tant qu’à inventer un verbe imbuvable, je pencherais pour « musker ». Contrairement à la noble intention de rendre les nouveaux mots universels et pérennes, celui-ci ne vivra que quelques années, à l’instar de « twitté » qui aujourd’hui a perdu tout son sens grâce à lui.

Si les linguistes avaient recommandé d’utiliser le verbe « écrire » comme je le recommandais moi-même, ils ne seraient pas pris avec le problème de savoir quoi faire maintenant avec « twitter » et par quoi le remplacer. Ne commettez pas la même erreur ! NE LE REMPLACEZ PAS ! Utilisez simplement « j’ai écrit » en rajoutant si nécessaire « sur X ».

Mais à votre place, pour régler définitivement le problème, du moins sur cette plateforme, cessez donc d’y écrire quoi que ce soit. Ça vous évitera d’inventer un verbe verbeux et inutile. Et ce Musk, croyant pouvoir tout se permettre, pour une fois, il en prendra une dans les dents.

Et puisque j’aspire moi aussi à apparaitre dans les dicos, pourquoi ne pas corboter cette directive à tous vos contacts ?

Corboter : Verbe transitif.

❨1❩ Dire, asséner une vérité difficile, désagréable à entendre, à accepter.

❨2❩ Ressasser une même phrase censée être vraie jusqu’à exaspération.

Courage

Farewell

Rivière animale ébrouée de rais
Crache ses ondulations néfastes
Sur les ténébreuses falaises de jais
L’aube poudroie l’or des contrastes

Parcours les vents adolescents
Frissonne transcendance matinale
Loquace plume trempée de sang
En bris des quiétudes abyssales

Dénicher l’oiseau des augures oubliés
Ceint de tant d’amères tourmentes
Une offrande de mesures scandées
Lueurs de vérités ambivalentes

Haut hisse l’étendard vertueux
Le courage ne craint ni ne feint
Les pourpres mordront les bleus
Le ciel entrouvrira les destins

Une révolte prévisible

Out of the Cold

Les peuples les élisent, ils ne les contrôlent pas
Les gouvernements ploient sans céder le pas
Nourris par les entreprises carboniques
Ils possèdent la résilience de l’élastique

Le temps passe et le climat est le seul à changer
Confortés par l’insouciance généralisée
Les gens continuent leur petite vie d’envieux
Bercés des illusions que tout ira pour le mieux

Seule une poignée de gens conscientisés
Hélas ne sachant plus à quel saint se vouer
N’auront d’autre choix que d’allumer la mèche
Fomentant une révolte pour engendrer la brèche

Cet événement, on le sait, va bientôt arriver
Tout aussi prévisible que le prochain matin
Pourtant tout le monde paraitra étonné
Faux semblant pour bonne conscience d’humain

Un mot français à la fois

« J’ai débunké un slide du speaker venu faire un speech sur le redshift ».

Et à ce qui parait, on parle encore français !

« J’ai déboulonné une diapo du conférencier venu parler du décalage vers le rouge. »

Oreste

Bien entendu, j’ai mis dans la même phrase plusieurs termes anglais entendus dans des conférences scientifiques sur YouTube. On peut facilement comprendre qu’avec l’hégémonie de l’anglais, celui-ci s’immisce partout.

En revanche, il est désolant de voir comment nous le laissons faire sans réagir. Nous acceptons et utilisons les termes anglais alors que nous avons l’équivalent français. Pour faire comme tout le monde, on préfère utiliser débunker plutôt que déboulonner, slide plutôt que diapo et redshift au lieu de décalage vers le rouge.

Adopter un mot anglais n’est pas un problème si le français n’a aucun terme équivalent. Mais choisir volontairement d’ignorer une expression française qui existe, c’est mépriser sa propre langue.

De plus, on ne francise plus les termes. Par exemple, bien des gens préfèrent utiliser la graphie « bug » plutôt que « bogue ». En français, le u dans « bug » devrait se prononcer comme dans « but » et pas comme un o comme dans « bogue ».

Lorsque nous parlons, lorsque nous écrivons, forçons-nous un peu. Choisissons de le faire en utilisant des termes en français. Respectons notre langue, ses mots, ses termes et ses règles de prononciation.

Un mot français à la fois, nous préserverons notre langue, car un mot anglais à la fois, nous la perdrons à coup sûr.

Origines oubliées de 6 mots (U à Z)

J’ai précédemment écrit quatre articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis de F à J, ensuite de K à O et enfin de P à T. Vous pouvez également retrouver tous ces articles en cliquant le lien suivant : Thème « Culture – Le français »

Je termine maintenant cette liste en vous proposant six derniers mots communs dont chacun commence par l’une des six lettres U à Z.

Solitude

La fin de l’alphabet ne donne accès qu’à peu de mots, mais j’ai quand même pu y dénicher quelques étrangetés étymologiques.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces six derniers mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

U : unir (verbe transitif)

Définition moderne : Mettre ensemble de manière à former un tout, une réunion perçue comme une. Ajouter une chose à un tout, joindre à.

Étymologie : Vers 1165 ; du verbe latin unire, de unus « un » ; « unir un conte » « réunir les éléments d’un récit ».

Commentaire : Il n’était pas très difficile de déduire la racine latine unus pour « un ». Cependant, l’utilisation première très limitative de « unir », celle de la réunion d’éléments pour la composition d’un conte, d’un récit, m’a quelque peu étonné.

V : vaste (adjectif)

Définition moderne : Très grand, immense, spacieux, dont la portée ou l’action est très étendue.

Étymologie : 1088, wast, guast du latin vastus « vide, désert, abandonné » ; 1495 « dévasté, inculte ».

Commentaire : On note une déviation du sens initial qui ne concerne pas la « vastitude » d’un endroit, mais plutôt sa désolation, son aspect déserté ou désertique, infertile. Devenu maintenant synonyme d’immense, une immensité dimensionnelle, l’apparence absolue d’un lieu désert, vide et triste a été évacué de son sens actuel.

W : wallon – wallonne (nom et adjectif)

Définition moderne : Belge de la Belgique du sud, de langue et de civilisation romanes. Dialecte parlé par les Wallons.

Étymologie : XVIe, wallin. Du latin médiéval wallo, wallonis, du francique et du germanique walha « les Romains, les peuples romanisés ».

Commentaire : Noter que la lettre « W » n’existe pas en latin antique. La généralité signifiant « (tous) les peuples romains (romanisés) » est devenue régionale et limitée à la Wallonie actuelle. Un parallèle peut être fait avec les Américains, actuellement considérés comme étant les habitants des États-Unis d’Amérique, alors que tout habitant des deux Amériques est de fait un Américain.

X : xérus (nom masculin)

Définition moderne : Petit rongeur d’Afrique et d’Asie (Scuridés) proche de l’écureuil, aux poils durs et épineux, communément appelé « rat palmiste ».

Étymologie : 1893 ; du latin xerus, grec xêros « sec », à cause de la rigidité des mamelles pectorales.

Commentaire : Les zoologistes ont toujours eu beaucoup d’imagination pour nommer des animaux à partir d’une de ses particularités physiologiques, de son comportement ou de son habitat. Ici, ils se sont uniquement concentrés sur l’apparence de ses mamelles, mais c’est compréhensible puisque le reste de son corps ressemble énormément à celui des autres écureuils.

Y : ysopet (nom masculin)

Définition moderne : Au moyen âge, « recueil de fables ».

Étymologie : XIIe siècle, du latin  Aesopus « Ésope ».

Commentaire : La graphie « isopet » existe aussi. Ésope est un écrivain grec du VIIe siècle avant notre ère. On lui attribue la paternité de la fable, raison pour laquelle le mot ysopet a été inventé.

Z : zigzag (nom masculin)

Définition moderne : Ligne brisée formant des angles alternativement saillants et rentrants. Mouvement qui suit une ligne sinueuse, irrégulière.

Étymologie : 1662, zigzac.  Assemblage articulé de pièces en losange pouvant s’allonger et se replier à volonté.

Commentaire : Comme le montre l’image précédente, un zigzag était une sorte de pièce articulée se déployant en accordéon. Ce pouvait être une pince ou un support extensible. On le retrouve aujourd’hui dans les plateformes élévatrices modernes. Étrangement, je ne trouve presque aucune trace de ce mot dans les publicités modernes pour décrire ce mécanisme alors que la définition existe bel et bien dans les dictionnaires et lexiques actuels. Aujourd’hui, le zigzag se rapporte presque exclusivement à un tracé simple comme le louvoyage.

Pour conclure : 

Pour composer un ysopet, un écrivain wallon a uni plusieurs observations d’un xérus alors qu’il parcourait en zigzag son vaste territoire.

J’espère que vous avez apprécié cette série de cinq articles consacrés à l’étymologie de vingt-six mots commençant chacun par une lettre différente de notre alphabet. N’hésitez-pas à laisser un commentaire.

Robert Leroy Johnson

Très peu de gens connaissent Robert Johnson, vous y compris, probablement. Il fut un guitariste et chanteur de blues américain dans la première moitié du siècle dernier.

Crossroads

Notez qu’il influença rien de moins que les plus grands noms de la guitare, dont Eric Clapton, Jimi Hendrix, Brian Jones, Jimmy Page, Bob Dylan et Keith Richards. Ce dernier disait de Johnson qu’il « devait avoir deux cerveaux » lorsqu’il a pris connaissance des enregistrements, puisqu’il croyait y entendre deux guitaristes.

En 2003, le magazine Rolling Stones lui a décerné le titre de cinquième meilleur guitariste au monde et pourtant il reste inconnu du grand public. Il n’est précédé que de Jimi Hendrix, Duane Allman (The Allman Brothers Band), B. B. King et Eric Clapton et il précède Chuck Berry, Stevie Ray Vaughn, Ry Cooder, Jimmy Page et Keith Richards. C’est tout dire !

Né dans l’état du Mississippi en 1911, il est mort dans le même état en 1938, faisant de lui le premier du Club des 27, la série d’artistes maudits tous morts à l’âge de 27 ans. Pensez à Janis Joplin, Amy Winehouse, Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Brian Jones et Jim Morrison. Robert Johnson est le plus souvent absent des listes et images de ce Club des 27. Ici, il est représenté à gauche.

Certains pensent qu’il a été empoisonné par un mari jaloux, d’autres qu’il est mort de la syphilis ou d’une pneumonie. Il se pourrait qu’il soit mort d’un cocktail des trois. Son certificat de décès ne donne aucune indication de la cause exacte, celle-ci n’ayant été déterminée par aucun médecin. Même son lieu de sépulture est équivoque. Trois endroits se disputent le titre avec des pierres tombales symboliques.

Jeune, il se fait remarquer pour son jeu… à l’harmonica ainsi que pour massacrer la guitare qu’il tente d’apprivoiser. Le guitariste Son House lui conseille d’abandonner la guitare. Ensuite, le bluesman Ike Zimmerman s’occupe de sa formation musicale. Deux ans plus tard, Son House, émerveillé par les progrès réalisés par Robert Johnson, se considère comme dépassé par son talent.

Il existe une légende concernant son acquisition stupéfiante d’autant d’habiletés en si peu de temps. Certains ont parlé d’un pacte avec le diable. Lui-même ne s’est pas gêné pour reprendre cette rumeur à son compte alors qu’elle est peut-être due à un autre guitariste bluesman homonyme (Tommy Johnson). La chanson Crossroads placée au début de cet article, sa toute dernière chanson, reprend cette légende d’un esprit vaudou hantant les carrefours, qui aurait accordé sa guitare avant de jouer quelques notes sublimes, signe du pacte.

Ramblin’ On My Mind

Si vous n’êtes pas guitariste, vous ne remarquerez peut-être pas tout son talent, surtout que la qualité des enregistrements à cette époque laissait largement à désirer. Vous noterez cependant avec quelle facilité il joue de la guitare tout en chantant. Robert Johnson a maitrisé son instrument plus par persévérance et travail plutôt qu’avec l’aide d’esprits bénémaléfiques. Mais une chose est certaine, il aura laissé sa trace dans l’esprit de bien des maitres guitaristes de blues et de rock. Alors, lorsque vous entendrez vos riffs préférés à la guitare, il est bien possible qu’il y ait du Robert Johnson là-dessous.

Origines oubliées de 5 mots (P à T)

Il existe trois précédents articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis de F à J et ensuite de K à O. Je poursuis maintenant cette liste en vous proposant cinq autres mots communs dont chacun commence par l’une des cinq lettres P à T.

Aurora

Il est étonnant de se rendre compte que bien des mots très usités et parfaitement clairs ont des origines obscures ou étranges, des sens autrefois bien différents de ceux qui ornent maintenant nos phrases. Une langue vivante comme le français évolue se transforme, dévie et foisonne, multiplie les sens et les définitions alors que d’autres s’éteignent dans l’oubli le plus total.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq prochains mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

P : piaffer (verbe intransitif)

Définition moderne : Se dit d’un cheval qui, sans avancer, frappe la terre en levant et en abaissant alternativement chacun des pieds de devant (et de derrière). Frapper le sol des pieds de devant. Piétiner.

Étymologie : Ses origines sont incertaines, peut-être est-ce une onomatopée. Cependant son sens original n’a rien à voir avec un cheval. Au début du XIIe siècle, « piaffer » au participe passé était utilisé pour décrire une façon de parler. Ainsi, « des paroles piaffées » signifiait autrefois « faire de l’embarras » ou « se donner de grands airs », « fanfaronner ».

Commentaire : Ce sens originel a été perdu sinon il est devenu extrêmement rare. Aujourd’hui, le sens figuré issu du sens propre moderne prédomine. Les expressions consacrées « piaffer d’impatience » et « piaffer à la porte » imagent bien ces deux actions, l’une étant de « ne plus tenir en place », de «taper du pied » et l’autre de « cogner avec insistance et fougue ».

Noter que cette impatience maintenant devenue la marque indélébile du verbe « piaffer » dans son sens figuré n’est pas présente dans les gestes d’un cheval qui piaffe, qui effectue un piaffer, nom tiré du verbe. Le fait que ce mouvement soit saccadé a donné l’idée, l’impression, d’une impatience. Quant au sens initial, il ne montre pas vraiment d’impatience, on comprend plutôt « placer quelqu’un dans une position délicate ou confuse, » « le déconcerter » ou « faire l’important ».

Q : querelle (nom féminin)

Définition moderne : Contestation, différend dispute, opposition vive et passionnée pouvant entraîner un échange d’actes ou de paroles hostiles.

Étymologie : Au XIIe et XIIIe siècle, la querelle avait un sens bien plus concret. Il s’agissait d’un procès, d’une plainte en justice. Une querelle était une plainte auprès des autorités ou par extension, les intérêts de quelqu’un dans un litige. On utilisait « quereller », la forme non pronominale du verbe.

Commentaire : Dans le sens actuel, aujourd’hui, personne ne va au tribunal ou devant une autorité quelconque pour se « quereller », mais pour présenter ses arguments et ses évidences. La querelle précède la demande de trancher le litige par un tiers.

En amour, les querelles sont fréquentes lorsque des conflits éclatent dans un couple. Elles se résument la plupart du temps à des joutes verbales, un désaccord, une divergence, une dispute, une polémique, une controverse, une scène. Entre des enfants, la querelle prend souvent un tournant physiquement violent sous forme d’altercation, d’empoignade, de bagarre.

R : robinet (nom masculin)

Définition moderne : Appareil placé sur un tuyau de canalisation et que l’on peut ouvrir et fermer pour régler le passage d’un fluide. Une valve.

Étymologie : 1285, figure ornant un instrument à cordes. 1401, Robin, robinet, nom donné au moyen âge au mouton, les premiers robinets étant souvent ornés d’une tête de mouton. Ou était-ce la forme du robinet qui ressemblait à celle d’une tête de mouton ? Les sources ne sont pas très précises et sont discordantes à ce sujet.

Commentaire : Au sens figuré, un robinet représente ce qui retient ou laisse passer un flux quelconque. De l’argent, des paroles, des idées, des mots, « c’est un vrai robinet » pour parler d’un bavard.

Et bien sûr, le robinet d’un jeune garçon se situe entre ses deux jambes. Il est l’un parmi de nombreux mots utilisés pour désigner un jeune ou un petit pénis.

Il existe un joueur français de football américain qui se nomme « Robin Mouton ». En ancien français, il se nommerait « Mouton Mouton », rien pour effrayer l’adversaire !

S : sage (adjectif et nom masculin)

Définition moderne : D’une manière habituelle, qui fait preuve d’un jugement sûr, de bon sens, qui est avisé, sensé, prudent dans sa conduite.

Étymologie : Origines incertaines. 1050, savie. Peut-être du latin populaire sabius ou sapius (sapiens) qui désigne une personne intelligente et raisonnable. Il pourrait aussi provenir du latin sapidus signifiant « qui a du goût » « de bon goût ». Au XVIe siècle nait l’idée d’un mode de vie éloigné des divertissements vulgaires. Dans les premiers écrits, le mot sage définissait une personne savante, érudite, mais aussi une personne de bon conseil. À cette époque éloignée, la connaissance semblait faire de pair avec la sagesse.

Commentaire : Il existe d’autres sens populaires au mot sage. On n’a qu’à penser à « sois sage » lorsqu’on s’adresse à un enfant, être « sage comme une image ». On le veut calme, qu’il cesse de grouiller. Le nom « sage » est ensuite repris au XXe siècle pour désigner des conseillers expérimentés, souvent institutionnels, « comité des sages », « conseil des sages », etc.

T : tuer (verbe transitif)

Définition moderne : Faire mourir quelqu’un de mort violente. Causer volontairement la mort de quelqu’un d’une façon rapide et directe.

Étymologie : Étrangement, ce mot aujourd’hui d’une parfaite clarté a des origines incertaines et son sens a divergé. À partir de 1130 jusqu’au XVIIe siècle, il signifiait « éteindre », tirant peut-être cette définition du latin tutare « éteindre » comme dans tutare candelam « tuer la chandelle », l’éteindre. Dès 1150, le sens « abattre » est pourtant aussi présent. En ancien français. « tuer » signifie d’abord « frapper », « battre » « assommer », comme le latin tundo. À ce moment, la mort semblait donc absente des intentions, seulement une conséquence possible d’actes violents. Maintenant, tuer ne laisse aucun doute sur le résultat final attendu. La mort est toujours au rendez-vous.

Commentaire : Je me souviens étant jeune, « tuer le feu » était une expression courante pour éteindre le feu de camp avant d’aller dormir. À l’époque, je croyais simplement à une métaphore, je ne la reliais pas à cette antique définition. Le verbe « tuer » est amplement utilisé, tant dans son sens propre que dans son sens figuré. Je pense à « tuer le temps ». S’il existe quelque chose qu’on ne pourra jamais tuer, c’est bien le temps ! En revanche, lui, il tue facilement. D’ailleurs, il tuera tout le monde. Tuer le temps pour l’empêcher d’avoir une emprise sur soi, c’est patienter en s’occupant à faire autre chose. Mais on ne pourra jamais le tuer, ni l’assommer, ni l’éteindre.

Pour conclure : 

Suis-je encore sage si je piaffe à l’idée de tuer cette querelle dans l’œuf, celle m’opposant à ce robinet à paroles ?

Origines oubliées de 5 mots (K à O)

Il existe deux précédents articles dans lesquels je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E puis par F à J. Je poursuis maintenant cette liste en vous proposant cinq autres mots communs dont chacun commence par l’une des cinq lettres K à O.

Wind Guide You

Les mots sont le reflet des sociétés qui les utilisent. Pour des raisons souvent pratiques, ils se transforment pour s’adapter à des situations changeantes. Et comme ces sociétés, au fil du temps, leurs sens vivent puis disparaissent en laissant la place à d’autre façons de les interpréter.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq prochains mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

K : kaïd (nom masculin)

Oui, le mot caïd possède bien deux graphies dont celle avec un k, plus rarement utilisée et qui trahit des origines arabes comme beaucoup d’autres mots commençant par un k.

Définition moderne : Chef d’une bande de mauvais garçons ; personnage considérable dans le milieu.

La définition actuelle ne concerne pas seulement les jeunes chefs de bande. Elle inclut également celle des garçons ayant une forte emprise et une influence négative sur les autres jeunes de leur entourage, à l’école ou ailleurs. Ils menacent et terrorisent leurs compagnons sans nécessairement faire partie d’une bande.

Étymologie : 1308, caïte. De l’arabe qā’ǐd, signifiant « celui qui conduit » puis « chef de tribu » et finalement au XXe siècle « chef de bande ».

Commentaire : Autrefois, ce terme n’avait pas de connotation nécessairement négative. En Afrique du Nord, c’était un fonctionnaire musulman qui cumulait les attributions de juge, d’administrateur, de chef de police, et autres. Il devait exister de bons et de mauvais kaïds. On comprend aisément que des personnes possédant autant de pouvoirs puissent en abuser, ce qui conduisit à la définition moderne d’un jeune voyou-tyran. L’utilisation de ce mot pour désigner un adulte est possible, mais alors il n’est pas absolument associé à un voyou, plutôt à une personne aux immenses pouvoirs, en somme son sens originel.

L : lubie (nom féminin)

Définition moderne : Idée, fantaisie soudaine, capricieuse et parfois saugrenue, extravagante, déraisonnable.

Étymologie : Ses origines sont incertaines et on lui en attribue plusieurs dont leur sens ne coïncident pas toujours. 1636, muse normande. Du latin lubere, libere, « trouver bon », « faire plaisir ». Du moyen français, le verbe hubir signifie « croitre », « se développer » et au figuré « se réjouir ». En francique, il signifiait « résister contre une contrainte ».

Commentaire : On ne voit pas toujours très bien le lien entre ces différents sens. Probablement que plusieurs d’entre eux n’existent tout simplement pas. Aujourd’hui, on utilise « lubie » face à soi-même comme un plaisir coupable et les autres l’emploient à la limite de l’insulte pour qualifier nos fantaisies. On n’a plus beaucoup de « trouver bon », de « croitre » ou « se développer » et encore moins de « résister contre une contrainte ». Dans une langue vivante, le langage exerce sa prérogative d’évolution. Il dépouille les mots de certains de ses sens pour leur en faire revêtir de nouveaux, parfois très éloignés de ceux d’origine.

M : moite (adjectif)

Définition moderne : Légèrement humide.

Étymologie : 1190 muste, origines incertaines, du latin mǔscĭdus « moisi », mǔsteus « juteux », mustum « moût » ou encore un dérivé du verbe latin muscitare « mélanger », comme dans « mouiller le vin d’eau ».

Commentaire : La véritable racine du mot moite est plus probable du côté de mǔscĭdus puisque le moisi se développe effectivement avec une légère l’humidité. Aujourd’hui, on retrouve principalement « moite » dans la cooccurrence « mains moites », des mains humides sous l’effet de la transpiration. « Moite » est également assez fréquent lorsqu’on parle d’un temps lourd et humide, « une atmosphère moite » qui engendre de la « moiteur » sur notre corps.

N : néanmoins (adverbe et conjonction)

Définition moderne : Malgré ce qui vient d’être dit ; en dépit de (cela).

Étymologie : 1160, « naient moins ». 1549, « néanmoins », de « néant » et « moins ». Nombreuses variantes en ancien français dont « nenmains » au XIIIe siècle, « niantmoins » au XIVe siècle et « néantmoins » du XVe au XVIIe siècle.

Commentaire : J’avoue que cette ligature « néant moins » et la définition de néanmoins « en dépit de (cela) » m’ont toujours causé une douleur cérébrale. Dans les dictionnaires, on explique « néanmoins » ainsi. Comprendre « nullement moins », « en rien moins » ou « il n’en est pas moins vrai que… ». On utilise « néanmoins » pour rajouter de l’information parfois d’une autre nature ou d’un autre aspect, sans contredire les propos précédents. Oubliez l’explication « moins que le néant » puisqu’il n’y a rien de moins que le néant. Et pour les petits rigolos, « nez en moins » n’est pas une manière valable de le comprendre.

« Néanmoins » est un bon exemple de ces mots nés d’une tournure d’esprit un peu tordue qui caractérisait parfois nos ancêtres à l’époque médiévale. Étaient-ils justement créés par désir de séparer les roturiers des nobles en les rendant incompréhensibles aux rustres ?

O : omelette (nom féminin)

Définition moderne : Mets fait avec des œufs battus et cuits à la poêle avec du beurre, auxquels on peut ajouter divers éléments. Fricassée d’œufs.

Étymologie : Le mot « omelette » provient-il de « œufs mêlés » ? Oui ? Non ? En fait, cette étymologie n’est qu’anecdotique. Même s’il est vrai qu’une omelette est composée d’œufs mêlés, les origines de ce mot se situent ailleurs et sont bien plus complexes.

Va pour le « o », il découle probablement du mot latin ovum, œuf, mais la suite du terme est bien plus intéressante. Elle proviendrait du mot « amelette ». Attention, ne pas confondre avec âmelette, une petite âme. Le mot « amelette », lui, proviendrait de l’italien animella, de ce mot on a formé « animalette » pour finalement arriver à « amelette ». Mais ce n’est pas terminé. « Amelette » devint « aumelette » puis enfin « omelette ».

Cependant, d’autres sources offrent une cascade de mots bien différente, des transformations issues de métathèses (altération d’un mot par déplacement, interversion d’un phonème, d’une syllabe). Partons de « lemelle » ou « lamelle » puisqu’une omelette étant mince, elle était comparée à une lame. On en vint à « alumelle » puis « alumette (1 seul L), et vint « alemette » puis enfin « amelette ». La suite et la fin, vous la connaissez.

Commentaire : Alors qu’il n’y a vraiment rien de bien compliqué à concocter une omelette, ce ne fut certainement pas le cas pour son nom qui vécut une aventure des plus rocambolesque. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces métamorphoses carabinées, dont certainement l’absence ou la rareté des dictionnaires. Le premier dictionnaire de la langue française, le Richelet, date de 1680. Il fut suivi par celui de Furetière en 1690, et ensuite par la première édition du Dictionnaire de l’Académie française en 1694.

Pour conclure : 

Ma lubie était de serrer la main du kaïd, néanmoins je ne soupçonnais pas qu’elle serait aussi molle et moite qu’une omelette baveuse.

Origines oubliées de 5 mots (F à J)

Il existe un précédent article dans lequel je donne l’étymologie de cinq mots commençant par A à E. Je poursuis maintenant cette liste en vous proposant cinq autres mots communs dont chacun commence par l’une des cinq lettres F à J.

Silent Footsteps

Les origines obscures ou bizarres que vous lirez montrent comment le langage peut parfois évoluer d’une manière surprenante. Comme pour l’évolution des espèce, le langage est influencé par son environnement. L’utilisation des anciennes définitions finit par se raréfier avant de disparaitre totalement.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq prochains mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

F : fée (nom féminin)

Définition moderne : Être imaginaire de forme féminine auquel la légende attribue un pouvoir surnaturel et une influence sur la destinée des humains.

Étymologie : XIIe siècle, du latin Fata, déesse des destinées, antonomase de fatum, le destin, prédiction, oracle, la fatalité, la destinée qu’elle soit heureuse ou funeste.

Commentaire : Autrefois, le fatum concernait autant les bonheurs que les malheurs. On peut cependant s’imaginer une préférence pour les drames puisque chaque destin se termine nécessairement par une mort. Aujourd’hui, le rôle d’une fée est souvent positif, une bonne fée. On le constate avec l’invention du mot « féérie ». Il n’existe pas de féérie affreuse créée par une méchante fée. Toutefois, il ne faut certainement pas négliger les fées maléfiques que sont Carabosse et Morgane (Morrigan), la fée du destin.

G : gâcher (verbe transitif)

Définition moderne : Travailler grossièrement, sans soin. Bâcler, cochonner, saloper un travail.

Étymologie : XIIe siècle (gaschier), laver, détremper. XIVe siècle « délayer » du plâtre ou du mortier pour aider à mieux le travailler.

Mais dès le XIIe siècle, on utilise aussi le verbe « gâcher » (guaschier) dans le sens de « souiller moralement » ou « éclabousser ».

Commentaire : Il existe deux mots « gâche » distincts dont l’un a donné naissance au mot « gâchette ». L’autre est le déverbal de « gâcher » dans le sens du verbe « délayer ». La gâche est alors un outil utilisé par les maçons, les plâtriers et les pâtissiers, ou encore leur action de gâcher. Gâcher avait donc pour but de retravailler les matériaux en rajoutant un liquide pour les rendre malléables.

En revanche, l’expression populaire « gâcher la sauce » reprend la définition moderne inscrite ci-devant. Le résultat est alors un vrai gâchis.

Est-ce le fait de rendre une substance pâteuse en l’éclaboussant qui a amené le sens figuré péjoratif de souiller et ensuite de saloper, de bâcler ? Les dictionnaires consultés n’apportent que peu de précisions sur ce point.

H : habit (nom masculin)

Définition moderne : Ensemble des vêtements qui couvrent un corps.

Étymologie : XIIIe siècle, du latin habitus signifiant « maintien ». Le mot habere signifie « avoir », dans le sens de « se tenir », d’où la « tenue » comme dans « tenue de gala ».

Commentaire : Le premier usage du mot « habit » concernait des vêtements de religieux. Ce sens est encore conservé dans les termes « prise d’habit » et « prendre l’habit ». Comme on peut le constater, le vieil et toujours populaire adage « l’habit ne fait pas le moine » utilise le singulier, alors qu’aujourd’hui on utilise principalement sa forme plurielle. Le terme « mes habits » signifie parfois l’ensemble de mes vêtements tandis qu’un habit pour homme est un ensemble veston et pantalon.

Habit et habitude sont parents. D’ailleurs, en anglais, habit signifie « habitude ». De fait, se vêtir d’habits constitue une excellente habitude !

I : insulter (verbe transitif)

Définition moderne : Attaquer quelqu’un par des propos ou des actes outrageants.

Étymologie : XIIIe siècle, du latin insultare, « faire assaut contre », « sauter sur ».

Commentaire : Ce terme avait autrefois un sens d’action physique tandis qu’aujourd’hui il est presque toujours utilisé pour décrire une action verbale. L’exception étant peut-être la gifle représentant effectivement une insulte par un assaut physique. « Insulter » est synonyme d’« injurier », proférer une injure, faire un affront, une offense, un outrage, vexer.

J : joue (nom féminin)

Définition moderne : Partie latérale de la figure humaine ou de la face des animaux située entre le nez et l’oreille, sous l’œil et au-dessus du menton.

Étymologie : Étrangement, ce mot simple et très courant possède des origines plutôt incertaines. En 1080, l’usage de joe est confirmé. Puis survient « joue » vers 1273. Mais sa provenance avant le XIe siècle reste nébuleuse. Ce mot vient peut-être du prélatin (gaulois ?) gaba également à l’origine du mot actuel « gave », l’action de gaver, de remplir les joues.

Commentaire : Étrangement, la joue est l’endroit idéal autant pour recevoir un baiser qu’une gifle. Elle rougit ou accueille les larmes. L’adjectif « jugal » désigne tout ce qui se rapporte à la joue, dont les os et les ligaments jugaux. La joue désigne également la paroi externe de la bouche. Une personne aux joues proéminentes est joufflue. Lorsqu’elles sont grosses en pendantes, elle a des bajoues ou des abajoues. Et qui ne se souvient pas du grand succès de ce cher disparu Charles Aznavour dans lequel il chantait « Dansons joue contre joue » ? C’est beaucoup plus romantique que mettre quelqu’un « en joue ».

Pour conclure : 

Mes joues sont devenues écarlates lorsque la fée Morrigan a gâché ma soirée au moment où elle m’a insulté par rapport à la vétusté de mes habits.

Origines oubliées de 5 mots (A à E)

J’ai déjà écrit quelques articles sur l’origine des noms donnés à des éléments chimiques. Je déborde maintenant de ce cadre très restreint pour vous proposer d’apprendre les origines de vingt-six mots communs commençant par chacune des premières lettres de l’alphabet. Je les ai séparés en cinq articles dont voici le premier.

Sky Above, Voices Within

Les origines obscures ou bizarres que vous lirez montrent comment le langage peut parfois évoluer à pas de tortue, mais il peut aussi bondir comme un lièvre. Sans trop s’en rendre compte, les sens antérieurs finissent par disparaitre de nos discours et de nos écrits pour laisser toute la place aux nouveautés qui expriment bien souvent des réalités très différentes.

Lorsque j’écris la définition moderne d’un mot, j’utilise celle communément comprise aujourd’hui, la plus courante, peu importe les autres formes ou sens possibles pour un même mot. Je ne prétends pas qu’il n’existe que cette seule définition toujours en usage.

Voici donc ces cinq premiers mots accompagnés de quelques remarques personnelles.

A : affinité (nom féminin)

Définition moderne : Rapport de conformité, de ressemblance ; harmonie de goûts, de sentiments entre personnes.

Étymologie : Du latin adfinitas (affinitas) signifiant « voisinage » ou « parenté par alliance », mais aussi de adfinis signifiant « limite ».

Commentaire : Cela nous rappelle l’importance antérieure de l’entourage immédiat, qu’il provienne de mariages ou qu’il s’agisse des voisins. 

Dans des siècles éloignés, la famille et les voisins devaient tous penser de manière semblable et se tenir les coudes. Par nécessité de sécurité, les proches devaient adapter leurs goûts et sentiments afin de combattre l’adversité. Autrefois, les affinités possédaient nécessairement des limites quasi infranchissables où au-delà, la cohésion était compromise, car le contrôle ne pouvait s’exercer efficacement.

Aujourd’hui, la cause et l’effet sont inversés. Les affinités précèdent les relations, elles aident à sélectionner ceux qui deviendront nos amis parmi les voisins et les collègues, et ceux que nous choisirons pour tenir le rôle de conjoints ou d’amants (et plus si affinités).

B : baraqué – baraquée (adjectif)

Définition moderne : Bien bâti, en parlant du corps d’une personne.

Baraque (nom)

Étymologie : XVe siècle. De l’italien baracca et de l’espagnol barraca signifiant « hutte en torchis ».

Au XVIIe siècle, « se baraquer ou baraquer » ; (s)installer dans des baraques. « Baraqué » signifie « bien installé dans des baraques ».

1954, glissement subit du mot baraqué vers le bâti imposant d’une personne, sa carcasse, sa charpente.

Commentaire : D’une simple hutte, la baraque devint une construction en planches principalement construite pour y abriter temporairement des troupes. Le glissement vers son sens moderne s’explique peut-être par les utilisateurs des baraques, les baraqués, des soldats probablement bien constitués et à forte charpente, sûrement pas de la piètre solidité des baraques.

C : client – cliente (nom)

Définition moderne : Personne qui requiert des services moyennant rétribution.

Étymologie : Antiquité : plébéien qui se mettait sous la protection d’un patricien appelé « patron ». En échange de son dévouement, le client recevait la protection du patron.

Un peu plus tard, généralisation du mot client dans le sens d’un « protégé ».

Commentaire : On pourrait noter une énorme dissemblance aujourd’hui entre un protégé et un client ! Dans la Rome antique, un client était plus ou moins un employé ou un esclave au service d’un patron qui pouvait adopter envers lui certaines pratiques peu recommandables. À cette époque, le client ne se rapportait pas à l’usager d’un commerce.

Aujourd’hui, le client d’un commerce ne doit rien avant l’achat, on le dit même roi. Son dévouement et sa fidélité envers les commerçants sont sujets à être changeants et éphémères.

Étrange que les commerçants modernes appellent les clients « patron » puisque la clientèle ne reçoit aucune protection du commerçant contre ses abus ou ses pratiques illégales, même s’il prétend haut et fort le contraire. L’important est que ces clients crachent le maximum d’oseille et qu’ils obtiennent en retour un minimum de marchandises ou services. Et pour régler le problème de son papillonnage, les commerces ont inventé les cartes-fidélité qui les encouragent (les forcent) à retourner dans les mêmes commerces en échange de babioles qu’ils auraient très bien pu se passer.

Finalement, un client moderne ressemble étrangement au client romain d’autrefois. On l’a dépouillé de tous ses pouvoirs, il dépend d’un système où il n’a rien à dire, on lui fait croire qu’il reçoit de la protection en échange de sa fidélité absolue et on la récompense avec des cacahuètes.

D : débattre (verbe transitif)

Oui, ce verbe existe aussi sous la forme pronominale « se débattre », mais je ne l’aborderai pas.

Définition moderne : Examiner contradictoirement quelque chose avec un ou plusieurs interlocuteurs.

Étymologie : XIe siècle : dé- et battre « battre fortement ». Ici, le préfixe « dé- »  utilise le sens latin de renforcement d’une action, comme dans décupler ou délaver.

Commentaire : Certains auteurs modernes font parfois un autre lien étymologique. Ils utilisent l’autre sens du préfixe « dé- » celui de négation ou d’absence. Ainsi, pour eux, « débattre » prendrait le sens de « cesser de se battre ». Ainsi, l’usage des mots pourrait détrôner l’emploi d’armes dans la résolution des conflits. Mais cette interprétation apparait fausse même si aujourd’hui, débattre réfère toujours à des joutes de nature orale ou écrite. « Débattre » dans le sens de « battre fortement » n’a plus d’usage.

E : environnement (nom masculin)

Définition moderne : Ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines.

Étymologie : An 1300, « contour ». Réf. « environner ». Aussi « circuit ». Des gardes exécutant leur tour de ronde empruntent un circuit, se déplacent le long d’un contour afin de surveiller les environs, leur environnement.

Commentaire : Aujourd’hui, l’environnement est certainement le sujet de l’heure et probablement qu’il le restera jusqu’à notre disparition de cette Terre. Il concerne l’air que nous respirons, nos aliments, nos conditions de logement, la biodiversité, les conditions météorologiques, les volcans et la tectonique des plaques ainsi que l’état des océans, lacs et rivières. À cela, il faut rajouter les conditions de vie, l’emploi, l’économie, la politique, l’éducation, la santé et les relations sociales. L’environnement est tout ce qui nous baigne, peu importe sa nature et sa fonction. Puisqu’il s’étend maintenant à toute la planète, l’environnement n’est pas qu’environnant ni circonscrit. Il a perdu tout contour et il ne présente plus aucun circuit à parcourir.

Alors, pourquoi ne pas remplacer « l’environnement » par « le tout » ? Ce terme raccourcirait grandement la longueur de nos communications et ceux qui se fourvoient sur le sens moderne exact du mot « environnement » risquent de plus facilement comprendre « le tout », car après l’environnement, au-delà du « tout », il n’y a « rien ».

Pour conclure : Je me suis découvert des affinités avec un client baraqué après avoir débattu sur l’environnement.