Quelques précisions à propos de l’Humain orphelin

Cet article se veut une suite inattendue du précédent, grâce en particulier au commentaire pertinent de M. Serge-André Guay. Voyant la longueur de ma réponse, j’ai donc préféré la publier sous la forme plus appropriée d’un article en bonne et due forme.

Je vous remercie, M. Guay, pour votre opinion franche et ne soyez pas surpris si je dis que je la partage sur certains points. Nous divergeons peut-être à l’occasion pour des raisons sémantiques et j’essayerai d’apporter de l’éclairage sur mes propres définitions, dont celle de l’humain et de l’humanité. D’autre part, les raisons pour lesquelles vous me considérez pessimiste et ayant perdu espoir ne vous sont peut-être pas connues.

Je vous recommande un de mes articles antérieurs « Respecter le pessimisme ». Il pourra aider à mieux me cerner sans devoir le réécrire. D’autres articles vous seront proposés au cours de ma réponse que voici.

Il y a de cela 40 ans et même 30 ans, j’étais prêt à croire encore en l’humanité, plus maintenant. Plus après avoir vu et revu ce que sa cupidité engendre comme décisions dans des situations critiques. Si vous me dites que l’humain diminuera drastiquement sa cupidité dans peu de temps, je vous promets d’afficher un rayon d’optimisme. Permettez-moi toutefois de fortement en douter.

J’aimerais également vous inviter à lire mes articles traitant de la courbe d’hystérésis qui explique scientifiquement pourquoi il est trop tard dans notre piètre lutte contre les changements climatiques, même si on ne le perçoit pas encore. Je n’ai pas perdu espoir en l’humain, je sais que la guerre est déjà perdue avec ou sans lui. Les scientifiques qui le savent n’osent le déclarer pour différentes raisons. Je n’ai pas cette pudeur, je n’ai pas de faux amis à perdre, je n’ai pas de réputation à protéger et je n’ai simplement pas envie de faire comme les autres et de me taire pour éviter de faire peur aux autres oiseaux de la volière.

Les bonnes nouvelles existent et plusieurs blogueurs les couvrent amplement. Pour ma part, oui je me concentre sur les mauvaises nouvelles, car plusieurs d’entre elles sont très mauvaises et personne ne veut les aborder, les fuient comme la peste, les font disparaitre sous le tapis. Je réagis aux mauvaises nouvelles, mais surtout, et c’est là où je dérange le plus, j’écris avant d’attendre que ces mauvaises nouvelles deviennent notre réalité quotidienne.

Si on laisse un chaudron d’huile sur un feu au maximum et l’on quitte la maison, elle ne brûle pas immédiatement, mais il n’est pas nécessaire d’être ferré dans les arts divinatoires pour comprendre le futur.

Prévoir n’est pas bien difficile, c’est presque à la portée de tout le monde, mais ça prend une bonne dose de courage pour publier ses prévisions avant de les voir se transformer en faits. La plupart des gens attendent de voir la réalité avant de s’exprimer pour éviter de se faire reprocher une erreur. Ensuite ils montrent comment c’était facile de tout voir, de tout comprendre à l’avance. 

La peur de l’erreur les garde coincés jusqu’au jour où il devient impossible de se tromper. Ils jouent à la roulette en misant une fois la bille arrêtée. L’erreur est humaine, je peux me tromper et je sais me les pardonner lorsque j’en commets. Sans les prendre à la légère, je n’en meurs pas.

Voici comment je vois l’avenir selon l’état actuel de la situation et les lois de la thermodynamique. Nous ne reverrons plus jamais la Terre telle qu’elle se présente aujourd’hui — la suite de cette déclaration est d’une importance primordiale pour la compréhension de mon opinion — même si les sept milliards d’humains cessaient immédiatement toutes les activités anthropiques ayant un effet sur le climat.

Je suis convaincu que la boucle de rétroaction est passée en mode amplification. Cela signifie que la hausse actuelle des températures exacerbe des hausses encore plus grandes des températures dans un cycle autogénérateur, c’est-à-dire qu’il s’entretient de lui-même sans nul besoin d’apports externes. Ce charabia n’est pas une lubie issue d’une imagination trop fertile, mais un véritable effet technique causé par des accumulateurs en rupture dans un système de régulation en boucle fermée, exactement comme la Terre actuelle. Les articles scientifiques de plus en plus alarmants (je bannis l’adjectif « alarmiste », une arme de dénigrement massif) et de plus en plus fréquents devraient vous convaincre que le patient n’est pas simplement mal en point. Le GIEC s’est montré jusqu’à présent très timoré dans ses conclusions afin de ne pas être dissout. Ainsi, de plus en plus de comités élargis de scientifiques se forment afin de se faire entendre sans passer par ces filtres politico-économiques chargés de ménager la susceptibilité des dirigeants.

Vous pouvez ne pas y croire, vous pouvez garder espoir, vous pouvez penser qu’il n’est pas trop tard, moi je n’y crois plus et c’est mon droit le plus strict. L’humain pourra peut-être s’en sortir au bout du compte comme il s’en est sorti il y a 75 000 ans lorsque Toba l’a presque effacé de la surface de la Terre. Un enfant montre souvent des qualités plus grandes que les adultes. Je n’insulte pas l’humanité en la voyant comme une enfant, je trouve cette comparaison raisonnable et je la verrais même touchante si elle ne tenait pas les rênes de notre éradication.

Il est bien difficile de parler de l’humanité sans généraliser puisqu’il n’en existe qu’une. L’humanité est une entité construite de milliards d’individus dont il en ressort des comportements dominants. Je ne m’attaque pas à chacun des humains formant l’humanité et si j’en ai laissé l’impression, je m’excuse sincèrement auprès de ceux qui ont pu se sentir blessés dans leur attitude responsable et débordante d’humanisme et d’optimisme. Lorsqu’on parle pour la moyenne, on omet malheureusement de s’adresser aux autres, j’en conviens.

Tout un chacun, nous ne ressemblons pas à l’humanité puisque nous ne sommes pas une espèce clonée. En faire partie devient parfois un poids difficile à porter lorsqu’on ne ressemble pas à la majorité ou à ses têtes d’affiche. Mais c’est alors qu’il faut s’exprimer le plus fort, le plus clairement et le plus souvent possible.

Lorsque je compare l’humain, le digne représentant moyen de l’humanité, pas les humains individuels, à un enfant gâté, cette façon de le définir n’est pas vraiment exagérée. Il suffit de regarder les crises déclenchées par les bonzes lorsqu’on tente de leur faire comprendre qu’ils doivent changer de comportement, de politiques ! C’est la crise du bacon frétillant sur le plancher du salon. La démagogie dans son plus grand art sort du placard pour nous plaquer au sol. On peut rétorquer que les grandes gueules qui prennent le crachoir ne représentent pas l’humanité. C’est vrai et faux. Si on les laisse parler en notre nom sans broncher, si on reste silencieux lorsqu’ils nous embobinent en poussant leur opinion dans nos gosiers pour nous étouffer, on abandonne la nôtre au profit de la leur. Mes pierres ne visent pas spécifiquement l’humain moyen comme vous pourrez le lire dans l’article sur l’illusion de l’effort citoyen.

Mes conclusions dérangent les gens qui voudraient une fin heureuse, mais ce serait leur mentir. J’assume donc d’être considéré comme l’oiseau des mauvais augures.

S’il est vraiment trop tard, peut-être vaudrait-il mieux ne rien dire du tout ? C’est possible. On fera alors tous semblant d’être étonnés lorsque la machine climatique s’emballera pour de bon. Ainsi, on s’affranchira du poids de la culpabilité en accusant le mauvais sort, le manque d’informations fiables et le silence des lanceurs d’alerte. Très peu pour moi. Et si je dois être haï pour répéter trop souvent les horreurs à survenir avec, en toile de fond, « je vous l’avais bien dit », la difficulté morale qu’auront les gens à se regarder dans la glace m’indiffère totalement puisque ce sentiment, ils y font déjà face quotidiennement. Ils auront amplement mérité la honte consciente pour être restés silencieux et inactifs. Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard. Voilà ce que diront les survivants. Et s’il s’avère que j’avais tort, les gens n’auront qu’à se réjouir et à lapider mon effigie.

On peut penser qu’en parlant de l’humanité de la sorte, je sape les efforts de ceux qui croient encore qu’elle est vouée à un bel et grand avenir pour peu qu’elle s’y mette pour de bon. Voilà peut-être une raison de m’en vouloir. Pour ma part, ce sont des lunettes roses qui ne font qu’éloigner les gens de la triste et crue réalité. Lorsque la forêt brûle, espérer le contraire ne sera jamais le gage que le feu se maitrisera de lui-même et que rien n’y paraitra par après. Retirer ses lunettes roses est le commencement d’une vie adulte.

Dans ma vie professionnelle, lorsque je me suis engagé, lorsque je m’engage encore à réaliser un mandat, je m’y emploie, quoi qu’il en coûte, car je prends les moyens qu’il faut pour y parvenir. Mais ce combat-là, il vise à dégommer simultanément tous les magnats qui freinent depuis toujours un changement radical de nos pires habitudes. L’humain ordinaire est mené par un autre type d’humain et la plupart de mes reproches exprimés envers « l’humain » visent principalement cette dernière catégorie, mais pas toujours.

En supposant le fait que le combat ne soit pas encore perdu, connaissez-vous les moyens appropriés pour contrer ces gens de pouvoir qui, s’ils ne sont pas l’humanité, la dirigent toutefois d’une main de fer ? Il faut bien comprendre que ces dirigeants ne se présentent jamais aux élections, ils payent des gens pour le faire, eux restent bien tapis dans l’ombre à accumuler l’argent. La démocratie ne nous sauvera pas d’eux.

Eh bien ! Vous avez dit vrai dans votre commentaire, M. Guay. Je suis incapable de prendre les moyens draconiens requis pour nous débarrasser de la vraie source de nos problèmes. Je ne fonde donc aucun espoir sur moi-même pour appliquer les solutions requises, comme je ne fonde aucun espoir sur personne pour faire changer les paradigmes actuels aussi rapidement qu’il serait nécessaire de le faire, que ce soit par la force de la persuasion ou autrement.

Et pourquoi ces dirigeants de l’économie mondiale s’ils se sentaient acculés au pied du mur ne changeraient-ils pas les bases sur lesquelles le monde tourne ? Tout simplement parce que l’Afrique tout entière reste à conquérir. Mais avant que chaque Africain ne roule en automobile le téléphone à la main en cherchant le Starbuck le plus près avant de se rendre au Walmart, la planète aura déjà cessé de nous endurer.

Je ne suis ni pessimiste ni défaitiste ni névrosé ni dépressif. Je suis le plus lucide possible, je sais extrapoler, une technique utilisée par tous les scientifiques pour prévoir les comportements à venir à partir de lois connues et de données réelles. Si ces extrapolations nuisent au moral des troupes, il existe tout un tas de vidéos de chatons sur YouTube ou des matchs de foot ou de hockey à la télé pour aider à le conserver. C’est bien ce que font actuellement les gens ordinaires pour oublier leurs soucis et le sort de la planète. Et l’humanité ne vit pas puérilement ? Peut-être plus souvent qu’il ne faudrait, tout de même !

L’actualité

Si vous me lisez fréquemment ou même occasionnellement, vous avez sûrement noté que j’aborde rarement des sujets d’actualité. J’ai plusieurs bonnes raisons de me tenir éloigné des événements qui font la une et qui attirent un tas de blogueurs à publier des articles traitant des nouvelles du jour.

Tout d’abord, l’actualité est censée rapporter des faits. Malheureusement, même dénués d’opinions, les faits rapportés sont toujours biaisés. Lorsqu’on relaye ces informations tirées de n’importe quelle source, on se rend complice des omissions, manquements, mésinterprétations, amplifications, atténuations, déformations et désinformations incluses volontairement et involontairement dans les articles.

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La seule façon de voir les situations un peu plus clairement est de s’abreuver à plusieurs sources d’information afin que les faiblesses puissent être compensées par les forces des autres articles que plusieurs analyses et éditoriaux aient été publiés sur ces mêmes sujets.

Plusieurs personnes spécialistes des dossiers doivent avoir pris le temps d’y réfléchir et de publier leurs opinions sur la question en ayant investigué, questionné, interviewé et avoir pondu un article qui sera lui aussi biaisé, mais qui aura au moins le mérite d’ajouter des points de vue, de multiplier les perspectives, de lever des voiles, de rajouter de la viande sur les os, de dissiper des brouillards et surtout de déjouer tous les spécialistes en communication embauchés spécifiquement pour maquiller les faits, dissimuler les informations sensibles, édulcorer les propos afin d’esquiver les attaques potentielles et de redorer les réputations.

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En revanche, tout organe informationnel possède une ligne éditoriale. Croire en la neutralité des médias traditionnels ou électroniques est d’une naïveté inouïe. Cette polarisation a beaucoup joué dans le manque de confiance des gens envers des institutions censées rapporter les faits et qui ne sont devenus que des organes de propagande en habit de camouflage.

Vous relayez de l’actualité sans y mettre de la valeur ajoutée? Vous vous rendez alors complice de ces fabricants d’images qui comptent sur vous pour faire le sale boulot de désinformation nécessaire à la dissimulation de la vérité. C’est dommage, même si vous pensez le contraire, vous n’aidez aucunement à faire connaitre des faits, mais bien à manipuler l’opinion publique grâce à des stratégies où vous servez de courroie de transmission.

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Dernièrement, la fameuse image du trou noir a fait couler beaucoup d’encre. Pourtant, si vous relisez mon article sur ce sujet qui me passionne par-dessus tout, vous constaterez qu’il a paru une bonne semaine après l’annonce officielle. Vous verrez également que je suis passablement critique à l’égard de cette nouvelle qui a fait la une de tous les journaux. J’avais déjà écrit une bonne dizaine d’articles sur les trous noirs et pourtant, je ne me suis pas jeté sur l’occasion pour être la centième personne cette journée-là à vous rabâcher les oreilles avec la même sornette.

J’ai attendu que la poussière retombe afin de donner une valeur plus juste à cette nouvelle en déjouant les fabricants de sensationnalisme. Voilà comment j’aime traiter l’actualité lorsque je me laisse convaincre d’en parler, ce qui survient plutôt rarement. Mais sur ce sujet de prédilection, je savais que je devais boucler la boucle que j’avais amorcée bien des mois, sinon des années auparavant.

Alors, ne vous étonnez pas de rarement lire sur mon blogue des articles proches de l’actualité brûlante, et si cela survient, sachez que je n’aurai pas joué au bon perroquet bien dressé. Bien au contraire, je nagerai probablement à contre-courant de l’opinion dominante parce que j’aurai travaillé très fort à démonter les machines à fabriquer des images sur mesure.

Tant qu’à faire, ne vous gênez surtout pas pour relayer cet article. S’il faut quelqu’un pour profiter de vos efforts à faire connaitre l’opinion d’autres individus, aussi bien que ce soit moi!