Le moment présent

Scientifiquement parlant, le moment présent n’existe pas. La fluidité permanente du temps crée du passé qui n’existe plus à partir d’un temps futur qui n’existe pas encore. Le temps n’existe donc ni vers l’avant ni vers l’arrière, alors que les deux segments se touchent à un moment qu’on dit présent, une quantité si infinitésimalement courte qu’elle n’existe pas non plus.

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Dans notre vie régulière, le moment présent est la journée en cours. Demain est un autre jour, demain est un autre moment. Vingt-quatre heures constituent donc nos moments présents.

Vivre le moment présent est un concept si difficile à appréhender que la plupart d’entre nous n’ont aucune idée de la façon de faire. Pourtant, on croit tous en être capables, mais la réalité s’avère tout autre.

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Depuis notre tout jeune âge, on a été éduqué, formé, entrainé à penser à d’autres temps que le moment présent au point tel que celui-ci semble ne plus vouloir rien dire. Seul le futur compte et seules les pensées dirigées vers l’avenir retiennent notre attention.

Par la force des choses, j’ai été amené assez tôt dans ma vie d’adulte à penser différemment et pour moi, c’est le futur qui n’a pas de sens. Je me consacre donc au moment présent. Toutefois, pour les gens qui m’ont côtoyé, mon mode opératoire leur était inconnu, il devenait donc rapidement intolérable et ainsi inacceptable.

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Vous pensez vivre le moment présent, pourtant je pourrais probablement vous reprendre plusieurs fois par jour en vous donnant des preuves du contraire. Vivre le moment présent, ce n’est pas de se prélasser au spa ou de profiter d’un bon film. Vivre le moment présent va bien au-delà de ces douceurs qu’on s’offre occasionnellement.

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Je ne pense pas que ma façon de vivre soit meilleure qu’une autre, bien au contraire. Elle apporte son lot de difficultés et je ne vous les énumérerai pas ici. Mais de grâce, ne dites pas que vous vivez le moment présent si vous ignorez totalement ce que cela signifie dans la réalité.

C’est la même chose avec ceux qui se disent véganes, mais qui portent des souliers et des ceintures en cuir et des sous-vêtements en soie. Mais là, j’empiète sur un autre article de blogue.

Un nom d’étoile avec une date de péremption

Les observateurs sur la Terre voient actuellement toutes les étoiles tourner autour de Polaris, plus communément connue sous le nom d’Étoile polaire. En prenant un cliché à grand temps d’exposition, cela devient parfaitement évident. Une seule étoile demeure au centre de toutes les autres et c’est Stella Maris, un autre de ses nombreux noms, l’étoile de la mer et des marins qui se guident grâce à elle pour ne pas perdre le nord.

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Même si l’effet n’est pas apparent, bon an mal an, l’axe nord-sud autour duquel le monde tourne quotidiennement se déplace lentement sur la voûte céleste. Tous les 72 ans, l’axe se déplace d’un petit degré le long du périmètre d’un cercle virtuel. Ainsi, en 25769 années, la Terre aura connu plusieurs étoiles différentes le long de son pôle Nord. Ce fut le cas dans le passé et ce scénario se répètera dans le futur.

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Le 24 mars 2100, l’étoile Polaire, Polaris, se trouvera au plus près de la projection de l’axe de rotation de la Terre. Après cette date, elle commencera à s’en éloigner. Dans 12950 ans, elle se trouvera au plus loin dans son cycle. Elle aura été remplacée par une étoile très brillante, on la nomme aujourd’hui Alpha Lyræ ou encore Vega, on la renommera alors «Polaris» avec justesse, au détriment d’Alpha Ursæ Minoris, notre Polaris actuelle.

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Voilà la raison du titre de cet article. Si l’humain vit encore suffisamment longtemps, je n’y compte pas, mais qui sait, les teignes pouvant s’avérer coriaces, changera-t-il le nom de son ancienne étoile polaire ou bien le gardera-t-il en l’honneur du bon vieux temps? Il pourrait aussi se dire que dans environ 13000 ans, son nom redeviendra pertinent, suffit de patienter.

La précession des équinoxes, c’est le terme utilisé pour définir ce mouvement de notre Terre, un mouvement semblable à l’axe de rotation d’une toupie qui oscille parce qu’elle n’est pas parfaitement balancée. Ce cycle a des effets certains sur le climat des deux hémisphères, mais il n’explique pas le cycle des grandes glaciations qui, elles, surviennent environ aux 100000 ans.

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Ouais, j’ai constaté moi aussi qu’avec quatre cycles de précession, on obtient justement un chiffre autour de 100000 ans. Toutefois, rien ne permet de comprendre pourquoi la Terre en aurait besoin de quatre précessions complètes pour obtenir un seul cycle glaciaire. Le mystère reste total encore aujourd’hui. Heureux, l’individu qui finira par lever définitivement le voile sur cette énigme.

Mais là, j’empiète sur le sujet d’un autre article.

L’image et le mot

Je reviens de mon pèlerinage annuel au SLM (Salon du livre de Montréal). Première constatation, avant même d’avoir atteint la salle d’exposition principale, la salle au palier inférieur antérieurement dédiée aux livres pour enfants a fait place à une garderie. Immédiatement, je m’interroge et je me réponds du même élan. Les livres pour enfants partageront la salle principale avec la littérature adulte.

Non, c’est plus qu’un partage, c’est une invasion hégémonique. La salle principale est devenue une immense arène où les enfants courent partout. Afin de mieux refléter le changement, le Salon du livre de Montréal pourrait changer son nom pour le «Salon du livre pour enfants de Montréal».

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Il n’existe plus aucune rangée où les bds, les livres-jouets, les livres de donjons et dragons, de magiciens, de licornes et autres personnages jeunesse sont absents.

D’un côté, je suis heureux de l’intérêt porté aux livres par ce jeune public. D’autre part, où puis-je maintenant flâner et bouquiner sans me faire bousculer toutes les trois secondes? Le Salon du livre et peut-être le livre en général se rajeunissent. En retranchant la place autrefois occupée par la littérature adulte, que peut-on apprendre sur l’avenir du livre littéraire?

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Les livres au contenu essentiellement textuel s’achètent maintenant sur le web et disparaitront peut-être totalement des salons axés sur le visuel. Comme partout ailleurs, l’image a remplacé le mot et tue progressivement son mode de diffusion autrefois de prédilection, le simple livre. Pour les adultes, subsistent maintenant des livres de cuisine et autres livres pratiques aux belles photos alléchantes, des livres humoristiques, des biographies illustrées de vedettes populaires ou des autobiographies accompagnées d’une panoplie de photos croustillantes, voilà maintenant l’essentiel du contenu du Salon. Soit un salon pour enfants, soit un salon présentant du divertissement aisé, des piles et des rayons d’incultures, de la malbouffe intellectuelle, à l’instar de ce qu’on retrouve dans le mainstream du web, le livre semble avoir pris le même tournant menant vers les niveaux inférieurs.

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Doit-on s’en inquiéter ou s’en foutre? Dans la vie, tout évolue. La culture littéraire ne fait plus simplement perdre du terrain au profit de l’image, elle se fait littéralement anéantir par celle-ci. Est-ce un changement de paradigme? Nos communications deviendront-elles exclusivement imagées? On peut y voir plusieurs avantages dont l’éclatement de la barrière des langues, l’assimilation bien plus rapide d’une nouvelle connaissance par une présentation massivement parallèle plutôt que sérielle comme dans les chaines de mots où l’on doit les lire en suivant la séquence prédéfinie, un à la fois et les uns après les autres.

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Par contre, les présentations sérielles sous forme de textes resteront toujours plus précises que les images. Les textes ne mourront pas, mais je sens que les images les remplaceront partout où cela s’avérera possible. Les textes deviendront des éléments d’accompagnement, comme lors des expositions d’œuvres picturales et sculpturales où des petits cartons nous donnent des informations précises ne devant subir aucun processus d’interprétation.

Les mots seront condamnés à véhiculer du savoir dur et ce sera la fin de la littérature… jusqu’à ce que des doctorants d’un futur lointain étudient notre époque et découvrent toute la richesse que nous pouvions véhiculer avec des chaines de mots. Ils seront subjugués par l’étonnant pouvoir que nous savions donner à ces chaines de caractères, et ce sans l’aide d’images. Ils publieront leurs découvertes et supputeront que nous pouvions voir des images uniquement grâce aux mots.

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La plupart des gens ne les croiront pas, pensant qu’ils déraillent, qu’ils inventent n’importe quoi et les traiteront d’illuminés. «Tout le monde sait depuis toujours que les mots ne peuvent pas servir à remplacer des images!» Depuis leur plus tendre enfance, et ce depuis des siècles, ils auront appris que seule une image peut remplacer une autre image, les mots ne servant qu’à la partie technique.

Mais des études plus approfondies prouveront ces assertions. Les gens riront de l’inefficacité crasse de ce mode d’acquisition archaïque où l’on assimilait un seul mot, une seule information à la fois. Certains tenteront de faire revivre cet art perdu et caractérisé par sa lenteur en faisant l’éloge de son étonnante capacité à créer du contenu visuel à partir d’une description mot à mot.

La littérature retrouvera un semblant de place parmi les autres arts. Toutefois, elle aura perdu son tranchant et une grande partie de son pouvoir d’intéresser les masses, un art archaïque.

Esclaves de la technologie

Sommes-nous devenus esclaves de la technologie? Cette question divise le public pour certaines raisons relevant tout d’abord de la sémantique.

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Dans ce genre de phrase, l’esclavage est généralement considéré dans son sens figuré. Il serait alors plus juste de parler de dépendance plutôt que d’esclavage, car un esclave ne s’appartient pas. Si toutefois nous remplaçons le mot esclave par le mot dépendant, le résultat obtiendrait la quasi-unanimité et la question perdrait de son intérêt.

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Ainsi, en posant cette question, il faut situer son contexte entre la dépendance évidente et l’esclavage apparent. Agissons-nous comme si nous étions des esclaves de la technologie?

La technologie a-t-elle une emprise si grande sur nous, sur notre quotidien, que nous semblons lui appartenir? Notre jugement lui est-il cédé?

Pour bien voir le présent, un retour dans le passé peut nous aider à y voir plus clair, car nous le connaissons et nous pouvons comprendre son futur qui relève une fois de plus de notre passé. Alors, remontons le temps jusqu’à la maitrise du feu par l’humain.

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Le feu constitue l’élément technologique primaire et toujours primordial. Sa récolte, sa sauvegarde, son transport et ensuite sa création ont représenté des étapes successives d’une importance sans bornes.

Ce faisant, nous nous sommes rendus vulnérables à son absence, car nous avons appris à cuire nos aliments pour les assimiler plus facilement et nous avons choisi de vivre dans des lieux trop hostiles pour notre frêle constitution en nous réchauffant à son contact. La dépendance à son égard et aux sources de combustibles ne pose aucun doute.

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Mais qui aurait voulu s’en passer pour éliminer cette dépendance? Ses avantages ne dépassent-ils pas largement les inconvénients d’être devenus plus fragiles sans lui?

La dépendance à une quelconque technologie ne représente pas le cœur du problème. La vraie question consiste donc à savoir ce que nous pourrions faire si nous la perdions. Jusqu’à quel point sommes-nous fragiles en fonction de nos aptitudes à survivre en son absence?

Nos ancêtres qui ont maitrisé le feu et qui vivaient dans un habitat riche en combustible, en aliments variés et dont les températures demeuraient annuellement clémentes possédaient une fragilité moindre à son absence que ceux d’entre eux qui ont pris racine dans des lieux très hostiles et pauvres en ressources.

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Sans toute notre technologie, nous n’aurions jamais atteint les 7,6 milliards d’humains sur Terre. Dit autrement, il serait impossible de faire vivre 7,6 milliards d’individus si notre technologie venait à manquer. Il en résulterait une hécatombe dont l’ampleur ne s’imagine presque pas. Nous frôlerions l’extinction.

Plusieurs experts pensent que la population déclinerait jusqu’à un milliard. Je crois qu’elle diminuerait bien en deçà de ce nombre si toute la technologie s’effaçait. J’ose avancer le chiffre de dix millions de personnes seulement.

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Même si bien plus de gens pouvaient survivre uniquement de leur environnement immédiat en mettant à profit leurs connaissances et leur débrouillardise, il faut compter sur les guerres et les épidémies pour les décimer pratiquement jusqu’au dernier.

Quelques poches disséminées sur une certaine bande critique de la Terre résisteront à toutes les affres. Elles constitueront l’avenir de l’humanité et celle-ci créera des légendes autour de ce passé technologique. Les générations futures parleront d’histoires inventées, absurdes, auxquelles il est stupide de croire.

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Tiens, tout ça me fait penser à quelque chose de bien connu!

Et la question primaire, sommes-nous esclaves de la technologie ? J’y répondrai de la façon suivante. Nous ne sommes pas esclaves de la technologie malgré notre grande dépendance à son égard. Toutefois l’humain peut très bien devenir son propre esclave. Il se cherchera alors un bouc émissaire et ses dépendances l’orienteront à en pointer une du doigt. La technologie se prête merveilleusement bien à ce jeu de la déculpabilisation par transposition.

Moonwalk scripturaire

Tout d’abord, définissons ce qu’est le moonwalk (retour en arrière) pour ceux qui ne connaissent pas le terme, mais qui reconnaissent certainement ce mouvement dedansepopularisé par Michael Jackson. Vous savez lorsque l’on voit son corps reculer, mais ses pieds donnent l’impression qu’il marche vers l’avant! Paradoxe visuel assez génial, merci.

Je n’ai pas inventé le moonwalk, mais j’ai inventé le terme «moonwalk scripturaire». Je crois que ça vaut une définition.

J’écris des nouvelles, des poèmes, des romans et toutes sortes de textes dans lesquels j’invente la plupart des histoires. Ce ne sont pas des récits ni des biographies ni de l’autofiction. J’invente des personnages, des situations, des histoires, des lieux, des époques, des décors, des actions, tout est fictif. J’aime inventer, créer à partir du néant.

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Ce néant commence à se dissoudre de façon qui me surprend toujours, même si j’en suis l’auteur. Ce qu’on oublie ou ce qu’on ignore quand on n’invente pas des histoires, c’est qu’on ne fait pas naitre nos personnages à zéro jour, tout nus, en braillant de ne plus sentir l’intérieur de leur mère. Je veux dire qu’on ne leur invente pas nécessairement un passé avant un présent.

Un personnage nait souvent à un certain âge avec un passé que l’auteur ignore encore totalement ou presque totalement. Comme le lecteur, il va apprendre à connaitre son personnage. Mais l’histoire écrite va plutôt vers l’avant, du présent vers le futur, c’est la vie en cours et le sens normal de l’écriture. Ce premier personnage reste rarement seul bien longtemps. Donc il interagit avec d’autres personnages qui naissent eux aussi du néant et qui ont un passé tout aussi inconnu et nébuleux.

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Ainsi, l’histoire dans le livre commence à un point «A» et évolue vers un point «B». Toutefois, certaines raisons contenues dans le passé des personnages expliquent et justifient des paroles ou des actes. Ces raisons sont antérieures au point «A» et font donc partie d’un néant à découvrir et parfois à écrire à titre justificatif ou informatif. Crédibiliser ses personnages est essentiel pour garder les lecteurs bien en selle. Lorsque l’auteur a besoin de donner des références tirées du passé de ses personnages qui n’existent pas encore, il part à la découverte de ses propres créations.

J’utilise le terme découverte plutôt qu’invention en connaissance de cause. Puisque les personnages ont commencé à vivre, à évoluer, l’auteur ne peut plus leur donner le passé qu’il veut, un passé qui adonne tellement bien, mais qui ferait grincer les dents du lecteur. Son histoire doit rester logique en inversant la flèche du temps et en projetant son personnage dans son passé, de la même façon qu’il le fait évoluer vers le futur, en préservant la cohérence avec les premières phrases écrites à son sujet. Ainsi, l’auteur conçoit avec des contraintes des événements passés, des lieux passés, des activités passées et des interactions passées.

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Multipliez les personnages et le nombre d’interactions possibles entre eux, les possibilités augmentent d’une façon passablement folle. Et le script doit rester homogène, tant dans le passé que dans le présent et le futur en conservant intacte la psychologie de chaque individu ancrée par les premières phrases écrites. Bien sûr, il reste de la marge de manœuvre, mais chaque incartade devra être justifiée dans les trois temps, le passé, le présent et le futur des personnages influencés par cet événement imprévu ou imprévisible si vous ne voulez pas créer une histoire sans queue ni tête. Et bien sûr, ce sont ces incartades qui apportent le piquant aux histoires qui ont pour effet de réjouir le lecteur friand de surprises intelligentes.

Où se situe le moonwalk scripturaire dans ce processus? L’écriture, la composition doit répondre à quelques critères précis.

Le premier critère est trivial mais essentiel, le texte doit être de la fiction véritable. Réarranger certains faits véridiques n’est pas de la fiction véritable. Trop d’éléments ont réellement existé, ça devient trop facile d’écrire une histoire cohérente.

Deuxième critère, l’écriture ne doit pas s’être déroulée selon une trame temporelle linéaire. Si l’auteur statue sur le point A et se rend ensuite jusqu’au point B sans retour dans le passé, le moonwalk scripturaire est inexistant.

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Troisième critère, l’histoire doit posséder un bon degré de complexité, soit à cause du nombre de personnages, du nombre d’interactions différentes entre les personnages, du nombre d’événements qui surviennent ou qui sont survenus, d’une complexité psychologique, d’une étendue temporelle importante ou d’un fabuleux mélange de tous ces ingrédients. Dans de la fiction, l’auteur ne peut pas faire appel à de vrais souvenirs pour s’aider à ne pas s’y perdre et à rester cohérent. La complexité détruit assez facilement le moonwalk scripturaire.

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Quatrième critère, les lignes temporelles des différents personnages doivent se croiser aux bons endroits lors des projections dans le futur. C’est comme si vous aviez su les punchs avant même d’avoir écrit les prémices de ces punchs. Des attracteurs étranges font converger toutes les lignes du synopsis vers eux. L’auteur a l’impression de ne plus inventer grand-chose. Pourtant on parle toujours de fiction véritable. Il a l’impression de découvrir une histoire préexistante. Sa composition semble soudain se transformer  en description.

Cinquième critère, probablement le plus difficile à respecter, tout se justifie après coup. Imaginez les pièces prédécoupées d’un immense puzzle finissant par s’emboiter sans utiliser un marteau ou une lame (sauf des points mineurs n’ayant aucune conséquence structurelle). En rembobinant les films de tous les personnages, l’auteur découvre des explications parfaitement logiques, totalement crédibles à des événements inventés et décrits, pour lesquels aucune explication n’avait encore été imaginée. L’auteur écrit le prologue après tout le reste, après l’épilogue, et tout se tient, tout s’explique, tout se justifie.

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Un sentiment étrange habite alors l’auteur. Est-il le créateur ou simplement le rapporteur d’une histoire préexistante? Son inconscient avait-il déjà créé cette histoire depuis les tout premiers instants, même si l’écriture, elle, a louvoyé entre le futur et le passé?

Pour moi, c’est ça du moonwalk scripturaire et comme pour Michael Jackson, l’auteur se dit: «Est-ce que j’ai avancé l’histoire ou si je l’ai reculée?»

Andromède, une galaxie perturbée

La galaxie d’Andromède est un objet intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, c’est l’objet le plus éloigné que nous pouvons voir à l’œil nu, soit 2,5 millions d’années-lumière. C’est aussi la seule galaxie visible à l’œil nu, si nous excluons, bien entendu, la Voie lactée, notre Galaxie.

L’autre point intéressant est que les deux galaxies, la Voie lactée et Andromède, se percuteront dans environ 4 milliards d’années. Lorsqu’on sait que la Terre s’est formée voilà 4,5 milliards d’années, ça semble loin, mais le résultat de cette collision sera plutôt impressionnant.

Andromède contient un peu plus d’étoiles que notre Galaxie. Toutefois, les astronomes ont noté un fait étrange concernant les étoiles plus vieilles de 2 milliards d’années dans la galaxie d’Andromède. Leur mouvement individuel est chaotique contrairement aux étoiles de la Voie lactée qui tournent bien sagement toutes ensemble autour du noyau. L’explication de ce chaos vient du fait qu’Andromède a subi une collision avec une autre galaxie et pour le prouver, quoi de mieux qu’une bonne simulation numérique.

Dans cette vidéo, vous voyez le résultat simulé de cette collision. On peut s’imaginer qu’un scénario semblable nous attend dans 4 milliards d’années. Chaque petit point jaune est une étoile. Notre Soleil serait éventuellement l’un d’eux.

Place au ballet cosmique !

Du zéro, de la température et des chemins glacés… des prédictions

Zéro est un chiffre et un nombre. Une valeur nulle, mais zéro, ce n’est pas rien. Zéro est important, surtout lorsqu’il est situé dans un nombre composé de chiffres dont leur position relative leur confère une valeur différent du chiffre en soi. L’habitude d’écrire des nombres en base 10 est tellement ancrée qu’on en finit par oublier que dans le nombre 2847, le 4 vaut 40 et le 2 vaut 2 000, car les zéros ne valent pas rien.

Remarquez, le zéro n’apparait pas dans la suite des chiffres romains ? Même si leur base de calcul est également 10, le zéro est tout de même inexistant, et pour cause. À cette époque, les nombres servaient seulement… à compter. Ils comptaient des jours, des soldats, des sesterces, des acres, bref des choses comptabilisables. Lorsqu’ils n’avaient rien à compter, ils ne comptaient pas. Ainsi, puisque le zéro n’avait aucune utilité pratique, les Romains n’ont pas vu l’intérêt de donner une réalité à ce chiffre plutôt particulier.

La valeur zéro revêt une signification bien étonnante lorsqu’on l’utilise pour évaluer une température. Longtemps l’humain s’est demandé ce qu’était vraiment la température. Sachant même la mesurer, il ignorait toutefois ce qu’il mesurait exactement. Puis la température s’est progressivement laissé saisir. Aujourd’hui, on sait exactement ce qu’on mesure lorsqu’on plonge un thermomètre dans un milieu quelconque. On mesure l’agitation des atomes ou des molécules de ce milieu. Plus ils sont mobiles, plus la température est élevée. En revanche, plus ils sont figés, plus on se rapproche du zéro de température. Pas le zéro degré Celsius, mais le zéro kelvin, également appelé le zéro absolu. À zéro kelvin, les briques élémentaires de notre monde ont cessé de s’agiter. Cette température valant -273,15 °C, le zéro kelvin est une limite improbable à atteindre à cause des lois quantiques. Aujourd’hui, le record de froid atteint lors d’expérimentations scientifiques très sophistiquées est 450 pK (picokelvin) ou 0,000 000 000 450 kelvin.

L’unité de température kelvin a été donnée en l’honneur de William Thomson, Lord Kelvin qui en élabora le principe. Pour ceux dont ce physicien reste méconnu, il était l’une des plus importantes figures scientifiques de la fin du XIXe siècle, principalement en thermodynamique. Lors d’un exposé à la Royal Institution de Londres en 1900, il déclara qu’à part deux petits nuages, la physique arrivait au bout de son parcours. Ces deux nuages devinrent quelques années plus tard la physique relativiste et la physique quantique, les deux pans fondamentaux de la physique actuelle. Comme quoi, on a beau avoir inventé le zéro absolu, il est fort possible d’obtenir une note de zéro lorsqu’on s’attaque à faire des prédictions, même dans son propre champ d’expertise, y compris pour le plus grand spécialiste de son domaine.

Nous devons à tout prix garder une attitude suspicieuse lorsqu’une sommité veut nous éblouir avec des prédictions basées sur des faits et des calculs indéniables. Malgré que ces huiles puissent être admirables, ils deviennent faillibles comme nous tous lorsque, imbus, les impudents s’aventurent imprudemment sur les chemins glacés des prédictions.

Lire la suite « Du zéro, de la température et des chemins glacés… des prédictions »

De l’usage et de l’avenir du français.

Cet article fait suite à celui intitulé « La langue des Gaulois d’Amérique ».

Bien sûr, la langue française continuera de s’épanouir, en partie par ses emprunts, comme ce fut toujours le cas. Mais alors, où se situe le point de non-retour au-delà duquel une langue s’éteint ? Effectivement, le français est empreint de latin, de grec, de perse, d’anglais, d’italien, d’espagnol et d’une quantité importante de mots d’autres origines. Si elle s’était cantonnée, elle aussi serait disparue. Son évolution future l’amènera-t-elle à mieux repousser son extinction ou, au contraire, s’éteindra-t-elle pour avoir été trop libertaire la rendant ainsi trop facilement assimilable ? Question sans réponse dans l’immédiat. Quoi qu’il en soit, parler notre langue, l’écrire, la diffuser, l’exiger, la défendre, la faire évoluer, sans relâche, le plus souvent, le plus loin, le mieux possible, tout francophone devrait souscrire à ces obligations au meilleur de ses capacités. C’est par une vigilance de tous les instants et par nos efforts mis en commun que la langue française demeurera vivante, belle et utile.

Le français se situe au sixième rang des langues les plus parlées, loin derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si elle n’est pas encore en voie d’extinction, elle est indéniablement en danger. Nous ne devons jamais croire qu’elle subsistera toujours. Par conséquent, chaque attention que nous lui portons a son mérite. Parmi ceux-ci, la création de néologismes revêt une importance stratégique, car ce sont par eux que les langues restent vivantes. Nous trainons toujours de la patte, surtout dans le domaine des technologies qui concentre la grande majorité des néologismes. Nous en venons ainsi à utiliser le terme anglais malgré sa lexicologie française déficiente. On n’a qu’à penser à « e-mail ». Au Québec, on a inventé le mot-valise « courriel », en parlant du courrier électronique. Ça ensuite permis d’inventer le mot « pourriel » dont la signification ne vous échappera certainement pas.

Enfin, pour assurer l’avenir du français, dès qu’il sera possible, nolisons plusieurs grands vaisseaux spatiaux, emplissons-les de colons francophones et envoyons-les peupler une nuée d’exoplanètes. À défaut d’avoir gagné la bataille ici-même, donnons au moins la chance au français de refleurir ailleurs. Et qui sait si un jour, les Kepleriens, les Proximiens ou les Béréniciens auront des troupes de théâtre présentant Les Précieuses ridicules, La Cantatrice chauve ou Les Belle-sœurs ? Quel beau cadeau à donner à la communauté intersidérale que léguer une langue et une culture ayant la richesse du français. Ce présent pourrait aussi convaincre un possible Gouvernement des Planètes Fédérées que le sort de l’humanité vaut mieux que celui réservé aux peuples belliqueux assoiffés de pouvoir et insensibles à la destruction de leur planète dont nous sommes les indignes et sauvages représentants. Une langue belle et riche pourrait servir à sauver notre espèce d’une éventuelle action punitive extrême, surtout lorsque cette langue possède tous les atouts nécessaires à son utilisation… en diplomatie.

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La langue des Gaulois d’Amérique

Je suis d’origine québécoise, mes ancêtres sont français et amérindiens. Quand j’étais jeune, tous les gens ordinaires parlaient joual. Ce mot provient de la déformation du mot « cheval ». À l’instar du créole, le joual est un mélange de langues. Dans ce cas précis, le joual louvoie entre le français, le vieux français et l’anglais. Rajoutez-y une grammaire bicéphale, une prononciation lâche sur un fort accent breton moyenâgeux et vous obtenez un résultat plutôt incompréhensible pour les gens d’autres origines.

Durant les décennies 1960 et 1970, la révolution tranquille, c’est le nom qu’on a donné à notre affirmation comme peuple distinct libéré des jougs de l’Église catholique et de la domination anglaise, nous a rapprochés de nos origines françaises. Nous avons peu à peu épuré notre langue des mots et des expressions anglaises de mauvais aloi. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui, car la culture a de la mémoire. Qui plus est, nous sommes 8 millions d’individus rassemblés sur un territoire entouré d’un océan de 400 millions d’anglophones. L’on constate bien évidemment que l’anglais est fortement prisé, il permet mieux que d’autres langues, dont le français, d’inventer des néologismes. À une époque où la technologie avance à un train d’enfer, le français peine à suivre le rythme de création des mots-valises et des acronymes composés à partir de mots techniques.

Tâche difficile pour un peuple géographiquement isolé de protéger sa langue face à une autre langue dont ses hégémonies tant géographique que technologique la rendent si attractive. Nous avons créé des institutions et avons voté des lois pour soutenir notre langue. Nous encourageons les immigrants à parler français. Nous le mettons en valeur, nous l’embellissons, nous y apportons notre contribution et nous travaillons sans relâche à contrer la puissance d’assimilation de l’anglais. Ainsi, nous nous empressons à créer des néologismes lorsqu’un mot anglais, souvent technique, cherche à s’imposer. Nous forçons l’usage des bons mots français ou des bonnes expressions françaises lorsqu’ils existent. Nous produisons nos propres émissions de radios, de télé, nos propres films, notre propre théâtre. Nous écrivons et éditons des tas de livres, malgré leur faible rentabilité. Nous nous efforçons d’être à l’affût des pièges linguistiques qui finissent par dénaturer une langue. Bien sûr, l’anglais reste incontournable qu’on soit Chinois, Russe, Argentin, Finlandais ou Québécois. Paradoxalement, le pourcentage de Québécois parlant couramment l’anglais est en forte hausse depuis notre révolution tranquille, car nous ne combattons pas le bilinguisme, nous combattons l’absence du français. Nous combattons l’anglicisation des allophones au détriment de leur francisation. Nous exigeons de travailler en français, de nous servir en français dans les boutiques, les restaurants et nos institutions logeant sur notre territoire. Plus qu’ailleurs, l’image de l’irréductible village gaulois convient très bien au peuple québécois faisant face à l’envahisseur anglophone omniprésent. Nos caricaturistes montrent d’ailleurs régulièrement nos dirigeants portant les habits de l’un ou de l’autre des personnages de la fameuse bande dessinée. Dans le prochain article, j’aborderai l’évolution de la langue française et son avenir.

Avenir à venir

Combien de livres, combien de films, combien d’histoires parlent du destin, de la fatalité ? Comme si notre vie était toute tracée d’avance et que nous n’avions qu’à nous laisser porter par notre destinée jusqu’à un but tenu secret, mais bien réel. Plusieurs scénarios viennent instantanément à notre esprit où l’on voit des gens de toutes origines accepter de devenir meilleurs pour sauver des personnes ou des mondes dévastés par une calamité humaine ou autre. Malgré la fiction entourant ces personnages et leurs histoires, même si on est voué à jouer un rôle beaucoup plus secondaire et humble dans la vie, il est presque rassurant d’imaginer notre existence entre les mains d’un Grand Architecte.

Ainsi, plutôt que de forger notre place dans le monde, il suffirait de s’intégrer au moule préformé et d’en accepter les conséquences, positives ou affreuses. Personnellement, cette conception de la façon dont l’univers fonctionnerait, d’un Grand Patron omnipotent ayant écrit toutes nos existences avant même notre naissance, me rejoint très peu. Bien entendu, je passerai pour un mauvais croyant aux yeux des gens ayant foi en ce genre d’entité régentant nos actions, nos épreuves et nos destinées. La plupart d’entre eux croient également à l’existence d’une certaine part de liberté puisqu’il serait d’une infinie tristesse si nous n’étions que des marionnettes inconscientes de notre situation réelle. Mais voilà, ces deux conditions réunies se mêlent aussi bien que l’huile et le vinaigre. Notre existence ne peut pas être écrite et notre entité posséder un degré de liberté quelconque. Nous sommes l’écrivain d’une partie de notre biographie. L’écriture de certains passages ou chapitres de notre existence nous appartient alors que d’autres ont été ou seront rédigés par des gens de notre entourage ou par des rencontres fortuites. C’est normal, naturel et moins beaucoup moins attristant ainsi. L’écriture de notre avenir reste encore… à venir.

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