Des origines de quelques mots

Voici une revue de quelques étymologies véridiques additionnées de remarques personnelles dont je vous laisse le soin de leur trouver un qualificatif. Amusez-vous.

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Pyjama vient de l’hindoustani (hindi) et signifie «vêtement de jambe». Je ne comprends donc pas comment les Indiens ont réussi à devenir aussi nombreux tout en utilisant ce détestable vêtement.

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Parlant de vêtement de jambe, vous portez plutôt un jean, un blue-jean. Son tissu est en fait un «bleu de Gênes». Il était porté par les gens pauvres de cette région, car sa résistance le rendait apte à supporter les durs travaux. Qu’il devienne le vêtement de toutes les générations et de toutes les modes est aussi ridicule que de croire que la vulgaire pomme de terre deviendrait le légume le plus populaire! Euh! J’ai raté quelque chose?

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Le mot pomme désigne un fruit bien connu. Mais pomme vient du latin poma signifiant simplement fruits. Quant au nom latin de la pomme, c’était malum! C’est pourquoi on utilise toujours aujourd’hui le mot pomme dans le sens de fruit en général comme dans les termes pomme de terre, pomme de pin et les fameuses pommes de route. La vilaine pomme qui tenta les amants du paradis terrestre doit être considérée dans son sens vague et métaphorique de fruit (défendu), sans référence à une pomme telle qu’on le représente aujourd’hui. Comme quoi, une simple pomme peut devenir sujet de Discorde.

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Parlons alors de discorde, dis-corde, absence de corde, de lien. Échec de l’objectif de se corder, d’être ac-cordés. Sincèrement, je préfère l’harmonie. Du mot latin harmonia et du grec signifiant «assemblage». Qui s’assemble se ressemble, et tout ce qui se ressemble s’accorde sans discordance.

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Coriace provient du latin corium signifiant cuir. Alors si vous trouvez un steak coriace, êtes-vous certain que la bête a bien été dépouillée avant sa cuisson?

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Plus d’une bête coriace vivait au Jurassique. Le mot Jurassique fait référence au massif du Jura situé en France et en Suisse où une couche sédimentaire affleurante montre clairement le passage de cette époque géologique chargée entre autres de dinosaures. Réaction d’un paléontologue: «C’est vrai, on me le jura (sic)!»

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Le mot continent vient du latin continens terra, les terres continues, ou encore de continere signifiant «tenir ensemble». C’est pourquoi un incontinent est quelqu’un qui ne peut plus tenir et fuit dans son ensemble.

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Arctique vient du latin arcticus et du grec arktikos. Tous deux font référence aux constellations de la Grande Ourse (Ursa Major) et la Petite Ourse (Ursa Minor). Arktos signifie indistinctement ours, nord ou pôle Nord. La Petite Ourse abrite d’ailleurs l’étoile Polaire. L’ours polaire et son territoire sont donc représentés par un même mot. En revanche, Antarctique, l’anti Arctique n’est pas seulement à l’opposé géographique, mais ce continent est bel et bien exempt d’ours polaires. Est-ce parce qu’avec ce nom, les mammifères carnassiers blanchis ne se sentaient pas les bienvenus?

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On sait que le mot volcan vient du dieu romain du feu Vulcain. Ce qu’on sait moins en revanche c’est que ce ténébreux personnage mythologique a été trompé par sa femme Vénus. Alors si votre ami vous confie avoir été trompé, vous pouvez le traiter de vulcain, un synonyme de cocu. Ce n’est pas très gentil, alors attendez-vous qu’il devienne rouge de colère, qu’il se mette à tressauter et qu’il finisse par exploser en vous crachant à la figure.

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Le mot boson, comme dans boson de Higgs, a été nommé ainsi en l’honneur d’un physicien indien du nom de Satyendranath Bose. S’il s’était nommé à l’inverse, on serait aujourd’hui pris à parler d’un satyendranathon de Higgs. Parfois, rarement, les événements tombent pour le mieux, il faut donc les noter et s’en réjouir quand ça arrive.

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Les restes de l’Australopithèque surnommée Lucy datant de 3,2 millions d’années ont été découverts en 1974 en Éthiopie sur les bords de la rivière Awash. Le soir de sa découverte, les chercheurs répertoriaient les fragments alors que jouait la fameuse chanson des Beatles «Lucy in the Sky with Diamonds», inspirant le surnom de notre ancêtre. Quant au titre de ce tube, il fait référence à la drogue hallucinogène, le LSD. J’ignorais que cette drogue existait depuis si longtemps! Lucy serait-elle morte d’une surdose?

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Plusieurs noms communs masculins ayant une terminaison en -ée d’apparence féminine sont des francisations de mots latins se terminant en  -eum ou -æum. J’en ai répertorié plusieurs, dont apogée, gynécée, hypogée, lycée, mausolée, musée, prytanée et trophée. En anglais, quelques mots parmi ceux-ci ont conservé le suffixe original latin et même la graphie latine complète comme lyceum, mausoleum et museum. Alors quand on dit que l’anglais n’est pas une langue latine, ces contre-exemples anglais, plus latins que leurs équivalents français, montrent bien qu’une langue, c’est plutôt étonnant. À preuve, la langue de ma copine est étonnamment…

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Volubile émane du mot latin volubilis, de volvere signifiant «qui tourne aisément». Une plante volubile s’enroule aisément autour d’un support. Une personne volubile parle beaucoup, avec rapidité et facilité. Vous ai-je déjà parlé de la langue étonnamment volubile de ma copine qui…

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«Lucy, chérie, je t’en prie, n’en fait pas un sujet de discorde! Voilà, d’accord, je me tais. Mes lecteurs ne sauront rien sur ta volubilité linguale. Tiens, prends une pomme et va écouter tes Beatles en lisant mon blogue d’hier sur le boson de Higgs. Ça t’évitera de préparer un plan visant à me déporter sur le continent Antarctique vêtu d’un seul blue-jean ou d’un pyjama. J’ai beau être coriace, on n’est plus au Jurassique où ces terres frôlaient l’équateur. Maintenant, on y gèle tellement que même les ours polaires n’osent pas y mettre la patte. Cet endroit deviendrait mon mausolée. Et le pire, si éloigné de toi et si proche du mont Erebus, je suis certain de me retrouver vulcain.»

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Ours mal léché

Belle expression imagée dont je vais tenter l’explication dans ses sens propre et figuré.

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Une ourse noire (ursus americanus) donne naissance à un, deux ou trois petits lorsqu’elle se retrouve en hibernation. En léthargie et manquant parfois de réserves, elle peut se comporter avec ses rejetons de manière peu maternelle. Si les oursons survivent, ceux-ci peuvent rester psychologiquement et physiquement carencés au moment de refaire surface. Ces ours pourront adopter des comportements frondeurs et agressifs et on les appellera des ours mal léchés en faisant référence à l’allaitement, au toilettage et aux attentions portées par la mère qui auraient été négligés.

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Chez les humains, on qualifie un individu d’ours mal léché pour parler d’une personne bourrue sans nécessairement qu’elle démontre de l’agressivité physique. Entêté, grognon, revanchard, plaignard, il s’avère difficile de vivre dans les parages d’un ours mal léché, car tout est matière à être critiqué.

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Ce comportement peu socialisant apparait de manière permanente ou sporadique. Il voit tous les travers des autres, mais jamais les siens. Il a toujours raison. Il s’en prend aussi bien au côté pile qu’au côté face des choses tout en s’évertuant à ne jamais présenter de solutions constructives à aucune de ses récriminations.

Comprendre ses motivations est inutile, il aboie simplement dans le but d’aboyer. N’ayant pas nécessairement tort, il conforte son comportement derrière des constats véritables, mais pas toujours entièrement véridiques. Déformer et mélanger consciemment certains faits pour mieux renforcer ses opinions ne le dérange aucunement. Il n’écoute ni ne retient aucun argumentaire d’autrui.

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En revanche, il ne cherche pas exactement à se transformer en prédicateur. Convaincre la population l’intéresse peu, mais il accepte les disciples dociles. À défaut de pouvoir rabâcher les oreilles d’un entourage probablement inexistant, l’ours mal léché se tourne maintenant vers les outils de l’internet. En vous promenant sur plusieurs sites, vous finirez par tomber sur un ou deux de son espèce. Facile de reconnaitre, il écrit comme il éructe. Sans aucune nuance, lorsqu’il avance la moindre solution, elle est toujours radicale et expéditive. Vous aurez compris qu’il est totalement inutile de lui laisser un commentaire si vous ne partagez pas son opinion.

bear_with_a_sore_headJe considère un ours mal léché comme un individu modérément toxique pour son environnement, car il existe pire que lui et qu’il est surtout facile à repérer. En démontrant clairement son côté hargneux et souvent illogique, il avise les gens des dangers qu’ils courent à rester dans ses parages. WYSIWYG, comme on dit en chinois (what you see is what you get). Comme pour un serpent à sonnette, déguerpissez lorsque vous entendez les clochettes de la vipère et vous échapperez au danger.

 

Aiguebelle – un ours et une perdrix

J’étais au parc Aiguebelle, c’était au début de l’automne. Cette année-là, le printemps fut très chaud et sec, occasionnant la perte de bon nombre de fleurs sauvages à l’origine de petits fruits dont celles du bleuet. À l’automne, les ours noirs qui peuplent la région sentent l’urgence d’accumuler de la graisse en prévision de la prochaine hibernation. Une partie de leur alimentation se compose de baies, dont le bleuet qui est normalement très abondant à cette période. Mais cette année-là, c’était tout le contraire, les bosquets étaient vides.

Je faisais le tour d’un lac et j’étais sur le trajet de retour quand je décide de m’éloigner du sentier afin d’aller voir la petite mare qui se trouve exactement sur le tracé abitibi (voir l’article précédent en cliquant ici). Pour ce faire, je dois traverser un immense champ de… bleuets. Wow ! Ce champ a miraculeusement échappé à la sécheresse, les bosquets croulent sous le poids des fruits.

J’additionne bleuets plus rareté égalent ours affamé. Je n’ai qu’à poursuivre mon chemin plutôt que de bifurquer, mais j’observe les environs d’un œil scrutateur. Bon, rien en vue, mais je sais qu’il peut s’être caché s’il m’a entendu approcher. Je reste donc immobile et j’attends. Toujours rien. Je décide alors de m’éloigner du sentier pour aller voir la fameuse petite mare du tracé abitibi.

Dans environ trois-cents mètres, j’atteindrai le point d’eau. Toujours aux aguets, j’avance en chantant pour éviter de surprendre un ours, ou pire, un ourson. De fait, quand un ourson est surpris, il appelle sa maman qui, habituellement, n’est pas du tout contente qu’on fasse peur à son rejeton. Heureusement, le champ semble désert, mais j’y crois à peine puisque c’est le seul endroit où j’ai vu des bleuets bien mûrs à des kilomètres à la ronde. Leur odeur ne peut pas avoir échappé à un ours dans les parages.

J’aperçois le point d’eau, ma destination. J’en oublie pour une seconde le danger potentiel quand tout à coup, quelque chose heurte l’arrière de ma tête. Immédiatement, j’appréhende la patte d’une ourse frôlant ma casquette. Je fige pour la rassurer sur mon intention de ne pas aller plus loin, au cas où je me dirigerais vers son ourson. Je m’apprête à me coucher par terre, n’ayant aucun moyen de la semer sur ce plat terrain.

Mon sang n’avait pas encore fini de refluer que j’aperçois un oiseau voler très bas juste au-dessus de moi. Je résous alors le mystère de ce contact derrière ma tête. Une perdrix. Effectivement, elle atterrit en catastrophe à trois mètres devant moi en trainant une aile blessée. Je connais cette stratégie. Elle consiste à me faire croire qu’elle s’est blessée lorsqu’elle m’a touché la tête, alors qu’elle m’attire simplement loin de son nid. Je me laisse aller à son jeu pendant quelques instants en la suivant. Sa technique est parfaite, on jurerait qu’elle a réellement une aile brisée. Finalement, je me retourne vivement en direction opposée. La maman oiseau décolle en trombe pour aller protéger sa progéniture. Je la laisse tranquille, mon cœur peut reprendre son rythme normal et celui de la perdrix également.

Si la maman perdrix s’était contentée de rester bien sage, je ne l’aurais jamais aperçue, ni son nid, ni son oisillon. En cherchant à le protéger, elle a été l’instigatrice de la situation dangereuse pour elle et son rejeton, car en retournant à son nid, j’ai pu facilement le localiser. Sa ruse fonctionne peut-être parfaitement avec les autres résidents de la forêt, les ours en l’occurrence.

J’ai été par contre très heureux d’avoir raté la fiesta dans le champ de bleuets. Rencontrer un ours en pleine forêt, c’est comme jouer à la roulette russe. Cinq fois sur six, ça se termine bien quand on sait quoi faire. Mais… qu’en est-il de la sixième ? Il faut juste pas trop y penser et espérer rencontrer plutôt... une perdrix.