Le Grand filtre

J’ai abordé à quelques reprises le sujet du paradoxe de Fermi. Ce physicien se demandait où étaient tous les extraterrestres si des multitudes de mondes existaient dans l’Univers. Puisque celui-ci est vieux de 13,77 milliards d’années et que la Terre n’en a que 4,5 milliards, des hordes d’étrangers techniquement plus avancés que nous auraient déjà dû débarquer sur notre planète. Or, on n’en voit pas, du moins pas de manière évidente et officielle.

Des centaines de raisons ont déjà été invoquées pour expliquer leur absence, ou du moins leur invisibilité. Parmi celles-ci, l’une d’elles a particulièrement attiré mon attention. Il s’agit du Grand filtre.

Si cette théorie est juste, eh bien ! on est mal barrés. Elle expliquerait l’absence d’E.T. par le fait que toute civilisation technologiquement avancée finit inexorablement par se détruire à l’aide de ses propres inventions ou des conséquences de sa croissance et de son développement.

Le filtre agirait tôt ou tard et, dans la majorité des cas, il surviendrait avant d’acquérir les moyens de peupler d’autres lieux dans la Galaxie. L’humanité a frôlé l’extinction lors de la guerre froide à cause de l’arme atomique et cette menace n’est pas encore entièrement révolue. Il pourrait également s’agir d’une catastrophe naturelle. Ça pourrait être une arme biologique ou tout simplement d’un virus naturel virulent issu de la dégradation de l’environnement, de la surpopulation et des modes de vie irrespectueux de la Nature. Ça ne vous sonne pas quelques cloches ?

Si toutes les populations extraterrestres disparaissent avant de coloniser à grande échelle d’autres systèmes planétaires, leur existence restera à jamais une simple hypothèse. Le Grand filtre agirait rapidement après l’élévation d’une civilisation au rang de peuple technologique puisqu’il regrouperait des centaines de causes létales plausibles, toutes capables de l’anéantir. Tant de dangers et si peu de sagesse acquise pour tous les affronter feraient en sorte de réduire à néant les chances qu’une civilisation puisse évoluer vers une espèce capable de visiter et coloniser la Galaxie.

Puisque les lois de la physique et de la chimie sont semblables, peu importe le lieu où les espèces vivantes évoluent, on peut parier que les civilisations extraterrestres font face aux mêmes contraintes que nous-mêmes et qu’elles progressent de manière à peu près équivalente. L’inverse est également vrai. Si, inexorablement, les peuples des étoiles se détruisent, probablement le même fâcheux destin nous attend.

Alors, priez pour observer une panoplie de peuples extraterrestres débarquer sur Terre dans les plus brefs délais, la théorie du Grand filtre sera ainsi mise à mal, nous permettant peut-être d’espérer avoir un avenir autre que celui de sombrer dans l’oubli ou l’ignorance universelle d’avoir un jour vécu, évolué, inventé et d’être passé à un cheveu de visiter les étoiles.

Catastrophes et probabilités

Quelle est la probabilité que vous viviez une catastrophe naturelle importante au cours de votre vie ?

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Vous connaissez ma propension à parler de catastrophes, il faut comprendre qu’elles seyent particulièrement bien aux corbeaux. Quoi qu’il en soit, le nombre de catastrophes naturelles survenant dans le monde annuellement a explosé depuis les 70 dernières années. On en dénombrait une petite quarantaine durant les années 1950 et près de 80 durant les années 1960 et 1970. Puis, vers la fin de cette décennie, leur nombre est passé au-dessus du 100. En 1983, on a atteint la marque du 200. En 1990, la barre du 300 est fracassée. Plus de 400 catastrophes sont survenues en 1999, alors que les années 2000 et 2002 ont vu plus de 500 événements naturels malheureux pour chacune de ces années. Ensuite, ça commence à redescendre pour rester plutôt stable aux alentours des 350 catastrophes naturelles par année.

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Ces statistiques doivent évidemment être interprétées. Combien de catastrophes naturelles aurions-nous recensées en 1950 si les moyens avaient été les mêmes qu’aujourd’hui ? Il y a 50 ans, on ne parlait d’aucune catastrophe survenant en Asie ou sur le continent africain, à part les cataclysmes aux répercussions planétaires. De plus, la définition de catastrophe naturelle s’est raffinée et standardisée au fil du temps. Les météorologues de tous les pays parlent aujourd’hui à peu près le même langage. Il serait donc très hasardeux de conclure à une hausse réelle des catastrophes naturelles uniquement sur la base de ces statistiques.

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Quels types de catastrophes entrent dans cette catégorie ? On retrouve les catastrophes d’ordre biologique, climatique, géologique, hydrologique et météorologique. Ils comprennent les épidémies, les invasions d’insectes, les températures extrêmes, les feux de végétaux, les sécheresses, les séismes d’importance, les éruptions volcaniques majeures, les glissements ou effondrements de terrains secs, les glissements de terrains boueux, les inondations, les tsunamis, les tempêtes dont les microrafales, les tornades, les ouragans-typhons-cyclones, la grêle, le verglas et la neige hors normes, etc. Il ne faut pas oublier les événements plus rares comme les chutes de météorites ou les vagues scélérates, mais aussi les plus dévastateurs comme l’élection de Donald Trump.

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Bon an mal an, le tiers des catastrophes sont liées aux inondations. C’est normal, les humains vivent très majoritairement près des plans d’eau pour la boire ou pour s’en nourrir. Le quart est dû aux tempêtes de toutes sortes. Les épidémies sont responsables de 15 % de toutes les catastrophes, tandis que les séismes importants occasionnent un bon 8 % de celles-ci. Le 18 % restant se répartit sur toutes les autres causes possibles.

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Certaines régions du globe sont plus propices à être touchées par les catastrophes, ce qui nous rend très inégaux. On sait pertinemment que les populations vivant sur la Ceinture de feu du Pacifique se tapent des séismes et du volcanisme à longueur d’année tandis que d’autres endroits comme le Bouclier canadien peuvent se vanter d’être, pour toutes sortes de raisons, à l’abri de la plupart des catastrophes. Un Asiatique moyen a une probabilité de cent à mille fois supérieure à un Québécois de vivre une catastrophe naturelle.

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Par année, en moyenne, une personne sur deux sera victime d’une catastrophe. Le problème vient du fait que la majorité d’entre eux en vivront plus d’une par année, tandis que tous les autres continueront de siroter leur bière sans aucune interruption.

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Étrangement, le nombre de victimes qui perdent la vie reste plutôt stable autour de 50 000 par année, malgré la hausse de la population, mais cette valeur varie de manière importante lors de grandes catastrophes aux répercussions planétaires comme le tsunami de 2004. On voit même actuellement une tendance à la baisse, probablement à cause de meilleures préparations et interventions des organismes gouvernementaux.

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En évaluant votre espérance de vie à 80 ans, dépendant du lieu géographique où vous passerez la majorité de votre vie, vous vivrez donc une seule catastrophe digne de ce nom, ou bien vous vous en farcirez plusieurs centaines.

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Morale de cette histoire, faites migrer vos jeunes dans des endroits très peinards et ils augmenteront significativement leurs chances d’atteindre leurs 80 ans sans affronter les sautes d’humeur de la nature toutes les semaines. En revanche, ils ne développeront pas leur résilience, mais plutôt leur insouciance. Au fond, qui pourrait s’en plaindre ?

Toutefois, si une météorite de 10 km de diamètre venait à s’écraser, je préfèrerais me retrouver directement dans sa trajectoire. Mon enfer durerait moins longtemps.