Catastrophes et probabilités

Quelle est la probabilité que vous viviez une catastrophe naturelle importante au cours de votre vie ?

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Vous connaissez ma propension à parler de catastrophes, il faut comprendre qu’elles seyent particulièrement bien aux corbeaux. Quoi qu’il en soit, le nombre de catastrophes naturelles survenant dans le monde annuellement a explosé depuis les 70 dernières années. On en dénombrait une petite quarantaine durant les années 1950 et près de 80 durant les années 1960 et 1970. Puis, vers la fin de cette décennie, leur nombre est passé au-dessus du 100. En 1983, on a atteint la marque du 200. En 1990, la barre du 300 est fracassée. Plus de 400 catastrophes sont survenues en 1999, alors que les années 2000 et 2002 ont vu plus de 500 événements naturels malheureux pour chacune de ces années. Ensuite, ça commence à redescendre pour rester plutôt stable aux alentours des 350 catastrophes naturelles par année.

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Ces statistiques doivent évidemment être interprétées. Combien de catastrophes naturelles aurions-nous recensées en 1950 si les moyens avaient été les mêmes qu’aujourd’hui ? Il y a 50 ans, on ne parlait d’aucune catastrophe survenant en Asie ou sur le continent africain, à part les cataclysmes aux répercussions planétaires. De plus, la définition de catastrophe naturelle s’est raffinée et standardisée au fil du temps. Les météorologues de tous les pays parlent aujourd’hui à peu près le même langage. Il serait donc très hasardeux de conclure à une hausse réelle des catastrophes naturelles uniquement sur la base de ces statistiques.

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Quels types de catastrophes entrent dans cette catégorie ? On retrouve les catastrophes d’ordre biologique, climatique, géologique, hydrologique et météorologique. Ils comprennent les épidémies, les invasions d’insectes, les températures extrêmes, les feux de végétaux, les sécheresses, les séismes d’importance, les éruptions volcaniques majeures, les glissements ou effondrements de terrains secs, les glissements de terrains boueux, les inondations, les tsunamis, les tempêtes dont les microrafales, les tornades, les ouragans-typhons-cyclones, la grêle, le verglas et la neige hors normes, etc. Il ne faut pas oublier les événements plus rares comme les chutes de météorites ou les vagues scélérates, mais aussi les plus dévastateurs comme l’élection de Donald Trump.

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Bon an mal an, le tiers des catastrophes sont liées aux inondations. C’est normal, les humains vivent très majoritairement près des plans d’eau pour la boire ou pour s’en nourrir. Le quart est dû aux tempêtes de toutes sortes. Les épidémies sont responsables de 15 % de toutes les catastrophes, tandis que les séismes importants occasionnent un bon 8 % de celles-ci. Le 18 % restant se répartit sur toutes les autres causes possibles.

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Certaines régions du globe sont plus propices à être touchées par les catastrophes, ce qui nous rend très inégaux. On sait pertinemment que les populations vivant sur la Ceinture de feu du Pacifique se tapent des séismes et du volcanisme à longueur d’année tandis que d’autres endroits comme le Bouclier canadien peuvent se vanter d’être, pour toutes sortes de raisons, à l’abri de la plupart des catastrophes. Un Asiatique moyen a une probabilité de cent à mille fois supérieure à un Québécois de vivre une catastrophe naturelle.

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Par année, en moyenne, une personne sur deux sera victime d’une catastrophe. Le problème vient du fait que la majorité d’entre eux en vivront plus d’une par année, tandis que tous les autres continueront de siroter leur bière sans aucune interruption.

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Étrangement, le nombre de victimes qui perdent la vie reste plutôt stable autour de 50 000 par année, malgré la hausse de la population, mais cette valeur varie de manière importante lors de grandes catastrophes aux répercussions planétaires comme le tsunami de 2004. On voit même actuellement une tendance à la baisse, probablement à cause de meilleures préparations et interventions des organismes gouvernementaux.

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En évaluant votre espérance de vie à 80 ans, dépendant du lieu géographique où vous passerez la majorité de votre vie, vous vivrez donc une seule catastrophe digne de ce nom, ou bien vous vous en farcirez plusieurs centaines.

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Morale de cette histoire, faites migrer vos jeunes dans des endroits très peinards et ils augmenteront significativement leurs chances d’atteindre leurs 80 ans sans affronter les sautes d’humeur de la nature toutes les semaines. En revanche, ils ne développeront pas leur résilience, mais plutôt leur insouciance. Au fond, qui pourrait s’en plaindre ?

Toutefois, si une météorite de 10 km de diamètre venait à s’écraser, je préfèrerais me retrouver directement dans sa trajectoire. Mon enfer durerait moins longtemps.

Séismes au Québec

Comme je l’indiquais dans l’article sur le Bouclier canadien dont la province de Québec fait partie, ce vaste territoire contient des parties (cratons) parmi les plus vieilles au monde. La solidité générale du sous-sol est excellente, sauf à quelques endroits où la croûte terrestre a été malmenée par des astéroïdes qui ont atteint le sol. De plus, le long du fleuve Saint-Laurent court une faille et la géologie de la partie sud est plus fragile que les terres situées sur la rive nord.

Le comté de Charlevoix est reconnu pour avoir reçu la visite d’un astéroïde voilà 365 millions d’années. C’est aussi la région enregistrant le plus de séismes de la province. Toutefois, les sursauts de la croûte terrestre se font rares et leur énergie est plutôt réduite. En 1663, soit 55 ans après la fondation de la ville de Québec, la terre a fortement tremblé. Un séisme d’une magnitude estimée entre 6,5 et 7,2 sur l’échelle Richter a surpris tout le monde. Au lieu de l’épicentre, on nomma cet endroit «Les Éboulements» puisque d’importants éboulis s’y sont produits.

Oui, de mémoire d’homme, ce séisme fut le plus important jamais ressenti et commenté au Québec. Alors, si vous souffrez de sismophobie également nommée séismophobie, le Québec serait une terre d’accueil très appropriée pour vous. Toutefois, ce n’est pas parce que les séismes importants sont très rares que la terre ne tremble jamais. De par son sol très dur, les séismes voyagent particulièrement loin de leur épicentre, sans toutefois causer de lourds dégâts. Des bibelots et des livres qui dégringolent de leur tablette, ce n’est pas le genre de séisme pour lequel on s’inquiète outre mesure. Alors si vous tenez par-dessus tout à vos statuettes et autres œuvres fragiles, il suffit de quelques précautions mineures pour s’assurer qu’elles seront protégées.

Le dernier tremblement de terre digne de ce nom à se produire au Québec survint en 2010. Une secousse d’une magnitude de 5,0 fit frissonner le sol. En 1988, un séisme de magnitude 6,0 secoua le Québec. Celui-là, je n’ai absolument rien ressenti puisque je me promenais à dix mille mètres d’altitude en route pour San Francisco, un autre bon moyen de se prémunir contre les effets des séismes, quoique un peu dispendieux!

Astroblème astronomique

Les astroblèmes non confirmés, mais qui pourraient le devenir un jour sont nombreux au Québec. L’âge vénérable de cette croûte continentale permet de remonter très loin dans le temps, aux débuts mêmes de la formation de ce continent. Cependant, cette vieillesse a fait en sorte que les preuves ont eu beaucoup de temps pour disparaitre.

La côte est de la baie d’Hudson possède une vaste échancrure en arc de cercle parfait. Si c’est bien un astroblème, il ferait plus de 500 km de diamètre, ce qui ferait de lui, et de loin, la plus grande de toutes les blessures laissées par les météorites.

Les scientifiques n’ont pas réussi à ce jour à prouver hors de tout doute que c’en est un. Pour ma part, je ne crois pas que la nature peut créer ce genre de portion de cercle aussi grand et aussi parfait sans que ce soit lié à une météorite géante. On peut même voir des iles au large qui correspondraient au piton central. S’il manque des preuves géologiques, c’est peut-être dû à son âge et à ses dimensions exceptionnelles. C’est tout de même étrange que la baie d’Hudson se trouve en plein centre du Bouclier canadien et que son sous-sol ne soit pas constitué des mêmes roches que tout le reste aux alentours.

Dans l’article «Vieux, solide et trempe», je faisais état de la découverte récente des roches les plus vieilles de la Planète, soit 4,3 milliards d’années, au Québec. Elles ont justement été trouvées sur la rive est de la baie d’Hudson, à Inukjuak, directement sur l’arc de cercle de cet hypothétique astroblème.

Le double satellite Grace (Gravity recovey climate experiment) a également prouvé que la baie d’Hudson possède une importante anomalie gravitationnelle. Ces résultats signifient qu’à cet endroit précis, la densité et/ou l’épaisseur de la croûte terrestre sont différentes du reste du continent. On peut dire que ça fait beaucoup d’anomalies ou d’étrangetés pour un seul et même lieu.

Notez sur la photo les deux astroblèmes non jumeaux dont je parlais dans l’article précédent, ceux des lacs À l’eau claire.

Astroblèmes

Le mot « astroblème » désigne depuis 1960 le résultat de l’écrasement d’un corps au sol. Il remplace les expressions « cratère d’impact, cratère météorique, cratère terrestre, cratère lunaire et cratère de bombe ». Je comprends mal qu’il remplace « cratère de bombe » puisque la racine grecque « astron » signifiant « astre » ne peut vraiment pas s’appliquer à une grenade ou à une bombe. Mais le français est ainsi fait. On comprend bien, par contre, que le mot « cratère » soit inapproprié pour désigner ces blessures (blêma) causées par des météorites et même des bombes puisqu’il vient jeter un doute sur leur nature réelle.

Moins de 200 astroblèmes ont été confirmés jusqu’à maintenant. Simplement en comparant les faces de la Lune ou de Mercure avec celle de la Terre, on s’aperçoit d’un déficit évident. Il devrait en avoir plusieurs dizaines de milliers. Mais la Terre est géologiquement active, elle gèle et dégèle régulièrement, elle s’érode et sa surface est cachée à 70 % sous l’eau. Tous ces facteurs réunis contribuent à camoufler les astroblèmes si ce n’est pour les faire disparaitre définitivement. Qui plus est, certains hypothétiques astroblèmes posent… problème, les preuves géologiques ayant probablement disparu depuis leur formation. Et sans preuve formelle, point de statut.

Le plus vieil astroblème répertorié serait celui de Maniitsoq au Groenland et serait âgé de 3 milliards d’années. Le plus vaste se nomme Vredefort, il se trouve en Afrique du Sud. Il fait 300 kilomètres de diamètre. Une règle simple permet de connaitre approximativement la dimension de la météorite d’origine en divisant le diamètre de son astroblème par 10. Ce monstre aurait donc fait environ 30 kilomètres de diamètre. Ça fait froid dans le dos. Heureusement, cette collision céleste est survenue au moment où la Terre était jeune et ne comportait que de la vie primitive.

Je faisais remarquer dans un article précédent que le Bouclier canadien est probablement le territoire le plus âgé de la Planète. On devrait donc y voir plusieurs astroblèmes et c’est effectivement le cas, malgré plusieurs épisodes de forte érosion causée par les glaciers durant les périodes glaciaires répétitives. L’astroblème de Sudbury en Ontario est le deuxième plus grand jamais recensé, il s’étire sur 250 km. Malgré une apparence en surface quasiment effacée, le bassin Sudbury s’est qualifié grâce aux affleurements de nickel et de roches ignées en forme d’ovales concentriques (photo). La catastrophe serait survenue voilà 1,85 milliard d’années.

Dans de prochains articles, je détaillerai certains astroblèmes particulièrement intéressants situés en territoire québécois.

Vieux, solide et trempe.

Dans un article antérieur, j’abordais le sujet du Bouclier canadien et du fait que le Québec fait presque totalement partie de ce dernier. Sur la carte, le Bouclier est dessiné en rouge, rose et ocre. Par contre, puisque la population est principalement située au sud du fleuve Saint-Laurent et que cette région fait plutôt partie des Appalaches, le Bouclier reste méconnu de la plupart de mes compatriotes.

Près des villes de Montréal et de Québec, les rivières drainent un vaste territoire. Presque toutes ont un bassin hydrographique important et coulent dans une dépression de terrain causée par l’érosion séculaire des berges meubles.

Pour rajouter une difficulté supplémentaire à la reconnaissance de ce qu’est le Bouclier, les rives nord et sud du fleuve Saint-Laurent ont été submergées durant plusieurs siècles par les eaux de l’ancienne mer de Champlain. Avec le retrait de cette mer lors du rebond post-glaciaire, les rives du fleuve sont devenues de riches terres agricoles et recouvrent les roches du Bouclier dans la partie amont.

Pour bien voir le Bouclier, il faut rester sur la rive nord et suivre la route 138 en est au-delà de la rivière Saguenay, un important affluent du fleuve Saint-Laurent. Le Bouclier commence alors à apparaitre dans toute sa solidité.

La route 138 traverse un nombre impressionnant de rivières. Mais comment se fait-il qu’autant de cours d’eau existent en aval du fleuve ? Ils sont larges, mais pour la plupart peu profonds. Là où ils coulent, on note l’absence de dépression de terrain. Les rivières semblent ne causer aucune érosion. Et voilà. Ici, la terre arable est quasiment absente. L’eau n’imprègne pas le sol, elle coule à la surface de la roche puisqu’il n’y a que de la roche. Les mousses et des petits buissons s’accrochent à la roche-mère, mais à part ça, le fond n’est qu’un immense bloc homogène de roc solide et affleure partout.

Le Bouclier canadien a une autre particularité. Puisque l’eau de pluie demeure en surface, le nombre de mares et de lacs est absolument phénoménal. Chaque petite dépression dans la roche retient entièrement l’eau de pluie. Il s’ensuit que nous sommes absolument incapables de compter exactement le nombre de lacs contenus sur le territoire. Est-ce 800 000, 1 million, 1,2 million ? Tout dépend de la surface minimale définissant un lac. Il faut survoler l’immense territoire vierge pour le comprendre. La dentelle de roc et son complément, la broderie de lacs, mares, ruisseaux et rivières se disputent pour savoir laquelle couvrira plus de surface que l’autre.

Malgré la pauvreté et la rareté des sols à cet endroit, malgré la rigueur des hivers, certaines plantes réussissent à proliférer, dont le thé du Labrador et la chicoutai, une baie bien courageuse. Mais les mousses, lichens, sphaignes, et arbres rabougris représentent la majorité de la flore locale. Le Bouclier mène la vie dure aux incrustations végétales.

Dernièrement, des géologues ont identifié les plus vieilles roches sur Terre dans le Nord québécois. Elles ont 4,3 milliards d’années sur un maximum de 4 432 milliards d’années. Le Québec est l’endroit le plus vieux et le plus solide de la Planète. On l’oublie, on n’y pense même pas, puisque sans séismes ni volcans pour nous le rappeler, ce pays de lacs et de rivières sait rester discret.