La chouette

Tracer mes rêves à la plume
Autour de son corps d’enclume
Laissé sciemment martelé
Par mes yeux acier déclarés

Risquer le glacial frisson
D’une insoutenable humiliation
Cœur désireux devenu volereau
Au contact du velours de sa peau

Vivoter exalté par sa fragrance
L’illusoire à mante se joue du hère
Aphrodite relâche sa carnassière
Marmoréenne est sa substance

Imprégnée des charmes d’une fausse gosse
Elle noie en son for mes pensées d’Éros
Dans son monde cadenassé parallèle
Ma convoitise ne se rapproche du réel

Qu’aux rythmes courbes de ses formes
Dandinantes, cruelles, provocantes
Répertoire maitrisé de la bacchante
Je sens en moi monter l’homme

 

© Mathis A. LeCorbot
Peinture : Paul Gauguin 1896 – Te Arii Vahine

Amours, Everest et Marianne

L’amour rend-il heureux ? Toutes les fois où je fus en amour, non seulement ça s’est mal terminé, mais ces relations ont toujours été les plus compliquées et les moins saines. Donc, pour moi, l’amour ne rend pas heureux, il rend plutôt fou. En fait, je devrais spécifier qu’il rend les gens encore plus fous, parce qu’il faut déjà être passablement fêlé pour se jeter corps, cœur et âme dans ce genre de situation périlleuse de haute voltige, sans filet, sans préparation, sans expérience et sans sa tête.

Ça pue l’échec cent kilomètres à l’avance, sauf pour le pauvre idiot qui a jeté tous ses radars au fond de l’océan de ses passions. Le résultat est conséquent à la hauteur de la chute et la douleur d’autant plus vive.

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Je peux comparer le grand amour à l’ascension de l’Everest. Tout commence comme un fabuleux rêve, puis l’on se rend rapidement compte qu’on doit offrir d’énormes efforts pour peu d’avancement. Rapidement, la tête nous tourne et on manque d’oxygène sans vraiment comprendre lequel est la cause et l’autre l’effet. Ce qu’on appelle progression équivaut à se retrouver en pire position et en plus grand danger que la veille. Seuls l’orgueil et le désir de vaincre nous empêchent de rebrousser chemin, ce que tout humain intelligent ferait sans hésiter.

Les derniers efforts, surhumains, autodestructeurs, insensés nous emmènent là où on ne peut pas réellement rester plus que quelques instants. Essoufflé, épuisé, frigorifié, esseulé, décati, on regarde tout autour un paysage lunaire qu’on qualifie de beau juste parce qu’il est rare et difficile à observer, pourtant, la réalité n’est que froidure et désolation.

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Une fois redescendu au niveau de l’océan, une plongée aussi périlleuse nous attend au fond de la fosse des Mariannes afin de récupérer ses radars abandonnés dans la vase. Nous pourrions tout autant nous perdre et rester au fond des eaux ténébreuses qu’au sommet du mont glacé. Une fois encore, seuls l’orgueil et le désir de vaincre nous empêchent d’abandonner, ce que tout humain moins intelligent ferait sans hésiter. Lestés de poids énormes mais essentiels à la poursuite de notre vie, nous entamons la remontée, lente, imperceptible, jusqu’au moment où l’oxygène s’épuise, nous laissant de nouveau à bout de souffle.

Tout de même étrange qu’au tréfonds ou au sommet du grand amour, dans les deux cas, l’oxygène vient à nous manquer. Heureusement, au même instant, hasard ?, notre tête émerge enfin pour la première fois depuis des lustres.

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Nos pieds foulent finalement le sol normal, un terrain banal dépourvu de monts gigantesques ou d’océans profonds, un lieu ordinaire, plat, plate, presque dépourvu de dangers, du moins de dangers évidents et hautement périlleux. L’esprit vacille, ne sachant ce qu’il doit maintenant désirer le plus ardemment : les délices du danger amoureux ou le confort du repos salvateur.

Celui qui a gravi la plus haute montagne, celui qui s’est ensuite retrouvé au plus profond des abysses, y reviendra à jamais transformé. Ses yeux ne verront plus jamais la vie comme ceux des autres. Ayant simultanément profité des plus passionnantes voluptés et enduré les plus douloureux enfers, il comprendra, parfois, peut-être, que le sublime se paye très cher. Le tribut se prend à même sa personne, l’ablation des engelures de son âme et l’addition de souffles permanents au cœur.

Il repensera souvent à sa Marianne, son Everest, ses grandes amours. Il s’en ennuiera tout en sachant pertinemment qu’y rester, ça aurait été y mourir. La montagne qui durera toujours où tant de gens reposent pour toujours. La ténébreuse Marianne aux passions abyssales nous engloutissant à tout jamais.

Cœur brisé

Je me souviens de mon dernier ECG à l’hôpital. Cet examen avait été commandé par mon médecin de famille afin de lever un doute que les limitations de son stéthoscope ne parvenaient pas à dissiper ou à confirmer.

Tout semblait correct, mis à part un petit souffle. Rien de bien important, rien pour attenter à ma santé, mais une légère anomalie quand même.

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Sans y réfléchir, mais probablement aiguillonné par la joliesse de l’infirmière, je lui ai déclaré qu’il avait été causé par une peine d’amour. Elle s’est retournée en me lançant un regard chargé de questionnements, de reproches, et d’inquiétudes. Muette, elle venait pourtant de tout me dire.

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«Êtes-vous sérieux?» «C’est possible, vous savez?» «On ne badine pas avec ces choses-là!» «Qu’en savez-vous?» «Faut pas être à ce point sensible!» «Faites plus attention à vous lorsque vous aimez.» «Ça me plairait bien de savoir que mon homme pourrait être aussi amoureux de moi!»

Bien sûr, ma théorie sur la cause de ce souffle restera invérifiable et je n’y crois qu’à moitié.

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Avez-vous déjà eu si mal en amour que vous avez senti votre cœur littéralement se briser? La moitié de ma croyance provient d’un épisode de ce type. À prendre avec modération et même avec sobriété au cas où ces événements causeraient réellement des souffles au cœur.

Pour conclure ce billet, un petit mystère auquel je viens de penser.

Comment se fait-il que seules les femmes ayant fait fondre notre cœur parviennent ensuite à le briser? S’est-il cristallisé entre les deux ? Ce serait l’explication de sa fragilité.

Cortège de trous noirs

Le cœur de la Voie lactée n’abrite pas seulement un trou noir supermassif de 4 millions de masses solaires, mais également une myriade de petits trous noirs stellaires. On en a recensé une douzaine jusqu’à présent, mais ce n’est que le début puisqu’on en prévoit des centaines.

Cette découverte n’est pas inattendue, bien au contraire. La Galaxie, comme beaucoup d’autres, possède un bulbe galactique entourant son centre. La densité de la population d’étoiles y est beaucoup plus forte qu’ailleurs. Le centre de notre Galaxie contient également ses plus vieilles étoiles. Pour ces raisons, trouver beaucoup d’étoiles s’étant transformées en trou noir près du centre galactique prouve que la Voie lactée est une galaxie normale.

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On avait prouvé voilà déjà plusieurs années que le centre galactique était effectivement un trou noir supermassif plutôt qu’un amas dense d’étoiles ordinaires. Le cortège de trous noirs stellaires gravitant dans son giron.

Contrairement à la croyance populaire, un trou noir supermassif ne se comporte pas comme un aspirateur. Les objets tournant autour de lui peuvent très bien conserver une orbite stable en conformité avec les lois de Kepler.

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Le trou noir central accumule en son sein de la matière environnante uniquement lorsque certains objets ont été déviés par des collisions ou lorsque la Galaxie avale des nuages de gaz ou d’autres galaxies qui se sont trop rapprochés. Mais pour ce qui est des objets en orbite stable autour de son noyau, ils peuvent poursuivre leur ronde des millions d’années sans aucunement être avalés.

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Cette découverte a été réalisée par une équipe de la Nasa dirigée par Chuck Hailey avec le télescope Chandra détectant les rayons X. Due à toute la poussière et aux milliards d’étoiles situées entre nous et le centre de notre Galaxie, il est impossible d’utiliser un télescope opérant dans le visible ou aux longueurs d’onde s’y rapprochant. Seuls les rayons X et gamma peuvent sonder le centre de notre Voie lactée.

Le premier à avoir prédit des milliers de trous noirs de masse stellaire formant un disque tournant autour du trou noir supermassif central est le théoricien Mark Morris en 1993. Cette récente découverte ne révèle rien de surprenant. Toutefois, les moyens mis en œuvre pour le prouver repoussent encore plus loin nos compétences observationnelles.

Photos : ici-radio-canada.ca ; maxiscience.com ; astroalbastronomy.wordpress.com ; atlantico.fr