Prouver la limite de rupture

Beaucoup de catastrophes sont dues à la Nature sans que l’humain ait sa part de responsabilité. Elles existaient avant son apparition sur la planète. On pense immédiatement aux volcans, séismes, astéroïdes, ouragans, tornades, glaciations, déglaciations, etc. Comme je l’écrivais dans un article récent, la Terre est endroit dangereux.

D’autres catastrophes naturelles ont reçu un coup de pouce de son plus indélicat habitant. On peut inscrire dans cette catégorie la fonte accélérée des glaciers, banquises et calottes polaires, des fissures et éboulements de terrains, et cætera.

Et d’autres, enfin, sont l’œuvre exclusive de l’humain comme les catastrophes nucléaires, l’effondrement de structures construites de sa main, en l’occurrence, les barrages.

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Depuis que nous avons observé les castors à l’œuvre, l’intérêt de construire des barrages n’a cessé de croitre. La plupart d’entre eux ont été érigés pour faire cesser des catastrophes naturelles comme les inondations et l’ensablement par les sédiments charriés et déversés dans les deltas.

On peut discuter du bien et du moins bien de construire ces structures à ces fins, j’en ai touché mot dans un article récent sur la subsidence. Depuis les années 1870, on a construit certains barrages dans le but unique de générer de l’électricité pour alimenter l’industrie lourde et pour accélérer l’électrification des foyers. Les barrages servent à réguler les débits d’eau, et l’électricité par le fait même, sur toute l’année et même sur des décennies.

Aujourd’hui, on compte pas moins de 45000 ouvrages répartis sur 140 pays. La moitié des fleuves de toute la planète comptent au moins un barrage. Ce nombre exclut toutes les digues qui viennent s’ajouter aux problèmes d’inondations lorsqu’elles cèdent elles aussi.

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Évidemment, de graves problèmes surviennent lorsqu’une digue, un barrage, ou souvent les deux simultanément, se rompent. Ces ouvrages étant censés être prévus pour résister aux pires conditions, force est de constater que nous ne les connaissons pas vraiment, nous les supputons.

Est-ce toujours la faute de l’humain si une catastrophe naturelle sans précédent engendre la rupture d’un ouvrage destiné à retenir l’eau? Bien entendu. Un barrage censé durer 50 ans ne sera pas calculé pour affronter des intempéries ayant une chance sur mille de survenir durant une année. Les ingénieurs et opérateurs font des choix économiques lorsqu’ils acceptent les marges de sécurité. Doubler les coûts de construction pour éviter une catastrophe n’ayant que très peu de chance de survenir, ça pèse lourd dans la balance de la compétition.

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Ces choix compréhensibles, admissibles, car basés sur une certaine logique, nous permettent de parler d’une «catastrophe naturelle» lorsque survient un orage hors norme qui met à mal nos belles œuvres artificielles. Les conséquences s’avèrent toujours dramatiques puisque la densité de la population à habiter les zones inondables en aval des barrages est ridiculement élevée. Parfois, villes et villages existaient préalablement à leur construction, mais rien n’a été entrepris pour limiter leur expansion. Bien au contraire, situés à proximité d’une source d’énergie électrique, ils poussent comme des bactéries dans leur milieu favori, accroissant d’autant le nombre de victimes en cas de catastrophe.

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Nous nous trouvons aujourd’hui à la croisée des chemins. Tous ces ouvrages à durée de vie limitée, construits pour la plupart depuis une cinquantaine d’années, ayant subi la dégradation liée aux matériaux utilisés, ont perdu leurs certificats de sécurité. Officiellement, ils le possèdent toujours, mais la réalité se situe dans les rapports oubliés et détruits par les administrations responsables de les opérer ou d’en financer leurs entretien et remplacement.

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Ainsi, on étire l’élastique le plus possible. Les structures faiblissent, se rongent, se fissurent, leurs bases sont sapées, jusqu’au jour où le prévisible ignoré surviendra. Soyez assurés que les autorités utiliseront plutôt les termes impensable, imprévu, inimaginable, sans avertissement, disproportionné, alors que rien ne sera plus faux.

On déplorera un nombre épouvantable de victimes et de disparus et des pertes matérielles incommensurables. Tout ce gâchis relèvera de quelques personnes ayant fait fi des experts sur la question. Ils auront acheté leur silence, faisant d’eux leurs complices.

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Pourquoi cette négligence? Parce que l’humain attend toujours que les prévisions deviennent réalité pour y croire. En attendant, il les utilise pour empocher encore plus de fric sous le regard consentant des autorités. Celles-ci ne sont pas dupes des risques encourus par l’incurie des opérateurs, puisqu’elles allongent les fonds nécessaires à leur démantèlement et leur remplacement. Elles voient même d’un bon œil le report de ces dépenses et investissements. Cet argent servira plutôt à financer des programmes dont la visibilité pour la population sera plus évidente dans le but de se faire réélire. Changer un barrage pour un autre, ça n’apportera strictement aucun vote.

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Lorsque ces catastrophes surviendront de par le monde, les autorités prendront alors certains moyens pour pallier les urgences, se comportant apparemment en bons pères de famille prévenants alors qu’ils étaient partis aux danseuses depuis des décennies. Il aura été trop tard pour les milliers de victimes. Elles auront servi à prouver la limite de rupture de l’élastique qui deviendra ensuite une norme pour les autres ouvrages hydrauliques.

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À moins d’un revirement spectaculaire de la tendance à la négligence, on ne pourra échapper aux catastrophes dues à des barrages qui céderont. Puisque leur construction a été concentrée autour des années 1970, on doit s’attendre à ce que les plus mal en point parmi ceux-ci se rompent dans un avenir récent commençant… maintenant.

Je vous le dis, cet endroit est dangereux !

La Terre a vu la vie naitre de ses entrailles et pourtant, elle s’ingénie à utiliser tous les moyens à sa disposition pour l’éradiquer. Séismes, volcans, glaciations, canicules, typhons, tornades, glissements de terrain, inondations, tsunamis, ondes de tempête, vagues scélérates, failles, éboulis, arcs-en-ciel, grêle, feux de forêt, et tralala.

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Si notre planète était seule à nous causer des difficultés, on pourrait presque se sentir au paradis. C’est toutefois sans compter sur ses petits amis météorites qui s’invitent sans prévenir, ainsi qu’aux colères solaires et celles bien pires de certains cousins éloignés tels les étoiles géantes, supernovæ, pulsars, quasars, magnétars, blazars, étoiles à neutrons et trous noirs. Tous ces sympathiques objets célestes fourbissent leurs armes pour un jour nous attaquer à coup de rayons X et gamma, de particules hyper véloces, qu’ils soient protons, neutrons ou noyaux d’atomes lancés à nos trousses.

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Toutefois, les dangers pour l’humain ne s’arrêtent pas là. Nous partageons la Terre avec d’autres organismes bien plus anciens que nous, dont certains préfèreraient jouir d’elle sans notre présence dans leurs parages. Virus, bactéries, champignons, levures et autres microorganismes s’attaquent à plus grands qu’eux sans ressentir aucune gêne ni démontrer aucun respect. Ils peuvent décimer des villages, des villes, des provinces et des pays entiers en moins de temps qu’il en faut pour acheter des billets pour un spectacle de Justin Bieber.

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Mais ce dernier n’est pas le seul humain à perpétrer des atrocités innommables sur la population mondiale, car notre espèce a toujours démontré une haine incommensurable envers ses propres individus. On se trucide à qui mieux mieux, on se bombarde, on s’empoisonne, on se fait disparaitre à grands coups de génocides barbares et après cela, lorsqu’il en reste, parce que certains résistent parfois, on les accuse de tous les torts pour les déshumaniser au fond d’affreux cachots secrets.

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Entre les deux, entre les microbes et les macrobes – j’invente ce mot que je trouve pertinent pour qualifier les humains – les seconds sont particuliers puisqu’ils demeurent incontestablement les pires ravageurs pour leur propre espèce. Nous polluons la terre, l’air et toutes les eaux du monde sans égards à récupérer ce que nous appelons nos déchets. En bref, nous buvons après avoir uriné dans notre écuelle, nous mélangeons nos excréments à notre bouffe et nous respirons les poisons rejetés inconsidérément dans l’atmosphère sous nos sages auspices.

Catastrophes naturelles ou anthropiques, homo sapiens a bien failli subir le même sort que ses cousins homo neanderthalensis et homo floresiensis. Il faut toutefois éviter de crier victoire, car la partie est loin d’être gagnée pour les gens de notre espèce, comme vous avez pu le lire précédemment, et ce malgré nos 7,6 milliards d’individus qui foulent les divers continents et se défoulent allègrement sur eux.

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En fait, le nombre de catastrophes potentielles ou actuellement en cours est si grand qu’il est absolument impossible que nous ne subissions pas de lourdes pertes de manière plus ou moins régulière. Pour preuve, la dernière hécatombe survenue le 26 décembre 2004. À ce moment, 250000 personnes ont perdu la vie à cause d’un tsunami dévastateur. Cependant, malgré ce nombre effarant de victimes, il a quand même représenté la disparition de seulement 0,0036 % de la population humaine. Au rythme où nous repeuplons la Terre, cette baisse subite de nos effectifs n’aura causé aucune diminution sensible.

Il en irait tout autrement avec une catastrophe de type galactique. Il n’est pas exclu qu’un tel événement ait engendré l’une des cinq grandes extinctions qu’a connues notre planète. Selon la situation, nous pourrions très bien tous disparaitre et très rapidement. Je ne parle pas d’un petit caillou de la taille de l’Everest qui nous tombe sur la tronche, non, je parle d’un tueur bien plus puissant et pourtant invisible.

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Nous pourrions être attaqués par des rayons si énergétiques que nos protections atmosphériques seraient toutes balayées, nous laissant exposés et vulnérables aux dangers toujours présents de notre propre soleil et ses copains.

Je parle de catastrophes parce que la plupart des gens préfèrent en oublier la possibilité jusqu’à ce qu’elles surviennent. Vivre en compagnie de spectres effrayants les indispose. Je les comprends, mais je ne partage pas leur opinion. Suis-je mal conçu pour être incapable de fermer mes yeux? Une chose est certaine, lorsqu’elles surviendront je ne serai aucunement surpris. Ce jour, je passerai peut-être pour un gars insensible, peu m’importe, je saurai que la vérité est ailleurs. Si je garde les yeux rivés sur la réalité des possibilités à survenir, je ne sursaute pas quand l’univers cherche à me stupéfier.

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Si une hécatombe arrive de mon vivant, je n’aurai pas à vous seriner que «je vous l’avais bien dit», car au fond de votre tête vous vous direz: «LeCorbot nous l’avait bien dit».

Toutefois, serons-nous toujours là l’un et l’autre pour tenir ces réflexions?

Bombe à retardement : la subsidence

L’humain a construit la plupart de ses grandes métropoles à l’embouchure des fleuves, sur ses deltas. Profitant de terres arables riches, de dénivelés nuls, d’eau potable, de ports de mer accessibles et de superficies disponibles importantes et faciles à construire, ces lieux semblaient idéaux pour assurer la prospérité. Mais aujourd’hui, cette solution d’un autre siècle se retourne contre tous ceux qui l’ont privilégiée, c’est-à-dire la moitié de la population urbaine du globe.

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Au Moyen Âge, l’art de la guerre exigeait la construction des agglomérations autour de châteaux eux-mêmes construits la plupart du temps au sommet de pics rocheux. Les cités fortifiées ainsi créées se retrouvaient habituellement loin des océans et le grand défi à relever à l’époque consistait à les approvisionner en eau potable.

Aujourd’hui, les villes modernes ont apparemment résolu le défi de l’eau en se positionnant sur des deltas, mais la réalité les rattrapera toutes bientôt. Cette «bonne idée» a peut-être réglé quelques problèmes liés à l’eau potable et à l’accès à la mer et à ses ressources, mais elle en a engendré bien d’autres qui commencent à devenir évidents pour les 136 agglomérations côtières de plus d’un million d’habitants réparties partout sur les pourtours des continents.

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Le premier constat négatif vient de la subsidence naturelle des deltas. C’est l’affaissement lent du sous-sol sous le poids des sédiments. Cependant, la présence humaine dans les parages des deltas accélère fortement ce phénomène naturel puisque les villes et ses usines pompent les eaux de la nappe phréatique sous-jacente. Le sol s’enfonce partout à vitesse grand V et ce résultat est permanent et irréversible.

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Plusieurs métropoles comme Tokyo, Osaka, Shanghai, La Nouvelle-Orléans et Jakarta ont toutes perdu de trois à quatre mètres de hauteur par rapport à l’océan tout près. La plupart des cités ont limité sinon interdit tout pompage d’eau de leur sous-sol, mais la subsidence naturelle ne cesse tout de même de se poursuivre et un sol affaissé ne retrouvera plus jamais sa hauteur d’origine.

Les sédiments du sous-sol se tassent graduellement sous leur propre poids, mais également sous la masse des gratte-ciels et d’autres méga- constructions bétonnées. À Shanghai, les autorités nient catégoriquement cet effet anthropique, et ce malgré l’avis officiel de son propre centre d’études qui mesure et rapporte les résultats scientifiques sur le phénomène.

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Le danger le plus évident de ces affaissements de terrains à proximité des océans est l’envahissement par l’eau de mer lors de typhons. Partout, les inondations sont rendues inévitables.

Mais voilà que d’autres conséquences d’ordre anthropique se conjugueront pour amplifier les effets des inondations, car non seulement les sols s’enfoncent, mais le niveau des océans grimpe.

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La température plus élevée de l’eau de mer augmente son volume. La fonte des glaciers et des masses de glace en Antarctique et au Groenland fait remonter le seuil océanique. Depuis un siècle, ce niveau s’est déjà accru de 20 cm et le phénomène s’accélère.

À cela, il faut rajouter la violence plus importante des grandes dépressions dont leurs ondes de tempête s’élèvent de plus en plus haut, ravageant les structures humaines toujours plus profondément dans les terres.

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Certaines grandes métropoles disparaitront très certainement et ces événements ne se produiront pas dans un avenir si lointain, car toutes les causes néfastes ne cessent de croitre en importance. L’ouragan Sandy qui a mis New York à genoux n’est qu’un hors-d’œuvre parmi un banquet de catastrophes à survenir. Bien sûr, la mégalopole s’est maintenant remise, mais imaginez d’autres cités plus vulnérables frappées à répétition par des inondations monstrueuses.

Un jour, les autorités décrèteront plusieurs secteurs inaptes à être reconstruits et ces villes perdront leur influence au profit de d’autres, mieux situées, plus sûres à long terme, moins susceptibles d’être victimes des colères océaniques et à d’autres cataclysmes, dont je m’évertue à en faire régulièrement étalage dans ce blogue.

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Reviendrons-nous aux solutions moyenâgeuses? Construire nos nouvelles villes au sommet de collines, de montagnes non volcaniques, de pitons de granit quasiment indestructibles? Les défis reliés à l’eau resteront toujours nombreux, peu importe le lieu choisi. Toutefois, est-il vraiment nécessaire de faire vivre les individus si près des océans? Ça n’a jamais été une nécessité, seulement plus simple, regardée à court terme sur la durée de vie d’une ville.