Survivre à la comète de Noé

Cet article fait suite au précédent, La comète de Noé.

Voilà 12900 ans, nous ne sommes déjà plus au cœur de la dernière période glaciaire puisque les températures s’élèvent lentement depuis déjà 9000 ans et de manière plus marquée depuis les 2000 dernières années. Les glaciers fondent, mais cette eau douce peine à se déverser dans la mer à cause de la topologie du terrain et des bouchons de glace qui la retient. Elle forme alors d’immenses lacs de plus de mille kilomètres de diamètre. Ces vastes réservoirs, il y en a eu plusieurs situés en Amérique du Nord et les Grands Lacs actuels en sont des résidus.

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Puis survient la comète groenlandaise. L’impact engendre une onde de choc et de chaleur qui se répercute à des milliers de kilomètres. Le vague de chaleur subite fait sauter les bouchons et toute l’eau accumulée derrière ces barrages naturels trouve enfin une sortie. Le déversement d’eau est bien plus important que celui occasionné par la seule fonte du glacier groenlandais sur les lieux de l’impact. C’est littéralement une mer entière d’eau douce et froide qui dévale de nouveaux fleuves jusque dans l’océan, remontant son niveau de plusieurs mètres de manière quasi instantanée, et ce sur l’ensemble des océans de la planète puisqu’ils sont tous interconnectés.

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Pensez à un tsunami dix fois plus important que celui de l’Indonésie en 2004. Imaginez une vague qui rase tout, emporte tout, engloutit tout et qui, contrairement à un tsunami ordinaire, ne se retire jamais une fois ses méfaits effectués.

La suite de cet épisode prend un tournant personnalisé, puisque vous vivez à cette époque. Et même si vous êtes situé à bonne distance du Groenland, la comète va bouleverser de façon radicale votre vie et celle de vos proches.

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Imaginez que vous vivez comme presque tous vos semblables, sur le bord de la mer, afin de profiter de ses bienfaits, de sa nourriture abondante et du panorama. Imaginez-vous, habitant des grottes creusées à une époque reculée où la mer était plus élevée, mais dont personne n’a souvenance. Puis vous observez l’horizon alors que vous pêchez à la lance sur le bord de l’eau. Quelque chose d’inhabituel se produit là-bas au loin. La mer écume et un mur d’eau semble se lever et se rapprocher rapidement de vous.

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Même si vous ignorez de quoi il s’agit, vous criez à vos amis de déguerpir immédiatement, car votre instinct vous le dicte. Plusieurs d’entre eux ne portent même pas attention à ce que vous leur dites. D’autres prennent le temps d’observer le phénomène, mais l’absence de comparatifs à des dangers connus les laisse indifférents.

Votre instinct fonctionne différemment parce que vous n’avez jamais vraiment aimé la mer. Elle vous nourrit, mais elle est capricieuse et emporte parfois des vies innocentes, comme votre tout premier enfant. Vous attrapez votre dernier marmot qui s’amuse autour de vous et le jetez prestement sur vos épaules. Les gens vous voient déguerpir comme un lapin en se questionnant sur votre subite folie. Vous criez comme un perdu en grimpant la colline à toute vitesse, abandonnant vos agrès de pêche et vos prises du jour. Vous apercevez votre femme cueillant des fruits avec votre fille. Elles entendent vos cris de détresse sans en comprendre la signification, mais d’emblée elles ont appris à vous faire confiance. C’est votre rôle de savoir quand il faut plier bagage et sonner le départ.

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Vous vous dirigez vers le sommet de cette crête où une grotte inoccupée, car trop éloignée de la mer, pourrait offrir un refuge. Vous hésitez à vous y engouffrer, car vous seriez pris au piège advenant une montée trop importante du niveau de l’eau. Vous êtes à un doigt de penser que cette idée est totalement absurde, car elle se trouve à plusieurs dizaines de mêtres de hauteur par rapport à la côte, mais vous choisissez de contourner ce potentiel refuge afin d’atteindre le sommet de la crête, l’apex de tous les environs.

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Une fois votre famille réunie sur cette colline, vous ne pouvez qu’attendre impuissants la suite des choses. Vous leur montrez la cause de votre subite panique. Maintenant positionné en altitude, le phénomène apparait bien réel et bien plus effrayant. Il se rapproche dangereusement de la côte et le mur d’eau a décuplé de hauteur. De votre position, vous constatez que cette vague gigantesque couvre toute la largeur de l’océan visible. Vous vous époumonez en criant aux autres de fuir, mais la plupart de vos amis ne ressentent pas le danger imminent, trop occupés à traquer le poisson.

D’autres ont commencé à comprendre et ils cherchent maintenant à vous imiter, mais le mur d’eau avance trop vite et il continue à prendre de la hauteur. Il devient monstrueux et vous ne doutez plus qu’il rasera absolument tout sur son passage. Ne pouvant plus fuir ailleurs, vous espérez simplement qu’il vous épargnera.

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Puis la vague commence à s’abattre sur la côte, emportant ceux qui n’ont pas saisi l’imminence du danger, c’est-à-dire presque tout le monde. L’eau se déverse sans aucun répit et subitement vous comprenez. Ce n’est pas une vague, c’est le niveau de l’océan entier qui est en train de monter.

Les corps sont projetés et disparaissent. Les chênes centenaires, les pins vénérables sont déracinés comme de vulgaires brindilles se faisant charrier sans ménagement. Le niveau d’eau atteint presque la fameuse grotte, celle que vous avez heureusement négligée, elle sera bientôt submergée. Vous vous félicitez intérieurement, mais la partie n’est pas encore jouée. Vous observez le territoire environnant se transformer graduellement en iles, car même après le passage de la vague, l’eau ne cesse de monter derrière elle.

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Votre cerveau fonctionne à la vitesse de l’éclair depuis que vous ne pouvez plus rien faire d’autre que de penser. Il analyse les images enregistrées de l’océan, de la vague, de sa hauteur, de son élévation, de sa vitesse. Vous êtes habitué à évaluer les distances, les accélérations, les déplacements lors de vos chasses. Sans être le plus habile, vous êtes certainement le plus futé du groupe. Une tribu maintenant disparue. 

Soudainement, un éclair frappe vos pensées. Vous vous retournez vers votre femme pour la rassurer, car vous venez de comprendre que vous serez épargnés. Elle peine à vous croire, mais elle lit de la sincérité et du réel espoir dans vos yeux. Elle s’occupe de faire de même avec vos deux enfants qui demeurent pour l’instant pétrifiés devant le spectacle duquel ils ne comprennent absolument rien.

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Les arbres défilent toujours à l’horizontale en contrebas, mais l’élévation du niveau de l’océan semble effectivement s’essouffler. Les bouts de bois commencent à s’accumuler pêle-mêle sur les nouvelles rives. L’océan cesse de bouillonner pour prendre l’aspect d’un cours d’eau défilant plus calmement.

Le plus dur semble passé, cependant l’eau continue lentement de faire disparaitre la surface des iles avoisinantes. Vous insistez auprès de votre femme pour ne pas quitter tout de suite votre position. Vous savez pertinemment que le danger aime frapper deux fois, tout d’abord à l’improviste et ensuite lorsque vous le croyez terminé.

Demain, vous aurez la suite de cette histoire de laquelle vous êtes le héros. Ce texte n’est pas une fable, je le vois plutôt comme un compte-rendu historique oublié puis récupéré à travers mes brins d’ADN. Il s’impose dans ma tête comme une réalité trop probable pour n’être qu’une simple fiction.

Esclaves de la technologie

Sommes-nous devenus esclaves de la technologie? Cette question divise le public pour certaines raisons relevant tout d’abord de la sémantique.

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Dans ce genre de phrase, l’esclavage est généralement considéré dans son sens figuré. Il serait alors plus juste de parler de dépendance plutôt que d’esclavage, car un esclave ne s’appartient pas. Si toutefois nous remplaçons le mot esclave par le mot dépendant, le résultat obtiendrait la quasi-unanimité et la question perdrait de son intérêt.

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Ainsi, en posant cette question, il faut situer son contexte entre la dépendance évidente et l’esclavage apparent. Agissons-nous comme si nous étions des esclaves de la technologie?

La technologie a-t-elle une emprise si grande sur nous, sur notre quotidien, que nous semblons lui appartenir? Notre jugement lui est-il cédé?

Pour bien voir le présent, un retour dans le passé peut nous aider à y voir plus clair, car nous le connaissons et nous pouvons comprendre son futur qui relève une fois de plus de notre passé. Alors, remontons le temps jusqu’à la maitrise du feu par l’humain.

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Le feu constitue l’élément technologique primaire et toujours primordial. Sa récolte, sa sauvegarde, son transport et ensuite sa création ont représenté des étapes successives d’une importance sans bornes.

Ce faisant, nous nous sommes rendus vulnérables à son absence, car nous avons appris à cuire nos aliments pour les assimiler plus facilement et nous avons choisi de vivre dans des lieux trop hostiles pour notre frêle constitution en nous réchauffant à son contact. La dépendance à son égard et aux sources de combustibles ne pose aucun doute.

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Mais qui aurait voulu s’en passer pour éliminer cette dépendance? Ses avantages ne dépassent-ils pas largement les inconvénients d’être devenus plus fragiles sans lui?

La dépendance à une quelconque technologie ne représente pas le cœur du problème. La vraie question consiste donc à savoir ce que nous pourrions faire si nous la perdions. Jusqu’à quel point sommes-nous fragiles en fonction de nos aptitudes à survivre en son absence?

Nos ancêtres qui ont maitrisé le feu et qui vivaient dans un habitat riche en combustible, en aliments variés et dont les températures demeuraient annuellement clémentes possédaient une fragilité moindre à son absence que ceux d’entre eux qui ont pris racine dans des lieux très hostiles et pauvres en ressources.

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Sans toute notre technologie, nous n’aurions jamais atteint les 7,6 milliards d’humains sur Terre. Dit autrement, il serait impossible de faire vivre 7,6 milliards d’individus si notre technologie venait à manquer. Il en résulterait une hécatombe dont l’ampleur ne s’imagine presque pas. Nous frôlerions l’extinction.

Plusieurs experts pensent que la population déclinerait jusqu’à un milliard. Je crois qu’elle diminuerait bien en deçà de ce nombre si toute la technologie s’effaçait. J’ose avancer le chiffre de dix millions de personnes seulement.

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Même si bien plus de gens pouvaient survivre uniquement de leur environnement immédiat en mettant à profit leurs connaissances et leur débrouillardise, il faut compter sur les guerres et les épidémies pour les décimer pratiquement jusqu’au dernier.

Quelques poches disséminées sur une certaine bande critique de la Terre résisteront à toutes les affres. Elles constitueront l’avenir de l’humanité et celle-ci créera des légendes autour de ce passé technologique. Les générations futures parleront d’histoires inventées, absurdes, auxquelles il est stupide de croire.

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Tiens, tout ça me fait penser à quelque chose de bien connu!

Et la question primaire, sommes-nous esclaves de la technologie ? J’y répondrai de la façon suivante. Nous ne sommes pas esclaves de la technologie malgré notre grande dépendance à son égard. Toutefois l’humain peut très bien devenir son propre esclave. Il se cherchera alors un bouc émissaire et ses dépendances l’orienteront à en pointer une du doigt. La technologie se prête merveilleusement bien à ce jeu de la déculpabilisation par transposition.

Je vous le dis, cet endroit est dangereux !

La Terre a vu la vie naitre de ses entrailles et pourtant, elle s’ingénie à utiliser tous les moyens à sa disposition pour l’éradiquer. Séismes, volcans, glaciations, canicules, typhons, tornades, glissements de terrain, inondations, tsunamis, ondes de tempête, vagues scélérates, failles, éboulis, arcs-en-ciel, grêle, feux de forêt, et tralala.

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Si notre planète était seule à nous causer des difficultés, on pourrait presque se sentir au paradis. C’est toutefois sans compter sur ses petits amis météorites qui s’invitent sans prévenir, ainsi qu’aux colères solaires et celles bien pires de certains cousins éloignés tels les étoiles géantes, supernovæ, pulsars, quasars, magnétars, blazars, étoiles à neutrons et trous noirs. Tous ces sympathiques objets célestes fourbissent leurs armes pour un jour nous attaquer à coup de rayons X et gamma, de particules hyper véloces, qu’ils soient protons, neutrons ou noyaux d’atomes lancés à nos trousses.

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Toutefois, les dangers pour l’humain ne s’arrêtent pas là. Nous partageons la Terre avec d’autres organismes bien plus anciens que nous, dont certains préfèreraient jouir d’elle sans notre présence dans leurs parages. Virus, bactéries, champignons, levures et autres microorganismes s’attaquent à plus grands qu’eux sans ressentir aucune gêne ni démontrer aucun respect. Ils peuvent décimer des villages, des villes, des provinces et des pays entiers en moins de temps qu’il en faut pour acheter des billets pour un spectacle de Justin Bieber.

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Mais ce dernier n’est pas le seul humain à perpétrer des atrocités innommables sur la population mondiale, car notre espèce a toujours démontré une haine incommensurable envers ses propres individus. On se trucide à qui mieux mieux, on se bombarde, on s’empoisonne, on se fait disparaitre à grands coups de génocides barbares et après cela, lorsqu’il en reste, parce que certains résistent parfois, on les accuse de tous les torts pour les déshumaniser au fond d’affreux cachots secrets.

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Entre les deux, entre les microbes et les macrobes – j’invente ce mot que je trouve pertinent pour qualifier les humains – les seconds sont particuliers puisqu’ils demeurent incontestablement les pires ravageurs pour leur propre espèce. Nous polluons la terre, l’air et toutes les eaux du monde sans égards à récupérer ce que nous appelons nos déchets. En bref, nous buvons après avoir uriné dans notre écuelle, nous mélangeons nos excréments à notre bouffe et nous respirons les poisons rejetés inconsidérément dans l’atmosphère sous nos sages auspices.

Catastrophes naturelles ou anthropiques, homo sapiens a bien failli subir le même sort que ses cousins homo neanderthalensis et homo floresiensis. Il faut toutefois éviter de crier victoire, car la partie est loin d’être gagnée pour les gens de notre espèce, comme vous avez pu le lire précédemment, et ce malgré nos 7,6 milliards d’individus qui foulent les divers continents et se défoulent allègrement sur eux.

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En fait, le nombre de catastrophes potentielles ou actuellement en cours est si grand qu’il est absolument impossible que nous ne subissions pas de lourdes pertes de manière plus ou moins régulière. Pour preuve, la dernière hécatombe survenue le 26 décembre 2004. À ce moment, 250000 personnes ont perdu la vie à cause d’un tsunami dévastateur. Cependant, malgré ce nombre effarant de victimes, il a quand même représenté la disparition de seulement 0,0036 % de la population humaine. Au rythme où nous repeuplons la Terre, cette baisse subite de nos effectifs n’aura causé aucune diminution sensible.

Il en irait tout autrement avec une catastrophe de type galactique. Il n’est pas exclu qu’un tel événement ait engendré l’une des cinq grandes extinctions qu’a connues notre planète. Selon la situation, nous pourrions très bien tous disparaitre et très rapidement. Je ne parle pas d’un petit caillou de la taille de l’Everest qui nous tombe sur la tronche, non, je parle d’un tueur bien plus puissant et pourtant invisible.

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Nous pourrions être attaqués par des rayons si énergétiques que nos protections atmosphériques seraient toutes balayées, nous laissant exposés et vulnérables aux dangers toujours présents de notre propre soleil et ses copains.

Je parle de catastrophes parce que la plupart des gens préfèrent en oublier la possibilité jusqu’à ce qu’elles surviennent. Vivre en compagnie de spectres effrayants les indispose. Je les comprends, mais je ne partage pas leur opinion. Suis-je mal conçu pour être incapable de fermer mes yeux? Une chose est certaine, lorsqu’elles surviendront je ne serai aucunement surpris. Ce jour, je passerai peut-être pour un gars insensible, peu m’importe, je saurai que la vérité est ailleurs. Si je garde les yeux rivés sur la réalité des possibilités à survenir, je ne sursaute pas quand l’univers cherche à me stupéfier.

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Si une hécatombe arrive de mon vivant, je n’aurai pas à vous seriner que «je vous l’avais bien dit», car au fond de votre tête vous vous direz: «LeCorbot nous l’avait bien dit».

Toutefois, serons-nous toujours là l’un et l’autre pour tenir ces réflexions?