La grotte Orda

Je n’ai jamais eu l’âme d’un spéléologue. Non pas que je sois claustrophobe, mais un Corbot préfère l’air à la terre et le vent aux terriers. De plus, certaines grottes se trouvent partiellement ou entièrement immergées, ce qui requiert un supplément d’affinités avec les poissons. On s’éloigne de plus en plus de la légèreté quasi immatérielle de l’air et du sentiment de liberté qu’il procure. Cependant, certaines grottes méritent amplement notre attention et la grotte Orda fait certainement partie de celles que même un oiseau peut apprécier.

Située sur le flanc ouest des monts Oural en Russie, cette grotte presque entièrement submergée est composée exclusivement de gypse. Sa formation remonte à 300 millions d’années alors qu’une ancienne mer, la mer Oural, séparait la grande plaine russe à cette longitude. Les monts Oural se sont formés à cette époque alors que la mer Oural s’est refermée, faisant plisser les couches géologiques continentales. Cette mer peu profonde a toutefois connu des millions d’années de montée et de descente de son niveau, faisant précipiter du gypse à chaque cycle. L’accumulation de ces dépôts s’est poursuivie suffisamment longtemps pour accumuler des dizaines de mètres de gypse blanc.

maxresdefault-4

L’eau a ensuite creusé des galeries souterraines qui se sont remplies pour former l’une des plus belles grottes au monde. L’eau est superbement cristalline et aucune trace de vie visible ne semble peupler ce milieu exceptionnel. Puisque le gypse se dissout dans l’eau, l’exploration de cette grotte reste toujours une expédition hasardeuse. L’eau reste en permanence à température de la thermocline (4 °C), ce qui rajoute un danger supplémentaire d’hypothermie.

Une seule ouverture est connue à ce jour, mais il se pourrait que d’autres s’ouvrent sous peu. On a noté des affaissements de terrain à proximité des tunnels souterrains. D’ailleurs, la seule issue s’est fait connaitre lorsque la terre s’est affaissée à proximité du village d’Orda, donnant son nom à cette formation géologique unique au monde.

Longue de 5,1 km, cette immense grotte possède de multiples ramifications et son exploration est loin d’être terminée. Il existe une immense salle que les plongeurs peuvent atteindre après une vingtaine de minutes de plongée. Elle est si grande que les torches électriques normales ne parviennent pas à percer l’obscurité. Pour cette raison, on lui a donné le nom d’«hydro-cosmos».

Orda-Cave-in-Russia-3869

Une équipe nippone de la NHK aidée de plongeurs russes locaux ont de nouveau exploré ce lieu en 2017 et en ont rapporté des images vidéo en haute définition que vous pouvez admirer ici.

La dérive des continents, le cycle de l’eau et l’érosion n’ont cessé de former au fil des millions d’années des endroits absolument stupéfiants. La grotte Orda en est un parfait exemple.

calvintranet

Ça se précise encore plus

Je sais, je m’étais promis de foutre la paix aux climatosceptiques afin d’entamer la phase de préparation aux catastrophes. Puisqu’il ne subsiste aucun doute sur la direction prise et conservée par l’humanité depuis ces deux derniers siècles, vous avez le choix entre le précipice ou le mur de pierre, je ne voyais plus aucun intérêt à discuter du sujet. On devra faire face à notre incurie collective et ça va brasser, croyez-moi ! Mais en tombant sur ce communiqué de presse, je n’ai pas pu résister à la tentation de vous en faire part.

La suite de l’article est directement tiré du site web du gouvernement du Canada et concerne l’Antarctique.

7e080c8439_112555_grotte-antarctique-vie

Communiqué de presse

Le 24 septembre 2018 – Gatineau (Québec)

La température de l’eau de mer près de l’Antarctique augmente, selon une nouvelle étude réalisée par une équipe de scientifiques d’Environnement et Changement climatique Canada et une de leur collègue du Scripps Institution of Oceanography, aux États-Unis.

Leurs conclusions, publiées aujourd’hui dans la revue Nature Geoscience, sont les premières à montrer que le réchauffement de la température de l’océan Austral au cours des dernières décennies résulte directement – et principalement – d’une hausse des émissions de gaz à effet de serre causées par l’homme. La diminution des niveaux d’ozone atmosphérique liée au trou dans la couche d’ozone contribue également au réchauffement.

Les scientifiques ont combiné une analyse de toutes les données historiques existantes et un modèle informatique de pointe mis au point par Environnement et Changement climatique Canada. Ils ont également conclu que les eaux près de l’Antarctique deviennent moins salées, ce qui concorde avec la modification connue des régimes de précipitations dans l’hémisphère Sud.

 

Citations

« Notre étude montre que l’augmentation de la température et la diminution de la salinité observées dans l’océan Austral sont causées par l’homme, qui est responsable de l’augmentation des gaz à effet de serre et de l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique. Il est important de comprendre les changements qui s’opèrent dans l’océan Austral, car ce dernier joue un rôle clé dans le bilan thermique de la Terre et l’absorption du carbone, et les glaciers qui le recouvrent peuvent avoir un impact sur la hausse du niveau de la mer. C’est la première fois que l’influence séparée de la hausse des émissions de gaz à effet de serre et de l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique a pu être détectée dans l’océan Austral. »

– Neil Swart, chercheur, Environnement et Changement climatique Canada

Faits en bref

  • L’océan Austral s’est réchauffé deux fois plus rapidement que la moyenne de l’océan mondial.
  • La hausse des gaz à effet de serre est le principal facteur responsable des récentes augmentations de la température et diminutions de la salinité de l’océan Austral.
  • L’appauvrissement de l’ozone contribue également au réchauffement de l’océan Austral et à la diminution de sa salinité. Cependant, étant donné que le rétablissement de la couche d’ozone est en cours grâce au Protocole de Montréal, on prévoit une diminution de l’incidence de l’ozone sur l’océan Austral.
  • Du 19 au 21 septembre 2018, le Canada a été l’hôte d’une réunion des ministres du G7 pour discuter de l’action climatique mondiale et de la santé des océans du monde.

 

antarctique_sizedLien : https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/nouvelles/2018/09/la-hausse-de-la-temperature-de-leau-de-mer-pres-de-lantarctique-est-causee-par-les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-et-lappauvrissement-de-lozone.html

 

Bombe à retardement : la subsidence

L’humain a construit la plupart de ses grandes métropoles à l’embouchure des fleuves, sur ses deltas. Profitant de terres arables riches, de dénivelés nuls, d’eau potable, de ports de mer accessibles et de superficies disponibles importantes et faciles à construire, ces lieux semblaient idéaux pour assurer la prospérité. Mais aujourd’hui, cette solution d’un autre siècle se retourne contre tous ceux qui l’ont privilégiée, c’est-à-dire la moitié de la population urbaine du globe.

Chateau-1

Au Moyen Âge, l’art de la guerre exigeait la construction des agglomérations autour de châteaux eux-mêmes construits la plupart du temps au sommet de pics rocheux. Les cités fortifiées ainsi créées se retrouvaient habituellement loin des océans et le grand défi à relever à l’époque consistait à les approvisionner en eau potable.

Aujourd’hui, les villes modernes ont apparemment résolu le défi de l’eau en se positionnant sur des deltas, mais la réalité les rattrapera toutes bientôt. Cette «bonne idée» a peut-être réglé quelques problèmes liés à l’eau potable et à l’accès à la mer et à ses ressources, mais elle en a engendré bien d’autres qui commencent à devenir évidents pour les 136 agglomérations côtières de plus d’un million d’habitants réparties partout sur les pourtours des continents.

MS-Delta-subsidence-1024x722.jpg

Le premier constat négatif vient de la subsidence naturelle des deltas. C’est l’affaissement lent du sous-sol sous le poids des sédiments. Cependant, la présence humaine dans les parages des deltas accélère fortement ce phénomène naturel puisque les villes et ses usines pompent les eaux de la nappe phréatique sous-jacente. Le sol s’enfonce partout à vitesse grand V et ce résultat est permanent et irréversible.

Shanghai1

Plusieurs métropoles comme Tokyo, Osaka, Shanghai, La Nouvelle-Orléans et Jakarta ont toutes perdu de trois à quatre mètres de hauteur par rapport à l’océan tout près. La plupart des cités ont limité sinon interdit tout pompage d’eau de leur sous-sol, mais la subsidence naturelle ne cesse tout de même de se poursuivre et un sol affaissé ne retrouvera plus jamais sa hauteur d’origine.

Les sédiments du sous-sol se tassent graduellement sous leur propre poids, mais également sous la masse des gratte-ciels et d’autres méga- constructions bétonnées. À Shanghai, les autorités nient catégoriquement cet effet anthropique, et ce malgré l’avis officiel de son propre centre d’études qui mesure et rapporte les résultats scientifiques sur le phénomène.

Fig14

Le danger le plus évident de ces affaissements de terrains à proximité des océans est l’envahissement par l’eau de mer lors de typhons. Partout, les inondations sont rendues inévitables.

Mais voilà que d’autres conséquences d’ordre anthropique se conjugueront pour amplifier les effets des inondations, car non seulement les sols s’enfoncent, mais le niveau des océans grimpe.

image

La température plus élevée de l’eau de mer augmente son volume. La fonte des glaciers et des masses de glace en Antarctique et au Groenland fait remonter le seuil océanique. Depuis un siècle, ce niveau s’est déjà accru de 20 cm et le phénomène s’accélère.

À cela, il faut rajouter la violence plus importante des grandes dépressions dont leurs ondes de tempête s’élèvent de plus en plus haut, ravageant les structures humaines toujours plus profondément dans les terres.

shanghaiarea copie.png

Certaines grandes métropoles disparaitront très certainement et ces événements ne se produiront pas dans un avenir si lointain, car toutes les causes néfastes ne cessent de croitre en importance. L’ouragan Sandy qui a mis New York à genoux n’est qu’un hors-d’œuvre parmi un banquet de catastrophes à survenir. Bien sûr, la mégalopole s’est maintenant remise, mais imaginez d’autres cités plus vulnérables frappées à répétition par des inondations monstrueuses.

Un jour, les autorités décrèteront plusieurs secteurs inaptes à être reconstruits et ces villes perdront leur influence au profit de d’autres, mieux situées, plus sûres à long terme, moins susceptibles d’être victimes des colères océaniques et à d’autres cataclysmes, dont je m’évertue à en faire régulièrement étalage dans ce blogue.

1451881-cette-photo-ete-prise-y

Reviendrons-nous aux solutions moyenâgeuses? Construire nos nouvelles villes au sommet de collines, de montagnes non volcaniques, de pitons de granit quasiment indestructibles? Les défis reliés à l’eau resteront toujours nombreux, peu importe le lieu choisi. Toutefois, est-il vraiment nécessaire de faire vivre les individus si près des océans? Ça n’a jamais été une nécessité, seulement plus simple, regardée à court terme sur la durée de vie d’une ville.

Vagues scélérates

Évitez de confondre une vague produite par un tsunami et une vague scélérate. Leurs processus de création ne se comparent en rien et on ne les retrouve pas du tout aux mêmes endroits.

Vous voguez en pleine mer, les vagues tout autour de votre navire paraissent normales. Tout à coup, l’horizon devant vous devient noir. Un mur d’eau semble se rapprocher de vous. De 20 à 30 mètres de hauteur, le record rapporté fait état d’un monstre de 33 mètres, cette vague apparait non seulement anormale par sa hauteur, mais aussi par sa forme.

Elle ne ressemble en rien à une houle que votre bateau parvient toujours à gravir pour redescendre de l’autre côté. Non, cette eau vous arrive dessus en formant une paroi presque verticale. Les chances de vous en sortir indemne se réduisent à néant, car votre navire est condamné à subir un terrible choc pour lequel il n’a jamais été conçu, peu importe sa grosseur.

Vague Scélérate - Vue d'artiste - Rogue Wave - Artist view

Les vagues scélérates constituèrent un mythe jusqu’au milieu du XXe siècle et elles furent acceptées comme étant réelles par les scientifiques durant les années 1990. Oui, ces derniers se retranchaient derrière leurs équations linéaires qui prédisaient l’émergence d’une vague de cette amplitude aux 10000 ans!

omae_135_3_031108_f008

Les choses changent le 1er janvier 1995 quand la plateforme pétrolière Draupner en mer du Nord enregistre la hauteur d’une vague venue la percuter à 25,6 mètres de hauteur. Pour qu’une vague soit appelée «scélérate», elle doit mesurer plus de 2,1 fois la hauteur significative Hs des vagues de l’endroit. Celle-ci correspondait à 2,37 fois cette hauteur et elle représentait la première preuve béton de l’existence de ces monstres incompréhensibles.

Aujourd’hui, les vagues scélérates avérées, les scientifiques se défendent d’avoir toujours cru les récits de ces capitaines chevronnés, mais ils tentent en réalité de faire disparaitre les preuves de leur ancien dédain lorsqu’ils les traitaient tous de menteurs et d’ivrognes tandis qu’eux-mêmes n’avaient jamais posé les pieds sur un navire en plein océan durant une tempête.

On a pensé détenir la cause de leur formation en analysant des vagues le long de la côte de l’Afrique du Sud. Le fort courant vers l’ouest associé à des vents opposés parviennent à créer des vagues de hauteur dépassant parfois la cote 2,1 Hs. Toutefois, les témoignages de vagues scélérates apparues très loin des courants marins ont mis à mal cette théorie reléguée depuis à un phénomène de diffraction.

CapBonne-Courant

Les vagues scélérates ne partagent pas toutes les mêmes caractéristiques. Hormis leur taille inhabituelle et leur forme quasi verticale, leur direction peut varier d’une vingtaine de degrés par rapport aux autres vagues. Elles peuvent aussi survenir par paquet de trois et sont alors appelées «les trois sœurs».

En anglais, ils utilisaient le terme «freak wave», mais cette désignation semble vouloir disparaitre au profit de la «rogue wave».

Ce type de vague crée des pressions énormes sur les structures métalliques des navires marchands et de croisière, dix fois plus importantes que celles prises en considération lors de leur conception. C’est donc dire qu’aucun bateau ne leur est invincible. Les vagues frappent de plein fouet le château des plus grands navires, brisant leurs vitres et les commandes de navigation. On estime la perte d’un cargo par année due à ces vagues apparues de nulle part.

Mais comment se forment-elles? Une réponse a surgi d’un tout autre domaine d’expertise, comme pour la résolution de plusieurs énigmes scientifiques. Les vagues auraient un comportement linéaire bien connu et maitrisé, mais elles auraient également un comportement non linéaire décrit par l’équation de Schrödinger de la physique quantique.

ob_c98bf6_schrodingerequation1

Imaginez un train d’ondes, ce sont les vagues. Tout à coup, pour des raisons restées mystérieuses, l’une d’elles commence à pomper l’énergie de ses deux voisines, faisant baisser leur hauteur au profit de la sienne qui s’élève anormalement. Un mur d’eau vient de se créer devant vos yeux. On sait que ce processus existe, on ignore encore dans quelles circonstances il se déclenche.

Rajoutez à ce concept de pompage énergétique la probabilité de superposition lorsque deux trains de vagues de directions différentes interfèrent et vous obtenez des vagues dépassant largement les 2,1 Hs.

Les structures élevées des navires n’étant pas conçues pour résister à de fortes pressions, une vague scélérate peut faire couler n’importe quel navire en quelques minutes, comme cela survint au réputé insubmersible (un autre!) cargo allemand München le 12 décembre 1978 en Atlantique Nord.

Rhine_Forest-1_Port_of_Rotterdam_24-Feb-2006.jpg

Avec l’avènement des satellites radar, les vagues des océans du monde sont constamment mesurées et la fréquence des scélérates se situe bien au-delà de tout ce qu’on avait cru possible. Il n’est pas rare d’en trouver quelques-unes en train de se déchainer simultanément sur l’une ou sur plusieurs mers du monde.

L’ancienne estimation d’une seule vague scélérate par dix mille ans montre jusqu’à quel point les scientifiques peuvent parfois se tromper lourdement et ils devraient, du moins j’espère, gagner en humilité. Ça leur ferait un bien fou de croire aux humains leur racontant des expériences vécues et de prendre l’air en leur compagnie plutôt que de rester enterrés au fond de leur bureau à tripoter avec concupiscence leurs équations fétiches inadéquates, mais combien rassurantes!