Trop de mauvaises idées

Trop de monde sur Terre signifie aussi trop de mauvaises idées pour pouvoir toutes les contenir. L’humanité a depuis longtemps dépassé le nombre optimal d’individus au-delà duquel le contrôle des mauvaises idées devient une tâche impossible. Puisque le capitalisme est basé sur la croissance absolue et surtout ininterrompue, le nombre d’humains a explosé afin de soutenir un régime économique aux accointances cancéreuses.

Les mauvaises idées se sont, elles aussi, multipliées sans que personne puisse y faire grand-chose, car pour juguler une horde de celles-ci, les ressources nécessaires dépassent largement les quantités disponibles. De fait, même si la croissance du nombre d’individus s’applique apparemment de la même façon aux bonnes et aux mauvaises idées, la réalité s’avère tout autre.

Comme un gardien de but, une population peut bloquer une mauvaise idée, mais pas une volée de centaines de bourdes lancées simultanément. Avec la croissance exponentielle de la population, les mauvaises idées ont largement dépassé la quantité pouvant être gérées, contenues, contrôlées ou abattues.

Des gens peuvent se mobiliser une à deux fois par année, mais pas à tous les jours. Ainsi, les mauvaises idées finissent inévitablement par envahir nos vies sans opposition digne de ce nom et ce phénomène est survenu sans relâche depuis plus d’un siècle.

En dépassant le milliard d’individus, la population mondiale a perdu sa capacité de contenir les fous et leurs œuvres de destruction. Tous ces ravages poignent au grand jour depuis des lustres et pourtant nous sommes restés et restons toujours de marbre. Mers de déchets, réchauffement climatique, dégringolade de la biodiversité, déforestation, monocultures, maladies engendrées par la pollution et les pesticides, l’avenir n’est pas sombre, mais opaque, gluant et nauséabond.

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La situation est bien décrite dans les films des Avengers. Notez toutefois que le mauvais rôle est tenu par celui qui apporte une solution drastique, celui voulant faire cesser nos folies. La façon de penser ce scénario est intimement liée à notre perception du problème et de la solution. Le problème, ce sont les autres. Le problème, c’est la solution promue. La solution, c’est de ne pas toucher au problème. Et enfin la solution apportée réside à détruire la solution. Suis-je le seul à avoir désiré la victoire décisive de Kronos?

Et vous gardez toujours espoiren l’humain? Alors, ce n’est plus de la naïveté, c’est de l’entêtement acharné! Notre mode de vie est tellement bien ancré que nous refusons tout autodiagnostic pouvant nous apporter la preuve de l’existence d’une quelconque maladie, d’une possible tare, d’un évident défaut ou d’une monstruosité. Notre décadence basée sur le gaspillage, la surconsommation et l’appât du gain pour combler ces désirs aussi irrépressibles qu’inutiles bloque toute introspection. Elle s’avèrerait beaucoup trop douloureuse, alors nous lobotomisons notre sens critique.

En ces temps de noirceur de moins en moins incertains, voici pourtant mon seul conseil et croyez-moi, il ne se veut même pas ironique. Terminez en beauté cette belle aventure. Allez-y! Continuez de voyager partout sur la planète, dépensez immodérément, amusez-vous à tous les instants, soûlez-vous la tronche, défoncez-vous, vivez comme s’il n’y avait pas de lendemain, car bientôt le soleil se couchera et à son prochain lever, le monde chimérique actuel aura disparu à jamais.

Les temps auront irrémédiablement changé et vous détesterez le résultat, vous haïrez les conséquences desquelles vous êtes restés totalement sourds, froids et distants durant tant d’années. Alors, aussi bien en profiter maintenant puisque la Terre se trouve juste sur le point de basculer. Il faut bien que le grand ménage des mauvaises idées s’accomplisse de temps en temps!

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V comme dans vie

Dans ma série d’articles consacrée à un mot commençant par une lettre précise, voici le temps venu du V et d’un tout petit mot à l’utiliser en entame, le mot vie.

V, la vingt-deuxième lettre de notre alphabet possédait autrefois chez les Romains une étrange caractéristique, son symbole servait tout aussi bien à définir le V que le U. On le remarque sur certains frontons d’édifices où une expression latine a été gravée. Et comme si ce double emploi ne suffisait pas, il servait aussi à désigner le chiffre 5. Alors quand je dis que l’humain aime se compliquer l’existence, n’en doutez plus. Il a par ailleurs été doublé pour former la lettre double vé (W) qu’on appelle « double u » en anglais, relent de la période latine en manque cruel d’imagination pour créer de nouveaux symboles graphiques. Et comble de la confusion, le V grec se nomme « upsilon », en minuscule son symbole est un intermédiaire entre le u et le v (υ) et en majuscule il se dessine comme un i grec (Υ). Et après on s’étonne de la difficulté des élèves à l’école !

V est une consonne fricative, c’est-à-dire qu’elle est générée par la friction de l’air sans occlusion complète. On la désigne en alphabet international par le mot « Victor » et tout le monde sait faire le signe de la victoire en levant le majeur et l’index d’une main afin de produire un joli V.

Je n’aurais pas pu choisir un mot plus important que « vie » pour faire honneur à la lettre V. Dans mon Robert, sa première définition est la suivante : « Fait de vivre, propriété essentielle des êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort en remplissant des fonctions qui leur sont communes ». Je vous l’accorde, c’est loin de constituer une description poétique de la vie !

On parle toujours de la vie avec émotions, car elle s’oppose à la mort, à la fin. La vie, c’est le mouvement, le changement, l’évolution. Parce que la vie est fragile, elle est précieuse. Et parce qu’elle se bat, elle nous donne du courage.

La vie reste le plus grand mystère de tous les temps. Savoir comment nait la vie de la matière inerte représente toujours l’énigme fondamentale que nous propose notre Univers. La Terre a connu la vie bien plus tôt dans sa jeunesse que nous l’imaginions. Des stromatolites de 3,5 milliards d’années ont été identifiés en Australie. Ce sont des roches issues d’un métabolisme biologique.

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Même la frontière entre l’inerte et le vivant reste floue. Nous peinons à classer les virus dans l’une ou l’autre de ces catégories. Ces intermédiaires représentent donc la clé du passage du non-vivant au vivant. Ainsi, à votre prochain épisode de grippe qui ne devrait plus tarder (on ne refait pas un Corbot) remerciez ces microscopiques quasi-bestioles de vous avoir engendré. Ça ne cassera pas votre grippe plus rapidement, mais elle vous semblera peut-être moins antipathique une fois observée sous cet angle.

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On ne peut dissocier la beauté de la vie. Elles sont si liées qu’elles pourraient quasiment être considérées comme des synonymes. Si donner la vie représente une caractéristique commune propre à tout être vivant, en revanche, donner sa vie, l’ultime sacrifice, reste un acte rarissime d’une noblesse qui frôle un palier supérieur à celui de la vie elle-même.

Contrairement aux objets inertes, la vie est l’élément le moins rare et pourtant le plus précieux. Chaque vie est inestimable et mérite tous nos efforts pour la préserver, la nôtre, mais tout autant celle des autres espèces animales, végétales et microbiennes. La vie n’a pas de prix et la sixième grande extinction amorcée par l’humain lui coûtera très cher. Elle risque même de mettre sa propre vie en péril. Lorsque la vie se meurt, l’Univers perd des milliards d’années de travail.

L’humain se comporte avec les autres êtres vivants comme s’ils n’étaient que des objets inertes. Cette attitude de supériorité, de despotisme finira en prise de conscience planétaire, sinon homo sapiens disparaitra. Il rejoindra les milliards d’autres formes de vie ayant déjà vécu et disparu avant lui. La vie pourra alors reprendre le cours de son évolution normale, car…

… c’est la vie !