Existe-t-il plusieurs vérités ?

La réponse est simple, c’est non. Il ne peut pas exister plusieurs vérités sur un même sujet. Il existe plusieurs points de vue autour de certains faits, mais la vérité est un film aux caméras infinies qui n’ont rien raté depuis toujours. Le problème est qu’il n’existe aucun moyen d’accéder à ce film pour le visionner.

On doit donc se contenter de points de vue différents et bien souvent divergents. Personne ne remettra en cause sa propre objectivité et sa sincérité devant les autres. Et pourtant, tous le monde embellit, élude, charcute la vérité pour que son point de vue soit retenu afin que la situation lui devienne favorable.

On a tous des faits à cacher, des pensées à taire, des paroles à faire oublier, des actes à enterrer et surtout des objectifs à atteindre. Comment peut-on accuser qui que ce soit de ne pas s’intéresser à la vérité alors qu’on évite soi-même de tout dévoiler sur la partie de la vérité que l’on connait ?

En ce qui concerne les journalistes et certains politiciens, la seule accusation pouvant tenir la route est celle voulant que ceux-là ne s’intéressent pas au point de vue de ceux-ci. Mais si une réputation avérée de mythomane précède les présidents et autres grosses pointures politiques, comment peut-on espérer demander aux journalistes de croire  au point de vue qu’ils cherchent à transformer en vérité forcée ? Et lorsque plus aucun journaliste n’embarque dans leurs manipulations, les politiciens utilisent Twitter ou d’autres tribunes directes pour mentir aux citoyens. 

Aujourd’hui, la vérité n’a plus aucun sens, mais en a-t-elle déjà eue puisque la seule et pure vérité restera indéfiniment inaccessible ? Les journalistes le savent. Ils recomposent donc une histoire complète à partir de bribes d’informations glanées un peu partout et lardées de ouï-dire provenant de sources d’informations de moins en moins fiables, et ce malgré de multiples recoupements puisque les quantités de sources différentes s’épuisent.

Le véritable problème de l’époque web 3.0, plus personne ne s’intéresse à se rapprocher le plus possible de la vérité. La popularité des télé-réalités est représentative de ce mouvement. Quoi de plus faux que les télé-réalités ! Si au moins ce nom transportait de l’ironie, mais non. Il signifie exactement le sens actuel qu’on donne au mot « réalité » : une fiction, une farce, une apparence, un divertissement. La réalité pseudo-véridique est devenue risible, caricaturale, un show aux décors en carton, un désir de d’emberlificoter, y compris soi-même afin que la vie soit autre que celle qui nous habite.

Les égoportraits sont représentatifs de cet état d’esprit. Les gens s’inventent une histoire bidon et ils se prennent en photos, mais surtout et voilà où la situation s’aggrave, ils les diffusent. Dans un passé pas si lointain, ces mêmes personnages auraient été internés pour avoir publié ce genre de contenu totalement irréel, signe d’une maladie mentale. Aujourd’hui, on envie ceux et celles qui excellent dans l’exercice de cette activité pathologique où le mensonge est roi et qui édicte la façon de se comporter en société pour pouvoir être vu, être connu et suivi, quitte à tout inventer, à tout déformer et surtout à taire la petite partie de vérité détenue.

Non, la vérité restera toujours inaccessible et à défaut d’avoir les moyens de s’en rapprocher, les gens préfèrent se créer une bulle d’existence aussi fausse qu’une lubie, aussi pathétique qu’une mythomanie, aussi stupide que l’époque dans laquelle on vit.

Photo : Thomas Kast

Papiers d’amours

Le papier et l’amour partagent plusieurs aspects. Tous deux peuvent être vierges, fragiles, sensibles, mais ils peuvent également être froissés, coupants et acides.

Aujourd’hui, il ne sera question que du beau côté du papier. Vous êtes amoureux des beaux papiers ? Alors cet article s’adresse tout particulièrement à vous, car les joyaux que je m’apprête à vous montrer sont remplis d’amour et sont nés pour écrire l’amour. Je vous parle des papiers sortis tout droit de la Papeterie Saint-Gilles.

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Je me trouve de nouveau à Saint-Joseph-de-la-Rive dans le comté de Charlevoix au Québec sur le bord du majestueux Saint-Laurent. Saint-Joseph-de-la-Rive est construite sur un étroit cordon de terre en ayant le massif montagneux des Éboulements dans son dos et les battures à ses pieds. C’est à cet endroit que l’on retrouve l’étonnante papeterie Saint-Gilles. Dire qu’elle fait dans l’artisanal, c’est peu dire. Cette papeterie ne vend que du papier entièrement fait à la main, à base de coton et de… fleurs cueillies en ces lieux. Quant au coton lui-même, il provient de la récupération effectuée à des usines où certaines fibres s’avèrent inutilisables pour la confection de tissus. En récupérant ces mal-aimés, la papeterie obtient sa principale matière première, l’industrie cotonnière des revenus supplémentaires et des déchets en moins. Le deuxième intrant est constitué de fleurs, trois sortes indigènes intégrées à la pâte avant l’étape du calandrage.

Les produits issus de leur procédé artisanal vous transportent à une autre époque, au temps où l’on se plaisait à écrire sur une surface vivante et souple créée exclusivement pour y imprégner des mots importants dont leur rôle consistait à rester indélébiles.

L’écriture; les mots; chaque lettre déposée sur ce papier revêt une importance impossible à reproduire et peut-être impossible à comprendre lorsqu’on n’écrit qu’à l’ordinateur. Sur ce papier, il faut penser longuement avant d’écrire, on n’écrit donc pas n’importe quoi. Les mots redeviennent précieux et occupent une place unique sur cette surface ne supportant pas l’erreur.

Les papiers Saint-Gilles nous replongent aux bases de l’écriture qui est d’écrire le plus joliment possible une pensée à transmettre à la postérité. Transmettre du savoir, transmettre des idées, transmettre des sentiments, déclarer son amour. Les papiers Saint-Gilles s’y prêtent à merveille. Personne ne peut rester insensible à un mot, à un billet, à une lettre, à un poème écrit sur ce papier déjà lui-même plein d’amours. L’atelier produit aussi du papier à aquarelle et acrylique pour ceux préférant les mots plus imagés et colorés.

Mon histoire avec cette papeterie date de très longtemps. Je ne rate pas une occasion de m’y arrêter lorsque le vent me transporte dans ce merveilleux coin de pays. Trop peu fréquentes, ces visites, mais Montréal ne se trouve malheureusement pas à proximité.

En tête de cet article, vous pouvez admirer mon tout nouveau cahier de poésie, une œuvre splendide disponible en deux teintes de papier et en plusieurs saveurs de fleurs. Il serait hasardeux pour moi de vous promettre de ne rien écrire de noir dans ce beau cahier, puisque l’encre possède souvent cette teinte et que je suis un Corbot. J’essayerai toutefois de lui réserver les moins méchants de mes poèmes.

Ne soyez pas si surpris ! Oui, je compose des histoires d’amour qui ne finissent pas toujours par une fin du monde. Un Corbot ne croasse pas incessamment, parfois il parvient aussi à décrire des moments heureux. N’est-ce pas le cas pour cet article à propos des papiers Saint-Gilles dont je suis amoureux ? Voici donc un éventail de ces œuvres papetières, toutes 100 % coton, si on fait abstraction des insertions florales.

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Dans l’ordre habituel. Les deux premiers papiers « Blanc pur fil » et « Vieux parchemin » sont exempts de fleurs. On poursuit avec « Fleur bleue » et « Chant d’été » ornés de phragmite et de salicaire.

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Viennent ensuite « Épervière » et « Charlevoix » agrémentés, on s’en doute, d’épervière et enfin le « Salicaire mauve ».

Faut-il le spécifier, ces papiers resteront intacts au fil du temps. Alors, quoi de plus romantique qu’une noble déclaration d’amour inscrite sur un papier qui l’est tout autant !

Pour les arts picturaux, les papiers sont disponibles dans les formats populaires standards et ils peuvent être calandrés ou non. Puisque je vous préserverai toujours de mes piètres talents dans ce domaine, j’ai déjà donné mes achats à une amie qui en fera un bien meilleur usage. Vous verrez peut-être ces papiers un jour si elle daigne me montrer ses œuvres.

La papeterie Saint-Gilles se targue de livrer ses produits un peu partout dans le monde. Vous pouvez donc choisir de venir les acheter ici en main propre ou de vous les procurer en restant bien assis à votre pupitre. La première option vous permettrait peut-être de me croiser. Si vous aimez écrire sur du beau papier, d’autres points communs existent sûrement entre nous ! Un chassé-croisé de poèmes amoureux écrits sur du Saint-Gilles ! Je choisirais le blanc, toi la couleur parchemin. Que c’est romantique !

Corbot ! Réveille-toi !

Croaaa ?

Le chemin du Roy, le temps d’une paix

Il existe deux façons et demie de parcourir le chemin entre les villes de Montréal et de Québec en passant par la rive nord du fleuve Saint-Laurent. Deux façons et demie, me direz-vous ? Et vous vous répondrez : « Certainement une histoire tordue à la Corbot ! » Laissez-moi vous expliquer la demi-façon de faire la chose.

Si vous êtes pressé ou blasé, ce serait dommage, l’autoroute 40 Est vous amène d’un point à l’autre en 165 minutes à vitesse permise. Les 250 km du cordon de béton se déroulent presque sans heurts, sans intersections, sans bouchons (une fois sorti de Montréal) et sans panoramas. La route passe loin du fleuve, loin des villages, loin de tout ce qui pourrait entraver le flot constant de véhicules.

Les touristes choisissent bien souvent cette option et, malheureusement, ils ratent le meilleur de ce qu’ils sont venus voir, soit la Nouvelle-France. Ils se forgent un horaire très serré afin de visiter un maximum de sites convenus et oublient souvent l’importance des distances dans un pays aussi grand que le Québec. Plutôt que des vacances, ils se livrent à une course permanente et finissent par se faire pousser des cernes jusqu’au menton.

L’alternative intelligente est de prendre son temps en évitant d’en faire trop. De toute façon, une bonne partie des touristes finissent par revenir, car sur place ils ont compris l’essentiel de ce que nous avons à offrir et ce ne sont pas nos autoroutes. En se pressant moins, le touriste futé choisira peut-être la route 138 Est, le chemin du Roy, pour se rendre à Québec à partir de Montréal. Cette route autrefois primitive longe le fleuve sur de très grandes portions et vous fait passer par tous les villes et villages. La plupart se sont convertis avec le temps à la vie moderne, mais tous ont un petit quelque chose à offrir de la Nouvelle-France.

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Je ne vous propose pas de les visiter si votre but réel est de vous rendre à Québec, mais vous découvrirez quand même une facette bien plus intéressante de notre histoire. Et vous voudrez certainement vous arrêter à plusieurs reprises, le temps d’une photo pittoresque.

Il est difficile pour moi de vous donner une estimation du temps requis pour compléter l’itinéraire, surtout si vous ne contournez pas la ville de Trois-Rivières située à mi-trajet. En planifiant le double du temps requis par l’autoroute 40, vous aurez quand même un aperçu valable.

Oui, je n’ai pas oublié, voici la demi-solution restante. À l’époque, la route 138 a été construite, elle aussi, en contournant occasionnellement le véritable chemin du Roy afin de préserver certains villages ou portions de villages où le passage de la grand-route aurait obligé la destruction de plusieurs maisons anciennes.

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Lorsqu’une bifurcation du genre est annoncée par un panneau indicateur routier bleu, le chemin du Roy vous propose de quitter la route 138 pour vous engager sur une bretelle qui vous ramènera un peu plus loin sur la grand-route. En empruntant ces segments, préparez-vous à effectuer un saut dans le temps. À plusieurs occasions, vous découvrirez la véritable Nouvelle-France campagnarde, agricole et religieuse.

Les bâtisses ont toutes été retapées avec un souci de conserver l’atmosphère d’antan. Le clin de bois est maintenant imputrescible et les fleurs abondent, les granges ne risquent plus de s’effondrer l’hiver, mais l’essentiel de l’apparence originale est préservé. Dans ces bourgs, le temps semble s’être arrêté, l’air respire la paix. Vous voudrez y acheter une maisonnette, tellement vous vous sentirez bien instantanément, même si votre passage ne dure que quelques instants. Certains tronçons doivent s’effectuer à 20 km/h, car la route très étroite se partage entre les véhicules à contresens, les vélos ainsi que les promeneurs à bottines. Respirez… le temps d’une paix.

Une auberge de Corbot

Je poursuis ma série d’articles sur mon séjour dans Charlevoix au Québec avec un arrêt à l’auberge L’Estampilles à Baie-Saint-Paul. Le «s» final est voulu… pour des raisons obscures de… numérologie! Enfin! Je ne commenterai pas!

L’Estampilles est une charmante auberge comportant onze chambres de quatre catégories différentes nichée sur la rue Cap-aux-Corbeaux à Baie-Saint-Paul. Évidemment, je ne pouvais rater l’occasion de m’y arrêter, ne serait-ce que pour constater si l’auberge les considère à leur juste valeur!

Toujours sans réservation, je rencontre l’actuel gérant, Régis Barthe qui, malgré la haute saison, réussit à me trouver une chambre. Je me doute bien que, dans ces circonstances, soit il me logera dans la moins dispendieuse, soit l’inverse. Oui, j’ai déjà dormi dans la chambre du Premier ministre canadien au Château Laurier à cause de circonstances semblables.

De fait, j’obtiens la plus modeste de toutes qui, pourtant, s’avère très spacieuse, est équipée de tout le confort moderne, est superbement meublée et décorée avec grand goût. Ici, pas de rusticité, rien de sorti des boules à mites, que du noble comme en témoignent les planchers pur chêne, les abat-jours en verre soufflé, les meubles sélectionnés avec goût et la literie en percale la plus fine.

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Régis Barthe, natif de Perpignan, est arrivé à Charlevoix en 2009. Déjà il se démarque dans la région grâce à sa solide expérience en tant que chef cuisinier et chef pâtissier. Son menu est bien ficelé et sa technique parfaite. J’ai eu le privilège de diner au restaurant intégré à l’auberge et je peux vous assurer que l’expérience en vaut la chandelle. Les quatre services vous emportent sinon au septième ciel, du moins au ciel de Charlevoix. Sans fioritures inutiles ni titres ronflants, ses plats mettent l’accent sur le bon goût au sens propre.

Des rouleaux impériaux dignes de marabouts, une vichyssoise avec un accompagnement-surprise, un fondant de porc confit fait de joues parfaitement cuites, un gratin dauphinois céleste et des asperges juste à point. Comme dessert, un nougat aux saveurs subtiles d’érable et aux textures aériennes.

Le fameux accompagnement-surprise de la vichyssoise est un petit verre de vin de tomate. Ce liquide dont je lui réserve un article indépendant accompagne la soupe à la perfection et permet de faire le chabrot. Cette tradition occitane consiste à rincer le fond d’un bol de soupe avec un alcool afin de ne rien perdre. On se donne bonne conscience en ne perdant rien tout en augmentant un peu son taux d’alcoolémie. J’adore.

Malgré ses obligations diverses et nombreuses, car lui aussi souffre de la pénurie de personnel généralisée, j’ai eu le plaisir de discuter assez longuement avec Régis, un homme à l’image de son pays d’origine, un peu exubérant, fier et déterminé. Mais ce qui définit Régis par-dessus tout est sa passion débordante pour son travail et son dévouement total envers sa clientèle. Un homme d’une autre époque, pourrait-on dire. Je dirais plutôt un exemple venu d’un autre monde. Il nous prouve l’existence rare, mais persistante, d’une façon de vivre peut-être en voie d’extinction dans ce domaine d’affaires, le professionnalisme amoureux.

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De plus, Régis s’est parfaitement intégré à sa région d’adoption et il en parle comme s’il y était natif. On serait tenté d’y croire si ce n’était de son accent du Languedoc toujours bien présent et maintenant fleuri de plusieurs mots et expressions purement québécois. Le mélange des genres s’avère plein d’heureuses trouvailles sémantiques.

Je vous recommande cette auberge sans réserve, mais pas sans réservation. Il faut être un peu Corbot pour venir s’y poser sans l’annoncer, surtout si vous venez de pays lointains. Malgré la réalisation de certains miracles, Régis reste totalement humain et c’est tant mieux. Un sauna, un spa, un bar, une table de billard et de la bonne humeur vous y attendent dans un cadre enchanteur. Bon séjour!

Entre le fleuve et la mer, l’humilité

Saint-Joseph-de-la-Rive est un village situé le long du fleuve Saint-Laurent à 90 minutes de route en aval de Québec. Malgré les 400 km qui lui reste à parcourir avant d’atteindre le golfe du même nom, l’eau ici est déjà salée à près de 2 %. 21 km, c’est la distance séparant les deux rives, aussi bien-dire, une mer.

Et de fait, ce fleuve et ses principaux affluents que sont les Grands Lacs nord-américains formaient la mer de Champlain à la fin de la grande déglaciation, une vaste région non encore drainée, car trop basse en altitude. Débarrassé de tout le poids de la calotte glaciaire, le continent se surélève peu à peu. La mer de Champlain se vide graduellement pour ne laisser que les plans d’eau que l’on connait maintenant.

Le rebond postglaciaire se poursuit toujours au rythme de 1 à 2 mm par an. Les derniers relents de la mer de Champlain finiront donc par s’estomper. Dans quelques milliers d’années, le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs perdront leur majestueuse prestance pour devenir quelconques.

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L’histoire est importante à Saint-Joseph-de-la-Rive qui a autrefois connu une industrie maritime intense. C’est ici que se construisaient les anciennes goélettes, des navires de transport de marchandises qui sillonnaient le fleuve tant vers l’Est que vers l’Ouest. D’abord à voile et ensuite à moteur, ces transporteurs garantissaient l’approvisionnement des villes et des villages tout le long de cette autoroute liquide.

J’ai visité le musée maritime de Charlevoix. On explique aux visiteurs les méthodes de construction de l’époque, mais également la montée des bateaux sur les tins pour la saison hivernale ainsi que la vie des marins sur les embarcations durant les huit mois que duraient la saison de transport et les quatre autres à construire ou à réparer les navires.

N’ayez crainte, je n’expliquerai rien ici et maintenant. Je vous laisse le soin de visiter l’endroit pour connaitre tous les détails. Je veux simplement partager une impression forte que m’a laissée cette visite.

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Ce sentiment, c’est l’humilité. L’humilité devant l’audace de construire ces bateaux à partir d’un millier d’arbres de plusieurs essences différentes, tous sélectionnés un à un dans les forêts environnantes, abattus, transportés et coupés spécifiquement pour leur rôle dans l’œuvre finale. Plusieurs arbres sont déracinés afin de conserver la courbure du bois. Le résultat est un bateau capable de naviguer une vingtaine d’années doté d’une cale servant à transporter n’importe quoi. Bois, denrées, poches de ciment, produits métalliques, machinerie, caisses et barils remplis de tous les produits nécessaires à la vie et à la modernisation grandissante des centres urbains. Le Québec moderne a été forgé grâce à ces goélettes.

L’humilité, c’est se sentir tout petit lorsqu’on constate les efforts consentis par nos ancêtres. Humble face à la rusticité de leur vie, en comprenant les multiples dangers quotidiens qu’ils affrontaient sur l’eau, dans le brouillard et les vagues à éviter les hautfonds et les écueils que leur réservait l’un des cours d’eau les plus difficiles à naviguer au monde. Humble et impressionné par leur génie, par leurs ateliers, leurs outils et leurs techniques.

Humble de savoir que ces façons de construire, de transporter, de naviguer, de vivre, ne reviendront jamais, à moins qu’un désastre cause l’anéantissement de la vie technologique actuelle et que nous devions tout reprendre du début.

Humble de comprendre leur quotidien dans l’inconfort permanent, avec les dangers omniprésents, faisant des travaux surhumains. Ces gens apparemment ordinaires étaient tous, sans exception, simplement extraordinaires, intrépides, débrouillards, travaillants, ingénieux et fiers.

Je comprends un peu mieux les pratiques religieuses de l’époque. Quand on vit ce genre d’existence bardée de tous les dangers pour si peu de récompenses, on rattache sa volonté de poursuivre sa destinée à plus grand que soi. Et quoi de plus grandiose qu’eux-mêmes alors qu’ils étaient déjà des géants? Dans ma tête, tout est devenu limpide, seuls un dieu et sa ribambelle de saints parvenaient à se démarquer et à leur donner espoir. S’ils avaient su qu’au fond, les vrais saints, les vrais dieux, c’était eux.

Carpe diem

Le gite

La ville de Baie-Saint-Paul dans Charlevoix au Québec est prisée pour ses magnifiques paysages qui attirent bien des artistes s’établissant à demeure. Leur présence a fait pousser une panoplie de galeries d’art et quelques bons restos. Le tourisme se nourrit de tout cela et la boucle est bouclée.

J’y suis actuellement en vacance, une habitude délaissée depuis plusieurs années que je tente de renouer. Cette région du Québec m’a toujours beaucoup attiré et je vous expliquerai pourquoi une autre fois. Lorsque je pars en vacances, je le fais toujours sur un coup de tête et cette fois-ci n’a pas fait exception. Sans réservation en haute saison, je m’y attendais, entamer la recherche d’une chambre à 17 h risque de se solder par un échec. Qu’importe, la spontanéité possède ses inconvénients et je suis prêt à les subir pour profiter de ses avantages.

Après de multiples appels, les réponses se ressemblent toutes. Une femme m’a cependant suggéré d’appeler un gite situé à une quinzaine de minutes de Baie-Saint-Paul et qui, pour cette raison, risque d’avoir une vacance. Et, effectivement, les propriétaires du gite Carpe Diem me proposent une chambre à prix raisonnable.

Perdu dans un endroit où on ne se rend jamais sans raison, dans un rang longeant deux flancs de montagnes, dans un lieu où vivent tous les animaux de la forêt et très peu d’humains, on retrouve évidemment une petite église de fond de campagne. Nos origines religieuses se retrouvent partout et surtout dans ces régions où autrefois l’on sanctifiaient tous les noms de villages, de rivières, de montagnes, de rues et de patronymes.

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Quant au gite, il est à la hauteur de mes attentes, c’est-à-dire calme, chaleureux, loin de tout et modeste. Je ne suis pas du genre à courir les Marriott et autres grands hôtels impersonnels. Je préfère la compagnie des quelques chattes et poules en liberté qui me tournent actuellement autour que des poules de luxe et des chattes de bars.

Pas de télé, une guitare accrochée au mur, un piano droit, quelques invités discrets venus principalement des Europes, j’en profite pour écrire mes impressions à la lueur blafarde d’une lampe de salon provenant d’une autre époque, comme tout ce qui compose le mobilier et la décoration.

J’ai l’impression de me retrouver au cœur des années 1800 avec la dentelle fine accrochée aux fenêtres, le rustique poêle à bois trônant fièrement dans un coin du salon, les lits aux têtes en fer forgé et le bois partout, omniprésent. Le gite dégage une atmosphère chaleureuse et apaisante, exactement ce dont les vacanciers ont besoin pour terminer sur une bonne note leur excitante journée passée à courir après les baleines, à gravir les sentiers escarpés du parc des Grands jardins ou plus simplement à dévaliser les boutiques du cœur de la ville, à rendre visite à quelques artistes-peintres de la région ou à gouter aux étonnants produits du terroir directement chez les producteurs.

La deuxième autoroute

La route pour se rendre au gite longe une autoroute de fils électriques perdue au beau milieu de la forêt. Ce sont des lignes à haute tension amenant l’hydroélectricité produite à Manicouagan et à la Romaine jusqu’aux consommateurs plus au Sud. Deux séries de trois pylônes se partagent la charge. Ils vont éventuellement bifurquer pour rejoindre l’une ou l’autre des grandes villes québécoises.

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Bien entendu, le passage du courant à très haute tension sur d’aussi longues distances ne s’effectue pas sans produire d’énormes balafres à la forêt. Moins que la coupe systématique des arbres sous les pylônes, ce sont ces géants plantés en pleine nature qui défigurent le plus la beauté des lieux autrefois vierges.

C’est notre tribut à payer pour assurer notre mode de vie moderne et technologique. Ce prix me parait relativement raisonnable, compte tenu des avantages qu’offre cette énergie relativement propre, même si nous la transportons sur d’énormes distances et que nous devons nous taper la vue de ces rangées incessantes des géants évidés qui jalonnent la verte autoroute sur des milliers de kilomètres. Heureusement, la vue à partir du gite est exempte de ces plantations modernes.

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Demain, direction L’Isle-aux-Coudres et ses attraits poétiques, gastronomiques et historiques. Je vous tiens au courant, car je dois terminer ici la rédaction de cet article. Il me reste une chose à faire avant de plonger dans le lit qu’on me prête pour la nuit: carpe diem.

Stranger Things 3 et une certaine controverse

Je viens de terminer de regarder la troisième saison de Stranger Things. J’avais fait la critique de la première saison qui, sans être dithyrambique, était à tout le moins élogieuse.

N’ayez crainte de lire la suite de cet article, je ne vous dévoilerai aucun punch ni aucune partie de l’histoire qui risquerait de gâcher votre plaisir de la découvrir. C’est la raison pour laquelle cet article ne fracassera aucun record de longueur ni de nombre de lectures.

D’abord et avant tout, cette nouvelle saison garde le cap sur un point essentiel qui est en partie à l’origine de son succès, je parle de l’amitié. Ensuite, on a toujours droit à la même qualité du scénario. Une histoire solidement ficelée, beaucoup de personnages complexes et très bien dirigés, ces qualités ne se démentent pas tout au long des 8 épisodes. On peut parler d’une saison très courte, mais, justement, on n’étire pas la sauce. Cette nécessité disparait maintenant que les séries produites pour la diffusion en continu ne se vendent pas en coffret.

Personnellement, je déteste les films d’horreur, et encore plus s’ils s’adressent à un public en boutons. Alors pourquoi j’aime cette série télévisée là? Parce que les frères Duffer nous racontent des histoires comme si elles avaient réellement existé. L’horreur n’est jamais prise comme excuse pour nous faire sursauter ou angoisser. Les monstres ne sont pas horribles, ce sont les situations qui le sont.

Cette série nous raconte également l’histoire d’une époque, y compris en musique, y compris avec les beautés et les travers du moment et ça comprend la cigarette. On en a beaucoup parlé du fait que cette série fait rage chez les jeunes et que le tube blanc, sans être omniprésent, c’est vrai qu’il fait partie d’un pourcentage important des scènes.

Personnellement, ça ne m’a pas véritablement dérangé puisque je considère la cigarette comme un fléau vécu par la population mondiale dans son entièreté et qu’il aurait été inapproprié de l’éluder alors qu’on s’efforce de nous plonger dans cet univers de manière la plus fidèle possible.

Mais il existera toujours des gens qui voudront cacher les faits réels pour toutes sortes de raisons plutôt que de tenter de les expliquer. S’ils utilisaient les mêmes énergies en éducation plutôt qu’à s’offusquer de ce que l’histoire fut, les jeunes seraient bien mieux préparés à affronter la vie telle qu’elle est et non telle qu’ils voudraient qu’elle soit.

Regardez Stranger Things avec vos ados. Vous replongerez dans votre jeunesse, vos jeunes verront votre époque et vous partagerez de bons moments de loisir ensemble, fait rarissime lorsqu’ils atteignent l’âge où ils perdent leurs illusions sur l’héroïsme de leurs parents.

Expliquez-leur cette époque telle que vous l’avez vécue. Rajoutez-y vos propres expériences et votre progéniture continuera de garder de vous une image bien plus positive que si vous décriez la série parce qu’elle ose vous montrer jeune avec vos travers. Prenez le temps nécessaire pour leur parler de la cigarette et de votre opinion sur le fait d’en avoir beaucoup montré au cours de cette série. Parlez du combat de votre génération contre cette drogue dite douce. Expliquez ce qui doit être expliqué plutôt qu’enterré.

Je pourrais bien me passer de…

Nous devons craindre ce genre d’affirmation qui, bien souvent, si elle se réalisait, nous placerait devant des situations intenables. Vouloir se passer de quelque chose ou de quelqu’un n’apparait pas comme un désir raisonnable lorsqu’on regarde ses conséquences au-delà d’un apparent et éphémère bénéfice.

L’exemple le plus évident nous vient probablement de la météo. Lorsqu’il pleut plusieurs jours d’affilée, ça peut paraitre très déprimant, mais s’il ne pleuvait plus, imaginez le malheur. Vouloir se passer de la pluie consiste à vivre sur une planète stérile et inhabitable.

Les moustiques font également partie des mal-aimés de ce monde. Pourtant, sans ces satanées bestioles au bas de la pyramide alimentaire, oubliez tout le reste plus gros qu’une mouche. Dans cette chronique je m’efforcerai donc d’éviter de chercher à me passer de certains trucs qui, s’ils disparaissaient réellement, me causeraient les pires difficultés et par ricochet, à vous aussi.

Alors je commence en affirmant que je pourrais bien me passer… des boissons gazeuses sucrées ou édulcorées. Les unes et les autres n’ont aucun avantage, pas même celui de désaltérer. Quant aux ravages sur la santé qu’elles provoquent, ai-je besoin de vous les rappeler? Je n’en bois pas une seule goutte, diraient ceux qui me connaissent. Exactement, vous qui en consommez, vous vous sentiriez bien mieux si vous vous en absteniez, occasionnant du même coup une amélioration significative dans nos relations. Oui, sachez qu’il faut savoir analyser plus loin que le seul premier degré.

Quoi d’autre? Hum! Je pourrais bien me passer… des saveurs artificielles. Ce n’est pas comme si nous habitions un vaisseau spatial en route vers une planète hypothétique et que nous devions nous aménager de la variété qui n’existe pas à bord. Sur terre, nous possédons tous les produits imaginables pour pouvoir en extraire leurs saveurs naturelles. Et en plus, ces pâles imitations des saveurs originales goûtent généralement la chose qu’il s’avère impoli d’écrire. Quant à leur toxicité possible, on en apprend chaque jour davantage sur le sujet. Je lève mon chapeau aux chimistes pour leurs exploits, mais ils ont également inventé la mort-aux-rats. Ils semblent bien meilleurs à inventer des poisons que l’inverse. Normal, tout ce qui nous est réellement bon et utile, la nature l’a déjà inventé.

Je pourrais bien me passer… d’une bonne partie du suremballage. Emballer des produits, assembler des produits emballés, assembler des assemblages de produits emballés, assembler des assemblages d’assemblages de produits emballés, vous voyez le topo. Déjà, je trouve aberrant de tout emballer en format individuel. Jus, fromages, gâteaux, croustilles, yogourts, noix, lasagnes, pâtés, etc. Oui, préparer mon lunch en piochant dans de gros emballages m’oblige à y consacrer un tout petit peu plus de temps que si je ramassais juste des contenants individuels, mais ce petit sacrifice en vaut vraiment la peine.

Celle-là, je vais gagner votre assentiment. Dans le cas contraire, vous êtes un des leurs. Je me passerais bien… des missionnaires à ma porte le samedi matin. Je ne veux pas dresser une liste des pires casse-pieds de la planète, mais je considère tout type de missionnariat comme une grave atteinte à la sérénité et à la liberté des gens. Vous, adeptes des habits et cravates noires, du porte-document mince, des robes grises au mollet, de la coupe de cheveux des années 1960, croyez en ce que vous voulez, mais croyez-y derrière votre propre porte de logement, pas devant la mienne. Ça me fait penser à cet idiot de John Chau en 2018 qui voulait évangéliser les Sentinelles de l’ile de North et qui est mort de plusieurs flèches dans le dos. Difficile de ne pas rire du crétinisme de l’individu. Tiens, ça me donne l’idée d’organiser un beau voyage exotique pour tous les missionnaires du samedi! Devinez où je les amènerais pour leur première escale. Dommage, cette solution s’avère trop onéreuse pour mes faibles moyens,

Je me passerais bien…, ah! Contrairement à la précédente, celle-là, vous ne l’aimerez probablement pas. Je me passerais volontiers d’une bonne partie des êtres humains. Dire que notre nombre sur la planète a dépassé un seuil critique est un euphémisme. De toute façon, même si nos effectifs étaient coupés par dix, il me resterait encore bien suffisamment de lecteurs potentiels. On voit bien que ce ne serait pas si grave, après tout. Les méga industries écoperaient le plus de cette diminution subite puisqu’elles comptent sur une croissance ininterrompue de leurs revenus pour éponger leurs faramineuses dettes acquise en avalant leurs concurrents. Bien peu d’entre elles, sinon aucune, ne survivraient à une diminution drastique de la population mondiale.

Tiens! Voilà un avantage collatéral des plus intéressants. D’ailleurs, ces entreprises se spécialisent souvent dans les boissons gazeuses et autres produits vides et hyper transformés, elles utilisent des produits chimiques artificiels en quantités faramineuses et elles font du suremballage de leurs produits à outrance. Si 90 % des humains disparaissent subitement, ces monstrueuses créatures inhumaines créées par les gens en mal de pouvoir s’évaporeraient comme glace au soleil d’été. On peut presque dire qu’il existe de l’espoir!

Malheureusement, même si notre population se divisait par dix, il resterait encore quelques missionnaires parmi les survivants de l’hécatombe. Cependant, du même coup, il deviendrait bien plus facile d’organiser un voyage dans cette fameuse ile où ils seraient accueillis par les joyeux cupidons portant la couche et munis de leurs arcs. Bon, je sais que ce sont des pagnes, mais ça y ressemble. Ce peuple dit primitif aura certainement su rester bien vivant malgré les causes de l’effondrement des autres humains. Je les soupçonne de bien mieux savoir affronter l’adversité et les difficultés que nous, les technophiles.

Ainsi, les missionnaires auraient véritablement une mission de taille à accomplir une fois sur les lieux, celle de survivre. Mon espoir se ravive puisqu’une solution existe pour ne plus entendre parler d’eux et surtout pour ne plus les entendre parler tout court. Ouais, ces moulins à bonne parole découvriraient assez rapidement qu’au fond, nous étions pas mal tolérants à leur égard, et malgré leur ténacité légendaire, ils comprendraient enfin que se taire… c’est une vraie bénédiction!

Chanson noire

Aujourd’hui, je vous offre un spécial estival, une courte chanson que je garderai un certain temps dans une page indépendante sur mon site.

Le noir inspire souvent les corbots et ce fut le cas cette fois encore. Vous pouvez lire le texte en suivant cet hyperlien.

Bonne lecture, bonne journée et bon été.

La mobilisation citoyenne est-elle antidémocratique ?

Descendre dans les rues, taper sur des casseroles, déchirer en public sa camisole, manifester collectivement son ras-le-bol, ces gestes citoyens extraélectoraux sont-ils antidémocratiques?

On pourrait le croire, car dans un pays aux mœurs démocratiques, les élections font apparemment foi de tout. Chaque citoyen est égal devant l’urne et la majorité gagne le droit de procéder à des changements par le truchement des représentants ayant déclaré leurs intentions. Toutefois, ce beau principe théorique est vite mis à mal par toutes sortes d’astuces permettant de gagner sans l’avoir mérité.

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Les discoureurs ne révèlent plus grand-chose de leurs véritables intentions, préférant dénigrer leurs adversaires plutôt que de parler de leurs projets. Ils tendent des pièges, ils mentent, ils trichent en soudoyant des personnes influentes, ils reçoivent de l’argent par des entreprises et organismes afin d’acheter une machine électorale puissante. En retour, ils voteront des lois en leur faveur, ou ne voteront aucune loi afin que ces organismes puissent continuer d’abuser de tout. Et c’est sans oublier l’ultime tricherie, le paquetage des urnes, leur substitution ou leur destruction selon les possibilités du moment.

Urne

La démocratie fonctionne lorsque personne ne triche et tout le monde se rend aux urnes, deux utopies qui ne sont pas prêtes de disparaitre. C’est pourquoi, même dans des pays dits démocratiques, les élections ne sont pas la solution ultime pour un peuple bafoué par les magouilles de tous genres. Même dans des circonstances difficiles, une bonne machine électorale parvient à faire réélire ses candidats en renversant le vote de très peu d’individus. En s’attardant prioritairement à modifier les intentions de vote d’environ 5 pour cent de la population, pas beaucoup plus, un parti politique parviendra à gagner des élections perdues d’avance.

Il reste donc la mobilisation citoyenne comme outil démocratique. Mais encore de cette façon, tricher reste l’outil utilisé par les lâches qui sont nombreux et notoires. Répression, infiltration d’agents de renseignement et de déstabilisation, corruption, menaces, tous les moyens sont utilisés pour éteindre les brasiers de la résistance et du changement au profit d’un pouvoir omniprésent et corrompu.

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J’ai donc répondu à au moins un volet de la question en titre de cet article. La mobilisation citoyenne n’est pas antidémocratique même si elle n’est pas régie par des règles électorales. De toute façon, les tricheurs se foutent éperdument des règles électorales et seuls les naïfs les respecteront et, évidemment, perdront.

Les gagnants ne sont pas toujours des tricheurs invétérés, surtout lorsqu’ils gagnent parce que leurs adversaires ont poussé la note trop haut et se sont étouffés eux-mêmes avec leur salive mêlée de fiel. Certains ont gagné parce que leur avantage était tout simplement d’être inconnus. Certains gagnent par chance, d’autres en portant un patronyme populaire et d’autres en restant eux-mêmes et sincères. Ça arrive aussi, parfois.

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Si la mobilisation citoyenne n’est pas nécessairement antidémocratique, elle n’est pas exempte de toute critique non plus, car elle reste un outil permettant de gagner sans voter, donc sans compter le nombre de gens en faveur d’un tel sujet par rapport au total. On est donc en présence d’un outil potentiellement puissant pour faire plier des gouvernements élus. Oui, il existe aussi un côté sombre à cette méthode d’influencer le cours des événements, comme pour tout le reste.

Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir (Les pixels du bien et du mal) et rien ne s’avère plus facile que de basculer d’un côté sain à un autre plus sombre en se cachant la vérité, juste un peu à la fois, jusqu’à ce que le rideau devienne entièrement opaque. L’expression «le pouvoir corrompt» résume assez bien ce principe que j’intitule personnellement «La question du cornichon».

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Si vous me demandez de déterminer à partir de quel point un concombre est devenu un cornichon, la réponse semble impossible à savoir, pourtant, elle est d’une simplicité enfantine. Un concombre devient un cornichon à partir du moment où il est plongé dans le vinaigre. Une cellule à la fois, la transformation débute à l’instant zéro et se poursuivra aussi longtemps que subsistera du vinaigre.

Le pouvoir politique, c’est le vinaigre. Je vous laisse deviner qui sont les cornichons.

Juan de Fuca

Juan de Fuca était un navigateur grec de la deuxième moitié du XVIe siècle. Son nom ne vous dit probablement pas grand-chose, à tout le moins, en tant qu’explorateur maritime.

Juan de Fuca a donné son nom à un détroit entourant le sud de l’ile de Vancouver. Il croyait avoir découvert un passage Ouest-Est à travers l’Amérique. Sa déception dut être très amère. Mais à la suite de la (re) découverte des Amériques, tout le monde poursuivait ce grand rêve d’aller en Orient en passant par l’ouest.

Aujourd’hui, Juan de Fuca n’évoque pas seulement ce voyageur ou ce bras de mer, mais également une toute petite partie de la croûte terrestre dissimulée au fond de l’océan Pacifique, une plaque tectonique éponyme.

La plaque Juan de Fuca est vraiment minuscule à comparer aux autres plaques tectoniques et elle rapetisse de plus en plus. Un jour, elle disparaitra totalement sous la plaque continentale de l’Amérique du Nord. Cependant, malgré sa petitesse apparente, elle n’est pas sans conséquences.

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Sa partie la plus septentrionale (nord) est située au nord de l’ile de Vancouver et elle descend sur une longueur de près de 900 km jusqu’au nord de la Californie. Elle est toutefois située au fond de l’océan Pacifique, sauf pour sa partie souterraine qui s’évertue à soulever la chaine de montagnes des Cascades, des volcans dont font partie le mont St Helens, le mont Rainier, le mont Adams et plusieurs autres volcans actifs et potentiellement très dangereux.

Cette plaque est donc à la base d’une série de catastrophes passées et sera responsable de plusieurs autres à survenir dans un avenir géologique plus ou moins rapproché. Parmi celles prévisibles et attendues avec grandes craintes, le Big One, un séisme risquant d’atteindre une magnitude de 9 ou 9,1, des valeurs comparables aux séismes de Fukushima et de Banda Aceh.

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Le 4 juillet 2019, la plaque Juan de Fuca a tremblé à son extrémité nord à une magnitude de 6,2 avec plusieurs répliques de moindre importance. Heureusement, aucun tsunami n’a frappé les côtes de l’ile de Vancouver, mais ces événements ravivent le spectre du méga séisme en préparation. Car c’est bien le cas, le Big One surviendra tôt ou tard, mais il risque de ne pas se situer exactement là où on l’imagine habituellement.

Depuis l’an 1700, date du dernier grand séisme occasionné par la confrontation entre les deux plaques, l’énergie a recommencé à s’accumuler en prévision du prochain relâchement. D’après les traces géologiques, ces événements surviennent en moyenne tous les 250 ans. Pas besoin d’être très futé pour saisir que la moyenne est dépassée depuis bien longtemps, laissant présager le déclenchement d’un formidable tremblement de terre à tout moment. Plus le temps s’étire entre deux séismes majeurs, plus l’énergie accumulée est grande et plus fort il sera. C’est pourquoi des valeurs comme 9 ou 9,1 semblent parfaitement plausibles compte tenu de la surface de décrochage de 900 km de long par 100 à 300 km de large et des 319 ans d’accumulation des tensions de compression.

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La Californie a également eu droit à un séisme de magnitude presque similaire à une petite heure d’intervalle de celui de l’ile de Vancouver. Il était de 6,4, le plus important depuis 1999. Toutefois, il a frappé le sud de l’état et il ne peut pas être associé à la plaque Juan de Fuca. Cependant, ce milieu rempli de failles de toutes sortes, dont les failles de San Andreas et de Rogers Creek dépendent toutes jusqu’à un certain point des mouvements des autres. Pas de lien direct, mais qu’en est-il des liens indirects? On oublie parfois que la Terre est un seul et même objet en constant changement et par le fait même, tous les événements influencent les autres.

La subduction de la plaque Juan de Fuca a-t-elle amené le dépassement du point de relâchement de la plaque nord-américaine qui s’est tendue comme un ressort au cours des trois derniers siècles sous la poussée de sa compagne? Chaque important séisme dans cette partie du monde ravive le spectre de celui qui changera pour toujours la face de l’ouest de l’Amérique du Nord.

Le paradoxe de la connaissance

La connaissance possède une particularité à la source d’un étrange paradoxe. Plus on accumule des connaissances, moins on semble en connaitre.

C’est pourquoi les gens bornés pensent avoir réponse à tout, car ils ne connaissent rien. Et c’est pourquoi les érudits ont tant de peine à donner une réponse à un problème, car ils voient trop de facettes, trop de paramètres absents de la question qui les empêchent de simplifier la chose. Ils savent pertinemment qu’il existe une multitude de bonnes réponses lorsque plusieurs paramètres sont tus. Choisir ceux qu’ils ne tiendront pas en compte les indispose au plus haut point. Ainsi, ils préfèrent répondre sur plusieurs fronts, laissant croire qu’ils se contredisent, qu’ils ne maitrisent pas leur sujet.

Pourtant, la vérité est exactement l’inverse. Celui trop sûr de lui ne connait probablement que l’abc de son sujet tandis que le savant n’ignore pas que tout est complexité et nuances.

Une erreur d’interprétation guette toute personne ignorant ce processus et cherchant conseils. Elle aura sitôt fait confiance au charlatan assuré et rassurant et elle se méfiera comme de la peste de celui qui est hésitant et qui parle de manière difficilement compréhensible.

Le paradoxe de la connaissance s’amplifie davantage lorsqu’on grimpe d’un niveau. Admettons que vous comprenez bien le processus que je viens de vous décrire et que vous décidiez de vous appuyer sur l’érudit indécis, une décision qui vous semble plus sensée que de vous fier à l’amateur ignare. Vous devez toutefois cesser de tenir compte du charisme des gens, souvent abondant chez les amateurs et désertique chez les pros.

Eh bien si vous allez dans cette direction, dites-vous que vous risquez de commettre une grossière bourde, car les meilleurs leaders, ceux qui parviennent à nous faire avancer plus vite et plus loin que les autres sont rarement les petits génies capables de jongler avec une multitude de paramètres, mais plutôt les amateurs forts en gueule et orientés dans une seule direction.

Tous les chemins de la connaissance s’avèrent complexes, ardus, ramifiés, tordus. Il n’existe plus aucun domaine où l’on pense tout connaitre. Toutes les disciplines se sont complexifiées au-delà de la capacité de maitrise d’un seul individu. Ainsi, aucun spécialiste, aucun expert, aucune sommité n’est un oracle en son domaine. Au mieux, il en connait plus que les autres, mais lui-même n’ignore pas que tant de choses lui restent obscures et non maitrisées!

Le spécialiste préférera se taire en laissant les moins bien informés parler à sa place. L’expert détestera vulgariser, car il comprendra qu’il s’approche du mensonge s’il pousse un peu trop loin la simplification de ses explications. La sommité ne se considére pas au-dessus des autres, ce sont les autres qui l’affublent de ce titre. Lui, préfère échanger avec ses pairs, car il les voit ainsi, sachant pertinemment que la bonne idée fleurira de manière impromptue, d’un collègue pas si réputé, d’une situation n’ayant parfois rien à voir avec les problèmes à résoudre.

La connaissance est un fardeau que peu de gens savent et peuvent porter. Pour les autres, elle devient un fléau capable de les noyer, de les brûler, de les anéantir, tellement elle exige d’eux. Et enfin pour ceux de qui elle est absente, ils ne s’en portent pas si mal, puisqu’ils sont incapables de juger sagement leurs actes. S’ils ont l’humilité, ils peuvent devenir d’excellents politiciens. Dans le cas contraire, si leur ego est surdimensionné, ils deviendront probablement des dictateurs fous.

Connaitre n’est pas source assurée de bonheur ni de malheur, mais je connais plus d’érudits malheureux et plus d’ignares joyeux que l’inverse.

«Oui, docteur, je n’ai pas oublié ma lobotomie jeudi prochain. J’y serai, sans fautes !»