Expressions québécoises – 1,5

Comment 1,5 ? Après 1, c’est 2, il me semble. Oui, si on compte sans les fractions. Mais j’ai voulu donner suite à la tuque attachée avec de la broche, car un lien les unit. Je le mentionnais dans la rubrique n° 1, une tuque possède souvent un pompon et voilà pourquoi j’associe les deux expressions, car…

L’expression est : « Se calmer le pompon », « Calme-toi le pompon ! ».

Sa signification est : « Garde la tête froide », « Respire par le nez », « Baisse d’un cran (ou de plusieurs) ».

Lorsqu’on se promène avec une tuque à pompon sur la tête, ce qui est fréquent par chez nous à cause du froid omniprésent 6 mois sur 12, cet appendice est particulièrement visible. Et si la personne porteuse d’une tuque à pompon s’énerve, celui-ci branlera dans tous les sens, signe apparent de son état.

On utilise cette expression uniquement lors de circonstances qui ne sont pas tragiques, puisque c’est une façon humoristique de dédramatiser une situation qui ne le mérite pas nécessairement.

On ne l’utilise pas plus avec des inconnus, puisque ça demande un certain niveau de complicité. Si celui-ci dépasse les bornes, on voudra chercher à le calmer et cette expression risque d’attiser son agressivité en laissant paraitre futiles ou inexistantes les raisons de sa colère.

Elle s’utilise lorsqu’un lien d’autorité existe, comme un parent à son enfant. La formule fait moins outrageante, mais pas moins sérieuse.

En amitié, c’est un bon moyen de signifier qu’il serait temps de changer de ton, sans égard aux causes entrainant la valse musette du grelot attaché au sommet de sa tuque virtuelle.

Donc, si vous constatez que je pète les plombs dans un de mes articles, vous seriez en droit de le commenter en m’écrivant « LeCorbot, calme-toi le pompon ! »

Expressions québécoises – 1

On dit souvent du langage parlé des Québécois qu’il est coloré. Ayant été abandonnés par la mère patrie qui brada la Nouvelle-France pour quelques perruques, une partie de notre langage et héritage français remonte au temps de la colonie et n’a pas évolué depuis, ou a évolué de façon bien différente de celui parlé de l’autre côté de la Grande Flaque. Malheureusement, il s’est également enrichi d’une foule de termes anglais que le vainqueur nous a imposés et dont nous nous efforçons aujourd’hui d’évacuer de notre langage. Mais les habitudes sont tenaces, parfois pour le mieux, souvent pour le pire.

Plusieurs vieilles expressions d’origine française et d’autres, plus récentes, font toutefois le plaisir des touristes venus nous visiter et qui les entendent pour la toute première fois. J’essayerai à l’occasion de vous en faire connaitre quelques-unes en vous transmettant mon interprétation personnelle, donc celle d’un usager sur le terrain des vaches, pas nécessairement celle des linguistes.

J’aimerais également savoir si une autre expression véhiculant le même sens existe par chez vous. Alors, ne soyez pas timide et laissez un commentaire.

Pour la première expression bien québécoise, quoi de mieux que d’être de saison.

L’expression est : « Attache ta tuque ! »

Sa variante longue est : « Attache ta tuque avec de la broche ! ».

Sa signification est : « Prépare-toi, parce que ça va chauffer, brasser, secouer, surprendre ou décoiffer ».

Une tuque est tout type de bonnet, principalement en tricot de laine, avec ou sans rebord, avec ou sans pompon ou gland au sommet, avec ou sans cache-oreilles à la péruvienne, avec ou sans cordon. Même si au Québec on utilise ce mot depuis plusieurs siècles, il n’a eu droit à son entrée dans le dictionnaire français que très récemment. Donc, avoir besoin d’attacher sa tuque et a fortiori avec de la broche signifie qu’on risque de se faire décoiffer d’aplomb. Le décoiffage anticipé est plutôt utilisé au sens figuré, comme pour qualifier un film d’action ou pour tout événement sortant du commun ou à suspense. Il peut évidemment s’appliquer au sens propre, comme pour l’essai d’un nouveau manège, d’une voiture sport ou à l’exécution d’une performance élevée ou particulière.

Quant à la fameuse broche, ce n’est ni un bijou, ni un instrument de tricotage, ni un outil pour la cuisson ni une agrafe. On nomme ainsi inadéquatement du fil métallique utilisé pour fabriquer du grillage à poulailler, du fil barbelé, etc.

Alors si vous venez nous visiter, sortez l’expression à un moment opportun, elle vous rendra instantanément hyper sympathique. Et n’oubliez pas de vous acheter une jolie tuque en souvenir, question de l’attacher à votre tête avec de la broche afin d’affronter les grands vents d’hiver ou avant de visionner le dernier Star Wars ou même avant de rentrer trop tard à la maison.

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Les dessous intimes de la poésie

Au festival des « Correspondances d’Eastman » dont je parlais dans l’article précédent, j’ai assisté à un atelier sur la poésie. Le titre en était « Alchimie de la langue » et présentait trois poètes dont deux étaient également professeurs de littérature. L’atelier s’est déroulé en enfilant les questions en rotation et s’est terminé par quelques-unes du public.

Le panel a répondu à l’analogie entre la poésie et l’alchimie, puis sur leurs sentiments et leurs inspirations en tant que poète. Il y avait beaucoup d’humilité et parfois même de la gêne à discuter de leurs parcours, non pas celui des faits, mais celui des émotions ressenties durant la composition à différentes étapes de leur cheminement.

Ce n’est pas un secret de dire que la poésie est largement boudée, même des lecteurs assidus. Cette défection s’explique parfois, et même souvent, par l’hypothèse de l’indéchiffrable. La poésie est-elle la musique contemporaine de la littérature ? La chimie organique des mots ? Les tenseurs einsteiniens du verbe ? Des sujets tellement admirables que nous gardons nos distances sous peine d’être assaillis par leur hermétisme qui nous fera sentir inculte ou incapable de découvrir le sens profond abrié par de nombreuses strates d’expressions imagées et inventées pour l’occasion. Puis, comme cela m’arrive parfois, un sentiment contradictoire, un inconfort étrange et subit recouvre ma vision d’un voile diaphane. Plus j’écoute les trois poètes et plus je commence à percevoir une autre explication possible que la seule crainte de l’inintelligibilité.

Avant de poursuivre, voici un renseigment me concernant. J’intègre dans mes livres plusieurs poèmes qui servent à faire diversion. Je ne me considère pas comme un poète pour autant, car le but que je me fixe n’est pas de leur faire jouer un rôle fondamental dans la trame des bouquins. Ils sont plutôt des apartés, des trous normands, des haltes routières, même si parfois ils peuvent déranger, brasser les cages ou émouvoir. Et à ceux pour qui la poésie dérange, ils peuvent parfaitement jouer à saute-mouton sans rien perdre d’essentiel. Je n’ai jamais composé de poèmes en fouillant dans mes propres tripes pour en étaler le contenu sur du papier. En clair, je ne divulgue rien de strictement intime, car ma poésie est celle de mes personnages. Et c’est ce terrible constat alors que j’étais face aux trois poètes qui m’a secoué. Ne parlent-ils pas que d’eux, rime après rime, strophe après strophe, poème après poème et livre après livre ?

La conséquence de cette prise de conscience s’est fait sentir sous la forme d’une question qui m’a immédiatement interpellé. Est-ce que les lecteurs fuient la poésie par pudeur ? J’utilise ici la seconde définition de ce mot tirée du Grand Robert : « Gêne qu’éprouve une personne devant ce que sa dignité semble lui interdire ». Les lecteurs ne veulent peut-être pas entrer en contact étroit, intime, fusionnel avec les poètes par l’entremise de leurs émotions dénudées et leur intimité étalée. Leur révulsion instinctive vient peut-être de leurs peurs de trouver des egos dépecés jusqu’à l’os, disposés en strophes sur des lamelles puis observés sous microscope à fort agrandissement. Leur crainte serait que les poètes ne respectent pas une distance raisonnable et elle s’exprimerait par leur désintéressement ou leur fuite devant l’abominable poésie, indépendamment du poème.

Voici donc quelques questions pour vous. Aimez-vous la poésie ? En lisez-vous fréquemment ? Quels sentiments vous habitent face à la poésie ? Êtes-vous d’accord avec mon hypothèse voulant que le lecteur repousserait une intimité indésirée ? Je vous encourage à laisser un commentaire.

Yes we march !

Pourriez-vous le croire, ce slogan n’a pas été créé par un anglophone. Il ne s’adresse pas non plus à des anglophones. L’auteur de cette horreur est Français et elle s’adresse à la diaspora française ayant élu domicile au Québec pour les inciter à voter Emmanuel Macron à la présidentielle française.

Je croyais à un canular tellement ce mauvais jeu de mot entre les slogans « En marche » et « Yes we can » est d’une bêtise absolue. Il démontre cette espèce de fascination morbide que certains Français ont envers l’anglais. Mais il démontre surtout, et c’est le pire, l’absence totale de respect pour leur propre langue maternelle.

Ceux qui s’adonnent à faire ces salamalecs devant leurs anciens ennemis sont d’ores et déjà assimilés. Si ce n’était que d’eux, le français serait déjà devenu une langue morte. Bien entendu, ils se défendront en récitant des excuses absurdes, les mêmes qu’ils ne cessent d’utiliser chaque fois que leurs paroles s’enrichissent de mots et d’expressions anglais au détriment de leurs équivalents français. « vous vous en faites pour des riens », « ce n’est qu’une toute petite phrase », « le français ne disparaitra quand même pas pour si peu ». L’excuse officielle donnée par l’anglophile auteur de ce slogan est que « nous sommes tout de même en Amérique ! ». Je vais donc lui répondre dans sa langue d’emprunt: « go to hell ». S’il l’ignore, une partie de l’Amérique est toujours francophone. Les Français qui y élisent domicile ne deviennent pas des anglophones au moment où ils foulent le sol québécois du simple fait que ce coin de pays est situé en Amérique. Les Français vivant ici méritent de se faire parler en français, en bon français.

Tout commence par une simple attraction. Mot après mot, expression par expression, comprendront-ils un jour que c’est exactement de cette façon qu’un peuple devient assimilé et que sa culture finit par disparaitre au fil du temps !

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De l’usage et de l’avenir du français.

Cet article fait suite à celui intitulé « La langue des Gaulois d’Amérique ».

Bien sûr, la langue française continuera de s’épanouir, en partie par ses emprunts, comme ce fut toujours le cas. Mais alors, où se situe le point de non-retour au-delà duquel une langue s’éteint ? Effectivement, le français est empreint de latin, de grec, de perse, d’anglais, d’italien, d’espagnol et d’une quantité importante de mots d’autres origines. Si elle s’était cantonnée, elle aussi serait disparue. Son évolution future l’amènera-t-elle à mieux repousser son extinction ou, au contraire, s’éteindra-t-elle pour avoir été trop libertaire la rendant ainsi trop facilement assimilable ? Question sans réponse dans l’immédiat. Quoi qu’il en soit, parler notre langue, l’écrire, la diffuser, l’exiger, la défendre, la faire évoluer, sans relâche, le plus souvent, le plus loin, le mieux possible, tout francophone devrait souscrire à ces obligations au meilleur de ses capacités. C’est par une vigilance de tous les instants et par nos efforts mis en commun que la langue française demeurera vivante, belle et utile.

Le français se situe au sixième rang des langues les plus parlées, loin derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si elle n’est pas encore en voie d’extinction, elle est indéniablement en danger. Nous ne devons jamais croire qu’elle subsistera toujours. Par conséquent, chaque attention que nous lui portons a son mérite. Parmi ceux-ci, la création de néologismes revêt une importance stratégique, car ce sont par eux que les langues restent vivantes. Nous trainons toujours de la patte, surtout dans le domaine des technologies qui concentre la grande majorité des néologismes. Nous en venons ainsi à utiliser le terme anglais malgré sa lexicologie française déficiente. On n’a qu’à penser à « e-mail ». Au Québec, on a inventé le mot-valise « courriel », en parlant du courrier électronique. Ça ensuite permis d’inventer le mot « pourriel » dont la signification ne vous échappera certainement pas.

Enfin, pour assurer l’avenir du français, dès qu’il sera possible, nolisons plusieurs grands vaisseaux spatiaux, emplissons-les de colons francophones et envoyons-les peupler une nuée d’exoplanètes. À défaut d’avoir gagné la bataille ici-même, donnons au moins la chance au français de refleurir ailleurs. Et qui sait si un jour, les Kepleriens, les Proximiens ou les Béréniciens auront des troupes de théâtre présentant Les Précieuses ridicules, La Cantatrice chauve ou Les Belle-sœurs ? Quel beau cadeau à donner à la communauté intersidérale que léguer une langue et une culture ayant la richesse du français. Ce présent pourrait aussi convaincre un possible Gouvernement des Planètes Fédérées que le sort de l’humanité vaut mieux que celui réservé aux peuples belliqueux assoiffés de pouvoir et insensibles à la destruction de leur planète dont nous sommes les indignes et sauvages représentants. Une langue belle et riche pourrait servir à sauver notre espèce d’une éventuelle action punitive extrême, surtout lorsque cette langue possède tous les atouts nécessaires à son utilisation… en diplomatie.

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La langue des Gaulois d’Amérique

Je suis d’origine québécoise, mes ancêtres sont français et amérindiens. Quand j’étais jeune, tous les gens ordinaires parlaient joual. Ce mot provient de la déformation du mot « cheval ». À l’instar du créole, le joual est un mélange de langues. Dans ce cas précis, le joual louvoie entre le français, le vieux français et l’anglais. Rajoutez-y une grammaire bicéphale, une prononciation lâche sur un fort accent breton moyenâgeux et vous obtenez un résultat plutôt incompréhensible pour les gens d’autres origines.

Durant les décennies 1960 et 1970, la révolution tranquille, c’est le nom qu’on a donné à notre affirmation comme peuple distinct libéré des jougs de l’Église catholique et de la domination anglaise, nous a rapprochés de nos origines françaises. Nous avons peu à peu épuré notre langue des mots et des expressions anglaises de mauvais aloi. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui, car la culture a de la mémoire. Qui plus est, nous sommes 8 millions d’individus rassemblés sur un territoire entouré d’un océan de 400 millions d’anglophones. L’on constate bien évidemment que l’anglais est fortement prisé, il permet mieux que d’autres langues, dont le français, d’inventer des néologismes. À une époque où la technologie avance à un train d’enfer, le français peine à suivre le rythme de création des mots-valises et des acronymes composés à partir de mots techniques.

Tâche difficile pour un peuple géographiquement isolé de protéger sa langue face à une autre langue dont ses hégémonies tant géographique que technologique la rendent si attractive. Nous avons créé des institutions et avons voté des lois pour soutenir notre langue. Nous encourageons les immigrants à parler français. Nous le mettons en valeur, nous l’embellissons, nous y apportons notre contribution et nous travaillons sans relâche à contrer la puissance d’assimilation de l’anglais. Ainsi, nous nous empressons à créer des néologismes lorsqu’un mot anglais, souvent technique, cherche à s’imposer. Nous forçons l’usage des bons mots français ou des bonnes expressions françaises lorsqu’ils existent. Nous produisons nos propres émissions de radios, de télé, nos propres films, notre propre théâtre. Nous écrivons et éditons des tas de livres, malgré leur faible rentabilité. Nous nous efforçons d’être à l’affût des pièges linguistiques qui finissent par dénaturer une langue. Bien sûr, l’anglais reste incontournable qu’on soit Chinois, Russe, Argentin, Finlandais ou Québécois. Paradoxalement, le pourcentage de Québécois parlant couramment l’anglais est en forte hausse depuis notre révolution tranquille, car nous ne combattons pas le bilinguisme, nous combattons l’absence du français. Nous combattons l’anglicisation des allophones au détriment de leur francisation. Nous exigeons de travailler en français, de nous servir en français dans les boutiques, les restaurants et nos institutions logeant sur notre territoire. Plus qu’ailleurs, l’image de l’irréductible village gaulois convient très bien au peuple québécois faisant face à l’envahisseur anglophone omniprésent. Nos caricaturistes montrent d’ailleurs régulièrement nos dirigeants portant les habits de l’un ou de l’autre des personnages de la fameuse bande dessinée. Dans le prochain article, j’aborderai l’évolution de la langue française et son avenir.