Gamines pensées, société puérile

La pensée humaine moderne reste tributaire de celle de nos ancêtres, c’est-à-dire les chasseurs-cueilleurs, puis des agriculteurs-éleveurs. Malgré toute notre évolution technologique et scientifique, nous continuons de penser comme eux, de placer nos priorités aux mêmes endroits et de prendre les mêmes moyens qu’eux pour réaliser nos projets. Voilà probablement la raison profonde de nos échecs actuels.

1200px-Kirikoraha_ceremony._Wellcome_M0005264

La société a technologiquement évolué sans progresser dans ses paradigmes. Ceux-ci se sont avérés valables à d’autres époques et pour d’autres conditions, mais maintenant ils plombent nos projets d’avenir en nous ramenant constamment à ne regarder qu’à court terme, jusqu’au prochain repas, jusqu’à la prochaine chasse, jusqu’à la prochaine saison des semailles ou des récoltes.

Aujourd’hui, nous devons nous donner des défis indépendants des politiciens et de leurs considérations presque uniquement centrées sur leur réélection. La société a besoin de projets vus, prévus, planifiés et réalisés sur le long terme.

2018-02-28-185030

Tous les quatre ans, on change la couleur des fusées et leur destination, bien plus pour des considérations d’héritage politique que pour atteindre des objectifs scientifiques et sociologiques.

Les oligarques imposent leurs vues et leurs objectifs à l’ensemble des citoyens. S’ils détestent l’épeautre, gagez que nous ne verrons jamais de pains composés d’épeautre sur les rayons des marchés. S’ils détestent l’énergie solaire, il végètera au fond des labos désœuvrés. S’ils aiment les armes, le monde vivra en guerre permanente, peu importe les efforts adverses. S’ils se foutent de l’environnement parce qu’ils se montrent incapables de comprendre comment ils peuvent en tirer profit, nous resterons tous et toujours des pollueurs exemplaires.

Force est de constater que nos vrais dirigeants, les oligarques, nous prouvent jour après jour leur incapacité à regarder au-delà du prochain trimestre et nous les laissons nous diriger, nous dire ce que nous devons faire, nous dire quoi penser, nous dire quoi aimer, nous dire comment vivre et comment mourir. Nous pensons et agissons comme des gamins, alors nous en sommes.

118561724_o.jpg

Voilà où en est rendue la société humaine. En fait, elle est rendue nulle part puisqu’elle n’a pas progressé d’un seul pas depuis l’Antiquité, depuis les grottes et même depuis les savanes. Nous avons donné nos sociétés sans rien recevoir en échange à une bande d’enfants gâtés, égoïstes, totalement imbus de leur rang, incapables de la moindre empathie, du moindre projet rassembleur, des moindres pensées progressistes et nous les suivons comme s’ils pouvaient nous apporter le bonheur alors qu’ils nous enlisent dans la mouise la plus débilitante et la noirceur la plus totale.

chasseurs-cueilleurs-1

Nous ne reconnaitrons jamais nos erreurs, tout d’abord celle qui consiste à se laisser diriger par une bande de junkies à l’argent, et ensuite celle de continuer à les suivre docilement jusqu’au précipice où ils nous laisseront nous bousculer jusqu’à tous s’y précipiter de gré ou de force.

Ce dernier constat est pour moi le pire à accepter. Reconnaitre ses erreurs, ses gaffes, ses faiblesses est une étape essentielle dans un processus d’évolution et la société humaine actuelle reste totalement imperméable à l’autocritique et absolument incapable de choisir de nouvelles directions.

птица-archaeopteryx-доисторическая-25156158

Bien que les dinosaures aient dominé sur Terre pendant 165 millions d’années, ils n’ont pas pu s’adapter suffisamment rapidement aux nouvelles conditions, sauf une petite branche pourtant bien plus fragile, les espèces aviaires qui nous ont donné tous nos oiseaux actuels.

L’humain agit en prédateur suprême. Toutes les espèces ayant porté cette étiquette, leurs os ont terminé entre deux couches géologiques, sauf le requin ! Nous sommes les prochains sur la liste. L’Anthropocène, ou si l’on préfère le Meghalayen, aura été de très courte durée, quelques centaines d’années tout au plus.

À moins que nos sociétés se dotent d’outils pour briser leur dépendance absolue face à cette bande de caïds juste bonne à répéter la même recette ad nauseam. Cette recette, évidemment, est celle qui les avantage tout particulièrement, raison de leur collage à l’époxy sur leur siège rembourré au papier-monnaie. Que croyez-vous réellement? Qu’ils décolleront d’eux-mêmes de leur confortable siège? Qu’ils amèneront la société quelque part ailleurs où il fait meilleur? Qu’ils possèdent une vision cohérente et perspicace du futur? Votre réveil s’avérera méchamment brutal si vous croyez à ces âneries.

Notre naïveté ne peut pas durer éternellement. Notre dépendance aux décisions d’une minorité confirme notre statut de gamins. Agissons en vrais adultes, relevons nos manches et attaquons les problèmes à la racine. Enfin, donnons-nous des objectifs clairs et indépendants des classes politiques et oligarchiques. Déterminons ensemble des objectifs de société et réalisons-les, pour le bien de notre société et de tous ses citoyens.

Lorsque nous renverserons la vapeur et que ce sera la société qui dira aux oligarques et aux politiciens quoi faire et comment le faire, nous commencerons à vivre dans une société adulte. En attendant, nous ne faisons que jouer aux billes !

tre-em11-1

Cool, pas cool !

Je veux vous parler aujourd’hui de la langue française et de sa lente mais indéniable assimilation.

Un mot après l’autre, une expression après l’autre, une phrase après l’autre, un anglicisme après l’autre, une mauvaise traduction après l’autre, une absence de néologisme après l’autre, un emprunt après l’autre, voilà comment se produit l’assimilation d’une langue et finalement sa disparition.

L’assimilation, ce n’est pas cool. Utiliser des mots de langue anglaise alors que leur équivalent français existe, ce n’est pas du tout cool.

Les titres anglophones donnés à des articles francophones pullulent partout dans les blogues. Nous trouvons ça plutôt cool. L’assimilation, c’est exactement le fait de trouver cool l’utilisation d’une autre langue que la sienne. Nous croyons la langue française suffisamment forte pour qu’elle évite l’assimilation et pourtant nous la faisons disparaitre un peu plus chaque jour.

L’agent d’assimilation, ce n’est pas seulement notre voisin, ni l’Américain, ni le Brit, ni le cinéma, ni la télé. Non, l’agent assimilateur, c’est nous-mêmes d’abord et avant tout. Par snobisme, nous utilisons une expression populaire anglaise sans chercher à la traduire et à la rendre aussi élégante dans notre propre langue. Nous ne faisons pas l’effort de trouver le mot français existant équivalent. Nous adoptons les néologismes anglais dont la construction du mot ne respecte aucune règle du français, comme e-mail. Nous faisons fi des traductions convenant mieux à notre langue pour lui préférer le mot anglais. Si le mot français inventé ne s’origine pas de la mère Patrie, il ne sera pas adopté.

Françaises et Français, vous êtes déjà assimilés à la culture et à la langue anglaise et vous feignez l’ignorance. Vous jouez aux snobs, aux babas cool, plutôt que de défendre votre langue. Vous dépensez plein d’énergie à la dévaloriser et ne mettez aucun effort à la protéger simplement en l’utilisant adéquatement, en évitant de larder vos textes de mots, de termes et d’expressions de langue étrangère alors qu’existent d’excellents équivalents français et meilleurs la plupart du temps.

Écrire notre langue, c’est une histoire de respect, tout d’abord envers nous-mêmes, envers nos parents, notre culture, nos origines, notre histoire, notre peuple, les écrivaines et écrivains qui nous ont précédés. Le plus désolant est de constater que les anciennes batailles menées pour la protéger, la diffuser, l’enseigner ne pèsent plus rien, nous indiffèrent, nous emmerdent.

Moindre effort, paresse, manque de vigilance, jemenfoutisme, snobisme, nous utilisons toutes ces mauvaises raisons pour écrire en franglais. C’est exactement de cette façon que les langues disparaissent actuellement, que les langues ont disparu dans le passé et que le français disparaitra.

Lorsqu’il ne restera plus que les académiciens, les linguistes et les chercheurs pour comprendre notre langue, ils se demanderont quel événement charnière a causé la dérive et la disparition de l’usage du français.

Je peux facilement répondre à cette question. L’événement charnière, c’est le titre anglais de votre prochain article de blogue, car l’usage est le moteur des changements et votre participation à ce petit jeu constitue tout sauf un geste anodin. Malgré qu’il soit très lourd de conséquences, vous tentez de minimiser sa portée, son importance et son influence.

Si l’influence de l’usage de l’anglais est si minime, pourquoi alors angliciser les textes? On utilise l’anglais justement parce qu’on recherche une portée plus forte, un impact plus puissant, plus d’exotisme. Donc on use de l’anglais en sachant parfaitement que sa portée, son importance et son influence sont tout sauf anodines, et ce malgré les dénis outragés. Voilà exactement comment agit un agent d’assimilation, il agit en faveur de l’anglais tout en niant nuire au français.

En pensant que votre titre anglais est plus précis, résume mieux votre contenu, définit mieux votre pensée, c’est que votre pensée est déjà assimilée. La langue française peut exprimer tout ce que vous voulez avec la précision, l’intensité et l’émotion désirées. Nul besoin de recourir à l’anglais. Votre cerveau a déjà accepté d’adopter cette langue et a déjà entamé le processus d’oubli du français en le dévalorisant insidieusement sous des airs cool. 

En immergeant un concombre dans le vinaigre, il n’existe aucun moment charnière où celui-ci se transforme soudainement en cornichon. Voilà comment une langue se perd, se noie et meurt, en transformant ses atomes un à la fois, un simple mot à la fois, un simple titre de blogue à la fois.

Utiliser l’anglais dans le titre de son blogue et dans son contenu, c’est pas chouette, c’est pas chic, c’est pas tendance, ni sympa, ni rigolo, ni super, ni extra, ni épatant! L’un ou l’autre de ces mots français remplace avantageusement le mot cool selon les circonstances. Les nuances s’en voient ainsi multipliées.

J’ai sciemment utilisé le mot cool dans le titre afin d’aborder le processus d’assimilation en cours. Cool est maintenant entré officiellement dans le dictionnaire français alors que si nous avions choisi d’utiliser l’un ou l’autre des multiples termes français aptes à le remplacer, ce mot littéralement peu évocateur du sens qu’on lui donne serait resté du côté anglais et nous n’aurions rien perdu puisque nous n’avons rien gagné en choisissant d’utiliser ce mot étranger. Au contraire, nous avons perdu au change en délaissant la richesse de notre langue qui nous proposait déjà un florilège d’équivalences adaptées à toutes les occasions.

Une histoire d’univers parallèles

Aujourd’hui je vous présente une histoire maintes fois reprise sur la toile tendant à prouver que des univers parallèles existent. À la fin de cet article, je vous donne mes raisons pour lesquelles cette histoire devrait être crue ou, au contraire, être considérée comme un canular.

SE.161_Languedoc_LeB_1951

L’inconnu venu de… de… ?

Aéroport de Haneda, Tokyo, 1954. Un homme caucasien d’âge moyen portant des vêtements élégants se présente aux douanes après son vol en provenance d’Europe. Il explique en être à son troisième voyage d’affaires à Tokyo cette année. Sa langue maternelle est le français, mais il parle correctement le japonais et plusieurs autres langues. Son sac de voyage contient des billets de banque de plusieurs pays, confirmant ses habitudes de grand voyageur.

Mens-Double-breasted-Vested-Suit-25525.jpg

Jusqu’ici, rien de bien étrange jusqu’à ce qu’il réponde à la question sur son pays d’origine et présente son passeport. Il affirme provenir d’un pays appelé Taured, ce que son passeport maintes fois estampé de visas variés semble confirmer. Les agents lui répondent qu’aucun pays au monde ne porte ce nom. L’individu situe pourtant Taured entre la France et l’Espagne.

andorre

Il dit avoir un rendez-vous d’affaires avec une compagnie dont le nom n’apparait nulle part dans les différents registres japonais. Par contre l’hôtel où il devait résider existe bien, mais celui-ci ne retrouve aucune trace d’une réservation au nom du monsieur. Le nom de la banque nippone apparaissant dans son calepin n’a jamais existé.

L’homme croit avoir affaire à une farce élaborée et se moque des agents qui lui pointent sur la carte la Principauté d’Andorre, le lieu probable du pays qu’il s’entête à nommer Taured. Il jure n’avoir jamais entendu parler d’un pays nommé Andorre. D’après lui, Taured correspond bien à l’actuelle Principauté d’Andorre, mais le pays se nomme Taured depuis plus d’un millier d’années.

Andorra_Map

Les douaniers décontenancés le logent pour la nuit sous bonne garde dans un hôtel proche tout en conservant ses papiers dans une salle sécurisée de l’aéroport, le temps de savoir quoi faire avec cet énergumène venant d’un pays inconnu, mais muni d’un passeport et d’un permis de conduire prouvant le contraire.

Le matin suivant, l’homme s’est volatilisé alors qu’il n’a pas pu quitter sa chambre fortement gardée. Pire, tous ses effets personnels et même ses papiers laissés en sécurité à l’aéroport ont subi le même sort. C’est comme si toute cette affaire n’avait jamais existé.

Les douaniers n’ont écrit aucun rapport officiel sur cet événement, ce qui rend sa véracité suspecte. Toutefois, il aurait été surprenant qu’ils fassent exprès pour faire des fous d’eux-mêmes. Cependant, cette histoire remontant à 1954 semble avoir été oubliée jusqu’en 1981 où elle apparait dans le livre The Directory of Possibilities. Ni le nom de l’individu, ni la compagnie aérienne, ni le numéro du vol, aucune information permettant des recherches ne semblent avoir remonté jusqu’à nous.

many_worlds

Preuve d’univers parallèles ou tentative pour nous y faire croire?

Cette histoire est reprise des tas de fois sur internet, principalement sur des sites ésotériques où l’existence d’univers parallèles est défendue avec convictions.

Je n’ai rien contre le concept d’univers évoluant dans des dimensions parallèles, j’en ai contre le parallélisme des histoires de ces mondes. Dans tous les exemples répertoriés, on nous présente des mondes quasi identiques mis à part quelques détails. Je vais expliquer pourquoi cet élément constitue le talon d’Achille de ces histoires.

La divergence

Il faut savoir distinguer des univers parallèles et des histoires d’univers parallèles.

Dans cette histoire, Taured existe depuis plus de 1000 ans. L’univers parallèle serait donc au moins aussi vieux. Cela signifie que les deux mondes, le nôtre et celui du voyageur, ont eu le temps de diverger depuis autant d’années. Puisque le hasard ne peut s’appliquer de manière identique dans deux univers et que nous sommes sous l’emprise des lois du hasard, de légères différences seraient apparues dès l’apparition de l’univers parallèle. Celles-ci auraient entrainé quelques changements qui se seraient additionnés à de nouvelles variations pour créer des réalités de plus en plus divergentes.

Exponentielle est la divergence

Tous les systèmes cumulatifs créent des divergences exponentielles entre eux. En mille ans, les différences accumulées auraient créé un monde si différent qu’on ne reconnaitrait plus qu’il provient du nôtre. Ce ne sont donc pas quelques différences superficielles, mais bien des univers totalement différents qui nous apparaitraient après mille ans de divergences.

Exponentielle.png

Le saut interunivers

Je ne réfute pas la probabilité de sauter d’un univers à un autre. Par contre, le fait qu’un seul individu voyageant en avion en compagnie de centaines d’autres se soit retrouvé aspiré par le nôtre m’apparait pour le moins suspect. Qui plus est, ses bagages l’auraient miraculeusement suivi dans ce saut. Pour un heureux hasard, c’en est tout un! À croire que l’inanimé possèderait une conscience capable de suivre son maitre. Avoir su, je n’aurais jamais perdu un seul bagage lors mes voyages en avion. J’avais juste à leur demander gentiment de me suivre partout où j’irais.

La disparition

D’autre part, comment interpréter sa disparition de la chambre d’hôtel et celle de ses papiers à l’aéroport? Un nouveau saut parfaitement bien synchronisé qui l’aurait ramené dans son monde, lui, ses bagages et ses papiers? Peut-être ont-ils subi un anéantissement pur et simple à cause d’une incapacité de subsister ici? Pourquoi alors cette disparition serait survenue durant la nuit et pas avant à l’aéroport?

maxresdefault-3

1954 et 1981

Les 27 ans séparant les faits de leur publication me rendent suspicieux. On ne peut remonter dans les archives des compagnies aériennes de l’année 1954 où le transport aérien était bien différent d’aujourd’hui et les ordinateurs quasi inexistants. Cette histoire manque cruellement de détails et on ignore par qui et comment elle a pu avoir été transmise durant ces 27 ans.

Taured vs Andorre

La création d’Andorre date de l’année 780 et son paréage a eu lieu en l’an 1278 grâce à Charlemagne. Les origines présumées de Taured concordent donc avec celles d’Andorre. Cependant ce millénaire de divergence pose le problème inverse, celui de la trop grande ressemblance. Le terme Taured pourrait provenir de l’arabe [t’awr] signifiant montagne, parfaitement compatible avec le paysage de cette plus petite principauté d’Europe nichée dans les Pyrénées.

Cette divergence somme toute mineure paraitra plausible aux yeux des gens. Petit territoire, petite histoire, petite divergence qui ne remettent pas en cause les ressemblances conservées entre les deux univers. Mêmes pays mis à part le nom Taured, mêmes monnaies, mêmes langues, mêmes types de transport, tout est semblable à quelques exceptions près. Andorre recyclée en Taured ne choquera pas la sensibilité de la majorité des lecteurs. Pourtant, c’est justement cette trop petite différence entre les deux mondes qui rend cette histoire plus que suspecte.

Mon verdict

Pour ces raisons, je considère cette histoire inventée de toute pièce, son auteur commettant la même gaffe que presque tous les autres créateurs de mondes parallèles (Fringe, Sliders) qui s’entêtent à engendrer des mondes trop semblables, trop crédibles pour être véridiques. Mais aux yeux des spectateurs et des lecteurs, les histoires trop divergentes perdraient tout intérêt.

Et comment réussir à nous faire croire à l’existence d’univers parallèles sinon en nous présentant des histoires quasi parallèles? Certainement pas avec une probabilité bien plus réaliste, celle d’univers très divergents! Comme quoi, il est facile de se faire duper si on omet d’analyser tous les détails d’une histoire.

Divergence

À trop vouloir une histoire crédible…

Ici, l’erreur est récurrente et commune à presque toutes ces prétendues preuves, les auteurs créant des histoires trop parallèles pour des univers parallèles, car ils se fourvoient entre le parallélisme d’existence et le parallélisme événementiel impossible à préserver, car il est en partie mu par le hasard et rapidement l’histoire divergera exponentiellement avec le temps qui passe.

Les promesses impériales

Tous les empires se créent et se développent autour de promesses faites aux gens qu’ils désirent intégrer, enrôler, embrigader. Parfois, pas très souvent, les promesses restaient modestes, réalistes et tenues durant longtemps. D’autres ne furent qu’un tissu de mensonges rapidement consumé, des étoiles filantes. La plupart des empires ont entretenu des illusions par l’usage de croyances religieuses d’autant plus indiscutables qu’elles étaient imbéciles. Les promesses attirent les esprits et les religions les incarcèrent.

828inkvizicija.jpg

Aujourd’hui, ce processus demeure valide et les deux garanties essentielles données par les empires à leurs citoyens n’ont pas changé. Sécurité et prospérité sont les deux mamelles impériales primordiales auxquelles s’abreuve le peuple captivé, mais captif.

Pour respecter la seconde promesse faite à leurs citoyens, celle de la prospérité, les empires ont besoin de s’étendre. Pour l’obtenir, les guerres représentent le moyen privilégié de toujours. Cependant, elles fragilisent la promesse de sécurité, puisqu’elles créent de nombreux ennemis prêts à tout pour récupérer les spoliations.

soldat-byzantins-5-6-eme-sic3a8cle1

Ainsi, les empires transportent les germes de leur propre fatalité en se bâtissant sur deux oppositions irréconciliables. Voilà pourquoi tous les empires ont fini et finiront par mourir malgré leur puissance et leur hégémonie. L’illusion pourra durer, elle ne persistera jamais.

L’histoire neutre met en lumière ces lentes descentes, celles des Grecs, des Romains, des Mongols, des Teotihuacanais, des Espagnols, des Français, des Anglais, des Japonais, des États-Uniens, etc. et elles se ressemblent toutes plus ou moins. Elles sont dues aux dilutions des forces, parfois retardées par des moyens technologiques supérieurs à ceux des adversaires, mais jamais entièrement suffisants pour éviter l’affaiblissement systémique.

9.jpeg

Mais si les empires titubent bien avant leur chute, le coup de grâce a souvent été assené par une cause non humaine. Dans bien des cas, ce fut l’œuvre d’une catastrophe naturelle qui a brisé définitivement certaines promesses impériales et par conséquent la confiance du peuple envers leur protecteur.

Volcanisme, séismes, météorisme et inondations ont apporté destructions globales, famines, maladies épidémiques, périodes prolongées de gel, invasions d’insectes, déchirures du tissu social et déchéances. L’histoire est remplie de ces corrélations entre disparitions d’empires et cataclysmes puisque l’illusion de sécurité nourrie par l’apaisement des dieux ne persiste toujours qu’un certain temps. La Nature agit sans notre consentement, sans se préoccuper de nos prières ni de nos implorations.

cropped-pinatubo1991.png

Aujourd’hui, rien n’a changé et les empires actuels sont en voie d’être remplacés par d’autres plus primitifs encore, faisant miroiter les mêmes idioties séculaires.

La durée d’une vie humaine est passablement courte, c’est bien connu. Les empires resteront donc toujours attractifs, car les gens pensent pour les prochaines dizaines d’années, jamais bien au-delà. Alors, vaut-il mieux croire aux avantages des empires ou non? Les empires ne représentent que des trains, pas des destinations. Simplement, ne pas se bercer de leurs illusions et s’estimer chanceux si leur destruction ne survient qu’après notre mort, cette seule et vraie destination.

De l’usage et de l’avenir du français.

Cet article fait suite à celui intitulé « La langue des Gaulois d’Amérique ».

Bien sûr, la langue française continuera de s’épanouir, en partie par ses emprunts, comme ce fut toujours le cas. Mais alors, où se situe le point de non-retour au-delà duquel une langue s’éteint ? Effectivement, le français est empreint de latin, de grec, de perse, d’anglais, d’italien, d’espagnol et d’une quantité importante de mots d’autres origines. Si elle s’était cantonnée, elle aussi serait disparue. Son évolution future l’amènera-t-elle à mieux repousser son extinction ou, au contraire, s’éteindra-t-elle pour avoir été trop libertaire la rendant ainsi trop facilement assimilable ? Question sans réponse dans l’immédiat. Quoi qu’il en soit, parler notre langue, l’écrire, la diffuser, l’exiger, la défendre, la faire évoluer, sans relâche, le plus souvent, le plus loin, le mieux possible, tout francophone devrait souscrire à ces obligations au meilleur de ses capacités. C’est par une vigilance de tous les instants et par nos efforts mis en commun que la langue française demeurera vivante, belle et utile.

Le français se situe au sixième rang des langues les plus parlées, loin derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Si elle n’est pas encore en voie d’extinction, elle est indéniablement en danger. Nous ne devons jamais croire qu’elle subsistera toujours. Par conséquent, chaque attention que nous lui portons a son mérite. Parmi ceux-ci, la création de néologismes revêt une importance stratégique, car ce sont par eux que les langues restent vivantes. Nous trainons toujours de la patte, surtout dans le domaine des technologies qui concentre la grande majorité des néologismes. Nous en venons ainsi à utiliser le terme anglais malgré sa lexicologie française déficiente. On n’a qu’à penser à « e-mail ». Au Québec, on a inventé le mot-valise « courriel », en parlant du courrier électronique. Ça ensuite permis d’inventer le mot « pourriel » dont la signification ne vous échappera certainement pas.

Enfin, pour assurer l’avenir du français, dès qu’il sera possible, nolisons plusieurs grands vaisseaux spatiaux, emplissons-les de colons francophones et envoyons-les peupler une nuée d’exoplanètes. À défaut d’avoir gagné la bataille ici-même, donnons au moins la chance au français de refleurir ailleurs. Et qui sait si un jour, les Kepleriens, les Proximiens ou les Béréniciens auront des troupes de théâtre présentant Les Précieuses ridicules, La Cantatrice chauve ou Les Belle-sœurs ? Quel beau cadeau à donner à la communauté intersidérale que léguer une langue et une culture ayant la richesse du français. Ce présent pourrait aussi convaincre un possible Gouvernement des Planètes Fédérées que le sort de l’humanité vaut mieux que celui réservé aux peuples belliqueux assoiffés de pouvoir et insensibles à la destruction de leur planète dont nous sommes les indignes et sauvages représentants. Une langue belle et riche pourrait servir à sauver notre espèce d’une éventuelle action punitive extrême, surtout lorsque cette langue possède tous les atouts nécessaires à son utilisation… en diplomatie.

Lire la suite « De l’usage et de l’avenir du français. »