Expressions québécoises – 5

Pour mon dernier article de l’année, un sujet bien de saison et particulièrement pertinent en ce moment où un froid intense touche Montréal depuis plusieurs jours.

À l’heure où j’écris ces phrases, il fait -23 °C et une sensation de -30 °C sur la peau. À cette température, la neige au sol crisse sous les pas. Les narines se bloquent. L’air donne une sensation de brûlure aux voies respiratoires. Les joues rosissent avant de picoter, premier signe d’une éventuelle engelure.

Nous sommes sous l’influence d’un intense vortex polaire (voir photo) créant une immense poche de froid qui descend très au sud. Le cher président américain en profite pour se moquer du réchauffement climatique, oubliant les feux intenses qu’a une fois de plus connus la Californie.

L’expression est : « Fa frette » ou « Fa frette en ta… »

Malgré deux termes musicaux, la note fa et la frette d’un instrument à cordes, l’expression n’a rien à voir avec ce champ d’activité.

La signification est : « Il fait très froid », « On se les gèle », « Il fait froid en [rajouter votre juron préféré] ».

Le « fa » est le verbe « fait ». J’ignore totalement pourquoi le mot froid s’est transformé en « frette » lorsqu’il fait très froid, mais on obtient ainsi une échelle de froid commençant par « frais », puis « froid » et enfin « frette ».

Pour le « ta… », c’est la première syllabe d’un juron québécois tiré (comme toujours) des mots d’Église, en l’occurrence le célèbre « tabarnak » (tabernacle). Ce juron nous a même valu le surnom de « los Tabarnacos » au Mexique, à Cuba et en République dominicaine, les pays hispanophones d’Amérique où l’on va se détendre durant les mois où il fa frette en ta…

À mes lectrices et lecteurs, je vous souhaite une très joyeuse fin d’année 2017. Surtout, soyez prudents sur les routes et dans le lit avec votre nouvelle conquête.

Expressions québécoises – 4

L’expression est : « courir la galipote ».

En français, il existe le galipot et les galipettes, mais pas la galipote.

Le galipot [galipo] est une résine exsudant des arbres résineux ou encore un produit destiné à imperméabiliser les coques de bateaux fabriqué à partir du galipot des arbres.

Les galipettes sont des cabrioles. Ce sont aussi des jeux coquins, des ébats où les pirouettes ne ressemblent en rien à celles de notre enfance. Faire des galipettes avec une jolie partenaire, ça tient son homme vert.

La signification de « courir la galipote » est : « Multiplier les rencontres amoureuses d’un soir ». «  Sortir et flirter tout ce qui bouge ».

En ce sens, « galipote » semblerait plus tenir des galipettes que du galipot, mais l’analyse ne se termine pas ici.

Quand on court la galipote, on picole. On boit pour flirter et on flirte pour frayer.

Académiquement, c’est mener une vie de débauche, plus spécifiquement axée sur des amours sans lendemain.

Le correcteur Antidote admet le mot galipote comme québécisme.

Courir la galipote n’est pas toujours gage de succès. On peut très bien courir la galipote sans marquer une seule touche. C’est plus dans l’intention que dans le résultat qu’on court la galipote. Pour certains plus habiles, le dénouement est plutôt assuré. Pour d’autres, ils auront beau courir la galipote, ils rentreront tout de même bredouilles.

En anglais, le mot galipot existe également. Il est parfois écrit « gallipot». Certains le prononcent comme galipot en français alors que d’autres prononcent le t, exactement comme pour le mot galipote. Il tire ses origines du mot français galipot et signifie la même chose, a pitch.

Il est donc possible que « galipote » provienne de la prononciation du mot galipot par des anglophones dont nous aurions calqué leur prononciation. D’ailleurs, la plupart des anglophones prononcent mon nom en insistant sur le t à la fin (Lecorbote).

Quant à la relation entre une résine et le fait de s’envoyer fréquemment en l’air, il se peut que pour fabriquer du galipot, il faille courir d’arbre en arbre afin d’en recueillir une quantité suffisante. Ainsi, on court après les conquêtes comme on court après le galipot. On court la galipote.

Expressions québécoises – 3

Aujourd’hui, une expression très simple qui me servira de prétexte pour donner la définition de quelques mots associés qui sont parfois absents des dictionnaires français ou qui présentent une définition différente de celle que nous utilisons.

L’expression est : « Tire-toi une bûche ».

Je vous parle d’une vieille expression datant de nos ancêtres colons. À cette époque, le travail de la terre était éreintant puisqu’une grande partie du territoire n’avait jamais été défriché ni essarté. De plus, le froid intense obligeait les colons à couper beaucoup de cordes de bois (1,8 stères) afin de passer les hivers au chaud. Une véritable corde de bois correspond à un cube de 4 pieds, par 4 pieds, par 4 pieds de bûches de bois fendu. 4 pieds correspondent à 1,22 mètre. On utilisait une corde de cette longueur pour mesurer l’empilement compact des quartiers de bûches prêts à être brûlés dans les poêles à bois ou les foyers. Il n’était donc pas rare d’arriver chez quelqu’un et qu’il soit en train de débiter du bois. L’arbre s’abattait à l’aide d’une hache à deux lames. Une fois l’arbre abattu et ébranché, il était étêté pour que la bille de bois mesure un multiple de 4 pieds. De là, on obtenait une pitoune de bois standard qui était tirée par des chevaux de trait ou plus efficacement en la jetant à la rivière pour la drave, une opération consistant à diriger d’énormes tas de pitounes sur une rivière pour les faire descendre le courant jusqu’à un moulin à scie. Un travailleur spécialisé dans la drave est un draveur. J’en ai connu un qui avait plus de 90 ans et qui me racontait ses histoires de drave. Il ne devait pas peser plus de 50 kilos. Son poids plume l’avait conduit à être celui qui plaçait la dynamite lorsqu’il fallait détruire un embâcle. Une fois la mèche allumée, il devait s’éloigner le plus vite possible en sautant d’une pitoune à l’autre jusqu’en lieu sûr. Ce travail était extrêmement dangereux puisque les pitounes sont mouillées, glissantes, instables et elles tournent facilement sur elles-mêmes. La plupart des mortalités dans ce métier étaient justement dues à des chutes entre deux pitounes qui écrasaient le travailleur ou à des noyades lorsqu’un malheureux ayant passé à travers le radeau était incapable de retrouver la surface. 

Lorsqu’on coupait des arbres pour ses besoins personnels, les pitounes étaient tranchées en bûches de 16 pouces de long à l’aide d’un sciotte, une lame de scie montée sur un cadre en bois en forme de C, ou en duo avec un godendard, une très grande lame de scie seulement munie d’une poignée en bois à chaque extrémité où les utilisateurs tirent la lame vers eux chacun à leur tour. Vous n’avez probablement jamais manié un godendard. Je vous jure que ça prend une excellente technique, une bonne coordination entre les partenaires, ainsi qu’une endurance… de bûcheron. En revanche, un arbre de 50 centimètres et plus n’impressionne pas cet outil qui peut passer au travers d’une bille de bois couchée à l’horizontale en une dizaine de secondes lorsque le godendard est manié de façon adéquate.

Pour revenir à notre expression, « tire-toi une bûche », elle a dépassé aujourd’hui le cadre initial qui signifiait littéralement que l’invité était convié à se choisir une bûche et à la rapprocher pour s’asseoir quelques instants. Aujourd’hui, elle s’est répandue dans le quotidien même si on ne débite plus son bois et qu’on ne s’assoit plus sur des bûches, sauf parfois en camping.

Sa signification est : « Prends une chaise et assieds-toi qu’on cause quelques instants ».

L’idée initiale était que l’hôte signifiait à la personne arrivée parfois à l’improviste qu’il s’accordait un moment de répit et qu’elle pouvait se choisir une bûche de bois pour s’asseoir. Maintenant, on utilise cette expression familière entre amis ou avec des personnes qu’on cherche à mettre à l’aise pour une discussion sans fla-fla, à la bonne franquette. Évidemment, les bûches ne servent plus de siège depuis longtemps, mais l’expression est restée comme signe de convivialité et d’hospitalité. Alors, si vous venez nous visiter et qu’on vous dit « tire-toi une bûche », soyez assuré que la discussion s’aligne pour être amicale et détendue, mais ne cherchez pas la bûche. Et si par hasard vous en trouvez une près d’un foyer, dites-vous que notre intention n’est vraiment pas de vous offrir le plus mauvais siège possible. Et de grâce, ne vous la tirez surtout pas !

De Jules, de César, des Gaulois et d’une certaine langue commune

Lorsqu’on fait partie des irréductibles Gaulois comme moi, on ne se laisse pas facilement assimiler. Gaulois comme moi, diriez-vous ? Certainement ! Une partie de mes ancêtres étaient gaulois, enfin, bretons, c’est presque pareil. L’autre partie n’est pas Gauloise, même si elle fumait le calumet de paix. On mettait probablement des Gitanes dans le calumet. Parait que ça se fume. Selon un Français ! Mais faut toujours être circonci… circonlo… circonvo… circonspect avec les déclarations des Français.

En déclarant leur indépendance, les Français ont voulu couper les cheveux de leur reine pour leur donner une belle Égalité. Ils ont raté leur coup, la tête y est passée au complet ! C’est certain qu’ils devaient avoir trop Picolé, mais celui-là ils l’ont pas mis dans leur devise. Ils ont prétexté que c’était pour la Liberté, mais c’est faux parce qu’ensuite ils l’ont refilé aux Américains. Moi, je leur aurais plutôt donné leur reine avec sa tête à part. Me semble que ça aurait plus ressemblé aux Américains. Et parait-il qu’ils ont également parlé de Fraternité. Encore un autre problème avec l’Égalité ? Oui, l’Égalité des sexes. Elle est où la Sororité dans leur devise ?

Eh ! vous de l’Hexagone ! Vous ne croyez pas que les fameuses bandes dessinées d’Astérix se prêtent bien plus à nous décrire, nous, les Québécois ? Vous savez, l’encerclement général, l’absolue infériorité du nombre, l’omnipotence du voisin, sa culture envahissante, l’ennemi infiltré dans nos rangs, la ressemblance physique des personnages, le chien édenté inutile, la potion magique (nos bières), les poissons puants (certains ex-ministres), les dolmens en ruines (nos autoroutes), les festins au sanglier (nos partys de poutine au bacon), le chef instable sur son bouclier (les tergiversations de nos derniers PM), le barde impopulaire (notre meute de chanteurs-chanteuses envahissant vos oreilles) et j’en passe.

Franchement, les Astérix, ce sont nous, les Québécois, entre autres parce que vous remplacez toutes nos expressions québécoises par des astérisques à défaut de les comprendre. Je connais même un corbot qui s’amuse à vous les expliquer. Quand on vous parle, vous répondez Quèskidiz ? Quèskidiz ? J’ai cherché dans tous vos dictionnaires et ce mot n’ex-i-ste pas. Faque vot argot ! Utilisez plutôt des vrais mots français comme catarrhiniens, hyoscyamine, chloasma, yeomanry ou jablotchkoff si vous voulez le moindrement vous faire comprendre, parce que Quèskidiz, j’ai juste envie de vous répondre : Dekessékidilala !

Et les Gaulois, c’était dans le temps de Jules César, non ? Oui ? Il vous a vraiment traumatisé ce Jules César. Quand une femme trouve chaussure à son pied, vous dites qu’elle a trouvé son… Jules. Et les gars appelle leur petite amie une… Césarienne, je crois. Oui, oui, l’autre jour, un Français m’a dit : « on m’a eu par Césarienne ». Ouais, nous c’est plus par les gosses. Vous parlez d’enfants alors qu’on en est seulement rendu aux préliminaires, encore aux couilles.

On a beau parler la même langue, ma langue refuse totalement de parler comme la vôtre! Facile à comprendre pourquoi on ne vous comprend pas. Vous refermez votre bouche quand vous parlez pour ne laisser qu’un tout petit trou. De plus, vous parlez moitié français, moitié anglais. Quand vous utilisez votre langue, vous dites que vous frenchez au lieu de simplement dire que vous parlez français. Votre excuse c’est que vous mettez les mots dans la bouche de l’autre, mais on ne vous entend pas très bien. Enfin, on entend des slurp ! des schlitsh ! ou des achoupf ! Quelle langue vous parlez ? Hum ? Français ? Mon œil !

La langue, c’est comme du bon pain… ou une amie contorsionniste. Dans tous les cas, l’a mie doit être molle, élastique, blanche de préférence, mais avec un beau bronzage en surface qui rend doux comme une belle fesse. Une langue, dans ce cas, ne trouve plus rien à redire. Mais faut pas être rassis ni rassiste, même quand l’amie est brune en dedans et en dehors, c’est bien correct. La langue ne voit pas grand différence, parce que son ouïe n’est pas sur son cou. Non, la langue, c’est dedans le cou. Mais on ne voit rien quand on est dedans le cou. Oui, je sais, ma mère n’arrêtait pas de me dire que si je voulais tout comprendre, je devais être dans le cou, mais son plan, ça ne marche pas. Je lui disais que son plan, c’est un plan con, cave. Elle me calmait en disant : Fais pas le con, vexe-toi pas pour ça. Je pense que si elle avait su que je serais con, elle ne m’aurait pas con… çu. Enfin, elle aurait plutôt utilisé sa langue française… pour éviter le con. Encore une autre histoire de langue et de sexe !

Ma langue française, j’essaye de la faire rentrer dans une de vos oreilles sans qu’elle ressorte par l’autre. Certaines Françaises aiment ça, d’autre pas. Et il n’y a rien de pire quand on est chatouilleux sur la chose. Là, ma langue dans votre oreille, vous ne voulez rien savoir ! Vous demandez qu’on garde notre langue dans sa poche… ou sur sa poche, je ne me rappelle plus très bien les pressions exactes qu’on utilise. Encore et toujours une histoire avec les gosses !

Une langue maternelle, ah, ça, ça, c’est bon. L’autre jour, j’ai vu naitre un veau et une langue maternelle qui le nettoyait bien comme il faut. On voyait que le veau comprenait très bien la langue de sa mère, parce qu’il ne bougeait pas du tout. Moi, je ne me rappelle pas d’avoir été léché par ma langue maternelle même si ma mère m’a souvent dit d’avoir une langue léchée. Je ne comprenais rien, parce que je pensais que la langue, ça servait à lécher.

Et c’est là que finalement, j’ai tout compris. Un éclair de génie, je vous dis !

La langue léchée et le french. Voilà ce que ma mère essayait de me faire comprendre depuis tout ce temps. En frenchant, mais en français, pas en anglais s’il vous plait, on lèche la langue de l’autre pour avoir une langue léchée en retour. Ah, ce français, quelle langue coquine ! Mais un peu compliquée, tout de même.

Toutes ces circonci… circonspe… circonvo… circonlocutions dans mes oreilles ! Trop de cire, de cons, de si, et d’ions, ça m’en fait perdre mon lutin. Je n’ai jamais possédé de lutin ! Un lutrin, oui, pour mes partitions. J’en perds mon lutrin… ça ne doit pas être ça, j’ai encore mon lutrin. Si j’étais suffisamment vieux, je pourrais demander à Jules César. Je suis certain qu’il connait ça, lui, cette expression avec le lutin.

Assemblée générale de l’UNEQ

L’Union des écrivaines et des écrivains du Québec se réunissait en assemblée générale cet après-midi à la Grande Bibliothèque Nationale. J’y assistais pour la toute première fois et j’ai trouvé l’expérience fort agréable malgré l’aridité intrinsèque à ce genre d’activité.

J’ai été ravi de rencontrer les personnes formant le Conseil d’administration et l’Exécutif. Le dévouement et la compétence de toute l’équipe sont rassurants, car l’art que nous exerçons est probablement le plus mal reconnu et le plus mal rémunéré de toute la communauté artistique. De plus, les filous sont légion à chercher à abuser de notre travail. On entend sans cesse des histoires d’horreur, car nous sommes des travailleurs solitaires spécialisés dans la capacité de faire rêver les lecteurs. Négocier des contrats avantageux fait rarement partie de nos talents et bien des gens tentent de profiter de cette faiblesse. L’Union a plus que jamais son importance et elle remplit ses nombreux rôles avec beaucoup d’énergie, malgré des moyens plus que modestes.

Dans une autre vie, j’ai présidé durant plusieurs années le C.A. d’un organisme sans but lucratif. Le Code des assemblées délibérantes m’est revenu en mémoire sans trop de problèmes. Ça m’a permis de déposer une proposition qui a « écourté le débat d’une bonne cinquantaine de minutes » selon les dires du Directeur général avec lequel je m’entretenais après la rencontre. J’ai également reçu les remerciements de la Présidente tout juste avant mon départ pour avoir trouvé la procédure appropriée au traitement de la problématique mise à l’attention de l’Assemblée générale des membres.

J’ai été moi-même un peu surpris de retrouver intacts tous mes réflexes qui n’avaient pas été sollicités depuis plusieurs années. Mais c’est grâce au Président de l’Assemblée qui a joué son rôle à la perfection, répétant la proposition avec précision et clarté, sa portée et ses implications, que les membres moins habitués avec la mécanique des délibérations ont pu la comprendre et voter en connaissance de cause.

Nous avons ensuite été reçus pour un cocktail à la Maison des écrivains située tout près de la Grande Bibliothèque où j’ai pu discuter avec des confrères et consœurs, partageant nos parcours et nos expériences réciproques. Nous vivons généralement notre art dans la solitude. Alors ces moments d’échanges, fussent-ils brefs, m’ont apporté beaucoup de satisfactions et de plaisirs. Une connivence nous unit fortement, car nous travaillons tous à l’élaboration de cette immense tapisserie collective que constitue la transmission de notre culture, travail qui se tisse sans relâche, jour après jour, mot après mot, œuvre après œuvre, sur le métier des arts de l’écriture pour que cette réalisation incessante puisse être léguée aux générations présentes et futures.

Compter jusqu’à trois.

Ou comment a commencé la quête de la complexité mathématique

Trois, three, tres, tre, três, trei, Drei, drie, voici huit façons différentes d’écrire le nombre trois en huit langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais, roumain, allemand et néerlandais.

Une caractéristique saute immédiatement aux yeux et aux oreilles. Les sons très similaires «tʀ» ou «dʀ» se retrouvent au début de tous les chiffres 3. Le langage est un formidable véhicule de la culture. Certains éléments culturels persistent aisément durant des dizaines de millénaires et le mot «trois» est l’un d’eux.

C’est plutôt facile à comprendre, croirait-on. Il a dû exister un mot commun à toutes ces langues avant qu’elles ne divergent. C’est probablement exact puisque aujourd’hui, la linguistique considère que toutes les langues ont eu un même ancêtre, probablement remontant aux environs de 75000 ans. Lire l’article Adam, Ève et un certain Toba.

La langue parlée à cette époque devait nécessairement utiliser l’un des phonèmes, soit «tʀ», soit «dʀ» ou peut-être même simplement «ʀ» pour désigner le chiffre 3, mais il y a plus.

À l’époque où la communauté humaine vivait sans aucune mathématique, les sons utilisés devaient être indicatifs plutôt que formels. Ainsi, le son roulé «ʀ» précédé d’une consonne dentale «t» ou «d» devait avoir un certain sens pratique même s’il ne signifiait pas précisément le chiffre 3.

On suppose qu’à cette époque, l’humain ne comptait pas vraiment dans le sens qu’on donne aujourd’hui à ce mot. On n’a aucunement besoin de savoir compter pour séparer équitablement des fruits cueillis d’un arbre. On distribue une unité à chacun à tour de rôle jusqu’à épuisement des stocks. Évidemment, on commence la distribution par le chef. Ainsi, sans jamais savoir compter, chaque membre du clan ou de la tribu se voyait remettre sa juste part.

Ce lointain ancêtre comprenait par contre le sens d’être seul. Ainsi, le nombre 1 signifiait quelque chose de bien concret. Le nombre 2 devait également avoir droit à une réalité compréhensible. Quand «un» n’était plus seul, il avait de la compagnie, que ce fût pour partir à la chasse ou pour utiliser une section de la grotte pour faire des trucs louches avec une nana. Lorsque «un» n’est plus «unique», il fait «deux» avec un autre. Mais après 2, les chiffres commençaient à ne plus avoir de sens strict puisqu’on ne comptait pas. Après 2, il y avait quoi? Il y en avait plus, il y en avait beaucoup, il y en avait trop, très, trois. Ainsi, le son «tʀ» ou «dʀ» devait représenter non pas un nombre précis, mais simplement un état signifiant «au-delà de 2» ou «plusieurs».

Lorsque nos ancêtres ont ensuite eu besoin de créer une suite de nombres entiers pour distinguer 3 de 4, etc., par exemple pour compter des têtes de bétail, très, trop, trois est devenu le nombre bien réel qui suivait le 2 et pas seulement quelque chose signifiant «plus de 2».

Ainsi, le dicton «deux c’est un couple, trois c’est une foule» était parfaitement exact, puisque c’était le sens qu’on donnait à «trois» dans la préhistoire. C’est tout de même étrange de savoir que le tout petit nombre 3 créait une frontière conceptuelle difficile à outrepasser. Une frontière qui, lorsque nos aïeux l’ont franchie, ouvrit toutes grandes les portes du savoir par les mathématiques. Cette frontière ne cesse d’être repoussée et encore aujourd’hui, nos connaissances mathématiques s’enrichissent de nouveaux théorèmes toujours plus complexes. La quête du «trois» à partir du «très» s’est révélée une étape cruciale. Un tout petit pas, en apparence parfaitement anodin, occasionnera les plus grands bouleversements si l’on se donne la peine de pousser le concept tout juste un peu plus loin, mais ce, sans relâche, gravissant un à un les échelons menant à l’hyper complexité.

C’est la faute au zéro !

Cet article parle des deux façons différentes de compter.

Nous vivons aujourd’hui au XXIe siècle qui a commencé le Premier de l’an 2001 et se terminera à la toute fin de l’année 2100.

Nous commettons deux erreurs en lien avec les siècles. La première est de croire qu’ils commencent l’année où le chiffre marquant le centenaire change. Ça aurait été si simple, mais nous verrons pourquoi cela n’est pas le cas.

La seconde erreur est de calculer mentalement le siècle actuel en tronquant l’année et la décennie pour ne garder que le siècle et le millénaire. On obtient ainsi le XXe siècle plutôt que le XXIe pour la date actuelle. Ça semble logique et pourtant c’est encore faux.

D’où proviennent ces erreurs ? Est-ce une ancienne faute commise aux premiers temps du calendrier et perpétuée depuis par nécessité de conserver des intervalles de dates correspondant à la réalité ? Ça aurait pu être le cas, mais il n’en est rien. Il n’y a pas d’erreur.

On vit actuellement dans l’ère de Jésus, l’ère chrétienne, que vous y croyez ou pas. Celle-ci commence à sa naissance supposée. Toutefois, on n’a commencé à écrire la date de l’ère chrétienne que bien après sa vie et même bien plus tard après sa mort. L’Église chrétienne ne devint pas très populaire instantanément après sa crucifixion. Aux alentours de 525 de l’ère chrétienne qui n’était pas encore désignée sous cette forme, l’Église tenta avec succès d’implanter l’ère de Jésus-Christ. Donc toutes les dates antérieures à l’année 525 correspondaient à des dates en rapport avec le règne d’autres rois, pharaons, empereurs, etc. et aucune n’était universelle. On peut imaginer l’imbroglio occasionné par autant de dates différentes qu’il y avait de souverains narcissiques !

L’Église chrétienne a calculé le nombre d’années qui séparait le présent de la naissance du Christ. Il en découla le nombre 525. C’est alors qu’elle commença à calculer les années de l’ère chrétienne à partir de ce chiffre. La France adopta cette façon de désigner la date au cours du VIIe siècle.

Intuitivement on comprend pourquoi qu’en 2017 on est au XXIe siècle. Entre l’an 1 et 100 inclusivement, c’était le 1er siècle et en continuant de cette façon, inexorablement on obtient le résultat actuel du XXIe siècle pour les ans 2 001 à 2 100.

Aujourd’hui, lorsqu’on a le bonheur d’avoir un enfant, on compte son âge de façon intéressante. Il a 1 an uniquement à la fin de sa première année d’existence. On ne dit pas qu’il est dans sa première année de vie lorsqu’il vient de naitre. Pourtant avec les siècles, c’est bien ce que nous faisons. Dès le début du compte, c’est le premier siècle. Pour un bébé, on ne dit pas qu’il a zéro an lorsqu’il n’a pas encore 1 an. On compte alors les mois, plus jeunes on compte les semaines, et avant une semaine, ce sont les jours.

On parvient de cette façon à éviter de parler du chiffre zéro. C’est normal puisque zéro ne donne aucune indication sur l’âge du nourrisson. Pour calculer l’âge, chaque nombre avancé est considéré comme étant chose terminée. Pour le nombre de siècles, on aurait pu considérer l’an 1 jusqu’à l’an 100 comme étant le siècle zéro. Ainsi, le siècle 1 aurait signifié que plus de cent ans se seraient écoulés, d’autant plus qu’on n’a jamais écrit ni utilisé les siècles actuels de notre ère avant l’an 525. Ce n’est pas ce qui survint.

Alors pourquoi dit-on que nous vivons dans le vingt-et-unième siècle plutôt que de dire avoir complété vingt siècles entiers ? Les deux formulations sont rigoureusement exactes, mais l’usage de la première formulation s’est imposé pour une raison bien précise. À cette époque, le chiffre 0 (zéro) n’était pas vraiment connu et encore moins utilisé par la population, ni même des savants. Ainsi, le siècle zéro n’aurait correspondu à aucune réalité compréhensible, car personne n’imaginait en ces temps reculés qu’un jour, on comprendrait l’intérêt d’utiliser le zéro comme un vrai nombre au même titre que tous les autres. Pour preuve, il est impossible d’écrire le nombre zéro en numérotation de l’époque, en chiffres romains, puisqu’il n’existe pas de chiffre romain pour désigner le zéro. Ainsi, le siècle dont les années sont comprises entre un (I) et cent (C) est forcément le premier siècle puisque le siècle zéro n’aurait pas pu être écrit. C’est le même constat pour l’année. L’an zéro n’existant pas plus, l’année où Jésus serait né est l’an premier. S’il est mort en l’an 33e de notre ère, en fait il serait mort alors qu’il avait 32 ans par rapport à la façon actuelle dont nous comptons l’âge de quelqu’un. Rien ne sert de s’en faire avec cette imprécision puisqu’en recoupant certaines dates de l’époque, il apparait que Jésus serait vraisemblablement né aux alentours de l’an -5e ou -7e de sa propre ère et il serait mort en l’an 30e ou 33e. Et encore là, l’an zéro n’existant pas, on saute une année entre les années -1 et +1, une fois de plus à cause de l’absence du zéro. Alors J.C. serait mort à un âge compris dans une fourchette de presque dix ans. Aussi bien considérer qu’on n’en sait strictement rien.

C’est aussi pourquoi nous continuons à utiliser la notation romaine pour écrire les siècles, car les chiffres arabes comprennent ce qu’est le zéro. De plus, on parle du vingt-et-unième siècle, pas du siècle 20. L’usage de l’adjectif numéral ordinal vingt-et-unième (XXIe) plutôt que l’adjectif numéral cardinal 20 permet de différencier la façon dont le compte est effectué.

Voilà comment on parvient encore à notre âge à se rendre compte qu’on utilise deux façons différentes de compter. Le type d’adjectif numéral utilisé distingue si le compte commence avec 1 (premier) ou avec 0 (zéro) et aussi pourquoi dans le premier cas, il est nécessaire de rajouter un e (ième) au bout du chiffre pour marquer cette distinction dans l’adjectif numéral utilisé.

En revanche, l’heure a très bien intégré le zéro. À minuit, il est 0 h. La journée commence et il ne sera 1 h qu’à la fin complète de la première heure. On utilise donc les nombres cardinaux lorsqu’il est question de donner la « quantité » d’heures passées dans la journée plutôt que les nombres ordinaux qui ne feraient que classer les heures dans un certain « ordre ». Si on parle de la « huitième heure », cette façon de s’exprimer correspondrait à un intervalle de temps compris entre 7 h 01 et 8 h 00. Elle ne spécifie aucunement une heure précise à l’intérieur de cet intervalle d’une heure. Les nombres cardinaux donnent un compte précis. Les nombres ordinaux ne marquent que l’ordre à l’intérieur d’un ensemble donné.

Jeune, je servais la messe à l’église de la paroisse. Durant une prière lue par le prêtre, il disait « et le troisième jour il est ressuscité des morts » en parlant évidemment de Jésus. Pourtant, il était mort le vendredi pour ressusciter le dimanche. Dans ma tête d’enfant, ça ne faisait que deux jours, pas trois. Lorsque j’ai posé la question en classe, j’ai failli causer l’apoplexie de ma prof de catéchèse qui m’a répondu que c’était un mystère comme celui de la Trinité. L’Univers semblait profondément détester le chiffre 3 avec lequel il ne s’entendait jamais. Mais en utilisant la méthodologie précédente, tout se comprend puisque la formulation parle du troisième jour et pas qu’il est resté mort trois jours. Le premier jour de sa mort est le vendredi, donc le troisième tombe effectivement le dimanche même si l’intervalle entre vendredi et dimanche ne donne bien que deux jours.

Mais le concept des adjectifs numéraux cardinaux et ordinaux et leur différence dans le langage ne faisait pas partie du corpus de la petite école. J’en étais donc venu à croire que les gens de l’Antiquité, pas plus que ma prof de catéchèse, ne savaient correctement… compter jusqu’à trois.

Je vous le donne en mille ! Par un curieux hasard, le prochain article s’intitulera : « Compter jusqu’à trois ».

Soyez-y, sinon vous pourriez rater quelque chose, même si ça semble difficile à croire ! Après tout, ce n’est que trois !

Expressions québécoises — 2

Quoi de mieux que parler d’argent, sujet universel par excellence. L’exemple suivant donnera un aperçu de la mondialisation, bien avant l’époque actuelle, car ses origines sont hispano-franco-anglo-québécoise. Elle est instinctivement compréhensible sans vraiment piger grand-chose.

L’expression est : « Changer quatre trente sous pour une piasse ».

Sa signification est : ne rien avoir gagné dans l’échange. S’être démené inutilement, pour rien ou pour trop peu.

Les devises canadiennes sont depuis le milieu du XIXe siècle le « dollar canadien » et le « cent » valant un centième de dollar. On utilise occasionnellement ici comme ailleurs le mot « sou » plutôt que « cent » pour désigner la petite monnaie et lorsqu’on ne dit pas « sou », on dit « cenne » plutôt que « cent ». Quant à la « piasse », elle est espagnole et elle provient du mot « piastre », grâce ou plutôt à cause d’une élocution molle.

Mais que viennent faire une piastre espagnole et quatre trente sous censés valoir plus ou moins cette piastre ? La piastre espagnole a été une devise courante en Nouvelle-France durant le XVIIe siècle. Noter que dans une colonie, n’importe quoi peut prendre valeur de devise, l’important étant l’impossibilité d’en produire à volonté. Ça aurait pu être des cartes à jouer, des miroirs, des cailloux d’origine volcaniques, des oranges ou des peaux de castor. Noter que la peau de castor et le miroir furent effectivement utilisés comme monnaies d’échange entre les Amérindiens et les Européens. En Angleterre, à l’époque de la piastre espagnole, une couronne anglaise valait 120 sous, le quart de couronne correspondait donc à 30 sous. En emberlificotant toutes ces devises et prononciations, la piastre devenue la piasse, le quart de couronne à 30 sous, le dollar, les cents, les cennes et les sous on obtient une piasse valant quatre trente sous.

Aujourd’hui au Québec, dans le langage parlé courant, le mot « piasse » domine totalement le mot « dollar » qui est relégué aux situations officielles comme durant des négociations ou lorsque vous signez un contrat. Mais entre amis ou avec la famille, le mot piasse est roi. « Donne-moi deux piasses, je vais nous acheter un billet de loterie ». « Ça m’a coûté dix piasses ». Ou dans du plus vulgaire avec : « Se torcher avec des cent piasses ». Mais là, j’empiète sur le prochain article dédié aux expressions québécoises.

Quant au trente sous, encore très utilisé comme expression, qui correspond dans notre réalité quotidienne à un vingt-cinq cents, il avait la faveur des quêteux avant qu’il ne vaille plus grand-chose. « Vous auriez pas un p’tit trente sous pour un café ? », le trente sous n’existant pas, c’est bien d’un vingt-cinq cents (cennes) dont il est question. Aujourd’hui les sans-abris préfèrent la piasse ronde, qui n’est pas ronde du tout, mais hendécagonale (11 côtés) appelée aussi le huart à cause de l’image de cet oiseau aquatique au dos. Mais surtout, les émules de Saint-François d’Assise préfèrent le deux piasses rond montrant un ours polaire avec lequel ils parviennent tout juste à s’acheter un café et qui, habituellement, de toute façon, est utilisé à acheter un autre liquide plus satisfaisant que du café.

On dit des Québécois qu’ils ont peur de l’argent. Notre ancienne culture judéo-chrétienne associait le pouvoir de l’argent au diable. Mais quand on vous raconte dès votre jeune âge qu’un trente sous vaut réellement vingt-cinq cennes, que dix sous valent bien dix cennes, que la piasse, le sou et la cenne n’existent pas, mais qu’on en parle tout le temps, que les cennes sont des cents, cinq sous c’est la même chose que cinq cennes, que quatre trente sous ne valent pas une piastre tout en le valant, c’est facile ensuite de s’imaginer se faire rouler dans la farine en voulant parler argent.

Blague à part, l’histoire de ces quatre trente sous et de cette piastre espagnole est un superbe exemple de la capacité de rémanence de faits anciens, totalement disparus depuis des siècles, mais toujours culturellement bien présents et pratiquement indécrottables. Même si un jour le Québec se dotait de sa propre monnaie, il est fort à parier que cette nouvelle devise, peu importe son nom, resterait toujours dans le langage parlé, une piasse, une cenne ou un sou.

Ainsi, pour faire les choses simplement, aussi bien choisir les mots piastre et sou comme futures devises. Ça nous simplifierait l’existence. Malheureusement, on sera toujours pris avec une incongruité, car si le sou vaut le centième d’une piastre, il faudra expliquer à nos enfants pourquoi 4 trente sous, ainsi que 4 vingt-cinq sous valent tous les deux 1 piastre !

Ah, Culture… quand tu nous tiens !

Expressions québécoises – 1,5

Comment 1,5 ? Après 1, c’est 2, il me semble. Oui, si on compte sans les fractions. Mais j’ai voulu donner suite à la tuque attachée avec de la broche, car un lien les unit. Je le mentionnais dans la rubrique n° 1, une tuque possède souvent un pompon et voilà pourquoi j’associe les deux expressions, car…

L’expression est : « Se calmer le pompon », « Calme-toi le pompon ! ».

Sa signification est : « Garde la tête froide », « Respire par le nez », « Baisse d’un cran (ou de plusieurs) ».

Lorsqu’on se promène avec une tuque à pompon sur la tête, ce qui est fréquent par chez nous à cause du froid omniprésent 6 mois sur 12, cet appendice est particulièrement visible. Et si la personne porteuse d’une tuque à pompon s’énerve, celui-ci branlera dans tous les sens, signe apparent de son état.

On utilise cette expression uniquement lors de circonstances qui ne sont pas tragiques, puisque c’est une façon humoristique de dédramatiser une situation qui ne le mérite pas nécessairement.

On ne l’utilise pas plus avec des inconnus, puisque ça demande un certain niveau de complicité. Si celui-ci dépasse les bornes, on voudra chercher à le calmer et cette expression risque d’attiser son agressivité en laissant paraitre futiles ou inexistantes les raisons de sa colère.

Elle s’utilise lorsqu’un lien d’autorité existe, comme un parent à son enfant. La formule fait moins outrageante, mais pas moins sérieuse.

En amitié, c’est un bon moyen de signifier qu’il serait temps de changer de ton, sans égard aux causes entrainant la valse musette du grelot attaché au sommet de sa tuque virtuelle.

Donc, si vous constatez que je pète les plombs dans un de mes articles, vous seriez en droit de le commenter en m’écrivant « LeCorbot, calme-toi le pompon ! »

Expressions québécoises – 1

On dit souvent du langage parlé des Québécois qu’il est coloré. Ayant été abandonnés par la mère patrie qui brada la Nouvelle-France pour quelques perruques, une partie de notre langage et héritage français remonte au temps de la colonie et n’a pas évolué depuis, ou a évolué de façon bien différente de celui parlé de l’autre côté de la Grande Flaque. Malheureusement, il s’est également enrichi d’une foule de termes anglais que le vainqueur nous a imposés et dont nous nous efforçons aujourd’hui d’évacuer de notre langage. Mais les habitudes sont tenaces, parfois pour le mieux, souvent pour le pire.

Plusieurs vieilles expressions d’origine française et d’autres, plus récentes, font toutefois le plaisir des touristes venus nous visiter et qui les entendent pour la toute première fois. J’essayerai à l’occasion de vous en faire connaitre quelques-unes en vous transmettant mon interprétation personnelle, donc celle d’un usager sur le terrain des vaches, pas nécessairement celle des linguistes.

J’aimerais également savoir si une autre expression véhiculant le même sens existe par chez vous. Alors, ne soyez pas timide et laissez un commentaire.

Pour la première expression bien québécoise, quoi de mieux que d’être de saison.

L’expression est : « Attache ta tuque ! »

Sa variante longue est : « Attache ta tuque avec de la broche ! ».

Sa signification est : « Prépare-toi, parce que ça va chauffer, brasser, secouer, surprendre ou décoiffer ».

Une tuque est tout type de bonnet, principalement en tricot de laine, avec ou sans rebord, avec ou sans pompon ou gland au sommet, avec ou sans cache-oreilles à la péruvienne, avec ou sans cordon. Même si au Québec on utilise ce mot depuis plusieurs siècles, il n’a eu droit à son entrée dans le dictionnaire français que très récemment. Donc, avoir besoin d’attacher sa tuque et a fortiori avec de la broche signifie qu’on risque de se faire décoiffer d’aplomb. Le décoiffage anticipé est plutôt utilisé au sens figuré, comme pour qualifier un film d’action ou pour tout événement sortant du commun ou à suspense. Il peut évidemment s’appliquer au sens propre, comme pour l’essai d’un nouveau manège, d’une voiture sport ou à l’exécution d’une performance élevée ou particulière.

Quant à la fameuse broche, ce n’est ni un bijou, ni un instrument de tricotage, ni un outil pour la cuisson ni une agrafe. On nomme ainsi inadéquatement du fil métallique utilisé pour fabriquer du grillage à poulailler, du fil barbelé, etc.

Alors si vous venez nous visiter, sortez l’expression à un moment opportun, elle vous rendra instantanément hyper sympathique. Et n’oubliez pas de vous acheter une jolie tuque en souvenir, question de l’attacher à votre tête avec de la broche afin d’affronter les grands vents d’hiver ou avant de visionner le dernier Star Wars ou même avant de rentrer trop tard à la maison.

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