Connaissez-vous le wing chun ?

Ne stressez pas, je ne vous ferai pas modifier la position de vos meubles dans votre chambre à coucher pour retrouver la tête de lit encastrée dans vos portes de garde-robe. Ce n’est pas non plus une nouvelle marque de gomme à mâcher. Pas plus qu’une technique pour rogner les ailes de votre perruche pour éviter qu’elle se promène partout. Et enfin, ce n’est pas le nom de l’acteur chinois qui va remplacer Jackie Chan dans les films d’action, quoique là, on commence à chauffer un peu plus.

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Le wing chun est un art martial chinois qui a été popularisé, du moins en partie, par le célèbre et regretté acteur sino-américain Bruce Lee. Plus récemment, une série de trois films mettant en vedette Donnie Yen dans le rôle-titre de Ip Man a relancé la popularité de cet art martial un peu particulier. Ip Man (photo noir et blanc ci-bas) fut le véritable professeur du jeune Bruce Lee lorsqu’il vivait en Chine.

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Le wing chun aurait été inventé par une femme et son objectif initial était d’être en mesure de tenir tête aux hommes dans des combats à mains nues ainsi qu’avec certains objets utilisés dans la vie courante, bâton de bambou, couperet de boucher, etc.

Je vous recommande vivement de regarder au moins l’excellent premier film Ip Man afin d’apprécier ces techniques. Vous remarquerez assez facilement que cet art du combat n’a rien de tellement spectaculaire. Pas de gestes exubérants, pas d’envolées fracassantes, pas de hurlements, pas de positions du tigre, de la grue, du cobra ou du singe. Même la position de base en préparation au combat ressemble à une invitation à une poignée de main. Pas de mimique d’arrachage de cœur, pas de splits, pas de barbarie.

Et c’est exactement ce qui fait la beauté de cet art. Sa simplicité apparente, l’impression que n’importe qui peut le pratiquer, et c’est en partie vrai, redonne aux arts martiaux la place qui lui revient. Oubliez le tai-chi. Le wing chun ne déguise pas les techniques de combat, il les épure.

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L’acteur jouant le rôle d’Ironman, Robert Downey jr s’y est également mis afin de donner à son personnage des gestes simples et efficaces d’autodéfense et de combat.

Je disais au début qu’il aurait été inventé par une femme. Ses principes ne sont donc pas basés sur la force mais sur la vitesse, sur des positions stables en toutes circonstances, sur des économies d’énergie, sur la simultanéité de la défense et de l’attaque et sur la volonté de commencer un combat pour le terminer au plus tôt.

En mettant en pratique ses techniques, les petits gabarits peuvent affronter des opposants bien plus puissants et quand même les vaincre. Il permet de tenir tête à plusieurs opposants simultanément. Pas comme dans les films où le héros combat 50 ennemis, mais toujours un seul à la fois.

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Le wing chun permet vraiment de se défendre contre plusieurs opposants, car il mise sur la vitesse et sur des gestes permettant la défense et l’attaque tout-en-un. En limitant au strict minimum les déplacements et la gestuelle, il accorde au combattant une stabilité constante. Le principe géométrique principal est le triangle dont l’une des pointes est toujours orientée vers l’opposant. Et tout parent sait qu’un tricycle est bien plus stable qu’un vélo.

Mais ne vous fiez pas à ses apparences inoffensives, le wing chun vise réellement à neutraliser l’ennemi le plus rapidement et le plus économiquement possible.

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Il existe également un quatrième film sur Ip Man non issu de la trilogie. Vous trouverez aussi une série biographique sur NetFlix consacrée à Bruce Lee où l’on voit son apprentissage avec son maitre Ip Man. Il existe quelques photos et films d’archives permettant de voir le vieil Ip Man, le vrai, utilisant son instrument de pratique fétiche, un appareil tout en bois à forme humaine.

Après avoir vu le wing chun, c’est certain, vous ne verrez plus jamais les films d’arts martiaux du même œil.

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C pour cascade

J’ai choisi la troisième lettre de l’alphabet pour le troisième article du blogue consacré à parler d’un mot commençant par une lettre. Après le D et le Y, voici le C et le mot choisi est « cascade ».

 

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Une cascade est une succession de chutes d’eau. C’est aussi une prestation physique exécutée par un acteur ou une doublure appelée cascadeur. On voit le lien lorsque les cascades cinématographiques consistaient essentiellement à l’époque à débouler des marches. Aujourd’hui, on distingue les cascades des effets spéciaux, mais avant au cinéma, une cascade était l’un des seuls effets spéciaux possibles.

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Une cascade naturelle est à distinguer d’une chute et d’une cataracte. C’est une chute composée de plusieurs paliers alors qu’une chute n’a qu’un seul saut. Une cataracte est une chute importante sur un grand cours d’eau, habituellement un fleuve.

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Il existe des cascades artificielles permettant d’évacuer les crues tout en brisant le potentiel destructeur de l’eau. Les marches du géant à la centrale hydroélectrique Robert-Bourassa au Québec sont un bon exemple d’une cascade artificielle avec ses 10 marches de 10 mètres de hauteur et de 122 mètres de longueur chacune. Lors des crues printanières, le barrage laisse aller son trop-plein, son « carburant », sans pouvoir le harnacher. Heureusement, les précipitations futures de pluie et de neige remboursent ce sacrifice.

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La cascade se retrouve dans une très grande quantité de peintures chinoises de paysages. Dans le symbolisme chinois, la cascade compose avec la montagne le yin et le yang. L’eau coule et descend, la montagne est immobile et monte vers le ciel. Le mouvement élémentaire de la cascade représente la force indomptée et le mouvement continuel. C’est le symbole de l’impermanence opposé à celui de l’immutabilité.

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Le sujet de cet article m’a été inspiré par Mimika [lespetitesastucesdemimika.com]

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Je m’émerveille toujours lorsque je vois une personne comprendre une notion qui semblait nébuleuse, trop compliquée, incompréhensible, insaisissable. Puis soudain, grâce à une explication, une comparaison, une analogie ou une image, la lumière de la compréhension surgit en éblouissant son visage, la rendant plus lumineuse que le soleil. 

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Parfois, la magie opère dans le sens contraire. Une personne a toujours cru et considéré qu’un truc fonctionnait de telle ou telle façon et, tout à coup, sortant d’un chapeau, la vraie explication vient la frapper en plein front. Ce qui lui avait semblé simple et évident lui montre tout à coup ses vraies couleurs. Instantanément, des liens se tissent avec d’autres éléments et certaines pièces manquantes d’un grand puzzle viennent tout à coup d’apparaitre comme par enchantement et prendre place sans effort dans la grande trame des connaissances qui, quelques fois, avait été tissée de travers.

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Un professeur a l’immense privilège d’être assis aux premières loges pour voir ces transformations survenir. Les gynécologues et les sages-femmes aident les mères à accoucher de leurs bébés. Un prof aide les gens à enraciner les connaissances dans le meilleur terreau possible et aussi à les faire accoucher de leurs meilleures idées. Elles sont toutes deux des naissances, des con-naissances fraichement mises au monde.

Frapper sur la tête d’un clou n’incruste pas les connaissances, les répétitions oiseuses ne font qu’affaiblir le clou qui finira par plier. Les liens tissés entre les différents éléments de connaissance s’avèrent certainement plus efficaces que les scies répétées ad nauseam. Diversifier les points de vue est certainement l’un des exercices les plus complexes qu’un prof est appelé à exécuter. S’il possède sa matière à fond, il sera en mesure d’alterner les angles de vues, de varier les perspectives, sans jamais perdre le fil, ni le nord de la matière à enseigner.

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Un exercice encore plus périlleux pour le prof que des exercices de changements de perspectives, ce sont les analogies. La Nature est bien faite et parfois, les règles gagnantes dans un domaine de connaissances peuvent être transposées dans un autre domaine. Toutefois, les analogies bancales pleuvent bien trop souvent. Et plutôt que d’aider l’étudiant, elles risquent de l’embrouiller définitivement. Si un étudiant éprouve des difficultés à comprendre un principe quelconque, ce n’est certainement pas en l’enlisant dans de mauvaises comparaisons qu’il en sortira meilleur.

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Un prof qui ne possède pas sa matière sera souvent incapable de dévier de son cursus et frappera la tête des clous sans arrêt, espérant que sa trente-neuvième tentative sera la bonne. S’il est animé de bonnes intentions, il cherchera une analogie. Toutefois, sans compréhension approfondie de sa propre matière, chercher une explication dans un autre domaine encore moins maitrisé est voué à n’engendrer que des absurdités.

Et vous, étudiant, lorsque vous subissez ces mauvais enseignements, vous vous traitez de cancre pour ne pas comprendre la matière enseignée, ni comprendre l’analogie, ni comprendre le lien (souvent inexistant) reliant l’une à l’autre.

Un professeur compétent a respecté trois règles primordiales de l’enseignement.

1. Il possède la matière qu’il enseigne dans le domaine d’études en question.
2. Il possède la matière qu’il n’enseigne pas dans le domaine d’études en question
3. Il possède la matière qu’il n’enseigne pas dans d’autres domaines d’études.

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Un prof aux connaissances trop étroites cognera sur la tête des clous et il se verra incapable de forger des analogies pertinentes. Il ne pourra pas mettre les connaissances en perspective, les attacher les unes aux autres, en extrapoler les effets sur les prochains niveaux de connaissances. Il se bornera à jouer le rôle de perroquet.

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L’enseignement se rapproche d’être un art, car il semble si facile lorsqu’il est exécuté avec maitrise et il semble si laborieux lorsqu’un néophyte s’y risque.

Mais attention, un bon prof n’est pas qu’une encyclopédie. Si l’étendue et la variété de ses connaissances sont essentielles, plusieurs autres facteurs influenceront le succès ou l’échec de leurs transmissions.

J’en parlerai dans un prochain article.

L’art et l’âme

Lorsque des gens s’attaquent à l’art, ils ne s’attaquent pas qu’aux artistes, ils visent à détruire l’intelligence de l’humanité en supprimant son âme à travers celles et ceux qui l’incarnent.

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L’art, fruit de l’âme. Son importance ne se mesure ni en billets ni en applaudissements, mais en larmes fugacement essuyées. Alors, comment l’expliquer à ses pourfendeurs s’ils ne savent pleurer ?

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Peinture entête : de Paul Klee : publikart.net ;
Livres : sam-network.org ;
Gravure rupestre : Gravures d’Abourma : afriquemilar.blogspot.ca.

 

D comme désordre

Aujourd’hui, je commence une nouvelle série d’articles sur des mots commençant par une lettre. Oui, tous les mots commencent par une lettre, je sais cela! Mais pas n’importe laquelle!

Ah! Je vous vois penser! Vous vous dites: «Mais si c’est son premier article, pourquoi ne choisit-il pas un mot commençant par la lettre “A” comme dans toutes les bonnes listes mises en ordre alphabétique?»

C’est que le premier mot auquel je m’attaque est «désordre» et ça aurait été paradoxal, avouez-le, de parler du désordre en plaçant ce mot dans une liste en ordre alphabétique!

Alors voilà, le désordre s’oppose évidemment à l’ordre. On doit donc comprendre ce que signifie le mot «ordre» pour saisir son contraire. En règle générale, le désordre a plutôt une sale réputation. Un fouillis, un capharnaüm, un chaos, un fatras, un bordel, un bazar, voilà ce à quoi on associe le désordre. Pauvre mot, il déprime déjà et je ne fais que commencer!

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Pourtant, je vais prouver que bien souvent, le mot désordre souffre d’une mauvaise réputation infondée. À l’école, on apprend l’ordre alphabétique. Cet ordre n’est pas plus justifié qu’un autre puisque les lettres ne sont pas classées par degré d’importance ou même par récurrence dans la langue française ou par l’ordre dans lequel les lettres sont apparues dans l’histoire, enfin pas toutes. «Ordre alphabétique» devrait plutôt se nommer «convention alphabétique» puisqu’il n’y a aucun réel ordre selon un critère précis, justifiable et vérifiable. La lettre «d» précède la lettre «t» sans raison. Ce sont deux lettres phonétiquement apparentées, dentales toutes les deux et probablement apparues à peu près en même temps dans le langage humain. Il n’y a aucune raison logique d’avoir donné l’ordre 4 au «d» et le 20 au «t». On peut tenir à peu près le même discours pour les 24 autres lettres de notre alphabet, sauf exception.

Alors pourquoi le mot «désordre» nous embête-t-il tant? Est-ce parce qu’il est l’antonyme d’un mot considéré pertinent, juste, logique? Pourtant, ce cher «ordre» qu’on chérit tant est un mot bien plus souvent utilisé improprement ou plutôt dans un sens qui s’est un peu trop étendu avec le temps.

Petit aparté, je ne conserve que le sens premier de ce mot. Voici donc la définition principale du mot «ordre» dans mon dictionnaire: «Relation intelligible qui peut être saisie entre une pluralité de termes».

L’ordre est donc une relation qu’on peut comprendre. Pourtant, il n’y a aucune intelligence qu’on peut déployer pour comprendre l’ordre alphabétique! Ainsi, l’ordre de l’alphabet n’existe tout simplement pas. Au mieux pourrait-on parler d’ordonnancement, mais le terme le plus juste à utiliser devrait être «convention» puisque ce qu’on appelle «ordre alphabétique» est un ensemble de lettres mises les unes à la suite des autres de façon convenue, un arrangement de lettres placées d’une certaine manière, dans un certain ordonnancement qu’on doit apprendre par cœur, sans explications.

Il est donc normal que le mot désordre fasse… désordre puisqu’on s’attend du mot «ordre» qu’il ait un sens qu’il n’a tout simplement pas dans bien des circonstances.

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Alors, avant de crier au désordre, posez-vous la question si l’ordre qu’il est censé tailler en pièce est compréhensible. Dans le sens, en émane-t-il une raison intrinsèque qu’on peut retrouver et expliquer, ou si au contraire, ce n’est qu’une pure convention extrinsèque définie par l’usage ou par une quelconque sommité qu’on doit continuer de vénérer en acceptant aveuglément son diktat archaïque. Ouais, bon, cette phrase atteste de mon tempérament un peu rebelle et même anar sur les bords. Mais que je ne vous vois pas utiliser cet argument fallacieux pour discréditer ma thèse! Un rebelle ne se retrouve pas obligatoirement dans les pommes de terre dauphinoises. Et il a un orgueil, vous saurez!

L’ordonnancement des lettres alphabétiques est utile, il n’y a aucun doute, mais prouver une utilité à une convention est nettement insuffisant pour la qualifier d’ordre. Plutôt que d’utiliser l’expression «en désordre», le mot «mélangé» pourrait bien mieux faire l’affaire la plupart du temps. L’aspect péjoratif est esquivé et il conviendrait souvent mieux aux objets et aux situations qu’on cherche à décrire. Quand on joue aux cartes, les placer en ordre est un défaut innommable. L’apparent désordre qu’on leur inflige en les brassant, c’est là où on voit la subtilité de plutôt choisir le terme «mélanger les cartes», est non seulement recherché, mais essentiel.

Cependant, le mot «désordre» plait aux gens qui cherchent à imposer des règles sans devoir les expliquer. Pour eux, ça tombe sous le sens. Pas besoin d’explications puisqu’on a l’ordre et ses inverses, c’est-à-dire tous les désordres. Si ce n’est pas dans l’ordre tel que défini, c’est nécessairement en désordre, donc n’importe comment, tout croche (dit à la québécoise).

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Prenons un exemple différent, parlons des décimales de la valeur de pi (π). Ici, on peut considérer qu’il existe un ordre et un désordre. Placer ces décimales dans le désordre change la valeur de π. L’ordre des décimales est compréhensible et même calculable. Il existe donc effectivement un vrai ordre et son contraire. Un désordre dans les décimales de π influence inévitablement sa valeur. Voilà un ordre qui a un vrai sens, qui s’explique et qui a des conséquences graves, voire dramatiques, si on ose intervertir certaines décimales, surtout les premières, évidemment.

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Voilà pourquoi l’art est si important. Il fait souvent sauter ce genre de barrières constituées d’absurdités, construites autour de conventions souvent illogiques ou totalement inutiles, surannées, mais tellement présentes qu’elles constituent des carcans dans un anachronisme indéboulonnable autrement. Plus simplement, dans les arts comme partout ailleurs, soit dit en passant, s’attaquer aux faux ordres galvaudés par toutes sortes de préciosités, ça s’appelle de l’originalité et celle-ci est souvent reconnue comme étant à la base de tout talent.

Petite étrangeté pour terminer, dans la définition du verbe «galvauder», on peut y trouver le sens suivant: «mettre en désordre». Ainsi, un ordre infondé qu’on hisse à tout vent serait une définition particulière du désordre! Ça tient la route. En forçant trop la note sans raison valable, on obtient bien souvent le résultat contraire de celui qu’on espérait.

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P.S. Je n’accepte aucun blâme en rapport avec l’état de la chambre de vos ados à la suite de leur lecture de cet article de blogue. Utilisez donc à leur endroit une formule exempte du mot ordre, ça doit bien exister! … en y réfléchissant bien!

Photo entête : gabray31.over-blog.com ;
Alphabet : estelledocs.eklablog.com ;
Cri : mamanpourlavie.com ;
Pi : www.shakespearegeek.com ;
Picasso : remaimodern.org ;
Chambre : pictonale.net  ;

L’art

Le dimanche, j’essaye de faire simple et court. C’est le cas ce matin avec une définition de l’art que j’ai pondu sans y penser plus d’une seconde. Cependant, on ne peut savoir le nombre d’années à avoir roulé dans mes circonvolutions cérébrales.

L’art, c’est quand la personne qui prend connaissance d’une œuvre vacille entre ses propres émotions et celles de l’artiste.