Survivre à l’ile aux fesses

Les lacs fourmillent tellement au Québec qu’il semble impossible d’en donner un nombre précis. Tout dépend de la définition de « lac » donnée par les différents auteurs. Disons que les valeurs varient entre cinq-cent-mille et un million.

Certains de ces lacs abritent une ou plusieurs iles. Lorsque l’une d’elles est suffisamment en retrait pour que sa plage reste à l’abri des regards indiscrets, il n’est pas rare qu’elle soit surnommée « l’ile aux fesses ». Vous retrouverez rarement ce toponyme officiel, bien évidemment. Seuls les gens du coin connaissent l’ile en question et généralement sa réputation n’est pas surfaite. On peut imaginer sans peine l’activité favorite des gens qui utilisent une embarcation quelconque pour fouler ses rives.

En haute saison, par contre, si l’intimité est recherchée, il est préférable d’éviter ces endroits. Même mise en garde concernant les enfants, à moins de vouloir leur montrer les choses de la vie.

La météo peut se révéler très capricieuse en territoire montagneux. Un superbe ciel entièrement bleu se transforme rapidement et sans crier gare en un amoncèlement de nuées grises et noires. À cause de l’effet Venturi, les vents se déchainent, les vagues s’empilent, clouant sur place les adeptes de l’aventure extra-conjugale ou de la titillante exploration juvénile.

Un grain ne dure jamais bien longtemps sauf s’il s’agit d’un résidu d’ouragan et dans ce cas, la météo l’a certainement annoncé haut et fort longtemps d’avance. Donc, généralement, il suffit de se mettre à l’abri le mieux possible et d’attendre que le grain soit passé.

Mais avec les cellulaires, il est maintenant facile d’appeler les secours et d’exprimer sa panique alors qu’il suffirait de prendre son mal en patience. Je fus amené à quelques reprises à secourir des gens bloqués sur une ile aux fesses dont leur courte mèche les rendait à risque. Ce faisant, un de mes collègues et moi partions à leur rencontre pour les ramener en pleine tempête. Sans notre intervention, ils auraient essayé de revenir en usant de moyens et de compétences limités plutôt que d’attendre sagement la fin du mauvais temps.

J’ai toujours eu de la difficulté à comprendre les gens qui n’ont aucune capacité à évaluer les différents degrés de danger. Ils bradent les solutions les plus avantageuses pour adopter celles qui leur feront courir les plus grands risques. En me mettant personnellement en péril pour leur venir en aide, j’acceptais ce triste constat. L’humain moyen a perdu ses anciennes facultés de survivre qui le préservait autrefois de la plupart des aléas ou, s’ils survenaient, d’éviter de les aggraver inutilement.

Agir avec étourderie n’est plus un comportement risible, c’est devenu la norme. Et lorsque la situation devient grave, presser le bouton « panique » sans préalablement réfléchir aux meilleures options ramène l’adulte à agir comme un jeune enfant. Ensuite, les imprudents ou les impatients supplient ou exigent d’être secourus en blâmant les événements et tout le monde, sauf eux-mêmes.

De par son mode de vie aisé, l’humain s’est considérablement ramolli. Le jour où sa survie redevient indispensable, le temps n’est pas à l’apprentissage, mais à la débrouillardise intelligente.

Espérons que les quelques individus qui resteront bloqués sur l’une ou l’autre des iles aux fesses cet été finiront par comprendre qu’il suffit de patienter. Et dans l’attente, le mieux qui leur reste à faire s’avère certainement d’honorer le surnom donné à ces iles.

D’ailleurs, « survivre à l’ile aux fesses » consiste aussi à s’y reproduire, pas seulement à s’en extirper.

Une ile aux fesses est présente sur cette photo

Vœux pour le solstice et le temps des Fêtes

Voilà l’hiver. Quoiqu’il ne se soit pas gêné pour nous envoyer du froid à profusion bien avant son début officiel !

Noël, c’est une ancienne fête païenne millénaire qui rendait hommage au solstice d’hiver. Par la suite, les réformes du calendrier grégorien ont déplacé la date de la plus longue nuit de l’année au jour du calendrier où elle devait se trouver, soit aux environs du 21 décembre. À l’époque, cette fête soulignait la mort. La mort de la nature, sa dormance. La dormance des humains aussi. On n’entreprenait aucun changement important à cette époque de l’année. On vivait des récoltes engrangées. On hivernait. On combattait le froid et autres rudesses hiémales en compagnie de ses proches, de sa famille et de ses amis.

Les prêtres d’autrefois faisaient vivre leurs ouailles dans la crainte. Ouais, sur ce point, rien n’a vraiment changé, mis à part le sujet des effrois. Ils disaient que le Soleil pourrait disparaitre définitivement si le peuple ne leur donnait pas des richesses afin que ceux-ci intercèdent auprès des divinités. Ils ont également exigé des humains des constructions impensables pour ne pas décevoir le dieu solaire. Le mot solstice vient du latin sol et stare signifiant soleil et s’arrêter. Le Soleil n’arrête pas sa course dans le ciel, mais il cesse de modifier les moments de son lever et de son coucher. La plus courte durée diurne d’hiver survient au moment du solstice.

On peut trouver rassurant de voir que Noël d’aujourd’hui conserve encore des traditions millénaires, bien que depuis, on l’ait passablement déguisé sous différents habits, dont celui d’une naissance divine et d’un éloge à la surconsommation. Pour ma part, le mystère du soleil stagnant étant résolu depuis longtemps, je vois peu d’intérêt à fêter un événement cyclique parfaitement prédictible qui ne fait plus planer aucune menace, sinon qu’on va se les geler.

Mais au fond de nos cœurs, un des sens de cette fête nous rejoint encore, même au-delà du temps et de ses multiples mutations. Grâce à une pause accordée à nos tâches quotidiennes, la présence de ceux qu’on apprécie et qu’on aime nous remplit de bonheur. Noël, c’est d’abord et avant tout le temps de l’année où l’on peut exprimer sincèrement ses sentiments.

Je profite donc de ce solstice pour transmettre mes meilleurs vœux à tous mes lecteurs et à toutes mes lectrices. Encore une fois, dans nos familles, avec nos amis, perpétuons une tradition qui garde encore aujourd’hui tout son sens. Une coutume indémodable, car elle puise ses racines dans les valeurs humaines fondamentales que sont le partage, le réconfort et l’amour. C’est cela Noël. Une grande fête pour tous, car nous faisons également tous partie de la vie des autres.

Mathis.

Le chemin du Roy, le temps d’une paix

Il existe deux façons et demie de parcourir le chemin entre les villes de Montréal et de Québec en passant par la rive nord du fleuve Saint-Laurent. Deux façons et demie, me direz-vous ? Et vous vous répondrez : « Certainement une histoire tordue à la Corbot ! » Laissez-moi vous expliquer la demi-façon de faire la chose.

Si vous êtes pressé ou blasé, ce serait dommage, l’autoroute 40 Est vous amène d’un point à l’autre en 165 minutes à vitesse permise. Les 250 km du cordon de béton se déroulent presque sans heurts, sans intersections, sans bouchons (une fois sorti de Montréal) et sans panoramas. La route passe loin du fleuve, loin des villages, loin de tout ce qui pourrait entraver le flot constant de véhicules.

Les touristes choisissent bien souvent cette option et, malheureusement, ils ratent le meilleur de ce qu’ils sont venus voir, soit la Nouvelle-France. Ils se forgent un horaire très serré afin de visiter un maximum de sites convenus et oublient souvent l’importance des distances dans un pays aussi grand que le Québec. Plutôt que des vacances, ils se livrent à une course permanente et finissent par se faire pousser des cernes jusqu’au menton.

L’alternative intelligente est de prendre son temps en évitant d’en faire trop. De toute façon, une bonne partie des touristes finissent par revenir, car sur place ils ont compris l’essentiel de ce que nous avons à offrir et ce ne sont pas nos autoroutes. En se pressant moins, le touriste futé choisira peut-être la route 138 Est, le chemin du Roy, pour se rendre à Québec à partir de Montréal. Cette route autrefois primitive longe le fleuve sur de très grandes portions et vous fait passer par tous les villes et villages. La plupart se sont convertis avec le temps à la vie moderne, mais tous ont un petit quelque chose à offrir de la Nouvelle-France.

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Je ne vous propose pas de les visiter si votre but réel est de vous rendre à Québec, mais vous découvrirez quand même une facette bien plus intéressante de notre histoire. Et vous voudrez certainement vous arrêter à plusieurs reprises, le temps d’une photo pittoresque.

Il est difficile pour moi de vous donner une estimation du temps requis pour compléter l’itinéraire, surtout si vous ne contournez pas la ville de Trois-Rivières située à mi-trajet. En planifiant le double du temps requis par l’autoroute 40, vous aurez quand même un aperçu valable.

Oui, je n’ai pas oublié, voici la demi-solution restante. À l’époque, la route 138 a été construite, elle aussi, en contournant occasionnellement le véritable chemin du Roy afin de préserver certains villages ou portions de villages où le passage de la grand-route aurait obligé la destruction de plusieurs maisons anciennes.

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Lorsqu’une bifurcation du genre est annoncée par un panneau indicateur routier bleu, le chemin du Roy vous propose de quitter la route 138 pour vous engager sur une bretelle qui vous ramènera un peu plus loin sur la grand-route. En empruntant ces segments, préparez-vous à effectuer un saut dans le temps. À plusieurs occasions, vous découvrirez la véritable Nouvelle-France campagnarde, agricole et religieuse.

Les bâtisses ont toutes été retapées avec un souci de conserver l’atmosphère d’antan. Le clin de bois est maintenant imputrescible et les fleurs abondent, les granges ne risquent plus de s’effondrer l’hiver, mais l’essentiel de l’apparence originale est préservé. Dans ces bourgs, le temps semble s’être arrêté, l’air respire la paix. Vous voudrez y acheter une maisonnette, tellement vous vous sentirez bien instantanément, même si votre passage ne dure que quelques instants. Certains tronçons doivent s’effectuer à 20 km/h, car la route très étroite se partage entre les véhicules à contresens, les vélos ainsi que les promeneurs à bottines. Respirez… le temps d’une paix.

Une auberge de Corbot

Je poursuis ma série d’articles sur mon séjour dans Charlevoix au Québec avec un arrêt à l’auberge L’Estampilles à Baie-Saint-Paul. Le «s» final est voulu… pour des raisons obscures de… numérologie! Enfin! Je ne commenterai pas!

L’Estampilles est une charmante auberge comportant onze chambres de quatre catégories différentes nichée sur la rue Cap-aux-Corbeaux à Baie-Saint-Paul. Évidemment, je ne pouvais rater l’occasion de m’y arrêter, ne serait-ce que pour constater si l’auberge les considère à leur juste valeur!

Toujours sans réservation, je rencontre l’actuel gérant, Régis Barthe qui, malgré la haute saison, réussit à me trouver une chambre. Je me doute bien que, dans ces circonstances, soit il me logera dans la moins dispendieuse, soit l’inverse. Oui, j’ai déjà dormi dans la chambre du Premier ministre canadien au Château Laurier à cause de circonstances semblables.

De fait, j’obtiens la plus modeste de toutes qui, pourtant, s’avère très spacieuse, est équipée de tout le confort moderne, est superbement meublée et décorée avec grand goût. Ici, pas de rusticité, rien de sorti des boules à mites, que du noble comme en témoignent les planchers pur chêne, les abat-jours en verre soufflé, les meubles sélectionnés avec goût et la literie en percale la plus fine.

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Régis Barthe, natif de Perpignan, est arrivé à Charlevoix en 2009. Déjà il se démarque dans la région grâce à sa solide expérience en tant que chef cuisinier et chef pâtissier. Son menu est bien ficelé et sa technique parfaite. J’ai eu le privilège de diner au restaurant intégré à l’auberge et je peux vous assurer que l’expérience en vaut la chandelle. Les quatre services vous emportent sinon au septième ciel, du moins au ciel de Charlevoix. Sans fioritures inutiles ni titres ronflants, ses plats mettent l’accent sur le bon goût au sens propre.

Des rouleaux impériaux dignes de marabouts, une vichyssoise avec un accompagnement-surprise, un fondant de porc confit fait de joues parfaitement cuites, un gratin dauphinois céleste et des asperges juste à point. Comme dessert, un nougat aux saveurs subtiles d’érable et aux textures aériennes.

Le fameux accompagnement-surprise de la vichyssoise est un petit verre de vin de tomate. Ce liquide dont je lui réserve un article indépendant accompagne la soupe à la perfection et permet de faire le chabrot. Cette tradition occitane consiste à rincer le fond d’un bol de soupe avec un alcool afin de ne rien perdre. On se donne bonne conscience en ne perdant rien tout en augmentant un peu son taux d’alcoolémie. J’adore.

Malgré ses obligations diverses et nombreuses, car lui aussi souffre de la pénurie de personnel généralisée, j’ai eu le plaisir de discuter assez longuement avec Régis, un homme à l’image de son pays d’origine, un peu exubérant, fier et déterminé. Mais ce qui définit Régis par-dessus tout est sa passion débordante pour son travail et son dévouement total envers sa clientèle. Un homme d’une autre époque, pourrait-on dire. Je dirais plutôt un exemple venu d’un autre monde. Il nous prouve l’existence rare, mais persistante, d’une façon de vivre peut-être en voie d’extinction dans ce domaine d’affaires, le professionnalisme amoureux.

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De plus, Régis s’est parfaitement intégré à sa région d’adoption et il en parle comme s’il y était natif. On serait tenté d’y croire si ce n’était de son accent du Languedoc toujours bien présent et maintenant fleuri de plusieurs mots et expressions purement québécois. Le mélange des genres s’avère plein d’heureuses trouvailles sémantiques.

Je vous recommande cette auberge sans réserve, mais pas sans réservation. Il faut être un peu Corbot pour venir s’y poser sans l’annoncer, surtout si vous venez de pays lointains. Malgré la réalisation de certains miracles, Régis reste totalement humain et c’est tant mieux. Un sauna, un spa, un bar, une table de billard et de la bonne humeur vous y attendent dans un cadre enchanteur. Bon séjour!

Entre le fleuve et la mer, l’humilité

Saint-Joseph-de-la-Rive est un village situé le long du fleuve Saint-Laurent à 90 minutes de route en aval de Québec. Malgré les 400 km qui lui reste à parcourir avant d’atteindre le golfe du même nom, l’eau ici est déjà salée à près de 2 %. 21 km, c’est la distance séparant les deux rives, aussi bien-dire, une mer.

Et de fait, ce fleuve et ses principaux affluents que sont les Grands Lacs nord-américains formaient la mer de Champlain à la fin de la grande déglaciation, une vaste région non encore drainée, car trop basse en altitude. Débarrassé de tout le poids de la calotte glaciaire, le continent se surélève peu à peu. La mer de Champlain se vide graduellement pour ne laisser que les plans d’eau que l’on connait maintenant.

Le rebond postglaciaire se poursuit toujours au rythme de 1 à 2 mm par an. Les derniers relents de la mer de Champlain finiront donc par s’estomper. Dans quelques milliers d’années, le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs perdront leur majestueuse prestance pour devenir quelconques.

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L’histoire est importante à Saint-Joseph-de-la-Rive qui a autrefois connu une industrie maritime intense. C’est ici que se construisaient les anciennes goélettes, des navires de transport de marchandises qui sillonnaient le fleuve tant vers l’Est que vers l’Ouest. D’abord à voile et ensuite à moteur, ces transporteurs garantissaient l’approvisionnement des villes et des villages tout le long de cette autoroute liquide.

J’ai visité le musée maritime de Charlevoix. On explique aux visiteurs les méthodes de construction de l’époque, mais également la montée des bateaux sur les tins pour la saison hivernale ainsi que la vie des marins sur les embarcations durant les huit mois que duraient la saison de transport et les quatre autres à construire ou à réparer les navires.

N’ayez crainte, je n’expliquerai rien ici et maintenant. Je vous laisse le soin de visiter l’endroit pour connaitre tous les détails. Je veux simplement partager une impression forte que m’a laissée cette visite.

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Ce sentiment, c’est l’humilité. L’humilité devant l’audace de construire ces bateaux à partir d’un millier d’arbres de plusieurs essences différentes, tous sélectionnés un à un dans les forêts environnantes, abattus, transportés et coupés spécifiquement pour leur rôle dans l’œuvre finale. Plusieurs arbres sont déracinés afin de conserver la courbure du bois. Le résultat est un bateau capable de naviguer une vingtaine d’années doté d’une cale servant à transporter n’importe quoi. Bois, denrées, poches de ciment, produits métalliques, machinerie, caisses et barils remplis de tous les produits nécessaires à la vie et à la modernisation grandissante des centres urbains. Le Québec moderne a été forgé grâce à ces goélettes.

L’humilité, c’est se sentir tout petit lorsqu’on constate les efforts consentis par nos ancêtres. Humble face à la rusticité de leur vie, en comprenant les multiples dangers quotidiens qu’ils affrontaient sur l’eau, dans le brouillard et les vagues à éviter les hautfonds et les écueils que leur réservait l’un des cours d’eau les plus difficiles à naviguer au monde. Humble et impressionné par leur génie, par leurs ateliers, leurs outils et leurs techniques.

Humble de savoir que ces façons de construire, de transporter, de naviguer, de vivre, ne reviendront jamais, à moins qu’un désastre cause l’anéantissement de la vie technologique actuelle et que nous devions tout reprendre du début.

Humble de comprendre leur quotidien dans l’inconfort permanent, avec les dangers omniprésents, faisant des travaux surhumains. Ces gens apparemment ordinaires étaient tous, sans exception, simplement extraordinaires, intrépides, débrouillards, travaillants, ingénieux et fiers.

Je comprends un peu mieux les pratiques religieuses de l’époque. Quand on vit ce genre d’existence bardée de tous les dangers pour si peu de récompenses, on rattache sa volonté de poursuivre sa destinée à plus grand que soi. Et quoi de plus grandiose qu’eux-mêmes alors qu’ils étaient déjà des géants? Dans ma tête, tout est devenu limpide, seuls un dieu et sa ribambelle de saints parvenaient à se démarquer et à leur donner espoir. S’ils avaient su qu’au fond, les vrais saints, les vrais dieux, c’était eux.

Carpe diem

Le gite

La ville de Baie-Saint-Paul dans Charlevoix au Québec est prisée pour ses magnifiques paysages qui attirent bien des artistes s’établissant à demeure. Leur présence a fait pousser une panoplie de galeries d’art et quelques bons restos. Le tourisme se nourrit de tout cela et la boucle est bouclée.

J’y suis actuellement en vacance, une habitude délaissée depuis plusieurs années que je tente de renouer. Cette région du Québec m’a toujours beaucoup attiré et je vous expliquerai pourquoi une autre fois. Lorsque je pars en vacances, je le fais toujours sur un coup de tête et cette fois-ci n’a pas fait exception. Sans réservation en haute saison, je m’y attendais, entamer la recherche d’une chambre à 17 h risque de se solder par un échec. Qu’importe, la spontanéité possède ses inconvénients et je suis prêt à les subir pour profiter de ses avantages.

Après de multiples appels, les réponses se ressemblent toutes. Une femme m’a cependant suggéré d’appeler un gite situé à une quinzaine de minutes de Baie-Saint-Paul et qui, pour cette raison, risque d’avoir une vacance. Et, effectivement, les propriétaires du gite Carpe Diem me proposent une chambre à prix raisonnable.

Perdu dans un endroit où on ne se rend jamais sans raison, dans un rang longeant deux flancs de montagnes, dans un lieu où vivent tous les animaux de la forêt et très peu d’humains, on retrouve évidemment une petite église de fond de campagne. Nos origines religieuses se retrouvent partout et surtout dans ces régions où autrefois l’on sanctifiaient tous les noms de villages, de rivières, de montagnes, de rues et de patronymes.

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Quant au gite, il est à la hauteur de mes attentes, c’est-à-dire calme, chaleureux, loin de tout et modeste. Je ne suis pas du genre à courir les Marriott et autres grands hôtels impersonnels. Je préfère la compagnie des quelques chattes et poules en liberté qui me tournent actuellement autour que des poules de luxe et des chattes de bars.

Pas de télé, une guitare accrochée au mur, un piano droit, quelques invités discrets venus principalement des Europes, j’en profite pour écrire mes impressions à la lueur blafarde d’une lampe de salon provenant d’une autre époque, comme tout ce qui compose le mobilier et la décoration.

J’ai l’impression de me retrouver au cœur des années 1800 avec la dentelle fine accrochée aux fenêtres, le rustique poêle à bois trônant fièrement dans un coin du salon, les lits aux têtes en fer forgé et le bois partout, omniprésent. Le gite dégage une atmosphère chaleureuse et apaisante, exactement ce dont les vacanciers ont besoin pour terminer sur une bonne note leur excitante journée passée à courir après les baleines, à gravir les sentiers escarpés du parc des Grands jardins ou plus simplement à dévaliser les boutiques du cœur de la ville, à rendre visite à quelques artistes-peintres de la région ou à gouter aux étonnants produits du terroir directement chez les producteurs.

La deuxième autoroute

La route pour se rendre au gite longe une autoroute de fils électriques perdue au beau milieu de la forêt. Ce sont des lignes à haute tension amenant l’hydroélectricité produite à Manicouagan et à la Romaine jusqu’aux consommateurs plus au Sud. Deux séries de trois pylônes se partagent la charge. Ils vont éventuellement bifurquer pour rejoindre l’une ou l’autre des grandes villes québécoises.

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Bien entendu, le passage du courant à très haute tension sur d’aussi longues distances ne s’effectue pas sans produire d’énormes balafres à la forêt. Moins que la coupe systématique des arbres sous les pylônes, ce sont ces géants plantés en pleine nature qui défigurent le plus la beauté des lieux autrefois vierges.

C’est notre tribut à payer pour assurer notre mode de vie moderne et technologique. Ce prix me parait relativement raisonnable, compte tenu des avantages qu’offre cette énergie relativement propre, même si nous la transportons sur d’énormes distances et que nous devons nous taper la vue de ces rangées incessantes des géants évidés qui jalonnent la verte autoroute sur des milliers de kilomètres. Heureusement, la vue à partir du gite est exempte de ces plantations modernes.

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Demain, direction L’Isle-aux-Coudres et ses attraits poétiques, gastronomiques et historiques. Je vous tiens au courant, car je dois terminer ici la rédaction de cet article. Il me reste une chose à faire avant de plonger dans le lit qu’on me prête pour la nuit: carpe diem.

Forget Hortensia

Mon article de ce matin se veut un peu particulier, car je veux souligner l’anniversaire de naissance de mon agente et amie Johanne. Je ne vous révèlerai pas son âge, mais je peux vous dire que ça rime avec « agente ». Oui, elle change de décennie pour adopter la même que la mienne. Elle a fini de me faire suer avec ma …taine.

Je ne vous ai pas encore dit qu’en plus de m’endurer comme écrivain, elle parvient même à le faire lors d’activités sans rapport avec l’écriture, comme le cinéma, la dégustation de scotches, la musique classique et quelques autres passions que nous sommes capables de partager sans nous entretuer.

Oui, vous vous dites qu’avec mon excellent caractère, ce n’est pas le mien qui causerait de telles étincelles et je vous remercie d’aussi mal me connaitre. Qu’importe, elle m’est chère et c’est la raison pour laquelle je tenais à souligner sa toute nouvelle vieillesse.

exquis-sur-la-route-Baie-Saint-Paul-LaMalbaie.jpgPuisque son travail exige qu’elle lise tout ce que j’écris afin d’intercepter mes niaiseries avant qu’elles n’aient fait trop de dommages, elle devrait être en train de lire cet article. Tant mieux pour elle si j’ai raison, et tant pis si elle a décidé que le jour de son anniversaire, elle prenait congé de son écrivain favori et le plus talentueux, car je vais vous expliquer la raison du titre de cet article.

Il ne s’agit pas du titre d’un film en anglais, quoi que je trouve que ça sonne plutôt bien. Je devrais le mettre en banque pour un autre projet. Une marque de scotch ? Une prononciation pas vraiment gaélique, pensons à autre chose. Un titre de musique classique alors. Hum, ça commence à s’échauffer un peu plus.

Il existe un endroit étonnant au Québec où paysages bucoliques et musique classique sont réunis de façon vraiment exceptionnelle. Un tout petit village en suspension entre ciel et mer, entre la montagne et le fleuve Saint-Laurent, son nom est Saint-Irénée. Dans ce magnifique lieu champêtre existe une académie internationale pour jeunes musiciens de talents désirant se perfectionner auprès de maitres de grande renommée. Pour leur permettre de démontrer leur brio, une superbe salle de spectacle à l’acoustique irréprochable se dresse sur les terres du domaine Forget.

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Nous irons nous promener cet été dans cette magnifique région de Charlevoix afin de profiter des multiples douceurs que nous offrent les différents lieux d’intérêt et, bien évidemment, assister à un concert. Je connais aussi un couple dont l’un est artiste-peintre et l’autre potière qui réalisent des œuvres magnifiques. J’ai bien hâte de les revoir.

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Et pourquoi Hortensia dans le titre ? C’est le nom d’une auberge où nous passerons une nuit pour l’occasion.

Alors, bon anniversaire, ma chère Johanne, profite bien de ta journée. Ah, t’ai-je avisé que je t’invite chez moi pour souper ? Hé, maudite mémoire ! Ça ressemble à ça quand on a mon âge. Ha ! Ha ! Ha ! Ton âge, maintenant.